mercredi 31 octobre 2012

Le filon australien de l’uranium : Vers un monde plus dangereux

Le rôle avide de Julia Gillard

De John Pilger


Le parlement australien pue la cire de parquet. Les sols de bois luisent tellement qu’ils réfléchissent les portraits de genre dessins animés des premiers ministres, des juges à perruques et des vices-rois. Le long des couloirs feutrés et brillants, les murs sont décorés d’art aborigène : une peinture après l’autre comme dans une galerie monolithique, totalement coupés de leur origine, dans une brutale ironie. Le peuple le plus pauvre, le plus malade, le plus incarcérés de la planète donne une façade à ceux qui supervisent le vol de leur terre et son pillage.
 
L’Australie possède 40 % de l’uranium mondial, la totalité en territoire indigène. La première ministre Julia Gillard revient juste d’Inde où elle a vendu de l’uranium à un gouvernement qui refuse de signer le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et dont l’ennemi, le Pakistan est aussi non-signataire du traité. La menace de guerre nucléaire entre ces deux pays est constante. L’uranium est un ingrédient essentiel des armes nucléaires. Le contrat de Gillard à Delhi termine de manière formelle la longue politique du parti travailliste australien de refuser la vente d’uranium aux pays qui refusent de signer le TNP et l’obligation « de poursuivre des négociations de bonne foi sur les mesures effectives en rapport avec la cessation de la course à l’armement nucléaire le plus tôt possible et le désarmement nucléaire. »
 
Comme les Japonais, les Aborigènes d’Australie ont fait l’expérience de l’horreur des armes nucléaires. Durant les années 1950, le gouvernement britannique a testé des bombes atomiques à Maralinga dans le sud de l’Australie. La population aborigène ne fut pas consultée et ne reçût que de maigres mises en garde voire aucune et continue de souffrir des effets. Yami Lester était un petit garçon quand il vit le flash nucléaire et en devint aveugle. La lutte permanente du peuple aborigène pour être reconnu comme étant des êtres humains a été une lutte non seulement pour leur terre, mais aussi pour ce qu’il y a en dessous, dans ses sous-sols. Comme leur statut était à peine plus élevé que celui des moutons jusqu’en 1971, et qu’à l’encontre des moutons ils n’étaient pas comptés, bon nombre de leurs modestes droits fonciers ont été corrompus ou diminués par les gouvernements successifs de Canberra.
 
En 2007, le premier ministre d’alors, John Howard, utilisa l’armée pour lancer une « intervention d’urgence » dans les communautés aborigènes des Territoires du Nord, riches en ressources naturelles minérales. Des histoires sordides et mensongères de cercles pédophiles furent la couverture pour l’opération, les indigènes furent avertis qu’ils ne recevraient pas les services de base s’ils n’abandonnaient pas le bail de leurs terres. Le ministre des Affaires indigènes de Gillard a depuis donné à ce projet le nom orwellien de « Grands futurs ».
 
La tactique demande de faire en sorte que les gens se rendent dans des « villes high-tech » et de refuser aux gens des logements décents ainsi les forçant à vivre à douze ou plus dans une chambre. La relocalisation des enfants aborigènes a atteint le niveau de la triste époque de la « Génération perdue » du siècle dernier. Beaucoup ne reverront sans doute jamais leur famille.
 
Dès que « l’intervention » fut commencée, des centaines de titres d’exploitation des terres furent données à des industries pour l’exploration minière et l’exploitation de l’uranium.
 
La politique contemporaine en Australie est souvent définie par le pouvoir des compagnies minières. Quand l’ancien premier ministre travailliste (NDT : équivalent du PS foie jaune de chez nous…) Kevin Rudd proposa un impôt sur les profits records des compagnies minières, il fut déposé par une cabale d’arrière-boutique, incluant Gillard, qui réduisit l’impôt. Des câbles diplomatiques fuités par Wikileaks révèlent que deux des comploteurs contre Rudd étaient des informateurs de l’ambassade des États-Unis, que Rudd avait mis en colère en ne suivant pas à la lettre les plans des États-Unis faits pour encercler la Chine et de rendre disponible l’uranium à la vente pour des clients des États unis comme l’Inde.
 
Gillard a depuis retourné la relation australo-américaine à son niveau historique, de la même manière que l’était un pays satellite européen de l’URSS. La veille de l’arrivée d’Obama à Canberra l’an dernier pour déclarer que la Chine était le nouvel ennemi du « monde libre », Gillard annonça la fin de l’interdiction par son parti sur les ventes d’uranium.
 
Les obsessions de l’après-guerre froide de Washington demandent aussi les services de l’Australie. Ceci inclut l’intimidation de l’Iran et la destruction de l’indépendance de cette nation, le torpillage du TNP et la prévention de l’établissement de zones non nucléaires, qui menaceraient la dominance nucléaire dans la région des États-Unis et d’Israël. À l’encontre de l’Iran, signataire du TNP et grand supporter d’une zone non nucléaire au Moyen-Orient, les États-Unis et Israël ne veulent pas entendre parler d’inspections. De plus, ces deux pays menacent l’Iran d’une guerre, qui d’après les agences de renseignement américain combinées, ne possède pas d’armement nucléaire.
 
L’inversion nécessaire de la réalité et la doctrine du double standard demandent « un processus minutieusement orchestré », assure un officiel Australien à l’ambassade des États-Unis, cité par Wikileaks. D’après les câbles américains il y a des « idées australiennes » enthousiastes pour forger une information qui aidera à discréditer Mohamed El Baradei, qui en tant que directeur de l’AIEA de 1997 à 2009, a réfuté répétitivement les accusations américaines disant que l’Iran construit des armes nucléaires. Le directeur du bureau australien du contrôle de l’armement est mis en évidence comme étant un chien de garde américain, mettant en garde contre « la pente savonneuse » où s’engagent les gouvernements qui « exercent un jugement indépendant » sur les affaires nucléaires. Patrick Suckling, un autre officiel australien, a été rapporté dire aux Américains que « l’Australie désire les sanctions les plus fortes et les plus incapacitantes contre l’Iran ». Les victimes de Sickling sont aujourd’hui des hommes, femmes et enfants ordinaires. Le 5 octobre, l’alliance australienne contre le nucléaire, qui incorpore des groupes aborigènes à travers tout le pays, s’est rassemblée à Alice Springs. Elle a appelé à un moratoire sur toutes les exploitations et ventes d’uranium. Les femmes aborigènes ont fait une demande très spéciale à Gillard, qui a été élue par les médias blancs récemment comme une héroïne féministe. Aucune réponse n’était attendue.
 
Le 17 octobre, tous les ronds de jambes et promesses de servilité à leurs puissants patrons ont fini par payer puisque l’Australie a été intronisée comme membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU, connu à Canberra comme « la grande table ». Le timing est parfait. Une attaque par l’OTAN sur la Syrie ou l’Iran, ou les deux n’a jamais été aussi proche. Une guerre mondiale pointe à l’horizon depuis la marque de 50 ans lorsque « le monde s’arrêta », écrivit l’historien Sheldon Stern. C’était la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque les États-Unis et l’URSS furent si proches d’une guerre nucléaire. Des documents maintenant déclassifiés montrent que le président John F. Kennedy avait autorisé « à des avions de l’OTAN, pilotes turcs aux commandes, de décoller à destination de Moscou et de lâcher une bombe ».
 
L’écho aujourd’hui résonne on ne peut plus clairement.

mardi 30 octobre 2012

L’arme du silence médiatique

par Manlio Dinucci
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
 
On dit que le silence est d’or. Il l’est, sans aucun doute, mais pas seulement dans le sens du proverbe. Il est surtout précieux comme instrument de manipulation de l’opinion publique : si dans les journaux, dans les télés journaux et dans les talk-shows on ne parle pas d’un acte de guerre, il n’existe pas dans l’esprit de ceux qui sont convaincus que n’existe que ce dont parlent les médias. Par exemple, combien de gens savent qu’il y a une semaine la capitale du Soudan, Khartoum, a été bombardée? L’attaque a été effectuée par des chasseurs bombardiers, qui ont frappé de nuit une usine de munitions. Celle qui, d’après Tel-Aviv, fournirait les Palestiniens de Gaza. Israël est le seul à posséder dans la région des avions capables de frapper à 1900Kms de distance, d’échapper aux radars et de provoquer le blackout des télécommunications, capables de lancer des missiles et des bombes à guidage de précision depuis des dizaines de Kms de l’objectif. Des photos satellitaires montrent, dans un rayon de 700 mètres de l’épicentre, six énormes cratères ouverts par de très puissantes têtes nucléaires explosives, qui ont provoqué des morts et des blessés. Le gouvernement israélien garde le silence officiel, en se bornant à affirmer que le Soudan est « un dangereux état terroriste, soutenu par l’Iran ». Par contre, les analystes stratèges parlent, donnant pour sûre la matrice de l’attaque, soulignant que ce pourrait être un essai de celle des sites nucléaires iraniens. La requête soudanaise que l’ONU condamne, l’attaque israélienne et la déclaration du Parlement arabe, qui accuse Israël de violation de la souveraineté soudanaise et du droit international, ont été ignorées, par les grands média.

Le bombardement israélien de Khartoum a ainsi disparu sous la chape du silence médiatique. Comme le massacre de Bani Walid, la ville libyenne attaquée par les milices « gouvernementales » de Misrata. Des vidéos et photos, diffusées via Internet, montrent d’impressionnantes images du massacre de civils, enfant compris. Dans un témoignage vidéo dramatique depuis l’hôpital de Bani Walid assiégé, le Dr. Meleshe Shandoly (voir vidéo) parle des symptômes que présentent les blessés, typiques des effets du phosphore blanc et des gaz asphyxiants. On a appris immédiatement après que le médecin a été égorgé. Il y a cependant d’autres témoignages, comme celui de l’avocat Afaf Yusef, que de nombreuses personnes sont mortes sans être touchées par des projectiles ou des explosions. Corps intacts, comme momifiés, semblables à ceux de Fallujah, la ville irakienne attaquée en 2004 par les forces étasuniennes avec des projectiles au phosphore blanc et des armes nouvelles à l’uranium. D’autres témoins parlent d’un bateau transportant des armes et des munitions, arrivé à Misrata peu avant l’attaque contre Bani Walid. D’autres encore parlent de bombardements aériens, d’assassinats et de viols, de maisons démolies au bulldozer. Mais leurs voix aussi ont été étouffées sous la chape du silence médiatique. Tout comme l’information que les Etats-Unis, pendant l’assaut contre Bani Walid, ont bloquée au Conseil de sécurité de l’ONU la proposition russe de résoudre le conflit par des moyens pacifiques.

Informations qui n’arrivent pas, et arriveront de moins en moins, dans nos maisons. Le réseau satellitaire mondial Intelsat, dont le quartier général est à Washington, vient de bloquer les transmissions iraniennes en Europe, et le réseau satellitaire européen Eutelsat a fait de même. À l’époque de l’« information globale », on ne doit écouter que la Voixde son Maître.[1]
 
NOTES:
[1] Référence ironique à la maison de disques britannique His master’s Voice, fameuse en Italie surtout dans les années Trente. NdA
Edition de mardi 30 octobre 2012 de il manifesto
 

QATAR : Une diplomatie au service de l’Amérique

par Ali El Hadj Tahar
« La volonté de puissance de l’émir Hamad du Qatar n’a d’autres limites que celles fixées par l’OTAN, » écrivait Gilles Munier dans Global Research, le 6 février 2012.
 

Ce petit Néron du petit Qatar qui ne connaissait même pas la cuillère il y a deux décennies de cela semble avoir une longue liste d’ennemis dans le viseur, ce broyeur de Républiques devenu un fabriquant de fausses révolutions à la chaîne, ce faiseur d’opinion qui n’en a pas une seule digne d’être suivie, ce sponsor des terrorismes qui veut battre les records des coups bas avec l’aisance dont il a déposé son propre père, ce chef d’un État dont on oublie de rappeler qu’il est wahhabite tout comme l’Arabie Saoudite a aussi cherché des noises à Riyad. Durant des années, les relations de Doha avec Riyad ont été exécrables, car, ajoutés au différend frontalier, les Al-Saoud n’ont pas pardonné à Hamad d’avoir fait un coup d’État contre son propre père : aucun monarque ne souhaite un putsch contre un autre monarque, de surcroît près de ses frontières. Puis avec ses « printemps arabes », Hamad, le dynamique est venue animer le quotidien ennuyeux d’un roi, en liquidant Kadhafi et faisant tomber quelques pions au passage. Ensuite un autre problème surgit avec le trublion : le putsch manqué contre le Koweït et la diffusion, en février 2012, par l’agence iranienne IRIB d’un entretien enregistré clandestinement lors d’une rencontre privée entre l’émir Hamad et le défunt colonel Kadhafi (en marge du sommet arabe de Damas de 2008). Dans l’entretien, Hamad disait que « Le roi Abdallah est épuisé et incapable de contrôler le pays » et que viendrait le jour où le Qatar s’emparerait d’Al- Qatif et d’Al-Sharqiya et démembrerait l’Arabie. À Kadhafi, il confiait aussi avoir remis un rapport de la situation sécuritaire du royaume suite à la demande des Américains et des Britanniques, et qu’un soulèvement contre les Al-Saoud était « imminent », avant d’ajouter : « Le régime de l’Arabie Saoudite va s’effondrer à cause d’un monarque vieillissant qui ne permet pas aux jeunes princes d’accéder au pouvoir. »

Pour le moment, l’émir et le roi ont mis ce différend de côté, préoccupés qu’ils sont par la défaite annoncée de leur projet en Syrie en dépit des 30 milliards de dollars qu’ils y ont dépensés pour acheter des voix complices à l’échelle régionale et internationale ainsi que pour l’achat des armes, programmes de communication dans les grands médias occidentaux sans parler des agences de communication et de propagande, les agents ou agences de recrutement de mercenaires comme Blackwater, la société militaire américaine spécialisée dans le recrutement des mercenaires. Lorsqu’ils échoueront en Syrie, ils trouveront une autre victime, le Mali et quelques-uns de ses voisins étant déjà prêts à être embrochés, et pourquoi pas le Liban qu’Israël tient à émietter ou la Jordanie, considérée par l’État hébreu comme la seule patrie des Palestiniens.

Des conflits comme mode de gouvernance

Plusieurs officiels Occidentaux importants admettent l’implication d’Al-Qaïda en Syrie : le directeur du renseignement de l’Union européenne, Patrice Bergamini, a reconnu (dans une interview accordée vendredi 17 août au quotidien libanais Al-Akhbar) que des djihadistes y activent. Même en Turquie et en Jordanie, les bases contrôlées que les gouvernements de ces pays leur ont créées risquent de déborder comme cela se passe au Liban où l’armée a dû sortir ses blindés pour reprendre le contrôle de Tripoli. Ils comprennent maintenant qu’ils ont été bernés par ce Qatar qui croyait que sa campagne en Syrie serait une promenade comme en Libye, et qu’une horde appelée « Armée syrienne libre » sans armes lourdes ni soutien populaire puisse ébranler une armée nationale de 200 000 hommes rompue aux arts de la guerre. Les Syriens savent que face à un nombre plus élevé de terroristes, l’Algérie a pu éradiquer la peste djihadiste. Certes en Syrie, la mission de l’armée est plus difficile, car il s’agit d’une guérilla urbaine et donc d’essayer d’éradiquer les terroristes sans toucher les civils. En tout cas, les soldats syriens n’ont pas déserté, ce qui montre que le peuple est aussi avec son gouvernement, malgré les primes faramineuses promises par Doha aux traîtres : 1 million de dollars pour les officiers!

La situation au Mali est, quant à elle, de plus en plus inquiétante, d’autant que les terroristes recrutent des enfants dans leurs rangs. Le financement des groupes terroristes par Doha est un secret de Polichinelle, et selon Le Canard enchaîné, qui a révélé l’information, l’émirat du Qatar aurait des visées sur les richesses des sous-sols du Sahel. Le Qatar est actionnaire dans Total auquel le nouveau gouvernement libyen aurait déjà promis 35% de ses ressources pétrolières. Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po à Paris, écrit : « De la même façon que le Qatar a fourni des forces spéciales pour entraîner une opposition à Kadhafi, on pense qu’un certain nombre d’éléments des forces spéciales qataries sont aujourd’hui dans le Nord-Mali pour assurer l’entraînement des recrues qui occupent le terrain, surtout Ansar Dine. » Tandis que le journal Malien L’Indépendant du 6 avril (le lendemain de l’enlèvement du consul d’Algérie) écrivait qu’un cargo qatari avait atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles, d’autres sources maliennes parlent même de plusieurs cargos à des dates différentes, ajoutant que des islamistes affluaient du sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) vers le nord du Mali. Ainsi donc, Hamad fera d’une pierre plusieurs coups, car il ne voudra pas épargner le président Oueld Abd Al Aziz de Mauritanie qui a osé le remettre à sa place, en lui disant de s’occuper de ne pas s’ingérer dans les affaires des autres peuples. Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Ali Abdullah Saleh du Yémen ont tous accusé le Qatar d’avoir planifié et mis en exécution les soulèvements et les violences qui ont ébranlé leurs pays : étaient-ils mal informés par leurs services de renseignements?

L’émir « révolutionnaire » n’est pas un zaïm

Dans les pays arabes et musulmans, la diplomatie est presque synonyme d’angélisme et se caractérise par la préservation des bonnes relations entre les peuples tout en veillant aux intérêts communs. Par contre, c’est le cynisme et l’égoïsme qui caractérisent la politique étrangère du nouvel intrus qui vient bouleverser toutes les cartes, profitant de la faiblesse ou de la tolérance des frères. Loin est la période où l’Algérie envoyait ses ministres des affaires étrangères régler des problèmes régionaux, comme entre l’Irak et l’Iran, quitte à ce qu’un ministre tombe en martyr du devoir. Benyahia a été assassiné, car il voulait mettre fin à une guerre inutile entre deux pays musulmans poussés par les États-Unis et leurs valets du Golfe qui ont instrumentalisé Saddam Hussein avant de l’abattre. L’Algérie n’est plus que l’ombre du pays des martyrs, plus que le spectre invisible dont on ne montre même pas le drapeau lors des réunions internationales. Dépendant de la Bourse qatarie et américaine, l’Égypte elle aussi n’a plus que l’ombre d’un président en la personne d’une girouette islamiste. Qui doit son fauteuil à Hamad ne peut le contredire. Comme l’émir qatari, Morsi est pour la Palestine, mais il ferme les tunnels qui mènent à Gaza empêchant ainsi le transit des biens vers la région sous embargo. Président copié collé, petit clone d’un Qatar par les complots devenu grand. Pion du même clan de la soumission à Israël et aux États-Unis…

Les Arabes se demandent comment de grands pays comme l’Égypte, l’Algérie et l’Irak sont devenus si petits et comment un si petit Qatar soit devenu si puissant. Et si arrogant. Comme si le Liechtenstein ou Monaco pouvait défier l’Allemagne ou la France. Mais Doha a un modèle en tête : l’État d’Israël, dont la puissance est bâtie sur une même attitude hégémonique et suffisamment d’argent pour dominer le monde… La diplomatie qatarie n’est que la traduction d’une politique étrangère américaine qui essaie de sauver le système unipolaire qui fait encore des États-Unis le gendarme du monde. En dépit de leur agitation, les États-Unis ne font que retarder l’échéance de la future domination planétaire par la Chine et par une Russie qui se repositionne après leur sortie du communisme. Le XXe siècle n’a été un siècle américain qu’à moitié et il n’est même pas dit que les États-Unis domineraient tout le XXIe, en tout cas certainement pas sur le plan économique. Mais peut-on dominer militairement face à la Chine et à la Russie si on ne les domine pas économiquement? Le Qatar? Il ne reviendra probablement pas de sitôt à ses dromadaires et à sa pêche, mais son avenir dépend du futur de ses maîtres. Son rôle est de battre le tambour, haut et fort, pour faire croire à la primauté des États-Unis d’Amérique qui recrée des Pearl Harbor sur son sol pour se donner la légitimer de bombarder qui elle veut. Ce terrorisme américain nécessaire à l’instauration du nouvel ordre mondial ou du Grand Moyen-Orient, il lui fallait l’assistance de l’Arabie Saoudite et d’un cynique comme le Qatar pour qu’il convainque encore quelques dupes. Une volonté d’existence se transforme en volonté de puissance puis d’influence, y compris par les moyens violents de l’ingérence militaire. Or, le Qatar aurait pu facilement être un catalyseur puissant pour le monde arabe, un moteur, une locomotive précieuse pour l’entraîner de l’avant, le fédérer, le souder, le magnifier, mais il a préféré jouer le rôle contraire, saper une union fragile, aggraver les conflits, attiser les violences, ranimer les inimitiés et les vieilles rancœurs, faire le contraire de ce qu’ont fait tous les bâtisseurs d’empires, du moment qu’il a cette prétention. La Turquie d’Erdogan a aussi cette prétention, chacun voulant être le leader d’une même région disposée à se laisser conduire, vers la réussite ou vers l’abattoir, une région qui cherche un guide éclaireur ou un meneur aventuriste comme ceux qu’elle a déjà eus. Pourtant autrefois, des califes qui n’avaient même pas l’infime partie de la richesse de Doha ont pu créer la dynastie omeyyade, la dynastie abbasside, celle des Hammadides ou de la fière Andalousie… Hamad l’anti-calife plein de sous. Quel échec dans autant de réussites! Le Qatar a réussi à se hisser au rang de pays riche, mais il ne dispose pas d’un savoir-faire scientifique ou technologique. Hamad, quant à lui, s’est propulsé sur la scène internationale comme le leader arabe le plus visible. De facto, il est devenu le premier représentant d’une nation depuis longtemps sans zaïm, et ce, grâce à une chaîne et de l’argent qui lui ouvrent les portes du monde. Mais ce faux électron libre n’est pas devenu zaïm car la rue arabe ne lui a pas donné cette légitimité octroyée à Nasser, Boumediène, Bourguiba, et même Saddam Hussein, Kadhafi et Ben Ali. Il a trahi des peuples qui attendent impatiemment leur nouveau zaïm comme les chiites attendent leur imam caché. Ç’aurait été tellement facile pour Hamad de devenir une idole, un zaïm éclairé, mais il préfère être un pantin d’Obama. Il préfère agir comme un pirate à l’ère de la razzia; en prédateur alors qu’il dispose de richesses immenses qu’il accumule sans en jouir ou les partager.

lundi 29 octobre 2012

L’UE et les États-Unis préparent une intervention militaire au Mali

De Ernst Wolff
 

Il y a une semaine, la presse européenne chantait les louanges de l’Union européenne (UE) en tant que lauréat du Prix Nobel de la Paix de cette année. Dans le même temps, des diplomates de haut rang étaient en train de planifier une nouvelle intervention militaire impérialiste en Afrique. La chef de la diplomatie européenne, Catherin Ashton, a été chargée de présenter d’ici 30 jours un plan pour une « mission au Mali ».
 
Selon des déclarations de diplomates européens, une telle mission implique le déploiement de 150 experts militaires européens pour former sur une période de quatre à six mois les troupes maliennes et africaines. L’EUTM (European Union Training Mission) qui forme depuis mai 2010 les soldats somaliens en Ouganda sert de modèle pour une telle opération. Une décision finale sur le genre d’engagement militaire sera prise le 19 novembre.
 
Le 12 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé une mission militaire internationale au Mali. Il a demandé au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, d’élaborer avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union africaine un projet détaillé pour une mission militaire contenant des informations sur le personnel, les coûts et le type d’activité. Ce projet doit être achevé d’ici novembre.
 
Ce ne sont ni l’ONU ni l’UE qui représentent la véritable direction d’une intervention au Mali, mais la France, l’ancienne puissance coloniale. C’est Paris qui a rédigé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU donnant le feu vert à une action militaire et qui a entrepris d’intenses activités diplomatiques pour persuader les gouvernements africains de fournir des troupes à cette opération. Des généraux français ont également élaboré des projets pour un déploiement militaire. Ils insistent sur l’urgence de l’opération et sur le fait qu’elle doit débuter avant le commencement, fin mars 2013, de la saison des pluies au Mali.
 
La France jouit du plein appui des États-Unis qui selon certaines informations veulent fournir des drones pour une telle intervention. Le gouvernement allemand a aussi accepté d’y participer. La chancelière allemande, Angela Merkel, a dit lundi à des soldats allemands que Berlin était en principe prêt à participer à une « mission d’entraînement et de soutien au Mali. »
 
Des militaires et des diplomates français et américains de haut rang se sont rencontrés cette semaine à Paris pour discuter de « questions sécuritaires dans la zone sahélienne ». Après les entretiens, un porte-parole du ministère français de la Défense a annoncé que la France recherchait une participation active de l’UE dans la logistique et la conception d’une intervention militaire selon le format de l’opération Atlanta menée par l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes.
 
Bien que ce soient la France, les États-Unis et l’UE qui définissent les buts et les objectifs de l’opération militaire, leurs projets prévoient le recours à des troupes issues de divers pays africains. Selon les projets actuels, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) ne fournirait qu’environ 3.000 troupes pour un tel déploiement. L’UE et les États-Unis seront responsables de la formation, du financement et de l’approvisionnement en armes ainsi que de la planification militaire. En d’autres termes, selon les dires de diplomates de l’UE la semaine dernière, cette solution donnera à l’opération « un visage africain ». L’avantage pour les puissances européennes est que la perte en vies humaines et en blessés sera limitée aux soldats africains.
 
Le prétexte officiel des préparatifs de guerre est la prise de pouvoir des Islamistes dans le Nord Mali. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré à l’issue d’une réunion avec son homologue français, Laurent Fabius : « Si le Nord Mali s’effondrait totalement, si une deuxième Somalie s’y constituait, une région hors la loi et sans État, alors les terroristes disposeront d’un havre de paix. »
 
Le fait que les forces islamistes ont pu prendre le contrôle du Nord Mali – une région égale à la superficie de la France – est une conséquence directe de la guerre en Libye. Sous le règne de Kadhafi, la Libye était l’un des plus importants investisseurs du Mali extrêmement appauvri. Kadhafi avait aussi joué un rôle de médiateur dans le conflit entre le gouvernement central et les Touaregs qui luttent pour leur indépendance dans la région aride au nord du pays. Beaucoup d’entre eux avaient réussi à trouver du travail en Libye. ( photo Kadhafi à Sebha lors d'une cérémonie des Touareg du Mali et du Niger, le 6 octobre 2009)

Après le renversement du régime libyen, les Touaregs sont retournés en masse dans le pays. Nombre d’entre eux étaient lourdement armés. Ils étaient accompagnés par des Islamistes qui avaient soutenu la campagne menée par l’OTAN contre Kadhafi en Libye. C’est alors que le président malien de longue date, Amadou Toumani Touré, a perdu le contrôle et fut renversé par un coup d’État militaire, en mars. Le dirigeant du coup d’État était le capitaine Amadou Sanogo qui a reçu une formation militaire aux États-Unis et entretient d’étroites relations avec les agences de renseignement américaines.
 
Le coup d’État a eu lieu dans un contexte marqué par des problèmes sociaux en série et un mécontentement général. Des soldats gouvernementaux avaient été envoyés mal équipés et manquant d’armes adéquates combattre les Touaregs. Parallèlement, le pays a souffert des années durant d’une mauvaise gestion et de corruption de la part de la bourgeoisie du pays qui a vendu des pans entiers de terres arables et des entreprises de coton à des capitalistes étrangers. Ceci a suscité une opposition considérable parmi les paysans et les étudiants.
 
Dans le chaos politique qui a suivi le coup d’État, les rebelles Touaregs revenus de Libye ont rejoint les Islamistes du pays dans le but de prendre le contrôle de vastes territoires dans le nord du Mali. Ensuite, les Islamistes d’Ansar Dine et des groupes plus petits liés à la branche d’Afrique du Nord d’Al Qaïda (Aqmi) et bénéficiant du soutien financier du Koweït ont chassé les rebelles Touaregs hors des principales villes, exerçant un contrôle sans partage de la région.
 
Selon des informations parues dans les médias, des centaines de djihadistes se sont rassemblés dans les villes de Tombouctou et de Gao dans le Nord Mali après la prise de décision du Conseil de sécurité de l’ONU ratifiant la guerre. Ces guerriers islamistes radicaux sont issus du Soudan et du Sahara occidental, un territoire revendiqué par le Maroc, et ils comptent défendre le Nord Mali contre une offensive à venir de forces maliennes et internationales. Les forces islamistes venues d’Algérie, d’Égypte, du Pakistan et du Yémen sont aussi en train de converger vers le Nord Mali et des manifestations ont eu lieu dernièrement dans la capitale malienne à Bamako contre une intervention étrangère.
 
Harald Kujat
Certains experts militaires ont déjà averti qu’une intervention au Mali évoluerait vers une guerre de longue durée comme celle que les puissances impérialistes mènent depuis plus d’une décennie en Afghanistan. L’ancien chef d’État-major des forces armées allemandes, Harald Kujat, a dit au journal Leipziger Volkszeitung, qu’il était illusoire de penser qu’on pouvait former des soldats non armés au Mali. « Il y a un risque considérable de développement en un conflit armé. »

Indifférentes à l’énorme souffrance endurée par la population civile – 300.000 personnes ont fui leurs maisons, les vies d’un demi-million de personnes sont en danger du fait de la sécheresse et de la famine, et plus d’un demi-million d’enfants sont sous-alimentés –, les puissances impérialistes sont en train de préparer une intervention militaire au Mali qui aura des conséquences qui dépasseront de loin les frontières du pays.

L’attitude de l’ONU et de l’UE est déterminée par une multitude d’intérêts disparates. Tous les États occidentaux craignent que la prise de contrôle par les Islamistes radicaux au Nord Mali puisse envoyer un signal fort en faveur de soulèvements dans d’autres régions. Pour empêcher ceci, les puissances impérialistes redoublent d’efforts pour installer un régime fantoche pro-occidental.
 
Après son intervention militaire en Côte d’Ivoire, la France est déterminée à étendre son influence en Afrique occidentale. Les États-Unis, dont on pense qu’ils ont tiré en coulisse les ficelles du coup d’État, tentent d’établir en Afrique occidentale leur propre base géostratégique afin de contrecarrer l’influence de la Chine dans la région. Quant à l’Allemagne, elle s’efforce de faire jouer son influence en tant qu’actrice de premier plan dans les questions militaires et n’est pas prête à accepter que la France et les États-Unis dictent leur ordre du jour dans la région.


Article original, WSWS, paru le 26 octobre 2012
 
 

dimanche 28 octobre 2012

Collusions entre la CIA, le crime organisé et le trafic de drogue


L'agence de renseignement américaine (CIA) est depuis des années à l'origine, tout aussi bien complice, et un partenaire actif dans l'entreprise criminelle du trafic  Internationale de la drogue. Surtout par le soutien logistique qu'elle apporte pour assurer la circulation des cargaisons et pour les faire entrer aux États-Unis et en Europe.

Pour donner une perspective plus large sur la situation, il faut savoir que le rapport entre « agences de renseignement » et « trafic de drogue » avait toujours existé jusque-là. Depuis l'interdiction des stupéfiants en 1920, des accords entre les fournisseurs de drogues et les agences de renseignement ont protégé le trafic mondial des stupéfiants.    Il semble exister une connivence naturelle entre les agences de renseignement et les organisations criminelles. Ce sont ce que les anciens de la CIA ont appelé les « arts clandestins ». Leur    permettant de disposer d'une base de fonctionnement (de l'argent, pour avoir des budgets secrets) en dehors des voies normales de la Société civile (un budget voté par le Congrès et un    Financement officiel du gouvernement). Les agences de renseignement et les syndicats du crime sont capables de maintenir des grandes organisations, capables de mener des opérations dans le plus grand secret.

Le trafic organisé pendant la guerre du Vietnam.

Nous avons peut être là, un des plus grands secrets de la guerre du Vietnam. C'est grâce à cette guerre, que la CIA a pût prendre le contrôle du « Triangle d'Or » au cours de cette période. Ensuite, avec l'aide de différents éléments du crime organisé, ils ont expédié d'énormes quantités d'héroïne provenant de cette région vers les États-Unis et l'Europe.

Le « Syndicat Lansky »
 
Cette structure sera le syndicat du crime qui serait le relai de la CIA, pour avoir un pied à terre dans le milieu du crime organisé, pour gérer son trafic et la vente de la drogue.

À cette époque, le « Syndicat Lansky » (du nom de son créateur, Meyer Lansky) était déjà en train d'établir un approvisionnement international de l'héroïne d'Asie du Sud, par le biais de ses liens avec la mafia corse en Méditerranée, qui était en cours d'exécution. Les opérations conjointes de la CIA dans le commerce international de la drogue étaient une entreprise très lucrative qui a pût prospéré, avec l'implication plus profonde des opérations militaires des États unis au Vietnam, qui étaient en fait devenu une couverture (ainsi qu'une protection) pour les activités de trafic de drogue.

Épave d'avion rempli de drogue
enregistré au nom de la CIA
Les militaires complices et les contractants de la Défense s'enrichissaient de leur côté grâce à la guerre, tandis que la CIA, par le biais de son « Syndicat Lansky », dirigeait en sous-main des trafiquants et des criminels. Le bénéfice de la vente de la drogue représentait pour eux une source de fond non négligeable et même indispensable (leur servant à financer en partie leurs opérations et programmes secrets, qui n'ont pas étaient approuvé ou sont carrément caché au gouvernement Américain).

Dans le gouvernement, les deux principaux organisateurs de la fourniture à partir du « Triangle d'Or » étaient Ted Schackley et Thomas Clines (1). Ils avaient également créé des laboratoires d'héroïne au Laos, puis ils l'a faisait sortir du pays par l'intermédiaire de leur compagnie aérienne privée « Air America » (qui était en fait une « société-écran » de la CIA, pour le transport de la drogue).

La CIA était impliquée dans un vaste trafic de drogue. De l'appropriation de la production au Vietnam, jusqu'à son expédition aux États-Unis, où le « Syndicat Lansky » assurait la distribution et la revente dans les rues. Mais la CIA a aussi laissée faire, et a fermée les yeux sur plusieurs autres trafics (échange de « bons procédés », comme on dit), permettant par exemple à cette époque, à plus de 100 millions de dollars de drogues illicites d'entrer par an aux États-Unis, en provenance d'Amérique du Sud via Cuba. En contre-partie de cette collaboration, la CIA touchait 10 % de la vente des stupéfiants. Après que la CIA ait touché cet argent, elle l'a blanchi dans des comptes bancaires secrets, contrôlés par des banquiers internationaux (il n'y a pas que « les riches » qui « planquent leur argent » dans les paradis fiscaux). Malgré ce que les gens pensent, les banques voient en fait avec beaucoup d'intérêts, ces arrivées régulières de masses énormes de liquidités dans leurs coffres n'oublions pas que les achats de drogue se font en liquide). Et il y eut aussi de nombreux placements ou des participations (en fait de réelles « prises de contrôle »), par des opérations d'achat d'actions à la bourse de New York (voilà pourquoi la CIA détient tellement de « Sociétés-écrans »). Agir par l'intermédiaire d'entreprises privées et beaucoup plus discrètes, pour des opérations n'ayant pas l'approbation du président ou du Congrès. Et une fois investis dans le marché boursier, ces fonds « blanchis » pouvaient aussi servir à alimenter les « budgets noirs ». Avoir des participations dans des sociétés privées, cela veut bien-dire, versement de dividendes, et distribution des bénéfices réalisés (avec ces entreprises, ils gagnent encore de l'argent).

On voit bien les corrélations entre la CIA, la drogue et les banques internationales. Chacun y trouvant son avantage et tous le faisant bien sûr pour garder leur pouvoir et l'argent. (2)

Les années quatre-vingt et l'affaire « Iran-Contras ».

Les années quatre-vingt verront se poursuivre de telles activités. Les trafics de la CIA seront mis au jour, suite à des préoccupations du ministère de la Justice, envers les agents de la CIA (ou sous contrat avec elle) et qui étaient accusées d'avoir participé à des trafics de drogue. L'attorney général William French Smith (le ministre de la justice américaine) écrira en 1981 une lettre à Bill Casey, directeur de la CIA à l'époque. Ce courrier récapitulait les négociations entre l'agence de renseignement et le gouvernement, pour modifier les obligations de la CIA, par rapport à certains de ces agents, qui se feraient prendre pour trafic de drogue.

Auparavant, l'article 18 du Code pénal américain prévoyait que dès qu'un employé du gouvernement était découvert par un responsable d'un ministère, en train d'enfreindre la loi, il devait immédiatement en avertir le Département de la justice ou une de ces institutions (par exemple le FBI). Et la CIA se trouvera confrontée à un problème, avec la guerre des Contras qui commença en Amérique du Sud. Les événements allaient bien sûr faire augmenter le volume de la drogue entrant aux États-Unis (et les enquêtes en proportion). La CIA voulait se mettre à l'abri d'éventuelles poursuites et protéger ses agents, qui organisaient le trafic. L'agence négociera donc avec le département de la justice, pour modifier la loi à son avantage. Cela aboutira à la décision prise arbitrairement par les deux parties, que tous les gens qui travaillaient pour la CIA (que ce soit un agent à plein temps, un contractuel ou encore un employé d'une société appartenant ou travaillant pour la CIA), et qui n'avaient pas le titre « d'agent » ne seraient pas considérés comme des employés (3). Et ensuite, il y aura la ratification d'une note, qui précisera que le fait de rapporter des délits concernant la drogue ne fera plus l'objet d'une « exigence formelle ». Par cet acte, d'une part la CIA se trouva alors totalement exemptée de dénoncer des activités de trafic de drogue de la part de ces agents, et d'autre part, aucune poursuite ne pourrait être lancée contre elle, étant donné que « les simples employés » qui étaient utilisés, n'étaient alors plus considérés comme des « agents » proprement dits.(4)

Le transport de la drogue par la CIA.

Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, l'agence s'arrangera pour faire passer des avions « Hercule C-130 », appartenant au gouvernement Américain, entre les mains d'entreprises contractantes privées (en fait, ses filiales, des « sociétés-écrans » appartenant à la CIA ( 5). Par cette manoeuvre, vingt-huit C-130 seront transféré du Departement de la Défense, au service des Forêts (officiellement, pour être employé pour la lutte contre les incendies). Toute l'affaire sera révélée, par des enquêtes judiciaires, qui feront le lien avec des contractants de la CIA, ou directement l'agence elle-même (et qui seront d'ailleurs largement développées dans plusieurs journaux). Ce qui donnera la « puce à l'oreille » à plusieurs enquêteurs, c'est que, l'examen des plans de vol des avions-cargo, montrait que ces derniers, se retrouvaient régulièrement dans des pays étrangers, situés à l'extérieur du territoire des États-Unis. Par exemple Panama, le Mexique, la Colombie, l'Angola et le Moyen-Orient.

Tous les C-130 ne contenaient aucun produit ni équipement « antifeux ». Par exemple, un avion de la compagnie aérienne « T&G of Arizona » (filiale de la CIA) sera saisi en 1994 avec une cargaison de cocaïne, d'une valeur d'un milliard de dollars. L'enquête réalisée par Gary Eteil, découvrira une relation entre « T & G » et une autre compagnie se livrant au trafic, la « Trans Latin Air ». Cette enquête débouchera sur une autre en 1997, qui visera la « Aero Postale de Mexico ». Cette compagnie utilisait un C-130 pour transporter de la cocaïne, et celui-ci avait était acheté par le banquier Méxicain Carlos Cabal, qui pour cela avait fait un prêt. Et la « US Import-Export Bank » avait promit à Cabal de lui rembourser son prêt. L'enquête établira que des C-130, appartenant à des sociétés-écrans de la CIA, étaient en fait revendu en sous-main, par le biais de la « Aero Postale de Mexico », qui les revendaient à la « Trans Latin Air », après les avoir acheté à « T&G of Arizona ». (6) Non seulement la CIA fournissait des avions-cargo gouvernementaux Américains aux trafiquants de drogue, mais de plus, faisait rembourser leur achat, par l'intermédiaire d'une banque complice. Malgré que cette affaire sera occultée par les médias américains, elle servira de preuve la même année, pour une autre grosse affaire de drogue à Chicago

L'inspection interne des activités de la CIA, dans le trafic de drogue.

Il y aura la publication le 8 octobre 1998, du rapport de l'inspection générale de la CIA, rédigé par Frédérick P. Hitz. Ce rapport dévoilera plusieurs connexions entre, non seulement la CIA, mais également des institutions de l'appareil d'état des États-Unis, avec les trafiquants de drogue d'Amérique du Sud.

L'interrogatoire de Moise Nunez, dans son implication dans le trafic de drogue, montrera que ce dernier était en rapport avec le « National Security Council », le « Conseil national de Sécurité », depuis 1985. Nunez refusera d'apporter plus de précision sur ces activités concernant la drogue, du fait du travail qu'il avait accompli au sein de la direction du NSC et refusera de nommer les responsables du Conseil National, qui étaient mêlé au trafic. (Page 490 du rapport).

Oliver North
Il y aura plus d'informations sur les expéditions de drogue par avion. Il sera avéré qu'il existait une ligne aérienne du Honduras, assurée par la compagnie « SETCO ». Cette compagnie aérienne avait été choisie par le « NHAO », le « Nicagaguan Humanitarian Aid Office », « Bureau d'Aide humanitaire du Nicaragua », pour transporter des marchandises pour le compte des Contras, en 1985-1986. Il sera démontré qu'elle convoyait près de quatre tonnes de cocaïne par mois. Et c'est Elliot Abrams, membre du National Security Council, qui en assurait à l'époque la coordination. Adolfo Calero, interrogé par des commissions enquêtant sur l'Iran-Contras, dira que ces opérations de soutien aux Contras, étaient financées par des fonds, provenant de comptes bancaires ouverts au nom d'Oliver North (7). (Page 816 du rapport).

Pour terminer, le rapport indiquait que la CIA reconnaissait avoir caché des informations au Congrès, au sujet du trafic de drogue dans lequel des agents étaient impliqués, par le biais d'actions liées aux Contras.Une note de service datant d'avril 1986, pour le vice-président Bush, montrera qu'il existait des implications entre les Contras, la CIA et le trafic de drogue. Et ce sera Alan Fiers, responsable de la « CATF », « Central American Task Forces », la force d'intervention de la CIA pour l'Amérique Latine, qui avait donné l'ordre que les informations reprises dans la note, ne soient délivrées qu'à l'attention de George Bush. (Page 1074 du rapport). Suite à une demande du vice-président Bush, la CIA fera le 6 avril 1986 un rapport intitulé « Implication des Contras dans le trafic de drogue ». Selon lequel, le chef des forces des Contras du sud, Éden Pastora avait conclu un marché avec un trafiquant de Miami du nom de Jorge Moralés. Ce dernier avait accepté d'organiser et de financer le convoyage de la drogue colombienne par avion jusqu'aux États-Unis, par des pilotes des forces des Contras du sud. Ces informations ne seront transmises qu'au seul vice-président. (Page 1084 du rapport). (8)

La drogue et les guerres en Afghanistan.

Il faut ici rappeler l'histoire du commerce de la drogue en Afghanistan (région que l'on appelle le « Croissant d'Or », qui est en lien avec les opérations clandestines de la CIA dans la région. Et ce, dès le début de la guerre Soviéto-Afghane des années quatre-vingt.

Avant le conflit afghan (1979-1989), la production d'opium en Afghanistan et au Pakistan était dirigée pour les petits marchés régionaux. Il n'y avait alors sur place aucune production locale d'héroïne. L'économie afghane des stupéfiants sera soigneusement conçue par un projet de la CIA, et soutenue par la politique étrangère américaine.

Comme l'a révélé l'affaire « Iran-Contras » et le scandale de la Banque de Commerce et de Crédit International (la « BCCI »), les opérations secrètes de la CIA pour soutenir les moudjahidin afghans avaient été financées par le blanchiment de l'argent de la drogue. Ces fonds avaient été recyclés dans un certain nombre d'établissements bancaires au Moyen-Orient. Ainsi que par des « sociétés-écrans » de la CIA, qui les utilisait pour financer divers groupes d'insurgés pendant la guerre.

Les États-Unis voulaient fournir aux rebelles moudjahidin des missiles Stinger et d'autres matériels militaires dont ils avaient besoin, avec la coopération du Pakistan. Vers le milieu des années quatre-vingt, l'opération de la CIA dirigée depuis Islamabad était devenue l'une des plus grandes stations de renseignement de l'agence dans le monde. La BCCI deviendra une source d'embarras pour les États-Unis, mais les enquêtes officielles ne sont pas poursuivies et si les États-Unis pointeront du doigt le trafic d'héroïne au Pakistan, ce ne sera que pour détourner les enquêtes sur la BCCI. (Selon la déclaration d'un officier du renseignement américain).

Les régions frontalières du Pakistan et d'Afghanistan deviendront alors le premier producteur mondial d'héroïne, fournissant 60 % de la demande américaine. Et au Pakistan, la population toxicomane passera de près de zéro en 1979 à un million deux cents milles en 1985.

La CIA se retrouvera à contrôler ce trafic d'héroïne. Et les combattants Moudjahidin, qui s'emparaient d'une zone en Afghanistan, ordonnaient aux paysans de planter de l'opium, pour pouvoir percevoir une « taxe révolutionnaire ». À travers la frontière du Pakistan, des chefs afghans et des syndicats locaux exploitaient des centaines de laboratoires d'héroïne, sous la protection d'agents du Renseignement Pakistannais. Au cours de cette décennie, l’« US Drug Enforcement Agency » à Islamabad ne fera bien sûr aucune saisie ou arrestation.

Les responsables américains refuseront d'enquêter sur des accusations de fourniture d'héroïne par ses Alliés afghans, parce que leur politique en Afghanistan en matière de stupéfiants était subordonnée à la guerre contre l'influence soviétique. En 1995, l'ancien directeur des opérations de la CIA en Afghanistan, Charles Cogan, a admis que la CIA avait en effet sacrifié la guerre contre la drogue pour combattre l'influence de l'URSS : « Notre mission principale était de faire autant de dégâts que possible aux Soviétiques. Nous n'avons pas vraiment des ressources ou de temps à consacrer à une enquête sur le trafic de drogue, je ne pense pas que nous devons présenter des excuses pour cela. Chaque situation a ses retombées. Il y avait des retombées en termes de médicaments, oui. Mais le principal objectif a été accompli. Les Soviétiques ont quitté l'Afghanistan. »

Le rôle de la CIA, qui est amplement documentée, ne sera pas mentionné dans les publications officielles de l'UNODC, « United Nations Organization Office on Drugs and Crime », le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le Crime, qui mettra l'accent sur le contrôle interne des facteurs sociaux et politiques. Les origines du commerce de l'opium dans la région y seront grossièrement déformées. (Des rapports sont consultables par des liens dans les sources).

Selon l'UNODC, la production d'opium en Afghanistan avait augmenté durant le conflit, plus de 15 fois depuis 1979. Dans le sillage de la guerre Soviéto-Afghane, la croissance de l'économie des stupéfiants n'aura fait que croître. Les talibans, qui ont été soutenus par les États-Unis, ont d'abord contribué à la croissance de la production d'opium jusqu'à l'interdiction de l'opium 2000.

À la suite de l'invasion américaine de l'Afghanistan en octobre 2001, le commerce de l'opium dans le pays a fortement augmenté. Selon les médias américains, cette contrebande était protégée par Oussama Ben Laden, les talibans, et les seigneurs de guerre régionaux, au mépris de la lutte contre la drogue et de la moralité affichée par la « communauté internationale ». Officiellement, l'entreprise de production d'héroïne était pour « remplir les coffres des taliban ». Mais cela était faux et le principal bénéficiaire en sera bien la CIA. En fait, suite à l'occupation du pays par les forces américaines

La réponse américaine, à la baisse de production de l'opium en Afghanistan

En réponse aux changements de la politique des talibans sur la production d'opium, l'administration Bush a renforcé ses activités de lutte contre le terrorisme, tout en allouant des montants substantiels d'argent public pour la DEA, "Drug Enforcement Administration », pour une opération en Asie occidentale, baptisée « Opération Containment », « Opération de confinement ».
 

 
Les médias américains eux-mêmes accusaient la fin de la « ligne dure du régime islamique », en reconnaissant que les talibans (en collaboration avec l'ONU) avaient imposé une interdiction avec succès de la culture du pavot en 2000. La production d'opium a diminué de plus de 90 pour cent en 2001. En fait, l'augmentation de la production liée à la culture de l'opium a bien coïncidé avec l'attaque militaire américaine et la chute du régime taliban. D’octobre à décembre 2001, les agriculteurs afghans recommenceront à replanter du pavot sur une zone de plus en plus étendue.

Le succès de l'invasion de l'Afghanistan en 2000, et le programme d'éradication de la drogue sous le régime taliban avaient été reconnus lors de la session d'octobre 2001 de l'Assemblée générale des Nations unies (qui a eu lieu quelques jours à peine après le début des bombardements du pays). L'enquête de l'UNODC à ce sujet mettra en évidence plusieurs éléments clés.

S'agissant de l'interdiction des talibans sur la culture du pavot à opium dans les zones sous leur contrôle, les résultats de leur enquête annuelle du sol de culture du pavot en Afghanistan, montre que la production de l'année 2001 était d'environ 185 tonnes. Cela représentait une baisse par rapport aux 3300 tonnes de l'année précédente en 2000 (diminution de plus de 94 %). Par rapport à la récolte record de 4700 tonnes en 1998, la diminution est alors de 97 %. De plus, l'interdiction des talibans avait en effet causé « le début d'une pénurie d'héroïne en Europe d'ici la fin de l'année 2001 », comme l'a reconnu par la suite l'UNODC.

Production de l'opium, par année, parcelles cultivées en hectares et production en tonne :
1994 : 71,47 hectares. Production : 3,4 tonnes;
1995 : 53,75 hectares. Production:2,3 tonnes;
1996 : 56,82 hectares. Production:2,2 tonnes;
1997 : 58,41 hectares. Production:2,8 tonnes;
1998 : 63,67 hectares. Production:2,7 tonnes;
1999 : 90,98 hectares. Production:4,6 tonnes;
2000 : 82,17 hectares. Production:3,3 tonnes;
2001 : 7,60 hectares. Production:185 tonnes;
2002 : 74.000 hectares. Production : 3400 tonnes;
2003 : 80.000 hectares. Production:3600 tonnes.

En fait, le constat est clair. Le gouvernement américain luttait contre les taliban, non pas pour cause de terrorisme (qui est la raison officielle depuis les attentats du 11 septembre 2001), mais bien pour reprendre la main, et faire augmenter la production d'opium dans le pays.

Le silence volontaire de l'ONU.

À la suite de l'occupation américaine, il y aura un changement de discours de la part de l'ONU. L'UNODC agira désormais comme si l'interdiction de l'opium en 2000 ne s'était jamais produite. Washington et l'UNODC prétendront que l'objectif des talibans en 2000 n'était pas vraiment une « éradication de la drogue », mais une tactique pour de déclencher « un déficit artificiel dans l'offre », ce qui aurait fait monter les cours mondiaux de l'héroïne. Cela, qui fait partie du nouveau « consensus de l'ONU » à ce sujet, est réfuté par un rapport du bureau de l'UNODC au Pakistan, qui a confirmé, à l'époque, qu'il n'y avait aucune preuve de stockage de l'opium par les talibans.

Le redémarrage du commerce de la drogue.

Suite aux attentats de 2001 aux États-Unis, le gouvernement Britannique de Tony Blair, s'est vu confiée par le « G-8 » (le groupe des principaux pays industrialisés) la tâche de réaliser un programme d'éradication des drogues, qui, en théorie, devaient permettre aux agriculteurs afghans de passer de la culture du pavot à des cultures de substitution. Les Britanniques travaillaient de Kaboul en liaison étroite avec l'Opération « confinement », de la DEA américain.

Le programme Anglais d'éradication des cultures, parrainé par les pays occidentaux n'était en fait qu'un écran de fumée. Depuis octobre 2001, la culture du pavot n'ayant fait qu'augmenter. La présence des forces d'occupation en Afghanistan n'a pas abouti à l'éradication de la culture du pavot. Bien au contraire.

L'héroïne est une entreprise multimilliardaire soutenue par des intérêts puissants, qui requiert un flux régulier et sûr des matières premières de base. L'un des objectifs cachés de la guerre était justement de restaurer le commerce de drogue de la CIA (aidé par l'occupation du pays et les forces d'occupations de plusieurs pays) et de continuer d'exercer un contrôle direct sur les routes et les filières internationales de la drogue.

Immédiatement après l'invasion en 2001, les marchés d'opium ont été restaurés et le prix de l'opium a grimpé. Au début de 2002, le prix de l'opium (en dollars par kg) était presque 10 fois plus élevé qu'en 2000.

Tout en soulignant la lutte antiterroriste du président Karzai contre les talibans, les médias ne mentionnent pas que Karzaï a collaboré avec les talibans. Il figurait également sur la liste des employés rémunérés par une société pétrolière américaine, nommée « Unocal ». En fait, depuis le milieu des années 1990, Hamid Karzaï avait été recruté comme consultant et lobbyiste pour UNOCAL dans les négociations avec les talibans. Selon le journal saoudien Al-Watan :

« Karzaï a été l'opérateur secret de la Central Intelligence Agency depuis les années 1980. Il a collaboré avec la CIA pour fournir une aide américaine aux talibans à partir de 1994 lorsque les Américains avaient secrètement et à travers les Pakistanais (en particulier l'ISI) appuyés les talibans. »

On comprend maintenant mieux pourquoi c'est Karsaï qui a été choisi pour devenir le président de l'Afghanistan.

Les revenus de la CIA, dans le trafic de drogue.

Les revenus générés dans le trafic de drogue commandité par la CIA en Afghanistan sont importants. Le commerce afghan des opiacés constitue une part importante du chiffre d'affaires annuel mondial des stupéfiants. Il a été estimé par l'ONU, étant de l'ordre de 400 à 500 milliards de dollars. Depuis le moment où ces chiffres de l'ONU ont été mis en évidence (en 1994), le commerce mondial des drogues a augmenté en proportion.

Le FMI a estimé que le blanchiment « d'argent sale » dans l'économie mondiale, devait se situer entre 590 milliards et 1,5 milliard de dollars par an (soit 5,2 pour cent du PIB mondial). Une grande partie du blanchiment d'argent au niveau mondial est lié au commerce des stupéfiants. Et le trafic de drogue constitue « le troisième plus grand produit mondial en termes de trésorerie après le pétrole et le commerce des armes ».

En outre, ces chiffres confirment que la majeure partie des revenus liés au commerce mondial des stupéfiants ne sont pas affectés par des groupes terroristes et des seigneurs de guerre, comme le suggère le rapport de l'UNODC.


L’implication de la CIA
dans le trafic de drogue
a menacé la vie du sénateur
Dennis DeConcini cliqué
Il existe des intérêts financiers puissants derrière la drogue. De ce point de vue, le contrôle géopolitique et militaire des routes de la drogue est aussi stratégique que les oléoducs pour le pétrole. Cela constitue une source importante de richesse non seulement pour le crime organisé, mais aussi pour l'agence de renseignement américaine, qui devient de plus en plus un acteur puissant dans le milieu financier et bancaire.

La CIA, qui protège et participe au commerce de la drogue, a développé des liens complexes et s'est infiltrée dans des grandes organisations criminelles impliquées dans le commerce des stupéfiants. Mais il n'y pas que la CIA qui veut s'approprier ce marché lucratif. D'autres agences de renseignement (comme le MI-6 britannique) et des syndicats d'affaires puissants sont alliés avec le crime organisé, et sont en compétition pour le contrôle stratégique des filières de l'héroïne. Les milliards de recettes en dollars, gagné par la vente de stupéfiant est déposée dans le système bancaire occidental. La plupart des grandes banques internationales ainsi que dans leurs filiales, dans les « paradis fiscaux » offshore, pour pouvoir blanchir de grandes quantités de narcos dollars.

Ce commerce peut prospérer, uniquement si les principaux acteurs impliqués dans le trafic des drogues ont des appuis politiques « en haut lieux ». La ligne de démarcation entre des « hommes d'affaires » et certaines branches de la criminalité est plutôt floue. La relation entre les criminels, les politiciens et les membres de l'agence de renseignement a bel et bien contaminé les structures de l'État américain et ses institutions.
 
NOTES:
1) Ces deux hommes (agents de la CIA) dirigeaient l'opération Mangouste (pour un renversement du gouvernement Castro et une reconquête de Cuba#. De plus, Clines a fait des missions avec David Sanchez Morales #l'un des tireurs de Dallas#. Et entre 1960-1975, la CIA a entretenu une force secrète de 30000 combattants (constitué avec des éléments de la communauté Laotienne « Hmongs ») destinés à combattre les communistes laotiens (les Hmongs deviendront véritablement des parias après la guerre, pour avoir collaboré avec les Américains).

2) Cela contribuera aussi aux raisons pour lesquelles le président Kennedy sera assassiné

3) Même une personne simplement « sous contrat" avec l'agence, est malgré tout considérée exactement comme un agent « à plein-temps ». Même un simple contractuel se voit attribuer l'appellation « d'agent », dans la nomenclature interne de l'agence.

4) Une copie de cette lettre figurera dans le rapport final de l'inspecteur général de la CIA, qui sera publiée en octobre 1998.

5) Le C-130 est un avion militaire et normalement, il est interdit d'en faire l'exportation, ou d'en procurer à des entreprises privées, sans une autorisation du Departement d'État, le ministère des affaires étrangères américain.

6) Le « US Service Forest ", s'était étonné d'apprendre que des C-130 du Service des forêts avaient été arraisonnés avec de la drogue à leur bord et avait demandé à leurs avocats de déterminer, qui utilisaient réellement ces appareils. Le service des forêts craignait d'être accusé de faire du trafic de drogue, alors qu'ils n'étaient au courant de rien. Voilà comment l'enquête mit les enquêteurs sur la piste.

7) Oliver North était un lieutenant-colonel des US marine Corps, qui participera à un trafic d'armes à destination de l'Iran (qui était alors en guerre avec l'Irak et le bénéfice de ces ventes d'armes étaient reversé aux « Contras », pour les soutenir dans leur combat contre le pouvoir au Nicaragua. D'où le nom de l'affaire « Iran-Contras ».

8) George Bush maintiendra toujours n'avoir eu aucune connaissance des activités des Contras dans le trafic de drogue. Que ce soit vis-à-vis des médias ou du Congrès. George Bush avait une participation dans une compagnie pétrolière, la ‘Zapata Petroleum Corporation», qu'il avait fondée en 1950 avec deux associés. Des présomptions d'enquêteurs feront apparaitre que des bateaux d'une filiale #la société de forage ‘Zapata Off-Shore’, rachetée par Bush en 1958#, habituellement utilisés pour ravitailler les plates-formes pétrolières dans le golfe du Mexique, auraient été aussi utilisés pour rapporter de la drogue venant du continent sud-américain, avant que celle-ci ne soit envoyée en Floride par des hélicoptères, appartenant eux-aussi à la compagnie.

Sources
« Franchir le rubicon Tome 1 », par Michael C. Ruppelt, Éditions Nouvelle Terre;
  
 "The politic of héroin", par Alfred Mc W. Coy, Editions Lauwrence Hill Books;
 
  "Politic Cocaine", par Peter Dale Scott, Editions University of California Press;
  
 "Whiteout : The CIA, drugs and the press", par Alexander Cockburn et Jeffrey St. Clair, Editions Verso;
  
 « Drug Money », par Dougla Keh, document technique nº 4 intitulé « Monde en mutation ", de 1998, pour le PNUCID (Programme des Nations-Unis pour le contrôle international de la drogue);
 
  « United Nations Drug Control Program ", Rapports du Programme international de contrôle de la drogue de 1999 à 2004; Pour voir le rapport de 2004, cliquez sur le lien link http://www.unodc.org/pdf/afg/afg_intl_counter_narcotics_conf_2004.pdf
 et pour voir le dernier d'avril 2011, cliquez sur le lien link
 
« United Nations Drug Control Program », le rapporte « l'Economie de la drogue en    Afghanistan, un problème international " datant de 2002, pour voir le rapport, cliquez sur le lien link http://www.unodc.org/pdf/publications/afg_opium_economy_www.pdf www.mondialisation.ca.
 
 

samedi 27 octobre 2012

La Machine de guerre américaine

Cet ouvrage est  paru le 24 octobre. Le nouveau livre de Peter Dale SCOTT est tout aussi spectaculaire que La Route vers le nouveau désordre mondial.
 
Peter Dale SCOTT
Docteur en sciences politiques et ancien diplomate, le Canadien Peter Dale SCOTT est l'auteur de nombreux ouvrages (dont La Route vers le nouveau désordre mondial) analysant la politique étrangère américaine, les narcotrafics et les opérations secrètes. Ses recherches et écrits mettent en lumière le concept de ce qu'il définit comme le « supramonde » (l’État profond dissimulé au sein de l'État public). Porte-parole du mouvement antiguerre lors du conflit vietnamien, il cofonda le programme d'études « Paix et Conflit » de la prestigieuse Université de Berkeley, où il enseigna la littérature anglaise durant près de 30 ans. Primé pour ses recherches en géopolitique, Scott est également un auteur reconnu pour son œuvre littéraire dans le domaine de la poésie.
 
Ce livre stimulant et extrêmement bien documenté explore les aspects secrets de la politique étrangère américaine. Analyste politique de premier plan, Peter Dale SCOTT rassemble des preuves accablantes afin de lever le voile sur la violence autorisée par l’État, illégale, bien que largement répandue, qui règne dans le monde de la politique et dans celui des affaires.
 
L’auteur s’intéresse particulièrement à ce phénomène dans le cadre de l’implication à long terme des États-Unis dans le trafic de drogue mondial. Dès les années 1950 en Thaïlande, les Américains se sont habitués à voir la CIA nouer des alliances avec les trafiquants de drogues (et leurs banquiers) afin d’installer et de soutenir des gouvernements de droite. Le schéma s’est répété ensuite dans de nombreux pays (Laos, Vietnam, Italie, Mexique, Nigeria, Venezuela, Colombie, Pérou, Chili, Panama, Honduras, Turquie, Pakistan et à présent en Afghanistan, pour ne nommer que ceux évoqués dans le livre).
 
SCOTT démontre que la relation des services de renseignements américains et de leurs agents avec le trafic de drogue mondial et d’autres réseaux de criminels internationaux demande une étude approfondie au sein du débat sur la présence américaine en Afghanistan. À ce jour, le gouvernement américain et ses politiques ont plutôt contribué à renforcer le trafic de drogue qu’à le restreindre. La soi-disant « Guerre contre la terreur », et en particulier la guerre en Afghanistan, constituent seulement un nouveau chapitre de cette dérangeante histoire.
 
Traduit de l'anglais par Maxime CHAIX et Anthony SPAGGIARI.
 
Source Le Grand Soir et Éditions Demi Lune pour commander
 
 

vendredi 26 octobre 2012

Les drones, nouvelles armes de guerre d'Obama

Une Heure sur Terre présente vendredi le 26 octobre à 21 h et en rediffusion le dimanche à 20h sur RDI, un document exclusif de la réalisatrice Marie-Eve Bédard sur une nouvelle forme de guerre; celle des bombardements par des avions sans pilote, les drones.
 
Il y a 4 ans, Barack Obama emménageait à la Maison Blanche promettant de mettre fin aux guerres de son prédécesseur. Au même moment, son administration a développé une autre approche pour combattre les cellules terroristes issues de la mouvance d'Al-Qaïda.

On utilise des avions sans pilote téléguidés à partir de bases à des dizaines de milliers de kilomètres du champ de bataille. Cette nouvelle génération d'armes remet en question les lois de la guerre et suscite de nombreuses critiques. L'administration américaine est-elle en train de sacrifier les droits fondamentaux de la personne et les conventions de Genève au nom de la sécurité, ce que le candidat Obama lui-même dénonçait à l'époque du « Yes we can »?

Source Radio Canada  Voir reportage ICI

À lire :
Une guerre des drones pour éteindre l'incendie islamiste
Les drones américains arrivent en Afrique. Et, après la Somalie, leur prochain terrain d’action sera probablement le Mali
Sur Slate Afrique

Voici un extrait

Les experts militaires vantent la précision quasi chirurgicale

Militaires ougandais et drone US à Kampala aout 2012
La nouvelle guerre des drones menée en Afrique par « Obama l’Africain » présente de nombreux avantages. Et tout d’abord la discrétion. Quel journaliste ira surveiller les drones qui décollent de l’aéroport hautement sécurisé d’Arba Minch, dans le sud reculé éthiopien?
 
Quels « touristes » chinois ou observateurs étrangers pourraient s’en approcher sans se faire remarquer?
 
Les experts militaires vantent la précision quasi chirurgicale des frappes des avions sans pilote. Qui frappent vite et fort. L’objectif est de couper les têtes, de décapiter les mouvements, les unités combattantes.
 
En Somalie, les drones ont changé la donne
 
Bien sûr, il y a toujours et malheureusement des « dommages collatéraux » dans les conflits. Et notamment au sein des civils. Mais il n’y a pas souvent de caméras pour les filmer.
 
Source Washington Post voir photos clicqué
Et la communication constitue une arme essentielle dans une guerre. Les Américains le savent trop bien depuis le désastre vietnamien. Les opinions publiques, endormies par des programmes de téléréalité à la TÉLÉVISION, ne doivent pas frémir à la vue de cadavres. Surtout de femmes et d’enfants.
 
Dernier avantage des drones : il n’y a aucune perte humaine pour celui qui les commande. En somme, c’est un jeu vidéo qui fait des morts, mais uniquement dans la partie adverse. Une « guerre propre » pour la bannière étoilée.
 
Et en Somalie, les drones ont changé la donne. Les shebabs, désorganisés, reculent. Les forces de l’Union africaine avancent progressivement. Bien sûr, la guerre n’est pas gagnée. Mais « Mogadiscio la martyre » peut enfin souffler, elle a été débarrassée des « fous de Dieu ».
 
Drôle de guerre décidément! Loin des médias et opinions publiques de l’Occident.
 
Et après la Somalie, c’est peut-être le tour du Mali.
 
Selon le Washington Post, des dizaines de militaires sont déployés au Burkina et occupent une partie de l’aéroport international de Ouagadougou. Objectif : surveiller les bandes islamistes au Sahel, et notamment dans le nord du Mali. Nom de code de l’opération : Creek Sand.
 
Les Américains ne manquent pas d’humour. Ils ont donné à cette opération le nom d’une célèbre bataille menée contre les cheyennes le 28 novembre 1864 dans l’Ouest américain. En deux jours, ils avaient massacré 270 Indiens, hommes, femmes et enfants.
 
L’opération sera-t-elle aussi « concluante » contre les « fous de Dieu » d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI)?
 
Selon des câbles diplomatiques américains révélés par Wikileaks, la base américaine de Ouagadougou a été mise en place en 2007. Fin 2009, il y avait une soixantaine de personnes qui y travaillaient, civils comme militaires. Bien sûr, les autorités burkinabè n’ont jamais confirmé.
Selon le Washington Post, l’armée américaine n’utiliserait pas, depuis Ouagadougou, des drones, mais des petits avions civils, de type Pilatus PC-12. Ce genre d’appareil peut décoller et se poser sur des pistes courtes et rudimentaires.
 
Ces petits aéronefs ne sont pas armés et servent uniquement à la surveillance des bandes armées.
 
Mais des informations non confirmées officiellement font état, avec de plus en plus d’insistance, de vols de drones occidentaux dans le Sahel, et notamment au-dessus de la tête enturbannée des islamistes du Nord-Mali.
 
Certaines sources font état d’une base dans le Sud libyen, d’autres d’aérodromes isolés dans l’Est mauritanien ou dans le nord du Burkina qui serviraient de bases de départ.
 
Miliciens Nord Mali
L’utilisation de drones est inévitable pour circonscrire puis éteindre l’incendie islamiste qui consume le Nord-Mali. L’Afrique de l’Ouest est à ce jour incapable d’envoyer, comme elle l’avait pourtant promis, une force de plus de 3.000 soldats pour délivrer le septentrion malien.
 
Mais les choses bougent. Des experts européens sont arrivés début août à Niamey pour former l’armée nigérienne. Ils feront de même en Mauritanie et au Mali.
 
Il est donc probable que dans le même temps des frappes aériennes aient lieu contre les bandes islamistes terrorisant les populations du Nord-Mali.
 
L’objectif est de frapper les têtes. Comme en Afghanistan et au Pakistan. Comme en Somalie également. Les chefs d’AQMI ont du souci à se faire.
 
Adrien Hart
Source Slate Afrique