vendredi 31 août 2012

Répression en Arabie saoudite (vidéo)

Pendant que nous avons les yeux tournés sur la Syrie, nos « pseudo-démocrates » oublient ce qui se passe en Arabie saoudite... l'allié inconditionnel de l'impérialisme américain et du régime sioniste.
 
Ce que dit ce journaliste britannique, Dan Glazebrook, lors d'un JT en direct, serait tout simplement impossible ou censuré en France où au Canada. Il serait viré pour ses opinions.


 

Élection au Québec la chute du PLQ (vidéo)

Découvrez le tout nouveau jeu-questionnaire de Gigi : « Qui c'qui t'crosse! »


jeudi 30 août 2012

L'autre vote stratégique

Les électeurs qui ont le coeur à Québec solidaire ou Option nationale ont toutes les raisons de les appuyer à long terme.

par Philippe Dumesnil
L'auteur est professeur de philosophie au cégep de Valleyfield.


Depuis deux semaines, un argumentaire douteux est véhiculé en faveur d'un vote stratégique. Il faudrait voter PQ pour bloquer les libéraux ou, pire, la CAQ. On blâme les gens qui « divisent le vote ». Appuyer Québec solidaire ou Option nationale serait une faute morale : celle de laisser passer un candidat caquiste ou libéral.

Grosso modo, l'argument se résume ainsi : il ne faudrait pas voter avec son coeur, mais plutôt avec sa raison. Le PQ finalement près du pouvoir, ses principaux adversaires étant de droite, on devrait cesser sa critique et se rallier.

 Or, les gens qui ont le coeur à QS ou ON ont tout autant sinon plus de « raisons stratégiques » d'appuyer leur formation.

 Les joutes politiques ne se règlent pas à la faveur d'une seule élection. À court terme, le PQ est sans doute « moins pire » que la CAQ ou les libéraux. Et, certes, un gouvernement minoritaire péquiste avec QS et ON ayant la balance du pouvoir paraît un moindre mal.

 Mais regardons à moyen et à long terme et avouons une vérité que tout le monde tait : la montée de QS et d'ON dépend totalement de la défaite du PQ. Où, en effet, ces deux partis pourraient faire le plein de voix si ce n'est au détriment du PQ?

 La terrible vérité est la suivante : sur le vrai plan « stratégique », celui des rapports de force, pour que QS ou ON puisse un jour faire élire plusieurs députés, il faut que le PQ se discrédite, implose, voire disparaisse.

 Dans un futur rapproché, cette possibilité est loin d'être invraisemblable. Peu de gens en parlent, mais le PQ joue quasiment son avenir politique lors de cette élection. Une défaite en serait une quatrième consécutive. Son nombre de membres baisse constamment, mais surtout, la jeunesse le délaisse. Pour le prouver, il suffit de voir la quantité importante de jeunes qui ont soudainement joint ON ou encore de penser au fait que la plupart des étudiants grévistes voteront pour QS. Léo Bureau-Blouin est une exception. Il n'y a pratiquement plus de relève engagée au PQ.

 Ce parti qui est si régulièrement au bord de l'implosion, qui mange ses chefs, qui passe son temps à s'entredéchirer sur des stratégies référendaires, finira bien un jour par s'autodétruire. Or de nouvelles élections ne seront pas si lointaines tant il semble évident que le prochain gouvernement sera minoritaire. Si l'implosion ne survient pas après une défaite le 4 septembre, elle aura lieu à la suivante, avec le chef qui remplacera Mme Marois.

 De l'autre côté, la montée de QS et de ON est très envisageable. Les dirigeants du PQ le savent mieux que quiconque : encore deux défaites, et QS ou ON - ou, mieux, un parti issu de leur fusion - aura des chances réalistes de devenir le vrai grand parti souverainiste de gauche. Nous pourrons alors enfin espérer une réforme du mode de scrutin, la réalisation d'une vision écologiste globale et responsable, une souveraineté ne se fondant pas sur la discrimination, des politiques véritables de lutte à la pauvreté, etc..

 La « raison » qui émet ce calcul n'est-elle pas aussi forte, sinon plus, que celle appelant à voter PQ? Si on croit vraiment dans les valeurs et les principes que véhiculent QS ou ON, si on veut un jour les voir au pouvoir, alors on peut voter avec le coeur autant qu'avec la raison, et répondre au pseudo-argumentaire péquiste par : « Je vote stratégique, donc je vote QS ou ON ».

Source La Presse

mercredi 29 août 2012

Le seul vote stratégique possible, c’est un vote pour Québec solidaire

Voici une analyse politique de Bernard Rioux   qui peut constituer une réponse au commentaire de monsieur Michel Seymour — Professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal qui a publié ce texte « Élections québécoises — Analyse politique plutôt que vote stratégique » dans Le Devoir...

Le seul vote stratégique possible , c’est un vote pour Québec solidaire

« Comment comprendre ces grands écarts entre les programmes du Parti québécois et la gestion gouvernementale? On pourrait dire simplement qu’il faut juger un parti sur ses pratiques et non sur ses déclarations surtout quand ce sont des déclarations électorales. »
par Bernard Rioux

Les diatribes contre Québec solidaire atteignent cette semaine des sommets de mauvaise foi. Québec solidaire serait devenu un allié objectif de la CAQ. Québec solidaire serait sous l’emprise d’une aile fédéraliste existant en son sein. Il ne serait pas indépendantiste. C’est maintenant la pertinence de l’existence même de Québec solidaire qui est remise en question.
 
Pourtant, l’apparition et le développement de Québec solidaire ont été une réponse de la gauche des différents mouvements sociaux aux politiques néolibérales qui ont été menées par le gouvernement péquiste entre 1994 à 2003. De plus, au niveau de la souveraineté, le Parti Québécois n’a eu cesse de reporter à un avenir indéfini la lutte pour l’indépendance du Québec. La crise stratégique du Parti québécois tant sur le terrain social et sur le terrain national explique l’existence de Québec solidaire, tout comme d’Option nationale. Il vaut la peine de revenir sur cette histoire pour comprendre, aujourd’hui, le sens du combat de Québec solidaire et la nécessité de continuer le combat pour sa construction...
 
1994 à 2003, le gouvernement péquiste mène des politiques néolibérales
 
Lucien Bouchard et Gilles Duceppe
Après la défaite au référendum de 1995 et le départ de Jacques Parizeau, le PQ, sous la direction de Lucien Bouchard (ex-conservateur sous le gouvernement Mulroney, fondateur du Bloc Québécois et ex-premier ministre péquiste et maintenant président de l’Association pétrolière et gazière du Québec) , a approfondi son ralliement au néolibéralisme.
 
Les politiques menées alors s’inscrivent dans un virage à droite des élites péquistes.
  •  Déjà, le PQ s’était fait le zélateur du libre-échange. Ce ralliement au libre-échange en a fait un allié objectif de Parti conservateur aux élections fédérales de 1988 qui devaient porter Mulroney au pouvoir. Au gouvernement, le Parti québécois soutiendra la ZLEA malgré l’opposition des peuples latino-américains.
  •  Le gouvernement péquiste met en œuvre une politique fiscale régressive (réduction du nombre de paliers d’imposition et renforcement d’une fiscalité indirecte et par la défiscalisation des hauts revenus et du capital). Tout cela se fit au nom du développement d’une fiscalité concurrentielle. Bernard Landry se déclara particulièrement fier de cette fiscalité concurrentielle qui faisait des entreprises oeuvrant au Québec parmi les moins taxées en Amérique du Nord.
  •  Sous le gouvernement péquiste, les augmentations du salaire minimum demeurèrent marginales. Le salaire minimum augmenta de 0,25 $ en 96, 0,10 $ en 1997, 0,10 $ en 98, il fut gelé en 1999 et en 2000. Il connaît une autre augmentation de 0,10 $ en 2002.... Alors que le réel salaire baisse à cause de l’inflation, le gouvernement péquiste maintient le salaire minimum dans une situation de quasi-stagnation. Et ce sont les femmes qui occupent pour une bonne part les postes au salaire minimum qui écopent. Le PQ laisse donc se détériorer les revenus des plus démunies.
  •  Le gouvernement Bouchard puis le gouvernement de Bernard Landry écartent les politiques d’économie d’énergie alors que ces politiques étaient prioritaires dans le programme de 1994 du Parti québécois. L’Hydro-Québec sous la gouverne du PQ a attribué une part très marginale de ces investissements aux économies d’énergie et a développé une politique d’exportation de l’énergie électrique vers les États-Unis. Le développement de la filière éolienne a été laissé à l’initiative du secteur privé.
  •  Le gouvernement péquiste a laissé les entreprises forestières faire des coupes à blanc. Richard Desjardins dénonce le saccage de la forêt boréale. Le ministre Brassard nie l’évidence et rejette les revendications d’une large coalition qui s’oppose à la politique forestière du gouvernement péquiste. La gestion intégrée de la forêt et la politique de la forêt habitée promises dans les programmes du PQ ont été complètement ignorées.
  •  Loin de l’agriculture de proximité et biologique, le gouvernement péquiste met tous ces œufs dans le développement d’une agro-industrie d’exportation destructrice des milieux naturels.
  •  Ayant oublié la politique du Maître chez nous, le gouvernement du Parti québécois baisse les redevances minières et n’apporte aucun amendement à la loi des mines... Madame Marois nous dit maintenant, qu’il fallait soutenir les minières qui traversaient une conjoncture particulièrement difficile sur la scène internationale. Cela promet avec l’approfondissement de la crise économique qui s’annonce au niveau international.
  •  Le gouvernement péquiste fait de l’objectif du déficit zéro une priorité. Cela va conduire le gouvernement péquiste à opéré des coupes sombres en éducation et en santé et à mettre à la retraite massivement infirmières et médecins et à réduire les cohortes sortant des facultés de médecine.
  •  Le gouvernement péquiste refuse également d’instaurer la gratuité scolaire comme l’avaient demandé les États généraux de l’éducation en 1996 – mais il maintient des subventions de centaines de millions de dollars aux écoles privées. Aujourd’hui encore, Pauline Marois proclame contre l’évidence l’impossibilité d’instaurer la gratuité scolaire.
  •  Alors que le programme péquiste promet d’élargir l’accès à la syndicalisation en instaurant la syndicalisation multipatronale, le gouvernement péquiste refuse de faciliter les conditions de syndicalisation alors que les programmes du parti en faisaient la promesse.
  •  Le gouvernement péquiste remet sans cesse au lendemain la réforme du mode de scrutin et l’instauration d’un scrutin proportionnel mixte comme le promettait, encore une fois, ses différents programmes depuis 1970 (et retiré de son programme l'an dernier) . Il choisissait ainsi de maintenir un système électoral qui bloque l’expression démocratique de différents courants politiques de la société québécoise alors que se dégage un courant sur sa gauche... Tout à ses intérêts partisans, le PQ ne voulait surtout pas faciliter l’apparition d’une alternative politique importante sur sa gauche alors que s’imposait, compte tenu de sa gestion néolibérale, la conviction qu’il était désormais impossible de changer quoi que ce soit des choix gouvernementaux du PQ à partir d’un travail au sein même du PQ alors que le gouvernement issu de ce parti, menaient des politiques en rupture complète avec ce qui avait été inscrit par ses militantEs dans le programme.

Expliquer ces grands écarts

Comment comprendre ces grands écarts entre les programmes du Parti québécois et la gestion gouvernementale? On pourrait dire simplement qu’il faut juger un parti sur ses pratiques et non sur ses déclarations surtout quand ce sont des déclarations électorales. Mais cela est plus une invitation à une nécessaire prudence qu’une réelle explication. D’une part, il faut comprendre que le PQ n’organise pas la défense des intérêts des travailleuses, des travailleurs et de ses organisations. D’autre part, l’essentiel du pouvoir de décision dans nos sociétés capitalistes est aux mains des puissances d’argent... les banques, les grandes industries, les grands commerces. Un parti politique qui ne vise pas à remettre en question ce pouvoir doit composer avec lui. Il est rapidement amené à comprendre qu’il en va même de son maintien au pouvoir de se mettre au service de l’oligarchie. Ces partis, qui ne s’inscrivent pas dans une logique de transformation sociale véritable, sont en rupture avec la majorité de la population. Ils s’éloignent même de leurs propres bases et ils trouvent le personnel politique habile à s’adapter au réalisme que la gestion d’un tel État impose. Voilà comment le PQ est devenu un parti au début des années 80 un parti qui s’est attaqué au mouvement syndical et qui s’est prêté au jeu de la réforme du fédéralisme canadien présenté comme un beau risque. Voilà pourquoi, il a mené des politiques néolibérales au milieu des années 90... et qu’il adopté un autonomisme masqué sous la piteuse étiquette de la gouvernance souverainiste en 2011.
  
La défaite de 2003 et la migration des couches technocratiques de plus en plus à droite... à l’intérieur comme à l’extérieur du PQ
 
Le Parti Québécois s’est survécu, au-delà de l’épuisement de forces propulsives qui l’avaient impulsé. La défaite de 2003, le PQ ne peut l’attribuer qu’à sa propre turpitude, qu’à ses propres politiques qui s’attaquaient aux intérêts des classes ouvrières et populaires, aux femmes et aux jeunes...
 
La direction Bouchard était ouvertement néolibérale... Bernard Landry se revendique de cette orientation dans son texte de la fin 2004, « Regard sur les perspectives économiques du Québec. » La direction Boisclair était de la même eau. On ne s’étonnera pas que Lucien Bouchard se retrouve maintenant président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, qu’André Boisclair se retrouve chez Questerre, et que Guy Chevrette, ex-ministre péquiste soit devenu le PDG du conseil de l’industrie forestière du Québec, que Joseph Facal, ex-ministre péquiste soit un « lucide de premier plan », qu’il se soit, à l’invitation de Jean Charest, joint au comité de réflexion sur les tarifs d’électricité (2007). Pierre-Marc Jonhson, ex-chef du Parti québécois, est un négociateur de l’Accord du libre-échange avec l’Europe. Et François Legault, aspirant à la chefferie avant son ralliement à Bernard Landry, a lancé son parti, néolibéral de droite et antisyndical, qui pollue le paysage politique au Québec. Si ce n’est Bernard Landry, tous ces messieurs ont renié leur ralliement à la souveraineté...
 
 
Que ces anciens premiers ministres, ministres ou chefs ou aspirants aient connu une telle évolution... ne peut être interprété sur une base purement personnelle. Elle correspond à un virage à droite des élites québécoises... qui a emporté une bonne part de la direction péquiste... Ce virage à droite, a aussi correspondu à un clair recul face au soutien à la souveraineté. Tergiversations, stratagèmes divers, détermination émoussée, on est ici face un phénomène politique soit une scission politique des couches technocratiques entre un secteur qui a renié la souveraineté et rallié les orientations néolibérales et un secteur qui reste à la direction du Parti québécois et qui se définissent par un autonomisme masqué (la gouvernance souverainiste) et un progressisme de période électorale (Marois, Lisée et Cie) tout en demeurant prêt à mener des politiques néolibérales une fois au pouvoir.
 
La direction Marois... une direction sous influence...
 
Sur le plan social, après la défaite de 2008, la direction Marois a cherché à opérer un tournant vers la base de l’ADQ. Elle s’est dite favorable à accueillir des députés adéquistes dans ces rangs... Elle a accueilli avec ouverture le Manifeste des Lucides.
 
Sur le plan national, Pauline Marois a fait du rejet d’un référendum dans un premier mandat adopté dans le congrès de 2005 par le Parti québécois, une condition de son retour à la direction du parti. La crise du PQ peut être dépassée si ce parti limite son ambition à celle d’être une machine électorale visant à arracher un pouvoir provincial, dans une logique d’alternance. Mais le PQ n’a aucune stratégie crédible dans la lutte pour la souveraineté. Les contorsions autour du référendum d’initiative populaire sont révélatrices à cet égard.
 
Le discours souverainiste est instrumentalisé par les couches ministrables comme un fonds de commerce... pour la prise du pouvoir provincial. C’est faire une grossière erreur d’interprétation que d’attribuer à Madame Marois les erreurs de parcours du Parti québécois dans l’actuelle campagne électorale. Elle doit se faufiler entre les pressions indépendantistes en provenance de son parti et des autres partis indépendantistes et ses intentions réelles relevant d’un autonomisme masqué. Elle doit manifester un progressisme de façade tout en sachant très bien que le renforcement de la crise économique risque de la déporter vers des politiques d’austérité. C’est pourquoi elle rejette la perspective de la gratuité scolaire et laisse ouvert le gel indexé (?) tout en dessinant dans son programme les contours d’une école néolibérale. Elle a esquissé dans son programme de 2011 une perspective de capitalisme vert, mais elle refuse de prendre clairement position sur l’exploitation du pétrole dans le golfe St-Laurent. Il faut se rappeler qu’il n’est pas loin le temps où elle signalait que l’enjeu était moins la répartition de la richesse que sa création et que l’enrichissement de certains était la condition de l’enrichissement de tous et toutes. Pour ce qui est de la réforme des institutions démocratiques, le PQ a rejoint les partisans du statu quo en rejetant toute véritable réforme du mode de scrutin qui introduirait un véritable système proportionnel. Le Parti Québécois est un parti ouvert aux pressions de l’oligarchie. C’est ce qu’il peine à cacher dans le cadre de ces élections sous ses déclarations « progressistes ».
 
Québec solidaire n’est pas proche du PQ, il présente plutôt une véritable alternative.
 
Nous sommes entrés dans une période où la majorité populaire subira un approfondissement de l’offensive néolibérale. Les classes dominantes mèneront des politiques de plus en plus dures pour faire payer les coûts de la crise à la majorité de la population. C’est pourquoi on assiste à une polarisation gauche-droite de plus en plus importante. Les batailles seront de plus en plus dures. Les mobilisations seront plus amples. Le mouvement étudiant du printemps québécois laisse présager de nouveaux combats. Seul un parti capable de confronter la domination de l’oligarchie (le 1 %), ses privilèges et sa volonté est capable d’opérer une véritable transformation sociale et de remettre en question la démocratie restreinte que cette oligarchie veut imposer à la population du Québec. Un tel parti expliquera que sa force lui vient essentiellement de la mobilisation populaire et que c’est cette mobilisation qui lui permettra de défendre jusqu’au bout son programme. Un tel parti refusera de séparer le projet de société égalitaire, féministe et écologique du projet de pays que le peuple du Québec aspire à construire.
 
Aujourd’hui, la lutte pour l’indépendance ne peut se distinguer du projet de reprendre en mains nos richesses naturelles, d’en contrôler démocratiquement l’usage dans une perspective écologiste. Elle ne peut se distinguer de la perspective de refonder notre société dans une logique qui refuse la concentration de la richesse aux mains d’une minorité; elle ne peut se distinguer de la perspective de fonder une société refusant la domination patriarcale et sexiste. La perspective d’indépendance ne peut se distinguer surtout de la nécessité de refonder la démocratie que nous voulons dans une perspective de véritable démocratie citoyenne, participative tant au niveau politique qu’au niveau d’une véritable démocratie économique.
 
Voilà en quoi Québec solidaire a été construit en rupture avec le Parti québécois, qu’il assume cette rupture... et qu’il considère que le seul vote stratégique possible, qui dépasse les manœuvres tacticiennes, c’est un vote pour Québec solidaire. Le bilan de son passé gouvernemental nous montre que le PQ, lui, n’offre que la perspective de l’alternance provincialiste... Un Québec traversé par d’importants mouvements sociaux n’en est déjà plus là!
 

mardi 28 août 2012

Discours d'Amir Khadir au rassemblement pour la souveraineté (vidéo)

Discours prononcé par Amir Khadir lors du grand rassemblement pour la souveraineté qui s'est tenu samedi 25 août 2012 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.





Syrie : Les États-Unis légalisent le financement du terrorisme

Par Julie Lévesque

Selon le Daily Telegraph, le département du Trésor des États-Unis autorise ses citoyens à financer la rébellion syrienne via l’« organisme à but non lucratif » Syrian Support Group (SSG), une entité obscure, entièrement anonyme implantée à Washington et liée à la rébellion armée tout aussi nébuleuse active en Syrie.

Bien qu’elle ne permette pas au groupe d’acheter des armes directement, la licence du Trésor qu’a pu voir le Daily Telegraph permet au SSG d’approvisionner les rebelles sur les plans « financier, communicationnel, logistique et de leur fournir d’autres services par ailleurs interdits » par les sanctions étasuniennes contre la Syrie. (Raf Sanchez et Rosa Prince Syria: US clears way for Americans to start donating money to rebels, Telegraph, 5 août 2012.)

Si l’on précise que le groupe n’est pas autorisé à acheter lui-même les armes, cela signifie clairement qu’il ne contrevient pas aux sanctions en remettant les fonds à une tierce partie qui elle fera l’achat d’armement et de toute évidence, c’est là l’un des buts premiers de l’opération.

Outre la campagne de financement pour la rébellion armée en Syrie, RT rapporte que le SSG promeut une intervention militaire en Syrie, menée par les États-Unis « par la mise en place d’une zone d’interdiction de vol et la destruction des systèmes de défense antiaérienne » syriens.

Rappelons qu’Al-Qaïda est intégrée à ces groupes ayant commis, entre autres, le massacre de Houla, et que bon nombre d’entre eux sont des étrangers, certains d’origine britannique, comme l’a confirmé lors de sa libération le photojournaliste hollandais Jeroen Oerlemans, enlevé par des djihadistes le mois dernier en Syrie. Selon lui, il n’y avait « aucun Syrien » parmi ses ravisseurs, rapporte l’Express qui le cite : « Il n'y avait aucun Syrien présent, c'était tous des jeunes venus d'autres pays, d'Afrique, de Tchétchénie... »

Dans un article de RT, la citation est plus complète et le nom des pays diffère : « Tous disent venir de pays comme le Pakistan, le Bangladesh et la Tchétchénie et ils disent qu’un “émir” quelconque est à la tête du groupe. » Mais l’information la plus pertinente de cet article, omise par L’Express, est que plusieurs d’entre eux avaient des accents britanniques de Londres et Birmingham.

Par ailleurs, celui qui a contribué à la chute de Kadhafi, Abdul Hakim Belhaj, commandant du Groupe islamique armé combattant en Libye (Lybian Islamic Fighting Group, GICL) « avait promis à l’Armée syrienne libre en novembre 2011, des armes, de l’argent et des combattants ». Peu après, « environ 600 terroristes du GICL ont quitté la Libye pour entrer en Syrie y mener des opérations militantes ». (Tony Cartalucci, UN Designates "Free Syrian Army" Affiliates as Al Qaeda, Land Destroyer Report, 12 août 2012.
 
 
Le Telegraph occulte ces liens étroits entre l’ASL et des groupes terroristes en la désignant comme une armée laïque :

En permettant à des dollars étasuniens d’être acheminés à la FSA laïque, il se peut également que les États-Unis tentent de contrebalancer les éléments islamistes au sein de l’opposition. (Telegraph, op. cit.)

D’une part, cette licence du Trésor légalise donc, dans un non-sens ubuesque, le financement de groupes terroristes djihadistes, incluant Al-Qaïda et le GICL, figurant toutes deux sur la liste des groupes terroristes visés par des sanctions de ce même Trésor. D’autre part, les médias dominants ont récemment confirmé ce que les médias indépendants affirment depuis l’an dernier : la CIA appuie clandestinement la rébellion syrienne, entre autres en lui fournissant des armes.

Ajoutons que l’ONU, qui, à coup d’émissaires, demande aux rebelles et au gouvernement de cesser les violences, considère également ces deux groupes comme des entités terroristes dans une déclaration du Comité du Conseil de sécurité faisant suite aux résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) concernant Al-Qaida et les personnes et entités qui lui sont associées ou « Comité des sanctions contre Al-Qaida ».

À quand des sanctions de l’ONU contre les États-Unis et la Grande-Bretagne pour leur contribution matérielle, humaine et financière au terrorisme international?

Les États-Unis financent le terrorisme alors qu’ils prétendent le combattre. Et cela ne date pas d’hier, car, au risque de le répéter, ils sont les créateurs de nombreux groupes terroristes, dont Al-Qaïda.

Pratte et La Presse adorent Legault et la CAQ

Ça paraît presque pas!
André Pratte

L’éditorialiste en chef de La Presse, le lucide autoproclamé André Pratte, a le coup de foudre pour Legault et la CAQ. Pour prouver son attachement profond, il a pondu récemment plusieurs éditoriaux où l’amour surabonde, comme dans « La CAQ : une option crédible »… Surtout depuis l’arrivée du matamore Gaétan Barrette à la CAQ, lui qui a toujours été un maître du chantage et de l’insulte pour défendre « héroïquement » la juste cause des médecins spécialistes et aussi la sienne. Mais, pour Pratte et d’autres, les puissants lobbies des syndicats de médecins et du patronat défendent toujours le bien commun et les intérêts collectifs alors que les syndicats de travailleurs ordinaires luttent uniquement pour des revendications purement particulières et égoïstes. Et pour ennoblir la CAQ, quitte à délaisser le PLQ et Jean Charest comme de vieilles guenilles, il a commis cette autre œuvre magistrale de profondeur : « L’arme rouillée de M. Charest ». C’est pas gentil de dire ça de notre premier ministre adoré, qui a dit sans rire cette perle : « On n’allait pas céder à la rue » (La Presse, 18 août 2012). À la rue, surtout pas, mais céder et accommoder les chambres de commerce pleines de fric, ça oui. Et, suite au premier débat de la campagne électorale tenue le 19 août 2012 à Radio-Canada, Pratte a accouché de : « Étonnant Legault ». Étonnant dans le sens de grandiose, de merveilleux, alors que la majorité du monde a jugé que c’est Françoise David de Québec Solidaire qui avait le mieux performé. Mais vous le savez comme moi, l’amour-passion rend toujours aveugle.
 
Les préposés de La Presse en mission pour la CAQ
 
Il y a plein de personnes qui se prononcent, par les temps qui courent, à la radio et à la télé, sur les élections provinciales, dont les commis journalistes Philippe Mercure et Martin Croteau, qui ont « curieusement » retenu le point de vue « éclairant » et « édifiant » de l’affairiste Stephen Jarilowsky. Il a eu droit (j’en suis jaloux) à un article d’une demi-page, rien que cela, coiffé du titre très original de « Jarilowsky sympathique à la CAQ ». On comprend pourquoi. La moitié des candidats de la CAQ sont en affaires et la politique, c’est pour eux la voie privilégiée et royale pour en brasser encore plus et de plus grosses. On l’a vu avec les profiteurs du PLQ et de Jean Charest. Avec tant de gens d’affaires dans son parti, Legault essaie de nous faire accroire, malgré tout, qu’il mettra fin à la corruption émanant justement du milieu de la business. Et puis, il y a eu la chronique régulière de cet autre affairiste et ex-président de la SAQ, Gaétan Frigon : « La CAQ : Une option valable ». Une autre de Frigon : « Le chef de la CAQ a démontré qu’il a l’étoffe d’une premier ministre ». Celle de Martin Coiteux : «Legault impose sa vision. Il incarne une option de gouvernement crédible ». Vous m’en direz tant! Ah ben non, pas une autre, ça ne finira jamais. Ce samedi 25 août, il y a cette avocate et « mère de trois enfants » (pour le spécifier? A-t-elle des frères et soeurs un coup parti?) qui a largué une autre opinion toute en éloge à la CAQ, intitulée « Vive les familles! ».

Mes amis, je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que des titres comme « Une option crédible », « Jarolowsky sympathique à la CAQ », « La CAQ une option valable », «Une option de gouvernement crédible », ça se ressemblent pas mal. C’est pas l’originalité et la subtilité qui les étouffent.

L’ADQ fondue dans la CAQ, mais ils ne sont pas à droite
 
L’ADQ qui a fusionné avec la CAQ était tellement des radicaux de droite que plusieurs politiques qu’ils avaient mises de l’avant avaient été rejetées même par l’ex-président des États-Unis, le républicain George W. Bush junior, parce que jugées beaucoup trop à droite, même d’extrême droite, comme leurs bons d’éducation pour les mères de famille au foyer, leur rigoureux contrôle de l’immigration et de leur intégration muselée, leur traitement réservé aux assistés sociaux (5 ans d’aide maximum dans toute la vie), etc. Ça n’avait pas empêché du tout le 31 mars 2007, précisément l’autodidacte chroniqueur Claude Picher, de commettre cette majestueuse grenouille idéologique : « L’ADQ, Le spectre de la droite : on se calme ». Bonne retraite Cloclo et repose-toi beaucoup, car tu en as besoin.

Pour La Presse, le PQ c’est la grosse gauche et Québec solidaire c’est l’extrême gauche. J’ai peur!
 
Ben non, pour les messagers de La Presse chargés par Paul Desmarais de livrer la marchandise idéologique, les conservateurs, les adéquistes, les libéraux de Charest et les caquistes ne sont pas pantoute à droite, tout au plus sont-ils de centre droit.

Mais pour les éminents Pratte, Gagnon, Dubuc + cie, Québec Solidaire c’est pas seulement à gauche, c’est tout simplement communiste : «La vraie nature de Québec solidaire » (28 janvier 2012). Verrouillez bien vos portes et vos fenêtres, et ne laissez surtout pas les enfants dehors après 18 heures, car il se pourrait qu’il y ait «Un gauchiste près de chez vous » (8 juin 2012), en se référant bien évidemment aux « adeptes » de Québec Solidaire. Et deux autres chroniques d’Alain Dubuc pour faire peur aux enfants et aux innocents : « PQ : à gauche toute » (10 février 2012) et « Le virage à gauche de Mme Marois » (24 août 2010). Dubuc a de la suite dans les idées puisque le 27 janvier 2008, il avait accouché de cette autre pièce d’anthologie magistrale : « Un terroriste près de chez vous », à rapprocher avec « Un gauchiste près de chez vous ». Alain, il y en a qui consultent pour moins que ça. C’est dans ce texte qu’il avait qualifié Michel Chartrand et moi-même de « radicaux ». Rien que ça. Titre repris par son collègue Mario Roy pour pourfendre la gauche diabolique, ces terroristes qui font la pluie et le mauvais temps au Québec : « Les radicaux » (16 juin 2012).

Je suis à droite, mais de la droite socialiste
 
Quoiqu’en pensent ces fidèles commissionnaires de La Presse, je ne me sens nullement visé par leurs épithètes malveillantes, car je me définis comme quelqu’un de la droite, mais de la droite socialiste s’entend. Comme je suis à droite, je garde espoir d’être un jour nommé « personnalité de la semaine » à La Presse!

lundi 27 août 2012

Élection au Québec... la vraie question.

Si les libéraux et les Caquistes forment l'opposition dans un gouvernement minoritaire du PQ... et bien tant pis. Nous aurons le vrai débat qui s'impose depuis très longtemps.

Les mononcles et les matantes sont dépassés par la bande et la panique gagne les rangs des vieux partis et la CAQ (Coalition avenir Québec) n'est pas un nouveau parti, mais le pendant électoral des Libéraux conservateurs soutenus par l'Emprire Power de Ti-Paul Desmarais et de ses sous-fifres chroniqueurs à la Pratte, Dubuc, Roy et compagnie.
 
 La rue n'a pas fini de se faire entendre. Ce n'est qu'un début, et tant mieux, il est temps que le monde change. Un front uni se construira pour la souveraineté et je ne crois pas que la droite au Québec en fera partie... on l'a vu avec les opportunistes du Bloc Québécois qui pendant 20 ans avec le lucide à Bouchard et Duceppe n'ont pas changé grand-chose eux qui ont appuyé les budgets et les guerres impérialistes des conservateurs de Harper.
 
 On ne veut plus de ces Pères-Ovides et Vire capot québécois. Fini le temps des Bouffons.

À propos du vote stratégique, réponse à J.F.Lisée (vidéo)

Ah! ben. Ah! ben. Ah! ben...
 
V'là le PQ et M'sieur Lisée qui demande à la gauche de voter stratégique…
 
Jean François Lisée
Dites-moi, monsieur Lisée, il me semble que Québec Solidaire et Option nationale ont fait une offre au PQ avant les élections. Une offre de lui laisser le champ libre dans plusieurs comtés en retour d'un engagement pour la proportionnelle. Vous savez ce qu’a dit le Parti Québécois? Il a dit non, le PQ. Il a dit non... On appelle-tu ça un beau risque?
 
Je ne comprends donc pas qu'en pleine campagne, vous voilà nous faisant la morale, nous implorant de voter pour le PQ. « Les enfants, si vous faites pas comme je dis, vous serez pas content là-là... »
 
Je vous trouve pas mal pathétique, monsieur Lisée. Pas mal pathétique et insultant. Vous savez ce qu'on vous répond, Monsieur Lisée? Non! Ne non! Ne ni! Ne non. Pas NON! Juste non... Un non respectueux, disons.
 
Vous voulez faire la souveraineté, mais votre parti n’est même pas capable de se brancher sur un échéancier et un processus clair. Il paraîtrait que vous n’êtes pas prêt... Que vous voulez attendre que la grâce soit avec vous! Ben, commencez à faire vos indulgences pour que le paradis ne vous tombe pas sur la tête parce que nous on a décidé d'abandonner votre Église!
 
Il y a des belles têtes dans votre parti, tout le monde vous l'accorde. Mais on ne sait vraiment pas si vous allez gouverner à gauche ou à droite. Si l'histoire se répète ben c'est de l'autre bord de la rue que vous serez. Nous, on veut être représenté à l'Assemblée nationale par des gens en qui on a confiance pour rester de notre côté de la rue. Tu sais, flashe à gauche, pis tournes à droite...
 
On ne fait pas ça pour vous emmerder, monsieur Lisée. On vous aime bien quand même. Mais on a décidé de voter pour notre avenir. Pensez-y monsieur Lisée, si tous les électeurs d'ON et de QS votaient pour le PQ, ça serait surement un beau triomphe! Majorité absolue! Charest dehors! La CAQ écartée! Mais dites-moi ce qui se passerait avec nos idées, nos aspirations, nos partis? M'sieur Lisée vous nous demander pas de nous suicider quand même ? Juste un p'tit peu... Vous n’êtes pas sérieux là? On a peut-être des caribous pressé parmi nous, mais on n'est quand même pas des lemmings.
 
Vous avez peur, Monsieur Lisée? Pas nous. On est tanné de se faire mener par la peur? La CAQ vous dérange? Nous aussi! Ce serait plate que Don Quichotte Legault gagne, franchement plate. Mais entre vous et moi, pis la boîte à beurre que pensez-vous qui va arriver? S'il est assez sans génie pour suivre son plan, ben il va foutre le bordel. On va donc être encore plus de monde à taper de la casserole. Et plus qu'on sera de solidaires, plus fort nous serons aux prochaines élections... qui pourraient venir vite si la CAQ est minoritaire.
 
Ah! Oui monsieur Lisée, je sais ce qui vous fait vraiment peur. C'est que, si Legault est porté au pouvoir, votre parti va imploser. Encore, une autre fois. Ça donne de la bonne copie vos chicanes internes, c'est un beau feuilleton, mais ça ne donne pas le goût de vous suivre... Vraiment pas!
 
Mais il y a pire parce que c’est tout le Québec qui va devoir assumer le choix du PQ de ne pas avoir pris entente au préalable avec QS et ON. La CAQ ou les libéraux au pouvoir, c'est le risque que le PQ a pris, qu’il l’assume. Du côté de QS et de ON, on a décidé de penser à l'avenir et d’accroître nos bases électorales. On ne peut pas nous reprocher ce choix puisqu'on joue la « game » électorale comme le PQ a voulu qu'on la joue.
 
Allez, monsieur Lisée, allez vendre votre salade ailleurs. Nous, on a décidé de faire de la politique autrement. Et ça commence en votant pour des gens qui veulent faire de la politique autrement. On a décidé de repartir à neuf et de pratiquer l'optimisme de combat! Une autre manière de vous dire qu'on va se tenir debout jusqu'au boutte !
 
via Marc Fiset
Source Facebook
Merci à Geneviève Hanine Boulet pour le lien
 

Le vote stratégique expliqué par Jean-François Lisée
 

dimanche 26 août 2012

Syrie, « L’armée rebelle? C’est une bande d’étrangers... » (vidéo)

par Robert Fisk
 
Les amis de la Syrie

Une armée victorieuse? Il y avait des douilles partout dans les ruelles de pierres anciennes, des fenêtres criblées de balles et des marques de projectiles sur tout le côté de la mosquée Sharaf, où un homme armé tirait depuis le minaret. Un tireur d’élite continuait à tirer à seulement 150 mètres de là – c’est tout ce qui reste des quelque cent rebelles qui avaient presque, mais pas tout à fait, encerclé la citadelle d’Alep, vieille de 4000 ans.

« Vous ne le croirez pas », criait tout excité le major Somar. « Un de nos prisonniers l’a dit : je ne m’étais pas rendu compte que la Palestine était si belle que ça! Il pensait qu’il était venu ici en Palestine pour combattre les Israéliens! »

Si j’y crois? Certainement, les combattants qui se sont engagés dans les rues adorables à l’ouest de la citadelle étaient, selon toutes les informations, un groupe hétéroclite. Leurs graffitis « Nous sommes les Brigades de 1980 » - l’année au cours de laquelle une première révolte des Frères musulmans avait menacé le pouvoir du père du président Syrien Bachar al-Assad, Hafez – étaient encore affichés sur les murs des hôtes syro-arméniens et des boutiques. Un général de 51 ans m’a tendu une des grenades artisanales qui jonchaient le sol de la mosquée Sharaf : une mèche souple qui sort du haut d’un morceau de shrapnel, enveloppé dans du plastique blanc et couvert par un ruban adhésif noir.

À l’intérieur de la mosquée, des balles, des boîtes de fromage vides, des mégots de cigarettes et des piles de tapis de prière que les rebelles avaient utilisés comme couchage. La bataille a duré au moins 24 heures. Un projectile a fissuré la pierre tombale de style bosniaque de la tombe d’un imam musulman, un turban en pierre finement sculptée sur le dessus. Les archives de la mosquée – des listes de fidèles, des Corans et des documents financiers – étaient répandues par terre dans une pièce qui avait été à l’évidence le dernier bastion occupé par plusieurs hommes. Il y avait un peu de sang. Entre 10 et 15, des défenseurs – tous Syriens – se sont rendus après avoir accepté une offre de clémence s’ils déposaient les armes. La nature de cette miséricorde ne nous a bien sûr pas été précisée.

Les soldats syriens étaient contents, mais ils reconnaissaient partager une immense tristesse pour l’histoire d’une ville dont le cœur même, un site du patrimoine mondial, a été ravagé par des roquettes et des obus. Les officiers hochaient la tête quand ils nous ont conduits dans les remparts de l’immense citadelle. « Il y a une vingtaine de jours, les terroristes ont tenté de la prendre à nos soldats qui la défendaient », déclare le Major Somar. « Ils avaient rempli d’explosifs les bonbonnes de gaz – 300 kilos — et les avaient fait exploser au niveau de la première porte au-dessus du fossé. »
 
 

Hélas, c’est vrai. L’énorme porte médiévale en bois et en fer, ornée de ses gonds et de ses étais - un ouvrage qui était resté intact pendant 700 ans – a été littéralement anéantie. J’ai grimpé sur le bois carbonisé et des blocs de pierre marqués de fines inscriptions coraniques. Des centaines de marques de projectiles mouchetaient les pierres de la porte intérieure. Plus bas, j’ai trouvé un char T-72 dont la tourelle avait été touchée par la balle d’un tireur d’élite qui était toujours logée dans le métal, le blindage brisé par une grenade. « J’étais à l’intérieur à ce moment-là, » explique son pilote. « Bang — ! Mais mon tank fonctionnait encore! »

Voici donc la version officielle de la bataille pour la partie orientale de la vieille ville d’Alep et des affrontements qui ont duré jusqu’à hier après-midi dans les ruelles étroites aux murs de pierre blanchis, et où chaque tir rebelle était suivi d’une longue rafale de mitrailleuse des soldats du Major Somar. Quand l’armée a pu prendre en tenaille les hommes armés, 30 rebelles – ou membres de « l’Armée syrienne libre » ou « combattants étrangers » – ont été tués et un nombre indéterminé blessé. Selon le supérieur du major Somar, un général nommé Saber, les forces gouvernementales syriennes n’ont eu que huit blessés. J’ai pu rencontrer trois d’entre eux, dont l’un est un officier de 51 ans, qui a refusé d’être envoyé à l’hôpital.

Une bonne partie de l’armement des rebelles a été évacué par les hommes des renseignements militaires avant notre arrivée : il est dit qui y figuraient trois fusils de précision au standard OTAN, un mortier, huit pistolets mitrailleurs autrichiens et une quantité de Kalashnikovs qui on pu être volées à l’armée gouvernementale par des déserteurs. Mais c’est le choc de découvrir de telles batailles rangées dans ce site du patrimoine mondial; ce qui est bien plus terrible que les armes utilisées par l’un ou l’autre camp. Marcher sur de la pierre et du verre brisé avec les soldats syriens kilomètre après kilomètre, dans la vieille ville avec ses mosquées et ses musées – le magnifique minaret de la mosquée omeyyade se dresse au milieu du champ de bataille de la veille – est une source de tristesse infinie.

Beaucoup des soldats qui avaient été encouragés à parler avec moi, même quand ils étaient agenouillés au bout de rues étroites avec des balles qui ricochaient contre les murs, ont fait part de leur étonnement de voir qu’il ait fallu autant de « combattants étrangers » à Alep. « Alep a cinq millions d’habitants, » m’a dit l’un d’entre eux. « Si l’ennemi est si certain de gagner la bataille, il n’y a sûrement pas besoin d’amener ces étrangers pour qu’ils y participent; ils perdront. »

Le major Somar, qui parle un excellent anglais, n’a que trop bien compris la dimension politique. « Notre frontière avec la Turquie est un gros problème, » reconnaît-il. « Il faudrait fermer la frontière. La fermeture de la frontière doit être coordonnée par les deux gouvernements. Mais le gouvernement turc est du côté de l’ennemi. Erdogan est contre la Syrie ». Je l’ai bien sûr questionné sur sa religion, une question à la fois innocente et empoisonnée. Somar, dont le père est général et la mère enseignante, et qui entretient son anglais avec les romans de Dan Brown a esquivé en souplesse la réponse. « Ce n’est pas où vous êtes né ou quelle est votre religion, » dit-il. « C’est ce qu’il y a dans votre esprit. L’islam vient de cette terre, les chrétiens viennent de cette terre, les Juifs viennent de cette terre. C’est pourquoi il est de notre devoir de protéger cette terre. »

Plusieurs soldats croyaient que les rebelles essayent de convertir les chrétiens d’Alep, « des gens paisibles, » précisaient-ils à leur sujet. Il y aune histoire qui a tourné en boucle la veille au sujet d’un commerçant Chrétien qui avait été forcé de porter un habit musulman et d’annoncer lui-même sa conversion devant une caméra vidéo.

Dans les villes, en temps de guerre, on trouve des soldats loquaces. Un des hommes qui ont repris la porte de la citadelle est Abul Fidar, connu pour avoir marché entre Alep, Palmyre et Damas pendant 10 jours pour faire entendre la nécessité de la paix, inutile de dire que le président l’avait accueilli chaleureusement à son arrivée à Damas. Et puis il y avait le sergent Mahmoud Daoud, originaire de Hama, qui a combattu à Hama même, à Homs, à Jbel Zawi et à Idlib. « Je veux être interviewé par un journaliste, » avait-il annoncé et bien sûr il a eu ce qu’il voulait. « Nous sommes tristes pour les civils d’ici, » dit-il. « Ils étaient en paix auparavant. Nous donnons notre parole de soldats que nous veillerons à ce qu’ils retournent à une vie normale, même si nous devons perdre la vie. » Il ne mentionne pas tous les civils tués par les bombes de l’armée ou par les « shabiha », ni ces milliers de personnes torturées dans ce pays. Dawood a une fiancée appelée Hannan qui étudie le français à Lattaquié, son père est enseignant : il dit qu’il veut « servir sa patrie ».

Mais on ne peut s’empêcher de penser que l’objectif premier d’hommes comme le sergent Daoud – et de tous ses compagnons d’armes ici – n’était certainement pas de libérer Alep, mais de libérer le plateau du Golan occupé, juste à côté de la terre que les « djihadistes » pensaient apparemment être en train de « libérer » la veille – jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’Alep n’était pas Jérusalem.

Robert Fisk
The Independent (UK), 23 août 2012.

Traduit de l’anglais par Djazaïri (23.08.2012) :
http://mounadil.wordpress.com/2012/08/23/non-alep-nest-pas-jerusalem/
 

samedi 25 août 2012

Caisse de dépôt du Québec, Tripotage et camouflage (vidéos)

Caisse de dépôt : Un « mystère de la vie » en voie d’éclaircissement

Tripotage et camouflage  sont les deux mamelles de l’Empire
par Richard Le Hir

Dans toute l’histoire politique du Québec, la déclaration de l’ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, selon laquelle il faut attribuer à un « mystère de la vie » et à une « tempête parfaite » le fait que la Caisse détenait pour 13,2 milliards $ de PCAA en 2008 » est sans doute la plus méprisante pour l’intelligence des Québécois.

On se souviendra de 2008 comme l’année où la Caisse de dépôt allait subir une perte de 40 milliards $ pour connaître la pire performance de son histoire, comme elle devait l’annoncer aux Québécois éberlués le 25 février 2009.

Comme le soulignait fort pertinemment Pauline Marois quelques jours plus tard, en réclamant une enquête du vérificateur général sur la question :
 
« N’oublions pas que les pertes de 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt, ça veut dire 40 fois le Stade olympique. C’est 1 % de toutes les pertes à travers le monde, pour un petit État comme le nôtre ».

Sur ces 40 milliards $, un peu plus du quart sont donc attribuables au PCAA (papier commercial adossé à des actifs non bancaires), un euphémisme technique employé pour décrire des titres particulièrement risqués offrant, quand tout va bien, des rendements attrayants.

Le PCAA est écoulé sur le marché par l’entremise de « conduits » mis sur pied par des banques ou des promoteurs non bancaires.
 
« Les conduits forment le coeur du marché du PCAA. Ils émettent des effets, ou du papier commercial, en utilisant comme garantie un portefeuille d’actifs. Les conduits sont des fiducies établies par les promoteurs, qui en gèrent les activités et se chargent d’acquérir les actifs détenus par les conduits. »

Or les marchés financiers canadiens ont été ébranlés au milieu d’août 2007 lorsqu’environ 32 milliards $ de PCAA non bancaire ont été gelé parce que certains conduits étaient dans l’incapacité de renouveler leurs effets arrivant à échéance. Les conduits touchés représentaient 27 % du marché du PCAA, dont la valeur s’établissait à 117 milliards $.

La Caisse de dépôt de dépôt détenait donc à elle seule 13,2 des 32 à 35 milliards $ de PCAA ainsi gelés, soit plus de 35 à 40 % du total selon les sources consultées, une position qui explique qu’elle ait subi davantage de pertes que des institutions comparables comme les fonds Teachers (caisse de retraite des enseignants de l’Ontario) ou Omers (caisse de retraite des employés municipaux de l’Ontario).

Au vu des responsabilités de la Caisse de dépôt dans la gestion des fonds censés assurer la sécurité financière des Québécois à leur retraite, il faut se demander comment il se fait qu’elle se soit retrouvée avec une position aussi forte dans le marché des PCAA, d’autant plus que deux grandes agences de notation de crédit, Moody’s et Standard & Poor’s, pourtant peu regardantes à cette époque-là, avaient refusé de noter le PCAA non bancaire en circulation au Canada, jugeant ce marché trop risqué.

Après 2000, la seule agence de notation encore active dans ce marché est DBRS (Dominion Bond Rating Service), une agence canadienne basée à Toronto, et elle attribue au PCAA distribué par les conduits canadiens la note AAA. Il faut comprendre qu’une telle évaluation va permettre à des investisseurs assujettis à des contraintes juridiques ou institutionnelles (tels que la Caisse de dépôt) d’acheter des titres de cette catégorie, et elle dispensait les conduits de PCAA de l’obligation d’émettre un prospectus et de fournir une tonne de précisions et de garanties.

C’est là que survient dans le portrait une entreprise de Toronto, Coventree Inc., un de ces fameux promoteurs non bancaires qui servent de conduits aux PCAA, et Coventree a la singularité d’avoir la Caisse de dépôt et placement à la fois comme actionnaire et comme client, une situation pour la moins scabreuse qui demeure à ce jour inexpliquée.

En effet, une institution comme la Caisse doit fuir comme la peste toute situation susceptible de la placer dans un conflit d’intérêts. Or, avant l’inscription de Coventree en bourse, en novembre 2006, la Caisse de dépôt en était le principal actionnaire, à hauteur de 28,9 % du capital.

La première question qui se pose est donc de savoir ce que la Caisse de dépôt faisait dans le capital d’une entreprise comme Coventree se spécialisant dans la vente de titres qu’elle serait susceptible d’acheter. Normalement, jamais la Caisse n’aurait dû se retrouver dans une situation pareille.

Pour qu’elle s’y soit retrouvée, trois cas de figure sont possibles :
 
  • 1. Soit que le président ait reçu des instructions précises du premier ministre à cet effet;
  • 2. Soit que ce placement corresponde à une orientation stratégique de la Caisse ayant priorité sur son obligation de se comporter en gestionnaire prudent du patrimoine des Québécois;
  • 3. Soit qu’il ait été fait en violation des règles de la Caisse gouvernant la nature de ses placements.

« Je jure de dire ma vérité, pas toute la vérité. »

Henri Paul Rousseau
Le premier de ces cas soulève la question de l’indépendance de la Caisse à l’endroit du pouvoir politique, et les deux autres mettent directement en cause la responsabilité personnelle de l’ex-président Henri-Paul Rousseau. En effet, dans toute entreprise, les orientations stratégiques sont déterminées sous l’autorité du chef de la direction. Et dans toute entreprise, celui-ci est ultimement responsable de voir à ce que les règles de gouvernance, comme en constituent dans une entreprise de ce genre les règles relatives à la nature des placements qu’elle peut faire, soient respectées.

Aucun de ces cas ne répond à la définition d’un « mystère de la vie ». Or une stratégie élaborée va pourtant être mise en place pour que cette version s’accrédite.

En effet, l’annonce des pertes de la Caisse survient en février 2009. Or Henri-Paul Rousseau n’est plus à la barre de la Caisse depuis le 30 mai 2008, date à laquelle il a démissionné en annonçant qu’il se joignait au groupe Power Corporation du financier Paul Desmarais à compter du 1er janvier 2009.

Parfaitement au fait de la crise du papier commercial qu’il gère à l’échelle canadienne depuis qu’elle a éclaté en août 2007, Rousseau sait mieux que tout autre quelles vont être ses répercussions sur le bilan 2008 de la Caisse de dépôt. En démissionnant avant la fin du 2e trimestre, Rousseau met un maximum de distance entre lui-même et l’annonce des pertes. Cette distance va lui permettre d’afficher le détachement de celui qui n’a plus rien à voir avec toute cette affaire lorsqu’elle va se révéler dans toute son ampleur.

Quelques jours après l’annonce des pertes par le président du conseil de la Caisse, Pierre Brunet, et le PDG par intérim, Fernand Perrault, spécialisé surtout dans les placements immobiliers, tous deux incapables de répondre de façon satisfaisante à toutes les questions qui se posent sur les pertes encourues, on apprend que Henri-Paul Rousseau apportera des éclaircissements sur les déboires de la Caisse dans une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le choix de ce forum ne s’explique pas autrement que par le désir de projeter une image de transparence. Mais en réalité, c’est le forum parfait pour une opération de relations publiques. L’auditoire est gagné à l’avance au message et à la personne du conférencier, et les questions, quand il y en a, ne sont jamais vraiment menaçantes. Souvenez-vous du triomphe de Micheline Charest de Cinar devant ce même groupe, peu de temps avant sa débâcle.

En choisissant une tribune de ce genre, Rousseau voulait prendre l’initiative du « spin », raconter l’histoire à sa façon – « C’était une tempête parfaite! » — sans risque d’être contredit ou tassé dans les coins par des interrogatoires trop serrés. Et, « comme par hasard », courtoisie de La Presse, il reçoit le soutien des poids lourds de l’écurie Power, Lucien Bouchard et Pierre-Marc Johnson (deux anciens premiers ministres du Québec).

Message subliminal : Taisez-vous, manants, vous n’y connaissez rien, les seigneurs ont parlé!




Lorsque Rousseau finit par se présenter le 19 mai 2009 devant la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur les pertes de la Caisse, il parvient facilement à se défiler, même s’il doit essuyer une attaque ad hominem du député Amir Khadir, « Votre arrogance et votre mépris cachent une certaine lâcheté : vous avez préféré démissionner. ».

Tout compte fait, et la chose est suffisamment surprenante pour mériter d’être soulignée, c’est la chroniqueuse financière de La Presse, Sophie Cousineau, qui soulève la question la plus pertinente, celle qui est vraiment au coeur de toute cette affaire :

« Alors que cette commission parlementaire tire à sa fin, le Québec ne comprend toujours pas pourquoi la Caisse s’est gavée de papier commercial jusqu’à la toute fin. Même après que la firme Coventree, son grand “pusher”, eut prévenu la Caisse que ses papiers commerciaux étaient contaminés par les hypothèques américaines à haut risque! Devant les “signaux contradictoires”, les gestionnaires de la Caisse se trouvaient dans la “confusion totale», a justifié l’ancien dirigeant. »

La réponse de Rousseau ne tient tout simplement pas la route. Si effectivement Coventree a pu vendre autant de papier commercial à la Caisse, c’est que la Caisse était également le plus important actionnaire de Coventree, et tant et aussi longtemps qu’on ne saura pas pourquoi, à quelles conditions, et dans quelles circonstances, la Caisse s’est retrouvée dans ce double rôle d’actionnaire et d’acheteur alors qu’elle connaissait le caractère douteux des titres qu’elle achetait, le mystère – car si mystère il y a, c’est bien là qu’il se trouve - demeurera entier.

***

Pour comprendre cette affaire, il est bon de rappeler qui sont les intervenants. En effet, ils ne se limitent pas au président de la Caisse et à son personnel. La Caisse est une société d’État qui relève du gouvernement par l’entremise du ministre des Finances.

Il s’ensuit donc que toute enquête éventuelle sur les pertes de la Caisse annoncées en 2008 devrait nécessairement se pencher sur les directives, officielles ou officieuses, qui auraient pu être données à la Caisse par le gouvernement Charest, et sur la connaissance que ce dernier pouvait avoir des décisions prises par la Caisse en rapport avec ses transactions de papier commercial.

En effet, de 2005 à 2007, le titulaire de cette fonction est le Libéral Michel Audet. La chose mérite d’être soulignée, car il est l’un de ceux qui viendront à la défense d’Henri-Paul Rousseau au lendemain de sa prestation devant la Chambre de commerce :

« Je suis très content qu’Henri-Paul ait pu expliquer la situation et rétablir les faits, dit-il. Il est venu s’expliquer, ce qui est courageux (...) Je suis outré de voir à quel point les gens posent des jugements à partir de perceptions et non à partir de la réalité. »

Monique Jérôme-Forget,
Au moment où la Caisse déclare ses pertes, c’est Monique Jérôme-Forget qui est titulaire des Finances. On se souviendra qu’elle s’était réjouie de la nomination d’Henri-Paul Rousseau à la Caisse en 2002 lorsqu’elle avait été annoncée par Pauline Marois, alors ministre des Finances dans le gouvernement Landry :

 À cet égard, la critique libérale en matière de finance, la députée de Marguerite-Bourgeoys Monique Jérôme-Forget, ne brandit pas la hache de guerre, au contraire. « On n’a pas à la combattre [cette nomination] », a-t-elle dit. « On n’a rien contre Henri-Paul Rousseau, manifestement. C’est un homme qui a de grandes qualités. Je le connais personnellement depuis des années. »

Comme disait de Gaulle, c’est la république des copains.

Par ailleurs, il y a de sérieuses questions à se poser sur le comportement du gouvernement lorsque vient le temps de procéder au remplacement de Henri-Paul Rousseau. Quatre présidents se succéderont en un an : Henri-Paul Rousseau, Richard Guay, Fernand Perrault et Michael Sabia. Robert Tessier a été nommé à la présidence du CA et procède à l’engagement de Michael Sabia, un inconnu dans le domaine du placement, avec une rapidité qui transpire le scénario concocté d’avance.

« Comme par hasard », ce Sabia est proche des Desmarais (ce fait nous a été officiellement confirmé à l’occasion du séjour de Michael Sabia à Sagard), et fonce directement aux bureaux de Power dès sa nomination, ostensiblement pour y rencontrer son prédécesseur, désormais chez Power. Tout observateur le moindrement alerte ne peut s’empêcher de se demander si les affaires de Paul Desmarais et de Power n’ont pas un rapport avec les malheurs de la caisse, ce qui fait de ceux-ci d’autres intervenants sur le rôle desquels il faut se pencher.

Qui plus est, la Caisse détient des participations importantes dans les entreprises que contrôle Power ou dans lesquelles elle a des participations. Ainsi, pendant les années où Henri-Paul Rousseau était à la Caisse, celle-ci a renforcé sa présence dans ce groupe et a acquis de nouvelles positions :

« Au 31 décembre 2007, la Caisse détenait 4,6 millions d’actions de Power, représentant 187,5 millions de dollars. Elle possédait également des titres dans les filiales de Power, soit Corporation Financière Power (212,9 M$), Pargesa (500 000 $) et Groupe Bruxelles Lambert (5,4 M$). La Caisse avait aussi un investissement de 131 millions $ dans Total, la pétrolière française dont Power Corp est le principal actionnaire. »

Mais ces participations sont tout à fait normales vu la taille de la Caisse. Elles sont donc la portion de l’iceberg qui émerge. La plus grosse n’est pas visible. C’est tout l’écheveau des relations entre les entreprises que contrôle Power, celles dans lesquelles elle a des participations, et celles avec qui elle entretient des rapports croisés, et la Caisse, et ce sont ces relations qui ont une valeur inestimable pour Power, car elles lui permettent de bénéficier de son poids, de son influence et de son levier sans qu’il lui en coûte quoi que ce soit et sans qu’elle ait à assumer tout le risque.

L’existence de rapports éventuels entre les pertes de la Caisse et les intérêts Desmarais/Power peut d’autant moins être évacuée sans faire l’objet d’une enquête qu’elle est tout à fait compatible avec le modus operandi de l’Empire qui privilégie, aux dires mêmes du patriarche dans une entrevue réalisée par Konrad Yakabuski pour le Globe and Mail dans le cadre d’une série sur les grandes fortunes du Canada, le développement de rapports étroits avec les politiciens les plus influents pour favoriser le développement de ses affaires.

Malheureusement, l’accès à cet article est désormais réservé aux seuls abonnés du Globe and Mail, mais cet élément d’information a été repris et développé sur le site Media Co op par Andrew Gavin Marshall sous le titre « Meet Canada’s Ruling Oligarchy : Parasites-a-Plenty ! - Class War and the College Crisis, Part 7 ».

Le cas Power fait même désormais l’objet d’études universitaires sur cette question. Celle-ci, « Réseaux sociaux des membres du conseil d’administration et acquisition de ressources par la firme : une étude de cas » expose justement le modus operandi de Power.

Cette étude se situe dans une lignée de travaux récents qui se sont penchés sur les liens qu’entretiennent entre elles les grandes institutions financières du monde entier. Ainsi, la revue scientifique américaine New Scientist nous apprenait-elle récemment qu’une équipe de chercheurs suisses spécialisés dans les systèmes complexes, attachés à la très renommée École polytechnique fédérale de Zurich, avait cartographié ces liens pour déterminer dans quelle mesure ils pouvaient contribuer ou nuire à la stabilité du système économique mondial. Dans le contexte actuel, vous ne serez pas surpris d’apprendre que la multiplication de ces liens contribue à son instabilité.

 ***
"Le B.A-BA des subprimes", le film
 

 
 
Cela dit, dans l’affaire des pertes de la Caisse, il faut également se pencher sur le rôle d’autres intervenants comme les dirigeants de Coventree, Geoffrey Cornish et Dean Tai, qui ont tous deux été sévèrement sanctionnés par la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO) pour leur rôle dans cette affaire. Voici d’abord le communiqué émis par la CVMO à l’issue de son enquête :
 
8 septembre 2011 TORONTO – Dans une décision rendue publique aujourd’hui, un comité de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO) a conclu que Coventree Inc., M. Geoffrey Cornish et M. Dean Tai, ont omis de s’acquitter de leurs obligations d’information continue, et que la conduite de Coventree et de MM. Cornish et Tai, en contrevenant au droit ontarien des valeurs mobilières, allait à l’encontre de l’intérêt public.
Le personnel [Note de RLH : les enquêteurs de la CVMO] avait allégué que Coventree avait omis de s’acquitter de ses obligations d’information continue en ne divulguant pas la décision prise par Dominion Bond Rating Service Limited (DBRS) en janvier 2007 de changer sa méthode de notation de crédit, ce qui a modifié de façon importante l’entreprise ou les activités de Coventree.
Le personnel avait également allégué que Coventree avait omis de s’acquitter de ses obligations d’information continue en ne divulguant pas la liquidité et des événements connexes, ni le risque d’une perturbation des marchés dans les jours qui ont précédé la perturbation du marché du PCAA, survenue en août 2007.
Dans sa décision, le comité a conclu que Coventree a enfreint la Loi sur les valeurs mobilières en omettant de publier et de déposer sans délai un communiqué divulguant les changements importants apportés à la suite de la publication d’un communiqué par DBRS en janvier 2007 et en omettant de publier et de déposer sans délai un communiqué divulguant les changements importants qui ont eu lieu avant la fermeture des marchés le 1er août 2007.
Le comité a également conclu que MM. Cornish et Tai ont autorisé ou permis la non-conformité de Coventree au droit ontarien des valeurs mobilières ou y ont acquiescé et sont réputés de ne pas l’avoir respecté.
Un comité de la CVMO a rejeté les allégations du personnel selon lesquelles Coventree avait omis d’assurer une divulgation complète, fidèle et claire dans son prospectus en ne divulguant pas le fait que DBRS avait adopté, en novembre 2006, des critères relatifs à la notation de crédit plus contraignant pour le PCAA, ainsi que les allégations selon lesquelles Coventree avait effectué des déclarations trompeuses importantes en avril 2007.
Une audience sur les sanctions dans cette affaire est en instance
Un exemplaire des motifs et des décisions du comité de la CVMO relativement à l’affaire Coventree Inc., M. Geoffrey Cornish et M. Dean Tai est accessible sur le site Web de la CVMO à l’adresse www.osc.gov.on.ca.
La CVMO a pour mandat de protéger les investisseurs contre les pratiques déloyales, irrégulières ou frauduleuses et de favoriser des marchés financiers justes et efficaces en plus de promouvoir la confiance en ceux-ci. Nous invitons les investisseurs à vérifier l’inscription de toute personne ou compagnie offrant des occasions de placement et à consulter le matériel d’information de la CVMO à l’intention des investisseurs accessible à l’adresse www.osc.gov.on.ca.
 

IT IS HEREBY ORDERED WITH RESPECT TO EACH OF CORNISH AND TAI THAT :
  1. (e) pursuant to clause 6 of subsection 127(1) of the Act, each of Cornish and Tai be reprimanded ;
  2. (f) pursuant to clause 7 of subsection 127(1) of the Act, each of Cornish and Tai resign any positions he may hold as a director or officer of a reporting issuer, other than Coventree ;
  3. (g) pursuant to clause 8 of subsection 127(1) of the Act, each of Cornish and Tai are prohibited from becoming or acting as a director or officer of a reporting issuer, other than Coventree, for a period of one year ; and
  4. (h) pursuant to clause 9 of subsection 127(1) of the Act, each of Cornish and Tai shall pay an administrative penalty of $500,000 ;
  
Geoffrey Cornish est un avocat et un ancien associé du cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg, le même auquel est associé Lucien Bouchard. C’est également un diplômé de l’Université Western Ontario, tout comme Henri-Paul Rousseau. Rien ne nous permet cependant de tirer la moindre conclusion de ces coïncidences.
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Restent enfin comme intervenants tous les employés de la Caisse qui ont été mêlés aux transactions avec Coventree. Le fait qu’il n’y ait eu aucune enquête sur la possibilité de négligence grossière ou de fraude à ce niveau est troublant, sauf si leurs supérieurs savaient pertinemment qu’ils avaient tout simplement agi selon les instructions qu’ils avaient reçues. Si ce n’avait pas été le cas, ils auraient été trop heureux de les lancer en pâture à la vindicte populaire.
 
On constate donc dans cette affaire que l’autorité compétente en Ontario s’est acquittée correctement de sa mission de protéger l’intérêt public pour les aspects qui relevaient d’elle, ce qui a pour effet de mettre crûment en relief l’incurie des autorités québécoises à quelque niveau que ce soit.
 
En effet, aucune enquête ou procédure administrative, criminelle ou civile n’a été entreprise contre qui que ce soit au Québec, même si les circonstances auraient pu le justifier. Dans une affaire de cette ampleur, on se serait au moins attendu à ce que l’Autorité des marchés financiers fasse enquête, comme la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario l’a fait.
 
En fait, l’absence de toute enquête ou procédure judiciaire nous suggère que nos autorités se sont livrées à une opération de camouflage sans précédent dans l’histoire du Québec.
 
Le 4 septembre prochain, il faut espérer que les Québécois en tiendront compte.
 
Et le 5 septembre, le nouveau (la nouvelle) premier (première) ministre devrait confier au vérificateur général le mandat de faire enquête sur toute cette affaire et de lui faire les recommandations opportunes dans les circonstances.
 
Encore faudrait-il que le nouveau premier ministre ne soit pas Jean Charest, celui-là même à qui nous devons ce fiasco historique.
 
Note : Avec mes remerciements à Mario Pelletier (auteur du livre La Caisse dans tous ses états), Jean-Claude Pomerleau et Me Pierre Cloutier pour leurs textes très éclairants.
 
Source Vigile