vendredi 30 septembre 2011

Bahreïn : un tribunal militaire condamne médecins et protestataires (vidéo)

Bahreïn, qui abrite la Ve Flotte américaine du Golfe

Un tribunal militaire de Manama a déclaré, jeudi 29 septembre, une équipe de médecins et de professionnels de la santé coupables d’avoir tenté de renverser le gouvernement lors des manifestations qui ont eu lieu cette année (en février-mars) et a prononcé pour vingt accusés des condamnations à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 15 ans, rapporte Amnesty International. La même cour militaire a confirmé mercredi en appel les sentences concernant vingt-et-un chefs de l’opposition, dont plusieurs sont condamnés à perpétuité.

Les autorités bahreïnies accusent ces médecins, chirurgiens, infirmières et aides soignants d’avoir diffusé des informations inexactes sur les blessés, pris le contrôle du complexe médical de Salmaniya, à Manama, où ils travaillaient et participé à des manifestations, tout cela avec la volonté de changer le régime. Ce dernier a appuyé ces accusations grâce à la presse nationale, entretenant des rumeurs concernant les accusés, pour la plupart appartenant à la communauté chiite, qui a mené la contestation. Ils sont ainsi accusés d’avoir stocké des armes dans l’hôpital et de les avoir livrées aux manifestants en ambulance.

« Il s’agit véritablement d’accusations grotesques mettant en cause des civils qui s’efforçaient de sauver des vies dans des circonstances extrêmement difficiles », a estimé Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. « Manifestement, si ces professionnels de la santé ont été pris pour cibles, c’est parce qu’ils ont dénoncé la répression gouvernementale visant les manifestants dans des interviews accordées à des médias internationaux. »

Ces tribunaux militaires ont également condamné à Bahreïn cette semaine à des peines d’emprisonnement (y compris des peines de détention à perpétuité) des dirigeants de l’opposition, des enseignants, des défenseurs des droits de l’homme et des manifestants, pour des inculpations liées au mouvement de soulèvement qu’a connu le pays cette année.

Le prince héritier de Bahreïn, Cheikh Salman Ben Hamad Al Khalifa, qui avait annoncé qu’il ne ferait preuve d’« aucune clémence », est considéré comme un réformateur modéré au sein de la famille régnante, mais semble avoir dû céder face à l’aile dure de sa propre famille. La dynastie sunnite, qui bénéficie du soutien actif de ses puissants voisins du golfe, n’a pas été réellement ébranlée par la vague de soulèvement et a organisé samedi le second tour des législatives partielles, qui visent à pourvoir les sièges de dix-huit députés du principal mouvement de l’opposition chiite, Al-Wefaq, qui avait démissionné pour protester contre la répression de la contestation. Ces élections ont été boycottées par l’opposition chiite, alors que la tension demeure vive dans le pays.



L'Hymne à l'Égalité (vidéo)

jeudi 29 septembre 2011

La guerre de Libye, une « cause juste »? (vidéos)

Partie I : Désinformation, censure et partialité médiatiques
par Julie Lévesque

Très peu de temps après être entré en fonction [Ronald] Reagan a annoncé la création d’un groupe spécial pour étudier « le problème libyen » […] Un plan a rapidement été rédigé par la CIA, lequel a été révélée par Newsweek en août 1981 : « un stratagème coûteux, de grande envergure et en plusieurs étapes pour renverser le régime libyen » et obtenir ce que la CIA appelait la déposition « absolue » de Kadhafi. Le plan réclamait un programme de « désinformation » destiné à embarrasser Kadhafi et son gouvernement; la création d’un « contre-gouvernement » pour contester sa prétention au leadership national; ainsi qu’une campagne paramilitaire progressive constituée d’opérations de guérilla à petite échelle. (William Blum, Killing Hope, Common Courage Press, 2004, p.283.) (voir vidéo de Reagan à la fin de l'article)

Campagne de désinformation, création d’un contre-gouvernement et campagne paramilitaire comportant des opérations de guérilla, ces trois étapes élaborées en 1981 par la CIA pour renverser le régime libyen ont bien été mises en œuvre en 2011. Drapée dans de faux idéaux « d’intervention humanitaire », une guerre d’agression menée par les forces de l’OTAN a dévasté un pays entier et anéanti tous ses progrès.

Bien qu’archaïque et utilisé presque systématiquement contre les régimes résistants aux intérêts occidentaux, ce modus operandi en trois étapes continue de faire ses preuves dans le cas de la Libye, surtout grâce à la complicité des grands médias. Ce stratagème s’accompagne de censure et de diffamation envers ceux qui condamnent l’opération « Unified Protector » de l’OTAN, vouée, selon son nom, à « protéger les civils libyens ».

Les médias dominants sont ou complètement aveugles et dans l’ignorance totale ou ils participent volontairement à cette opération occidentale clandestine vouée à installer des dirigeants serviles. Quoi qu’il en soit, ils font de la propagande de guerre, ce qui constitue une violation du droit international.

Désinformation, censure et partialité

Les médias ont d’abord affirmé sans le démontrer que Kadhafi avait réprimé dans le sang des manifestations pacifiques et qu’il s’apprêtait à massacrer une population sans défense réclamant la démocratie. En réalité, le gouvernement libyen faisait face à une rébellion armée, soutenue clandestinement par les services de renseignement occidentaux, un fait amplement documenté dans les médias indépendants.

En utilisant une technique traditionnelle de diabolisation, les médias ont nourri le mensonge en s’appuyant sur le caractère farfelu du dirigeant libyen. Les médias dominants ont propagé l’idée suivante : « Kadhafi est un fou sanguinaire, il doit être renversé ». L’exemple suivant est tiré d’un article du 2 avril dénonçant le biais des médias en faveur de la rébellion.

La plupart des tyrans trouvent des prétextes nobles pour massacrer ceux qui les contestent. Kadhafi, lui, affirme sans la moindre gêne son intention de déclencher un carnage illimité. À ses yeux, aucun prix n'est trop élevé pour se maintenir au pouvoir. (Agnès Gruda, Le devoir de protéger, Cyberpresse, 5 mars 2011. C’est l’auteure qui souligne.)

Les faits concernant la Libye ont été complètement substitués par la désinformation et les attaques ad hominem. La Libye, avant les bombardements de l’OTAN, avait l’indice de développement humain le plus élevé d’Afrique. Elle se classait au 56e rang, devant l’Arabie Saoudite (60), la Russie (71), le Brésil (75) et la Turquie (76).

Au lieu de nous parler de son bilan positif sur le plan des droits humains, louangé par l’ONU, les médias ont martelé que Kadhafi était un monstre qui commettait des crimes contre l’humanité, sans jamais amener de preuves concrètes que son armée s’attaquait à des civils sans défense.

La diabolisation de Mouammar Kadhafi a remplacé les faits pour justifier une intervention militaire en appui à une insurrection armée dite démocratique. « Démocratie » et « insurrection armée » ne sont pas des concepts compatibles. Pourtant, l’absurdité du concept « rebelle armé prodémocratiques » n’est jamais soulignée ni questionnée dans les médias dominants. Cela démontre la puissance de la propagande : une affirmation répétée et propagée par les autorités devient vérité en dépit de son illogisme et de sa fausseté.

De plus, dans une absence totale de neutralité, les médias nous présentent la propagande des « rebelles démocrates » comme source d’information fiable et la remettent rarement en question.

Un article du Journal de Montréal, le plus grand quotidien francophone d’Amérique, annonçait le 26 août dernier : « Un autre Canadien a été tué en Libye, a annoncé vendredi le Conseil libyen canadien sur sa page Facebook. » (Kelly Roche, Un Canadien perd la vie en Libye, Journal de Montréal, 26 août 2011.)

D’emblée, on peut se demander : depuis quand Facebook est une source d’information fiable? Ensuite, qu’est-ce que le Conseil libyen canadien?

C’est un fait avéré que les services de renseignement et l’armée des États-Unis utilisent les médias sociaux comme Facebook à des fins de propagande et de surveillance, et il faudrait s’étonner que d’autres pays n’en fassent pas autant.

En février 2011, on révélait que « HBGary Federal [avait] obtenu un contrat du gouvernement étasunien pour développer un logiciel pouvant créer une multitude de faux profils dans les médias sociaux afin de manipuler et d’influencer l’opinion publique sur des sujets controversés en faisant de la propagande ». (Darlene Storm, Army of Fake Social Media Friends to Promote Propaganda, Computer World, 22 février 2011.)

Dans le manuel de l’U.S. Air Force, on trouve un schéma expliquant bien la dynamique entre les médias indépendants, les médias sociaux et les médias de masse, ainsi que l’importante influence des médias sociaux sur l’opinion publique.
Un minimum de rigueur journalistique exige des sources fiables et Facebook n’en est pas une. Par ailleurs, en deux clics ont peut constater que le site du Conseil libyen canadien et son compte Facebook ont été mis en ligne en mars 2011, au plus fort de la propagande contre Kadhafi, et qu’ils ne contiennent aucun nom. On ne dit pas qui est à l’origine de ce conseil. Pas de numéro de téléphone, seule une adresse courriel comme coordonnée.

Même anonymat pour son partenaire, l’organisation caritative Canadian Libyans for Relief and Prosperity (Les Libyens canadiens pour l’aide et la prospérité). La section About Us (À propos) demande des informations comme votre nom, votre adresse courriel et votre site web plutôt que de décrire l’organisme et de renseigner sur ses membres.

À la désinformation, aux sources douteuses et à la censure s’ajoute la sympathie notoire des médias envers les opposants de Kadhafi, comme dans ce reportage du Globe and Mail (vidéo ici) :

J’étais dans un hôpital à Misrata et j’ai discuté avec les pauvres gars qui revenaient du front à Zliten, une ville à l’est de Tripoli […] C’était une manœuvre vraiment brillante, frapper Tripoli simultanément à trois endroits, vraiment, à l’est, à l’ouest et de l’intérieur vous voyez, durant le mois du Ramadan, les émotions sont vives […] cela signifie que les portes du paradis sont ouvertes à ceux qui sacrifient leur vie pour une cause noble […] rompre le jeûne […] au moment où le taux de glycémie des troupes de Kadhafi étaient peut-être à son plus bas et qu’elles étaient peut-être somnolentes […] le moment était très bien choisi. (Graeme Smith, The Globe's Graeme Smith on Libya, the Globe and Mail, 22 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)

Mahdi Darius Nazemroaya, correspondant de Mondialisation.ca à Tripoli, et les journalistes indépendants Julien Teil et Mathieu Ozanon, ont fait un reportage à Zliten démontrant la dévastation causée par les bombardements de l’OTAN. Ce bombardement, qui a fait des milliers de victimes civiles, dont un grand nombre étaient des femmes et des enfants, avait pour but d’ouvrir la porte à la « brillante manœuvre » des rebelles glorifiés plus haut par le Globe and Mail.




Les attaques des rebelles et les bombardements de l’OTAN font des victimes civiles, mais elles ne sont jamais dénoncées, voire mentionnées dans les médias mainstream (médias dominants). On ne nous montre pas les femmes et les enfants morts ou blessés par ces bombardements. On ne parle jamais de massacre ou de carnage relativement à ces attaques.

Les rares fois où des exactions des rebelles sont signalées, elles font tout au plus l’objet de critiques anodines, d’avertissements timides quant aux conséquences néfastes sur la crédibilité du Conseil national de transition représentant les rebelles. Lorsque des cadavres aux mains ligotées ont été retrouvés, laissant très peu de doute quant aux auteurs de ces exécutions sommaires, on disait qu’il était « impossible » de savoir qui les avaient assassinés :




TRIPOLI, Libye (AP) — Les corps sont éparpillés sur un espace vert près de Bab al-Aziziya, complexe de Mouammar Kadhafi, allongés face contre terre comme s’ils faisaient une sieste, étalés dans des tentes. Certains ont les poignets liés par des attaches en plastique.

L’identité des morts est incertaine, mais selon toute probabilité, ce sont des activistes ayant improvisé un village de tente en solidarité avec Kadhafi à l’extérieur de son complexe, défiant la campagne de bombardement de l’OTAN.

Il est impossible de savoir qui les a tués, mais leur découverte évoque le spectre du massacre de non-combattants, de détenus et de blessés. (Associated Press, Libya: Bodies Raise Specter Of Mass Killings In Tripoli, Hunffington Post, 25 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)

Dans une incohérence totale, on minimise le crime et l’on tente clairement de semer le doute sur ses auteurs. Les cadavres n’ont pas du tout l’air de « faire une sieste » comme le suggère l’article. Par ailleurs, si, « selon toute probabilité », ce sont des partisans de Kadhafi, comment peut-il être « impossible de savoir qui les a tués »? Le simple bon sens voudrait que « selon toute probabilité », ce soit les opposants de Kadhafi. Enfin, ces images, loin d’« évoque[r] le spectre [d’un] massacre », semblent plutôt en être la preuve.

Sur TF1, on a pris soin de dire que de telles atrocités étaient commises d’un côté comme de l’autre.

Seules quelques poches de résistances subsistent, mais actes de torture et violences se multiplient dans les deux camps. (Libye : les rebelles progressent, Kadhafi en Algérie? TF1, 27 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)

Dans cet article, on montre des cadavres ensanglantés. La photo accompagne une déclaration du chef du Conseil national de transition (CNT), le contre-gouvernement libyen :

Le conflit en Libye a fait « plus de 20 000 morts » depuis le début mi-février de l'insurrection contre le régime de Mouammar Kadhafi, a déclaré jeudi Moustapha Abdeljalil, chef du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique de la rébellion. (Agence France-Presse, Le conflit en Libye aurait fait « plus de 20 000 morts », Cyberpresse, 25 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)

Le langage utilisé ne démontre aucune prudence à l’égard de cette affirmation : le chef politique des rebelles a déclaré que le conflit a fait plus de 20 000 morts. Il aurait été plus juste de dire que selon lui, le conflit a fait 20 000 morts. D’où viennent ces chiffres? On ne nous le dit pas.

En outre, l’angle de l’article porte à croire que les forces de Kadhafi en sont responsables :

Interrogé sur la possible présence d'armes chimiques dans le pays, il a assuré ne rien craindre d'elles : « en tant qu'ancien membre du régime, je sais bien que ces armes sont périmées », a-t-il dit. (Ibid.)

Les déclarations du régime libyen, en revanche, font à peine l’objet d’une couverture médiatique et lorsqu’elles sont mentionnées, elles servent davantage à discréditer le régime.

Marc Laurendeau Radio Canada
[Les gens du régime] étaient totalement dans le déni. Le porte-parole du gouvernement et ministre des Communications Moussa Ibrahim […] reprochait aux rebelles et surtout à l’OTAN 1300 morts disaient-il, à Tripoli, de sorte que les hôpitaux ne pouvaient pas fournir […] Ibrahim disait « ils sont en train de détruire notre belle ville paisible [… et] demandait à l’OTAN d’arrêter les bombardements afin que les deux partis, rebelles et gouvernement, puissent négocier, ce qui n’est vraiment pas réaliste » […] (Marc Laurendeau, C’est bien meilleur le matin.écouter ici , Radio-Canada, 22 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)
Selon cette analyse, la diplomatie n’est pas réaliste. Demander à l’OTAN de cesser des bombardements intensifs parce que les hôpitaux sont bondés n’est pas réaliste.

Selon son communiqué du 24 août, l’OTAN avait fait 20 121 sorties aériennes et 7 587 missions de frappes depuis le début de l’opération « Unified Protector » en Libye. En date du 28 septembre, un mois plus tard, le nombre de sorties se chiffrait à 24 140 et celui des sorties de frappes à 9010, soit 4019 sorties et 1423 sorties de frappe en un mois. Aucun chiffre sur les victimes de ces frappes, aucune image des dégâts dans les médias.

Les médias dominants occidentaux sont partiaux, désinforment et censurent. En ne montrant pas l'ampleur des massacres commis par les forces de l'OTAN et les rebelles, en leur donnant le beau rôle dans cette guerre meurtrière et dévastatrice, les médias font de la propagande de guerre.

Source Mondialisation

Un ex-Montréalais né en Libye ciblée par les services secrets

Curieusement ce Libyen (Mustapha Krer) a aussi vécu au Saguenay, région du Québec où se trouve la base militaire canadienne de Bagotville (ville de La Baie)... terre natale du Commandant Charles Bouchard qui dirige les opérations en Libye... Quel Hasard!!!!

Le groupe dont il faisait partie (CICL) est ce même groupe qui ont combattu à Tripoli avec l'aide de l'OTAN ça en dit long ....

Voici un extrait de l'article de Fabrice de Pierrebourg

Mustapha Krer,
Mustapha Krer, Canadien d'origine libyenne qui a révélé hier avoir été interrogé par des agents du SCRS alors qu'il était dans les geôles de Kadhafi en Libye, était déjà dans la ligne de mire de la police française à la fin des années 90 pour ses liens supposés avec la cellule islamiste de Montréal et trois groupes terroristes, a découvert La Presse.

À la fin des années 90, des enquêteurs français avaient identifié Mustapha Mohamed Krer, alias Abu al-Fadl al-Libi, né en 1965 en Libye, comme « membre dirigeant du Groupe islamiste combattant libyen (GICL) au Canada [...] proche des autres groupes activistes islamistes comme la Jamaa al-Islamiya égyptienne, le Front islamique tunisien et le Groupe islamique armé algérien».

Abdellah Ouzghar



C'est ce qu'on peut lire dans un procès-verbal rédigé le 3 juillet 2000 par un commandant de police française, qui passe en revue le contenu du carnet d'adresses d'un autre Montréalais, Abdallah Ouzghar.

Le carnet a été saisi en 1999 par les policiers canadiens à la demande de leurs homologues français dans le cadre d'une vaste enquête sur un réseau terroriste aux ramifications internationales. Ouzghar a été condamné par la suite en France pour son appartenance à cette cellule islamiste. Il est revenu récemment au pays après avoir purgé sa peine.

Controverse sur la Libye : Pierre Lévy contre Ignacio Ramonet

Quand la gauche européenne tente de se justifier, concernant l'intervention militaire en Libye, nous sommes en droit de poser certaines questions ce que fait précisément Pierre Lévy en répondant au texte de Ignacio Ramonet. Une révolution ne s'accomplit pas en demandant l'aide à des puissances impérialistes. La nature des rapports internationaux n'a pas changé d'un iota, l'impérialisme reste l'impérialisme et le capitalisme reste le capitalisme. Kadhafi était une épine dans le pied des pays impérialistes et son renversement faisait partie de l'agenda des pays impérialistes. En violant les résolutions du conseil de sécurité, nos impérialistes ont utilisé ce nouveau concept de « protection des civils » pour prendre parti violant ainsi le concept de Souveraineté nationale, ouvrant la porte à leur main mise sur les appareils de direction des pays souverains. Dorénavant ils auront la possibilité légale de justifier leur intervention contre des gouvernements qui ne veulent pas se soumettre à leur diktat. L’histoire nous le confirmera...

En Libye nous n'assistons pas à une révolution, mais à une contre-révolution.

Voici le texte de Pierre Lévy

Contre la banalisation et la normalisation de l’ingérence

En avril dernier, Ignacio Ramonet proposait dans (les colonnes de Mémoire des Luttes) un texte intitulé « Libye, le juste et l’injuste ». La guerre avait été lancée quelques semaines plus tôt, inaugurée par des appareils français qui, les premiers, eurent l’honneur de déverser leurs bombes sur Tripoli. Ce 19 mars, « une onde de fierté parcourt l’Élysée » rapportait alors Le Monde [1]. À ce moment, les experts et commentateurs n’en doutaient pas : en quelques jours, quelques semaines au plus, le pays serait débarrassé du « tyran » grâce à au soulèvement populaire attendu, facilité par le coup de pouce aérien de la coalition, tout cela illuminé par la sage aura de Bernard-Henri Lévy.

Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l’OTAN. Il n’en estimait pas moins, dès sa première phrase : « Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates ». Dieu soit loué, certains démocrates n’ont pas lésiné sur l’aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d’offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d’instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l’issue : victoire TOTAL (compagnie pétrolière française).

Le jeu de mots est certes facile; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s’était engagé à accorder 35 % des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c’est le terme employé) de l’engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l’objet d’un démenti précipité du Quai d’Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n’a pas échappé à l’auteur, qui note, à la fin de son article : « L’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ».

Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l’approche d’ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l’espèce, elle induit même un contresens.

En Tunisie puis en Égypte, les mouvements populaires, qui n’étaient certes pas réductibles l’un à l’autre, ont cependant revêtu d’importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu’il est convenu d’appeler les « classes moyennes », dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d’une pauvreté massive.

Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu’idéologiquement.

Un ex d'Al Qaïda
Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d'abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d’Afrique selon le critère de l’Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l’espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s’entend), l’éradication de l’analphabétisme, la place des femmes, l’accès à la santé, à l’éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n’est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.

Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l’ont cependant jamais considéré comme « faisant partie de la famille » : trop imprévisible, et surtout n’ayant pas abandonné un discours de tonalité « tiers-mondiste », en particulier au sein de l’Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.

Ambassadeur Libyen à Paris  vivait en Floride
Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n’ont pas été sans conséquence en termes de classe : une certaine catégorie de la population s’est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu’elle intégrait l’idéologie libérale. Une partie de ceux-là mêmes à qui le « Guide » avait confié la « modernisation » du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux États-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu’un atout pour l’achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.

Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse « anti-Kadhafi » étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient « pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ». Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l’absurdité d’une analyse globalisante?

Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de « plus de liberté économique »; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd’hui – à une application plus stricte de la « loi islamique »; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formé par lui; et un mouvement qui n’a pu l’emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s’appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l’ancienne oriflamme de l’ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l’esprit serait plutôt une contre-révolution.

Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu’au titre du débat – alors, l’optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombre de chouans aussi l’étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d’entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l’on voulait sauver la jeune Révolution.

En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l’encontre des civils à peau noire. Présenté comme des « bavures » par les médias occidentaux faute d’avoir pu être totalement passé sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d’un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu’on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.

Pour autant, la « protection des civils » n’est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l’ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l’égalité en droit de chaque État.

C’est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d’autres latino-américains, au grand dam de l’auteur. Ce dernier dénonce ainsi l’« énorme erreur historique » qu’aurait constituée leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l’émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu’en matière d’ingérence, l’historique sollicitude des Yankee à l’égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.

Caracas, La Havane, et d’autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une « Realpolitik » selon laquelle les États agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu’il en est ainsi! Car l’intérêt d’État du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l’ingérence qui n’a d’autre objet que de justifier l’immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres.

Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l’emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l’aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l’inféodation étroite aux Occidentaux n’est pas un secret, ne s’était pas jusqu’à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l’Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu’il s’agit de promouvoir la démocratie…

L’auteur ajoute que « des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération ». Faut-il comprendre qu’une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafales et autres Mirage? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.

Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que « de nombreux dirigeants latino-américains (avaient) dénoncés, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ».

Rappelons à cet égard ce que l’auteur sait mieux que quiconque : en fait de « passivité » ou de « complicité » des « démocraties occidentales », c’est en réalité à l’instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif que les coups d’État sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l’on ne sache pas qu’à l’époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l’envoi de commandos à Buenos Aires. C’est par eux-mêmes – et jamais de l’extérieur – que les peuples se libèrent.

Au-delà du cas libyen, c’est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – ce qu’on appelait jadis l’anti-impérialisme. Jadis? En fait jusqu’à ce que la chute de l’URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d’autres choix aux pays que de s’aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l’homme, de l’État de droit et de l’économie de marché – trois termes devenus synonymes; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue « communauté internationale ».

À cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d’une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : « C’est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c’est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l’Europe et du monde ».

Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l’objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU qualifiait également d’« historique » la résolution mettant en œuvre la « responsabilité de protéger », pour la première fois depuis l’adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : « Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic!) est-elle un avertissement à d’autres régimes » [5].

Certes, en matière d’ingérence armée contre un État souverain, ladite « communauté internationale » (à géométrie variable) n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d’une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des États légalisée – à défaut d’être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une « gouvernance mondiale » sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l’interventionnisme (« préventif », précise même M. Luck) peut-être désormais la règle.

Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l’ordre des relations internationale.

Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d’un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d’abord d’une raison de principe : c’est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c’est la notion même de politique qui est vidée de son sens –, et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.

Il en va de l’ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l’emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu’un pour affirmer qu’« en des cas extrêmes », on doit pouvoir faire une exception (« pour éviter des attentats meurtriers » disait-on lors des « événements » d’Algérie; pour « éviter le massacre de civils », justifie-t-on aujourd’hui à l’Élysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu’on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu’on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l’éradication de la règle.

Il n’y a aucune – aucune! – circonstance qui justifie l’ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.

À cet égard, on reste perplexe devant l’affirmation selon laquelle « l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ». Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le « pas seulement militaire » qui signifie, si les mots ont un sens, que l’UE serait fondée à intervenir aussi militairement. Mais cette « responsabilité spécifique » dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée? La « bienveillance » qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance? Voilà précisément la caractérisation même d’un empire – fût-il ici en gestation.

On ne peut s’empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l’actuel président de la République – c’était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d’« Européen convaincu ». Il exaltait alors « le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) »; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, « l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ». Et de conclure : « je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent ».

Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe « allant des glaces de l’Arctique au nord jusqu’aux sables du Sahara au sud (…) et cette Europe, si elle continue d’exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer ». Du reste, la plus haute distinction que décerne l’UE a été baptisée « prix Charlemagne » – indice de ce que fut l’intégration européenne dès son origine, et n’a jamais cessé d’être : un projet nécessairement d’essence impériale et ultralibérale.

Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sûr ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l’ingérence, fût-ce sous les oripeaux des « droits de l’Homme »?

Car il faut rappeler une évidence : l’ingérence n’a jamais été, et ne sera jamais, que l’ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l’égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s’en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s’instaurer demain sur la scène mondiale.

Et si tout cela parait trop abstrait, l’on peut revenir à l’histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l’embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l’Ouest, ce qui s’est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d’armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu’au jour où l’on a estimé qu’on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.

Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu’à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d’autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s’imposent. Ce serait même parfaitement légitime.

À peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d’Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l’ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l’irrégularité alléguée d’une élection – une première!

Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi « Paddy » Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu’il convenait désormais d’adopter et de s’habituer au « modèle libyen » d’intervention, par opposition au « modèle irakien » d’invasion massive, qui a montré ses insuffisances.

Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, « comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ». Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.

À cette lumière, est-il bien raisonnable d’analyser la crise syrienne comme le soulèvement d’un peuple contre le « tyranneau » Bachar El-Assad? Il n’est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité « le suivant » sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n’y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l’émancipation des peuples, que de s’aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières?

Eu égard aux engagements d’Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l’injure de l’assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à la mémoire des luttes. Mais force est de constater qu’il se situe en l’espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l’affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l’impérialisme revigoré trouvent désormais l’essentiel de leurs munitions idéologiques à « gauche » – des « droits de l’Homme » à l’immigration, de l’écologie au mondialisme (qui est l’exact contraire de l’internationalisme). Mais cela est un autre débat.

Quoique.

Pierre Lévy

Lire La réponse d’Ignacio Ramonet : Massacrer à bon droit ?

Notes :

[1] Le Monde, 09/04/11
[2] Libération, 01/09/11
[3] Bastille-République-Nation du 27/04/11
[4] Le Monde, 14/04/11
[5] Interview publiée par le Frankfurter Allgemeine Zeitung, 24/03/11
[6] The Times, 26/08/1

Source Michel Collon Investig'Action et Le Grand Soir

mercredi 28 septembre 2011

Houria Bouteldja devant le tribunal pour « racisme anti-Blancs »

Le 12 octobre prochain, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la république (PIR) comparaîtra devant le tribunal de Toulouse. Elle est poursuivie pour « propos racistes et plus précisément racisme anti-blanc » par une association d’extrême droite, l’AGRIF, créée par Bernard Antony, un intégriste catholique, qui fut, entre autres choses, l’animateur d’un comité de soutien à l’OAS en 1962. L’accusation repose sur l’emploi par Houria Bouteldja du néologisme « souchien » (construit ironiquement à partir de l’expression « Français de souche ») au cours d’une émission de télévision diffusée il y a bientôt 3 ans et demi.

Rappelons qu’à la suite de cette émission, certains médias comme Marianne, ainsi que des personnalités médiatiques à l’instar d’Alain Finkielkraut relayé par le Bloc identitaire et Dominique Sopo, président de SOS racisme, avaient violemment dénoncé les propos de Houria Bouteldja. Affirmant, sans crainte du ridicule, avoir entendu distinctement un trait d’union, ils l’accusaient d’avoir dit « sous-chiens » et non « souchiens ». Cette même accusation avait été reprise par Brice Hortefeux, qui avait menacé de poursuivre Houria Bouteldja en justice, ainsi que par le Front national.

Nous sommes convaincus, quant à nous, qu’au-delà des gesticulations de l’AGRIF, l’enjeu du procès du 12 octobre, ne se limite nullement à la personne de Houria Bouteldja, ni à l’emploi du terme « souchien », largement repris depuis par des personnalités politiques et médiatiques de différents horizons, sans que cela soulève la moindre critique. L’enjeu réel est la criminalisation d’une parole libre et, plus encore, d’une parole libre, issue des luttes de l’immigration, des quartiers et plus largement des populations originaires des anciennes colonies françaises. À travers Houria Bouteldja, il s’agit de mettre au pas tous ceux qui ont fait le choix de construire un mouvement antiraciste autonome. En soutenant Houria Bouteldja le 12 octobre à 14 h au TDI de Toulouse salle 5, c’est le droit à l’autonomie des mouvements antiracistes que nous défendons.


Le Canada recoit le criminel de guerre Dick Cheney (vidéo)

Une large foule tapageuse a manifesté contre la visite de l'ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney devant l'un des clubs les plus sélectifs de Vancouver, lundi.

M. Cheney s'y trouvait pour faire la promotion de son nouveau livre « In My Time : A Personal and Political Memoir » à l'occasion d'un dîner rassemblant des convives triées sur le volet et ayant déboursé 500 $ pour y assister. Le rassemblement a eu lieu au Vancouver Club.

Les protestataires ont brandi des affiches, scandé des slogans et hué toutes les personnes qui entraient dans l'édifice.

Ils accusent M. Cheney de crimes de guerre pour avoir autorisé et endossé des techniques comme la simulation de noyade et la privation de sommeil contre des détenus, pendant sa vice-présidence sous l'administration de George W. Bush.
Le coprésident de la coalition StopWar, Derrick O'Keefe, a affirmé que plusieurs manifestants prenaient position contre les crimes de guerre.

L'organisme Human Rights Watch a par ailleurs pressé, ce week-end, le gouvernement fédéral de porter des accusations criminelles contre M. Cheney.




mardi 27 septembre 2011

La guerre de l’OTAN contre la Libye est dirigée contre la Chine

AFRICOM et la menace sur la sécurité énergétique nationale de la Chine

par F. William Engdahl

La décision prise de Washington pour l’OTAN de bombarder la Libye de Kadhafi et de la soumettre à ses diktats ces derniers mois, ceci à un coût estimé d’au moins un milliard de dollars qui seront épongés par le contribuable américain, n’a pas grand-chose à voir avec ce que le gouvernement d’Obama proclame être une « mission de protection de civils innocents ». En réalité, ceci fait partie d’un plus vaste plan stratégique de l’OTAN et du Pentagone en particulier de contrôler le talon d’Achille de la Chine, à savoir sa dépendance stratégique en de grands volumes d’importation de pétrole brut et de gaz. Aujourd’hui, la Chine est le second importateur de pétrole au monde derrière les États-Unis et le fossé se comble rapidement.

Si nous regardons attentivement une carte de l’Afrique et si nous observons l’organisation africaine du nouveau commandement africain du Pentagone AFRICOM, il émerge que la stratégie est de contrôler une des ressources stratégiques les plus importantes de la Chine en ce qui concerne le pétrole et les matières premières.

La campagne de Libye de l’OTAN est au sujet du pétrole et rien que du pétrole; mais pas à propos de contrôler le brut de haute qualité libyen (demandant peu de raffinage), parce que les États-Unis sont nerveux à propos de sources d’approvisionnement étrangères. C’est plutôt au sujet du contrôle de l’accès de la Chine à des importations de brut de longue durée depuis l’Afrique et le Moyen-Orient. En d’autres termes, tout ceci est au sujet de contrôler la Chine elle-même.

La Libye est bordée au nord par la Mer Méditerranée, directement de l’autre côté de l’Italie, dont la compagnie pétrolière ENI a été l’entrepreneur étranger le plus important en Libye pendant des années. À l’Ouest, la Libye est bordée par la Tunisie et l’Algérie; au sud par le Tchad, à l’Est, elle est bordée par à la fois l’Égypte et le Soudan (aujourd’hui le Soudan et le Soudan du Sud). Ceci devrait en dire long sur l’importance stratégique à long terme de la Libye pour l’AFRICOM et le Pentagone quant à leur possibilité de contrôle de l’Afrique et de ses ressources et quel pays est capable d’obtenir ces ressources.

La Libye de Kadhafi a maintenu un contrôle étatique strict sur ses réserves très importantes de pétrole brut de haute qualité. D’après des données d’étude datant de 2006, la Libye possède les plus grosses réserves pétrolières du continent africain, environ 35 % de plus que celles estimées du Nigéria. Les concessions d’exploitation de ce pétrole ont été étendues aux compagnies pétrolières d’état Chinoise et russe ainsi qu’à d’autres ces dernières années.

De manière attendue, un porte-parole de la soi-disant opposition qui clame victoire sur Kadhafi, Abdel Jalil Mayouf, le représentant en Relation publique de la firme pétrolièee libyenne AGOCO, a dit à l’agence Reuters : « Nous n’avons aucun problème avec les pays et les entreprises occidentaux comme celles de l’Italie, la France ou du Royaume-Uni; mais nous pourrions avoir quelques problèmes politiques avec celles venant de Russie, de Chine et du Brésil. » La Chine, la Russie et le Brésil se sont soit opposés aux sanctions de l’ONU sur la Libye où on fait pression pour la résolution du conflit en interne et un arrêt des bombardements de l’OTAN.

Comme je l’ai déjà détaillé auparavant, 1. Kadhafi, ancien adhérent du socialisme panarabe dans la ligne de l’Égyptien Gamal Nasser, a utilisé les revenus du pétrole pour améliorer de beaucoup les conditions de vie de ses compatriotes. Les soins médicaux étaient gratuits tout comme l’était l’éducation. Chaque famille libyenne recevait une bourse d’état de 50 000 US $ afin d’acheter une nouvelle maison et tous les prêts bancaires étaient en accord avec les lois antiusurières de l’islam, et donc sans taux d’intérêt. L’état n’était pas non plus endetté. Ce n’est seulement qu’au prix d’une corruption forcenée et d’une infiltration massive dans l’Est du pays, que la CIA, le MI6 et les autres agences de renseignement de l’OTAN ont pu, au coût de plus d’un milliard de dollars et de bombardements massifs des populations civiles par les forces de l’OTAN, déstabiliser les liens entre Kadhafi et son peuple.

Pourquoi donc l’OTAN et le pentagone ont-ils mené une campagne si meurtrière sur un pays souverain? Une évidence est que cela servait à encercler les ressources énergétiques et de matières premières de la Chine sur le continent en en Afrique du nord.

L’alerte du Pentagone à propos de la Chine

Pas à pas depuis ces dernières années, Washington a commencé à créer la perception que la Chine, qui était « le très cher ami et allié de l’Amérique » il y a encore moins de dix ans, était en train de devenir la plus grande menace pour la paix mondiale le tout à cause de son énorme expansion économique. Dépeindre la Chine comme le « nouvel ennemi » a été compliqué, car Washington est en fonction de la Chine pour qu’elle achète la part du lion de sa dette gouvernementale sous forme d’obligations et bons du Trésor.

En août, le pentagone a publié pour le congrès son rapport annuel sur le statut militaire de la Chine.2 cette année, ce rapport a déclenché des sonnettes d’alarme stridentes à travers la Chine. Le rapport stipule entre autres choses que « depuis la dernière décennie, l’armée chinoise a bénéficié d’investisseemtns robustes en terme de matériel moderne et de technologie. Bon nombre de systèmes modernes ont atteint un bon niveau de maturité et d’autres seront opérationnels dans quelques années », a dit le pentagone dans ce rapport. Il a aussi ajouté qu’« il y a une certaine incertitude sur le comment la Chine va utiliser ses capacités croissantes… La Chine comme majeur acteur international peut très bien se dresser comme une caractéristique stratégique de ce début de XXIe siècle. » 3

Dans un intervalle de peut-être deux à cinq ans, selon comment le reste du monde réagit et joue ses cartes, la République Populaire de Chine émergera dans les médias européens sous contrôle comme étant la nouvelle « Allemagne hitlérienne ». Si cela est peut-être difficile à croire aujourd’hui, réfléchissez, un peu comment cela a été fait avec l’ancien allié et ami de Washington Hosni Moubarak et même auparavant avec Saddam Hussein. En juin de cette année, l’ancien secrétaire d'État à la marine et maintenant Sénateur américain pour la Virginie, James Webb, a surpris beaucoup de monde à Pékin quand il déclara à la presse que la Chine était en train d’approcher ce qu’il appelait « un moment de Munich », quand Washington devra décider de garder un équilibre stratégique, ce en référence à la crise de 1938 sur la Tchécoslovaquie, quand Chamberlain opta pour l’apaisement avec Hitler sur la question des Sudètes. Webb ajouta : « Si vous regardez les dix dernières années, le vainqueur stratégique a été la Chine ». 4

Le même rouleau compresseur propagandiste du pentagone, emmené par CNN, BBC, le New York Times et le Guardian de Londres, va obtenir les ficelles subtiles de la part de Washington pour « peindre la Chine et ses leaders en noir ». La Chine devient bien trop puissante et bien trop indépendante pour beaucoup à Washington et à Wall Street. Pour contrôler cela et par-dessus tout la dépendance énergétique de la Chine, ses imports de pétrole ont été identifiés comme étant son talon d’Achille. L’affaire libyenne est un coup monté directement pour frapper ce talon d’Achille.


L’introduction de la Chine en Afrique

L’implication des compagnies énergétiques et d’imports de matières premières chinoises à travers le continent africain est devenue une cause majeure de souci pour Washington où une attitude de négligence maligne a dominé la politique africaine depuis l’ère de la guerre froide. Comme ses besoins énergétiques futurs étaient devenus évidents depuis plusieurs années, la Chine a commencé une véritable et dominante diplomatie économique en Afrique, qui s’est vraiment développée depuis 2006 lorsque Pékin a littéralement déroulé le tapis rouge pour les chefs d’État de plus de quarante pays africains et discutés de très larges sections de relations commerciales avec ces pays. Rien n’était plus important pour Pékin que de sécuriser de futures ressources pétrolières pour la forte industrialisation de la Chine dans son ensemble. La China fit donc mouvement vers des pays abandonnés par leurs anciennes puissances coloniales européennes comme la France, le Royaume-Uni ou le Portugal.

Le Tchad par exemple est un cas d’école. Un des pays les plus pauvres et les plus isolés d’Afrique; le Tchad fut courtisé par Pékin qui rétablit les relations diplomatiques avec ce pays en 2006.
En octobre 2007, le géant du pétrole d’état chinois CNPC signa un contrat pour construire une raffinerie de pétrole en conjonction avec le gouvernement tchadien. Deux ans plus tard, ils commencèrent la construction d’un pipeline pour amener le pétrole d’un nouveau champ d’exploitation chinois dans le sud à quelque 300 km de la raffinerie. Les ONG supportées par les gouvernements occidentaux commencèrent à crier au loup concernant l’impact écologique de pipeline chinois. Ces mêmes ONG étaient curieusement silencieuses lorsque Chevron découvrit du pétrole au Tchad en 2003.

En juillet 2011, les deux pays, le Tchad et la Chine célébraient l’ouverture de la raffinerie commune sino-tchadienne juste à côté de la capitale N'Djamena. 5

Les activités pétrolières tchadiennes chinoises sont également très proches d’un autre projet pétrolier majeur chinois, celui de la région du Darfour au Soudan, limitrophe au Tchad.

Le Soudan a été une source très importante et grandissante de pétrole pour la Chine depuis le début d’une coopération entre les deux pays au début des années 1990, après que Chevron eut abandonné ses options là-bas. Dès 1998, CNPC construisait un pipeline pétrolier de 1500 km depuis les champs d’exploitation du sud Soudan jusqu’à Port Soudan sur les rives de la Mer Rouge ainsi qu’une raffinerie près de Khartoum. Le Soudan fut la première grande opération pétrolière gérée à l’étranger par la Chine. Au début 2011, le pétrole soudanais, en provenance de la zone de conflit du sud, couvrait environ 10 % des imports pétroliers de la Chine en prenant plus de 60 % de la production quotidienne du Soudan de 490 000 barils/jour. Le Soudan est devenu un point vital de la sécurité énergétique nationale chinoise.

D’après des estimations géologiques, le sous-sol qui va du Darfour, dans ce qui était le sud du Soudan, jusqu’au Cameroun en passant par le Tchad est un immense champ pétrolier d’une ampleur telle que cela pourrait bien être une nouvelle Arabie Saoudite.

Contrôler le sud Soudan, ainsi que le Tchad et le Cameroun est vitaux pour la stratégie du pentagone de « refus stratégique » à la Chine de futurs approvisionnements en pétrole. Aussi loin qu’un régime fort et robuste de Kadhafi demeurait en place à Tripoli, le contrôle de cette région demeurait un problème majeur. La séparation quasi simultanée du sud Soudan d’avec le Soudan et le renversement de Kadhafi en faveur de rebelles faibles et dépendants du support du pentagone était une priorité stratégique de première importance pour le plan de domination totale du pentagone.


L’AFRICOM répond

La force principale derrière la récente vague d’attaques contre la Libye ou les changements de régime plus discrets en Tunisie, en Égypte et le fameux referendum sur le Soudan du Sud qui a maintenant fait de cette région pétrolière, une région « indépendante », a été l’AFRICOM, le commandement spécial de l’armée américaine établi par le gouvernement Bush en 2008 explicitement pour contrer spécifiquement l’influence chinoise sur les réserves de pétrole et de matières premières en Afrique.

Fin 2007, Le Dr. Peter Pham, un initié de Washington qui conseille les départements d’État et de la défense américaine, explique de manière ouverte que « parmi les buts ultimes de l’AFRICOM, était le but de protéger les accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques dont l’Afrique est riche, une tâche qui incluait de s’assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, L’inde, le Japon ou la Russie, ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur. » 6

Témoignant devant le Congrès américain pour soutenir le projet de création de l’AFRICOM, Pham, qui est associé avec la fondation néo-conservatrice pour la défense des démocraties a déclaré :

« Ces ressources et richesses naturelles font de l’Afrique une cible facile pour les attentions de la République Populaire de Chine, dont la dynamique économique… a une soif quasi insatiable de pétrole et de besoins pour d’autres ressources naturelles. La Chine importe à l’heure actuelle approximativement 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour, environ la moitié de cette consommation, de l’ordre de 765 000 barils par jour, environ un tiers de ses importations, proviennent de ses sources africaines, spécialement du Soudan, de l’Angola et du Congo (Brazzaville). Est-ce étonnant donc qu’aucune région du monde autre que l’Afrique ne rivalise avec l’intérêt stratégique de la Chine ces dernières années… De manière intentionnelle ou non, beaucoup d’analystes attendent que l’Afrique, spécifiquement les états du long de sa très riche côte occidentale, va devenir le théâtre d’une concurrence stratégique entre les États-Unis et sa seule réelle concurrence à l’échelle globale, la Chine, alors que les deux pays cherchent à étendre leur influence et sécuriser l’accès aux ressources. » 7

Il est très opportun ici de se rappeler la séquence des révolutions « Twitter » téléguidées depuis Washington dans le mouvement toujours actif de ce que l’on a appelé le printemps arabe. D’abord la Tunisie, un bout de terrain en apparence insignifiant d’Afrique du Nord sur les bords de la Méditerranée. Quoi qu’il en soit, la Tunisie se situe sur la frontière Ouest de la Libye. Le second domino qui tomba fut l’Égypte de Moubarak. Ceci créa une instabilité majeure au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, car Moubarak, malgré ses grands défauts, avait résisté à la politique moyen-orientale de Washington; Israël perdit aussi un précieux allié lorsque Moubarak tomba.

Puis en juillet 2011, le sud Soudan se déclare lui-même la République indépendante du Sud-Soudan, se séparant du Soudan après des années d’insurrection soutenues par les États-Unis contre le régime de Khartoum. La nouvelle république prend avec elle la grande majorité des ressources pétrolières, ce qui ne réjouit pas Pékin bien évidemment. L’ambassadrice états-unienne à l’ONU Susan Rice mena la délégation américaine pour la célébration de l’indépendance. L’appelant un « testament pour le peuple du sud-Soudan ». Elle ajouta, afin d’entériner le processus de sécession que « les États-Unis ont été aussi actifs que tout le monde ». Le président Obama ouvertement supporta la sécession du sud. Celle-ci était un projet guidé et financé depuis Washington depuis que le gouvernement Bush eut décidé d’en faire une priorité en 2004.8

Maintenant, le Soudan a perdu d’un seul coup ses revenus du pétrole. La sécession du sud où les trois quarts des 490 000 barils/jour sont produits a aggravé les problèmes économiques de Khartoum en coupant d’un coup environ 37 % des revenus nationaux. Les raffineries du Soudan et la seule route d’exportation vont des champs d’exploitation du sud vers Port Soudan sur la Mer Rouge au nord du Soudan. Le sud Soudan est maintenant encouragé par Washington de bâtir un nouveau pipeline d’exportation indépendant de celui de Khartoum en passant par le Kenya. Le Kenya est une des zones d’influence américaine très forte en Afrique.9

Le but du changement de régime en Libye, supporté par les États-Unis, ainsi que de tout le projet pour le Moyen-Orient qui repose derrière le printemps arabe est de pouvoir contrôler à terme les champs pétroliers les plus importants connus à ce jour et ainsi de contrôler la politique future, surtout dans des pays comme la Chine. Comme le secrétaire d'État des années 1970 Henri Kissinger a déclaré, quand il était à l’époque plus puissant que le président des États unis lui-même : « Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez les nations ou des groupes de nations ».

Pour le futur du plan de sécurité nationale énergétique de la Chine, la réponse ultime est de trouver des réserves énergétiques en Chine. Fort heureusement, il existe de nouvelles méthodes révolutionnaires pour détecter et évaluer quantitativement la présence de pétrole et de gaz, là où la géologie actuelle dit qu’il n’est pas possible de trouver du pétrole à ces endroits. Là est peut-être la sortie logique du piège pétrolier qui a été placé pour la Chine, dans mon nouveau livre « Les guerres pour l’énergie », je détaille ces méthodes pour ceux qui sont intéressés.


Article original en anglais : NATO's War on Libya is Directed against China: AFRICOM and the Threat to China's National Energy Security, publié le 25 septembre 2011.

Traduction par Résistance 71.


Notes
1 F. William Engdahl, Creative Destruction: Libya in Washington’s Greater Middle East Project–Part II, March 26, 2011, accessed in http://www.blogger.com/goog_1866110353

2 Office of the Secretary of Defense, ANNUAL REPORT TO CONGRESS: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2011, August 25, 2011, accessed in http://www.blogger.com/goog_1866110356

3 Ibid.

4 Charles Hoskinson, DOD report outlines China concerns, August 25, 2011, accessed in http://www.blogger.com/goog_1866110359

5 Xinhua, China-Chad joint oil refinery starts operating, July 1, 2011, acessed in http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/7426213.html. BBC News, Chad pipeline threatens villages, 9 October 2009, accessed in http://www.blogger.com/goog_1866110367

6 F. William Engdahl, China and the Congo Wars: AFRICOM. America’s New Military Command, November 26, 2008, accessed in http://www.blogger.com/goog_1866110370

7 Ibid. 8 Rebecca Hamilton, US Played Key Role in Southern Sudan’s Long Journey to Independence, July
http://pulitzercenter.org/articles/south-sudan-independence-khartoum-southern-kordofan-us-administration-role

9 Maram Mazen, South Sudan studies new export routes to bypass the north, March 12, 2011, accessed in http://www.gasandoil.com/news/2011/03/south-sudan-studies-routes-other-than-north-for-oil-exports