vendredi 30 novembre 2012

Le Club 357c change ses règles

Les membres du 357C obtiennent plus de discrétion
Denis Lessard
Le Club privé 357c

Mis sur la sellette bien malgré lui devant la commission Charbonneau, le club privé 357C, dans le Vieux-Montréal, a décidé de changer ses règles internes, a appris La Presse. « Plusieurs membres nous ont approchés pour demander que les noms de leurs invités ne soient plus enregistrés dans la base de données », dit la direction dans un communiqué transmis hier à son millier de membres.

Mardi et mercredi, une liste de 150 repas auxquels ont assisté des politiciens, des administrateurs publics et des entrepreneurs montréalais a été rendue publique aux audiences de la commission Charbonneau, ce qui a  créé une commotion dans les milieux d'affaires montréalais.

La direction du club 357C estime que la demande des membres est « raisonnable ». Aussi le nom des convives ne sera-t-il plus enregistré à partir d'aujourd'hui. Seul le nom du membre qui a fait l'invitation et le nombre de personnes attendues seront consignés.

Pour des raisons de sécurité, le club continuera toutefois de demander la liste des invités à une activité donnée, mais elle sera détruite à la fin de l'événement, promet-on. La commission Charbonneau avait obtenu les listes des repas des dernières années « grâce aux pouvoirs extraordinaires dont elle jouit » et elle a « décidé d'utiliser publiquement » des éléments qu'elle y a trouvés.

 L'établissement a confirmé le changement à ses règles de fonctionnement, mais s'est refusé à tout autre commentaire. « Nous n'accorderons aucune entrevue à ce sujet », a indiqué l'un des dirigeants, Ghyslain Langlois.

 Avec la collaboration de Pierre-André Normandin
 
Source La Presse
 
Qui veut-on protéger? 
 

jeudi 29 novembre 2012

Daniel Breton lynché par la droite

Daniel Breton
 
Les requins du plus blanc que blanc s'acharnent sur Daniel Breton et certains chroniqueurs de médias semblent se délecter de la situation avec la complicité de leurs informateurs.

Le « visage écologiste » du PQ vient de tomber. Le Parti libéral du Québec, la CAQ de Legault et TVA ont fait la sale job de dénigrement. Marois n’aura pas eu besoin de ramener à l'ordre son propre ministre...
 
 
 
 
« L’affaire » Breton: comment faire taire les gens ordinaires?

de Luc Lapierre
 
Ce que je comprends de l’attitude des Libéraux à l’égard du ministre Breton, c’est que pour être candidat « ministrable », il faut soit faire partie de l’établissement, soit être silver spoon, soit avoir un « mononcle » riche, soit être pluggé, ne jamais avoir « skippé » de paiement d’hypothèque ou de loyer. Sinon, dans ce dernier cas, il faut savoir se trouver un parrain (sans jeu de mots) qui verra à financer tout ça. L’argent, c’est tellement important.
 
Ce que je constate avec les révélations de la Commission Charbonneau, c’est que la façon d’obtenir de l’argent est moins importante que l’argent lui-même. C’est donc qu’il faut, en plus, être hypocrite et individualiste, être salaud envers ses concitoyens n’étant qu’un atout supplémentaire. Alors, si l’on remplit une de ces conditions, j’imagine que l’avenir nous appartient. Et si l’on en remplit plusieurs, je comprends qu’on peut aspirer à devenir un premier ministre respecté par ses pairs.
 
Sinon, les novices, voués à demeurer back-benchers, ne doivent pas craindre l’inceste et être ouverts à intégrer de nouveaux cercles d’influence. Bien sûr, il leur faut être un peu coque l’oeil itou, question de ne pas trop se rendre compte « d’où provient le pognon ». En cela, il faut être malléable, docile et innocent, ne pas poser de questions, accepter de côtoyer des inconnus et accepter volontiers leurs dons. De cette manière, la seule prétention « qu’avoir su que c’était un gars de la mafia » leur sauvera la vie et la carrière…
 
Sur le plan personnel, il ne faut jamais avoir connu de passage à vide, de période sans emploi; il ne faut jamais avoir utilisé sa carte de crédit pour effectuer le paiement minimum sur la deuxième. Et surtout, il faut savoir vendre ses bouteilles vides au fur et à mesure. Peu importe le moyen, il faut montrer patte blanche. En aucun cas, il ne faut paraître comme une personne ordinaire.
 
Ce qui fait que pour la plus grande part des gens ordinaires, il est inutile d’envisager une carrière politique sans l’assurance que papa, mononcle ou, mieux encore, l’entrepreneur du coin, aura au préalable veillé à effacer l’ardoise et à camoufler dans le béton les squelettes qui se trouvaient dans leur placard. Car aux yeux des Libéraux et de leurs apôtres, le seul mérite de « partir de rien pour se propulser dans les plus hautes sphères » n’appartient qu’à ceux qui, en fait, auront su FAIRE effacer toute trace de souffrance.

Professionnellement, il ne faut jamais avoir contesté quoi que ce soit. Ne jamais avoir écrit le moindre papier menaçant – ou dénonçant - le système en place. Il ne faut surtout pas, à un moment de notre vie, avoir pris le parti du démuni en proposant un partage équitable de la richesse collective. Un engagement trop sincère à contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de ses concitoyens est, bien entendu, à proscrire. Professionnellement, ça se résume à ça. La compétence n’est qu’accessoire. Visiblement, pour les Libéraux, « Breton is not one of us ». Mais à ce compte, most of us are not one of them, either.
 
Ce qui ne m’étonne guère, c’est de voir avec quel acharnement les Libéraux ont bûché sans discernement, comme si la vendetta était commanditée (si?), sur un ministre de qualité à cause d’un passé difficile marqué par la pauvreté, en même temps qu’ils accueillent en leurs rangs autant de personnes misérables.
 
Alors, aussi bien dire que tant que les Libéraux feront partie du paysage politique, la voix des gens ordinaires ne sera pas entendue

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Petite politique
de Pierre Luc Brisson

Le ministre Breton a donc décidé, ce matin, de jeter l'éponge devant les « révélations » faites sur son passé personnel avant son entrée en politique active. Contraventions de vitesse, fausses déclarations à l'assurance chômage, défaut de paiement de loyer; le contribuable Breton ne fut pas exemplaire, loin de là.

De deux choses l'une dans son cas: soit il était un « Bougon », comme le titrait outrageusement le Journal de Montréal - en cela fidèle à son niveau intellectuel au ras des pâquerettes - soit il a vécu, durant de nombreuses années, sur ou sous le seuil de la pauvreté, ce qui pourrait expliquer ses défauts de paiement répétés, ou l'état du logement dans lequel il vivait. Cela aurait exigé de Breton un sens extraordinaire de l'abnégation, une humilité incroyable afin de révéler sur la place publique la pauvreté présumée dans laquelle il aurait vécu.

Nous ne saurons visiblement pas le fin mot de cette histoire. « Il a des choses à cacher! » vous direz-vous peut-être? C'est une possibilité. Mais demandez-vous aussi quel homme ou quelle femme voudrait passer au travers d'un tel processus d'humiliation publique? Breton a aujourd'hui pris la bonne décision, tant pour lui que pour l'action du gouvernement.

 
En tous les cas, force est d'admettre que le spectacle qui nous est offert aujourd'hui à l'Assemblée nationale est plus que navrant. Nous avons, encore une fois, quitté le terrain du combat d'idées (si tant est que nous n'y soyons jamais allés!) afin de revenir dans la marre boueuse des attaques personnelles. Depuis le début de la présente session parlementaire, l'opposition libérale et caquiste a atteint des sommets de démagogie: cela va de la rhétorique antisyndicale de la CAQ, qui reproche au PQ son asservissement envers les « méchants » syndicats, jusqu'à l'accusation à peine voilée de sympathies communistes ou révolutionnaires proférées par les députés de Laurier-Dorion et de Shefford.
Poéti ex policier de la SQ et député Libéral

Ce matin encore, alors que Daniel Breton venait d'annoncer sa démission, l'opposition Libéral et caquiste continuait de frapper sur le cadavre encore tiède de l'ancien ministre de l'Environnement. Que d'élégance! Le PQ n'a certes pas été exemplaire dans les dernières années en ce qui concerne la rhétorique parlementaire. Trop souvent, il a tourné « les coins ronds » et usé d'allégations dans le but d'atteindre le gouvernement de Jean Charest. Mais force est de constater aujourd'hui qu'il a trouvé adversaire encore plus coriace; alors que l'on croyait que l'élection allait pacifier quelque peu le climat malsain qui régnait au parlement de Québec, le PLQ nous ramène aujourd'hui au troisième sous-sol de la décence parlementaire. Vivement la fin de la session!

Dans les dernières années, nous avons pu voir un gouvernement défendre jusqu'au seuil du ridicule l'ancien ministre Tomassi, aujourd'hui accusé de fraude et d'abus de confiance. Nous avons également vu une ministre dîner en compagnie de membres présumés du crime organisé, sans que cela n'émeuve les membres de l'ancien gouvernement libéral. Nous sommes passés au travers d'une commission d'enquête sur la nomination des juges et nous constatons encore aujourd'hui la décrépitude de nos institutions dans le cadre de la Commission Charbonneau. L'opposition libérale, qui se levait jadis pour applaudir Tony Tomassi, vient de faire tomber la tête d'un ministre à qui l'on reproche de ne pas avoir payé son loyer. Visiblement, l'indignation et le sens moral sont à géométrie variable au Salon de la race...

Nos élus nous offrent aujourd'hui un bien triste spectacle, qui n'aidera en rien à restaurer la confiance et l'image de la classe politique auprès de la population. L'on viendra se surprendre par la suite si l'action politique continue de rebuter une part croissante de tout ce que le Québec compte comme talents. C'est un sale temps pour l'engagement politique et pour les politiciens et politiciennes honnêtes qui auraient raison de se dire : « Engagez-vous! Rengagez-vous qu'ils disaient! »

Source Huffington post Québec

 

Line Beauchamp au Club 357C

Extrait de l'article de Vincent Marissal « Club 357c : être membre a ses privilèges »
 
Line Beauchamp et son ex Pierre Bibeau
La défense de l'ancienne ministre Line Beauchamp dans cette affaire est cousue de fil blanc. Elle dit être allée deux fois dans ce club privé pour rencontrer, à sa demande, des « intervenants économiques » de Montréal et qu'elle tenait ce genre de réunion pour garder le contact avec les gens et, ainsi, éviter de s'enfermer « dans une tour d'ivoire au sein de [ses] ministères ».
 
 Voyons cela. Depuis quand organise-t-on des petits-déjeuners secrets dans des clubs privés pour « rester proche des préoccupations des gens » et pour éviter de se faire reprocher de vivre dans une tour d'ivoire?
 
 Et puis, il y a une grande différence entre des « intervenants économiques » et des promoteurs immobiliers, qui plus est entrepreneurs à la tête de géants du monde de la construction et qui gravitaient autour de méga projets immobiliers et du fameux contrat des compteurs d'eau de la Ville de Montréal.
 
 Mme Beauchamp dit qu'elle ne pouvait pas savoir que ces gens étaient peu fréquentables. Soit, bénéfice du doute. Mais elle devait bien savoir - sinon son conjoint de l'époque, Pierre Bibeau, aurait pu le lui dire - que la famille Catania compte parmi les plus généreux donateurs à la caisse du Parti libéral du Québec.
 
 Entre 2000 et 2010, la grande famille Catania a versé près de 55 000 $ au PLQ, dont 8000 $ en 2007, année des petits déjeuners au 357c, et 12 500$ l'année suivante. Le PQ avait estimé, plus tôt cette année, que les dirigeants de Frank Catania Construction ont versé 40 000 $ au PLQ en 2008.
 
 Rien d'illégal, soit, mais ça donne tout de même un petit avantage quand on veut rencontrer la ministre responsable de Montréal et, accessoirement, conjointe d'un influent organisateur. Être membre a ses privilèges. Membre du club privé ayant accès aux ministres du gouvernement.
 
 Il faut rappeler que c'est la même Line Beauchamp, accompagnée du même Pierre Bibeau, qui avait rencontré des entrepreneurs louches (et même carrément un mafieux du nom de Domenico Arcuri) lors d'un petit-déjeuner au Piccolo Mondo de Laval, au cours duquel 61 000 $ avaient été amassés pour le PLQ. Une autre façon de rester proche des préoccupations du peuple?
 
Source La Presse

Une parodie sur madame Beauchamp
 

mercredi 28 novembre 2012

Gaza : La « Communauté internationale » et ses mensonges

de Felicity Arbuthnot *
 
On a entendu les mêmes mots : « précision extrême », « frappe chirurgicale ». Il y a eu les mêmes « inévitables erreurs tragiques », « bévues », « efforts scrupuleux pour éviter », etc. Bla, bla, bla...
 
 Mais comme a dit le colonel anglais Richard Kemp, en parlant de la 1400e victime du massacre de Noël et nouvelle année 2008-09 à Gaza : « Les erreurs ne sont pas des crimes de guerre ».

Colonel Kemp
Le colonel Kemp qui a des liens impeccables avec les services secrets anglais, a, depuis Jérusalem, prononcé à la BBC des paroles tout aussi sanguinaires, le 21 novembre, à propos des dernières 24 heures de bombardement de la minuscule bande Gaza emmurée où la moitié des habitants sont des enfants. Mais le Colonel Kemp a assisté à de nombreux carnages au cours de sa vie, depuis Belfast jusqu’aux Balkans, en passant par l’Irak, l’Afghanistan et ailleurs. Il semble qu’à force, les morts et les estropiés fassent partie de la routine.

En huit jours, l’assaut — à coup d’attaques impitoyables contre des familles qui n’avaient nulle part où se cacher — a fait 163 morts palestiniens. Il y a eu 993 blessés. 865 maisons ont été détruites ou endommagées.

6 centres de santé ont été endommagés ainsi que 30 écoles, 2 universités, 15 bureaux d’ONG, 27 mosquées, 14 bureaux des médias, 11 usines, 81 magasins et un centre de distribution de nourriture de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency).

Et aussi, 7 bureaux de ministères, 14 postes de police ou des forces de sécurité, 5 banques et deux maisons de la jeunesse. Le complexe sportif où les athlètes palestiniens des jeux olympiques et paralympiques s’étaient entraînés pour les Jeux olympiques de Londres en 2012 est en ruines de même que le beau et combien nécessaire ministère de l’Intérieur.

Le 20 novembre, Journée universelle des Enfants, une frappe aérienne a détruit le jardin d’enfants Al Bajan, financé et géré par Oxfam, et endommagé le jardin d’enfants Al Housna. Sara Almer de Oxfam a déclaré que plus de 150 enfants fréquentent ces écoles. « Les enfants sont indemnes, mais les bâtiments et les cours de récréation sont en ruines. » Ici, « Les enfants sont déjà profondément traumatisés... »

C’est à cause de la dévastation provoquée par l’« Operation Cast Lead » (27 décembre 2008-17 janvier 2009) qu’Oxfam a construit cette école et a aussi remis en état l’arrivée d’eau et les installations sanitaires qui viennent d’être à nouveau détruites.

Il manque 250 écoles à Gaza, selon cette organisation — et comme il est interdit d’y importer du matériel de construction, les 32 écoles supplémentaires et les 2 universités qui viennent d’être endommagées ne seront pas reconstruites ni d’ailleurs rien d’autre.

Ironiquement, le jour où les jardins d’enfants ont été détruit, le Secrétaire Général de l’ONU avait annoncé que l’ONU lançait un nouveau projet, « L’éducation d’abord » en l’honneur de la Journée universelle des Enfants. Cette journée commémore l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Enfants de 1959 et de la Convention de l’ONU des Droits des Enfants de 1989. La Convention de 1989 est entrée en application le 2 septembre 1990, moins d’un mois après le début de l’embargo de l’ONU contre l’Irak qui interdisait de vendre à ce pays même le lait pour les bébés.

« Les enfants... ont besoin de soins attentifs et d’une protection toute particulière et ils doivent même pouvoir bénéficier de protection légale avant comme après leur naissance », lit-on dans le préambule de ce beau document.

Les jumeaux de 4 ans, Suhaib et Muhammed Hijazi, ne sauront jamais que, selon l’ONU, ils avaient le droit « d’être protégés. » Ils ont été tués quand leur maison a été bombardée juste avant l’aurore du Jour universel des Enfants. Leurs parents, Fouad et Amna sont morts à l’hôpital.

Saraya, 18 mois, ne pourra pas non plus lire ces belles paroles. Elle est morte d’une crise cardiaque, de terreur littéralement, sous les bombardements.

Gilad Sharon
Au moment où les lumières s’éteignaient dans les hôpitaux de Gaza parce qu’on avait plus de carburant pour les générateurs, Gilad Sharon — le plus jeune fils de l’ancien premier ministre Ariel Sharon, 84 ans, qui bénéficie des excellents services de santé israéliens et est médicalement assisté depuis 2006 — a déclaré :
« Il faut raser des quartiers entiers de Gaza. Raser Gaza tout entier. Les Américains ne se sont pas arrêtés après Hiroshima — les Japonais ne se rendaient pas assez vite, alors ils ont aussi bombardé Nagasaki. »


Le ministre l’Intérieur israélien, Eli Yishai, a dit que le but de l’attaque était de « ... renvoyer Gaza au Moyen Age. »

La Palestine n’a pas d’armée, ni de Marine, ni d’armement lourd. Israël est une puissance nucléaire non déclarée qui est considérée comme la 4e puissance militaire mondiale.

Gaza était, bien sûr, bombardée par des F-16 et autres armes fournis par les Étasuniens. Mais le 22 novembre, pendant que les Gazaouis, endeuillés, pleuraient, les Étasuniens se réjouissaient, mangeaient de la dinde, et priaient pour leurs repas de fête de Thanksgiving (journée d’Action de grâce).

Ce qu’ils devraient plutôt faire; dans toutes les villes, c’est brûler la Déclaration et la Convention de l’ONU sur les Droits des Enfants, la Déclaration de l’ONU sur les Droits humains, la Convention de Genève, les Principes de Nuremberg, et faire un grand feu de tous ces mots qui ne servent à rien puisqu’ils ne peuvent ni empêcher ni dissimuler la barbarie et l’inhumanité internationale, oui, faire un énorme feu de joie pour éclairer le mensonge et l’hypocrisie meurtriers des « États démocratiques " autoproclamés.

Felicity Arbuthnot
The Palestine Chronicle, 24 novembre 2012.

Source Silvia Cattori

* Felicity Arbuthnot est une journaliste spécialiste de l’Irak. Elle a écrit avec Nikki van der Gaag, "Baghdad" dans la série des Grande Villes de World Almanac books. Elle a aussi été responsable de la recherche pour deux documentaires sur l’Irak qui ont obtenu des prix, Paying the Price : Killing the Children of Iraq de John Pilger et Returns que Denis Halliday a réalisé RTE (Irlande).

mardi 27 novembre 2012

Journée de mobilisation mondiale en défense de l’éducation (vidéo)

Montréal Mobilisation Étudiante, 22 novembre 2012

Ce 22 novembre, dans un contexte de solidarité étudiante mondiale, plusieurs milliers de personnes ont pris la rue à Montréal,  contre la marchandisation de l’éducation et en faveur de la gratuité scolaire.

Plus de 60 000 étudiants ont voté des mandats de grève lors de leurs assemblées générales afin de participer à cette journée de mobilisation mondiale.

« Nous avons réussi à annuler la hausse, ce qui nous permet d’ouvrir un espace de possible, a déclaré M. Bédard-Wien, représentant de l’ASSÉ. Nous aimerions remplir cet espace de possible par une vision humaniste, une vision progressiste de l’éducation et cette vision, depuis 2001, depuis la fondation de l’ASSÉ, c’est la gratuité scolaire.»

De nombreuses associations étudiantes ont manifesté dans la poursuite de leur principale revendication de ce printemps érable : la lutte pour la gratuité scolaire. Les Fédérations étudiantes, la FECQ et la FEUQ, ont brillé par leur absence (à l’exception de l’association facultaire du module d’éducation de l’UQAM). Alors que les fédérations font face à une importante vague de désaffiliation de la part de leurs membres, celles-ci prônent plutôt le gel des frais de scolarité et estiment que le Sommet sur l’Éducation organisé par le Parti Québecois est une meilleure occasion de faire valoir leurs principes.
 
Contre les hostilités au Proche-Orient :

Les manifestants ont également saisi cette occasion pour dénoncer l’appui à Israël par le gouvernement Harper et décrier la participation des compagnies canadiennes à l’établissement des colonies Israéliennes sur le territoire Palestinien.

Date de diffusion : 23 novembre 2012
Production : Productions UniversiTV





lundi 26 novembre 2012

Lester B. Pearson, vous connaissez?

Marc Blais

Dans la section Idées du Devoir du 19 novembre 2012, M. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer nous suggère d’armer les insurgés en Syrie, allant même jusqu’à leur fournir des armes lourdes afin de venir en aide à la population.

Devons-nous encore regarder mourir des populations innocentes avant de comprendre que faire la guerre, ça n’est pas faire la paix et que les guerres humanitaires sont des mensonges? Vous parlez à tort d’insurgés dans votre article alors qu’il faudrait nommer ces rebelles par leurs noms véritables : terroristes et mercenaires mobilisés, entraînés, armés et financés pour le compte de l’OTAN. Même Hillary Clinton, secrétaire d’État du gouvernement états-unien, affirmait, dans son entrevue à la BBC le 26 février dernier, que les combattants syriens comptaient bel et bien des mercenaires d’al-Qaïda et autres terroristes sur la liste noire du secrétariat d’État américain et qu’il fallait leur venir en aide.
 
Et à l’instar de madame Clinton, vous nous demandez vous aussi de venir en aide à la population syrienne en cautionnant les terroristes qui les tuent. Pire encore, vous nous demandez de nous associer à un acte d’agression envers un pays souverain.
 
L’un des pères de ma génération se nommait Lester B. Pearson, un ancien premier ministre canadien à qui l’on a remis le prix Nobel de la paix en 1957 pour avoir contribué à créer la première mission de maintien de la paix de l’ONU.
 
Nous avons compris avec lui que la paix s’obtient en s’interposant en tant que médiateur entre les belligérants pour en arriver à trouver une solution pacifique et non en finançant le terrorisme.

 
Source Le Devoir

dimanche 25 novembre 2012

La guerre d'Israël contre les journalistes (vidéo)

Abby Martin, journaliste de Russia Today (RT) pointe du doigt le comportement d’Israël pendant l’opération « Pilier de défense ». En effet, Israël a volontairement bombardé l’immeuble des médias à Gaza. Est-ce que RT était visé? En tout cas, en guise d’excuse, Israël a envoyé un email de menace à Moscou par rapport à la couverture un peu trop partiale à son goût, de RT dans ce conflit.

Source Allain Jules



Jean-Luc Mélenchon - On n'est pas couché (vidéo)

Dans la vieille cité française
Existe une race de fer
Dont l'âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Pour palais ils n'ont qu'un taudis.
C'est la canaille, et bien j'en suis. !

Source Le blog d'Alain Bousquet


samedi 24 novembre 2012

Québec, Le budget du patronat


J’espère que vous n’êtes pas aussi crédules et naïfs dans vos relations sentimentales, car sur le plan politique, vous vous retrouvez cocus, encore une fois.
Léo-Paul Lauzon

Nicolas Marceau et Pauline Marois
Chassez le naturel, il revient vite au galop. Le parti québécois et la châtelaine Pauline Marois ont une fois de plus fait la passe du nouveau parti « progressiste » au service des intérêts supérieurs de la collectivité, du bien commun, des services de la collectivité, des services sociaux de qualité, de l’égalité des chances, du développement de nos instruments collectifs et du rapatriement de nos ressources naturelles données malhonnêtement (en mentant au monde ou en magouillant en catimini) à des vrais affairistes. Et vous les avez encore crus. J’espère que vous n’êtes pas aussi crédules et naïfs dans vos relations sentimentales, car sur le plan politique, vous vous retrouvez cocus, encore une fois.

Pourtant, vous le saviez bien que dans le passé, avec au parti québécois des opportunistes commandités comme Lucien Bouchard, Guy Chevrette, Jacques Brassard, Jean Caron, Joseph Facal, Michel Clair et cie que ce parti rimait avec très grosse droite. Si on avait fait la souveraineté avec ces énergumènes, on serait aujourd’hui le 51e État américain.

Parlons du premier budget de Nicolas Marceau. Afin d’honorer convenablement leurs maîtres économiques, qui n’ont absolument pas besoin de descendre dans la rue pour se faire entendre et pour se faire obéir, le parti québécois, reniant dans un temps record plusieurs de ses belles promesses et sortant de leur chapeau de somptueux cadeaux dont on avait jamais entendu parler, a accordé, oh surprise, de majestueux congés fiscaux et de cotisations additionnelles aux services de santé pour dix ans aux compagnies qui vont investir au Québec. Déjà que le Québec et des villes comme Montréal et Québec sont, année après année, les endroits en Amérique du Nord qui ont les charges fiscales les moins lourdes pour les entreprises. C’est pas moi qui le dit, mais bel et bien le cabinet international d’experts-comptables KPMG qui, pourtant, travaille pour le patronat : «les villes québécoises sont hautement concurrentielles, selon KPMG » (Le Devoir, 23 mars 2012) et « Montréal s’impose parmi les villes qui taxent le moins les entreprises » (Le Devoir, 13 mai 2010). Et puis, même si elles réalisent des milliards de dollars en profits, la moitié (150 000) des entreprises faisant affaires au Québec ne paie aucune cenne noire en impôts sur le revenu à chaque année. Il en est ainsi depuis plusieurs années, comme l’indique clairement le titre de cet article du Journal de Montréal du 22 mai 2001 : « Trop d’entreprises ne paient aucun impôt ». Le PQ aurait pu au moins instaurer un impôt minimum vraiment minimum de 10 % aux compagnies rentables du Québec, ce qui aurait permis de soulager un peu la classe moyenne surtaxée et financer (plutôt que de couper encore) adéquatement nos services sociaux. Mais non, faut surtout pas que les bonzes du parti québécois (un parti aussi à droite que les libéraux et les caquistes) irritent les gens d’affaires qui mènent au Québec.

Et puis, parole du Fraser Institute de la turbo droite, c’est en plus le Québec qui subventionne le plus les entreprises, soit 6 milliards $ par année contre 3 milliards $ pour l’Ontario : « Selon l’Institut Fraser, le Québec, royaume des subventions » (La presse, 28 novembre 2009). Et les subventions atteignent les dix milliards $ l’an si on inclut des gogosses comme les tarifs privilégiés l’électricité aux compagnies (alumineries) et les 400 millions $ versés aux écoles privées par Québec que Pauline Marois aurait dû abolir comme en Ontario et aux States. Pas Cuba et le Venezuela, mais les States et l’Ontario, province dirigée également par un gouvernement libéral minoritaire, mais qui est moins inféodé que les péquistes. Belle petite province : c’est le Québec qui taxe le moins les entreprises, mais qui les subventionne le plus. Pas question d’augmenter les impôts et de diminuer les subventions aux sociétés. Tiens, le PQ aurait pu faire comme en Ontario et économiser au moins 500 millions $ par année en diminuant simplement les honoraires des pharmaciens et le prix des médicaments brevetés et génériques.

Aussi, pour arrêter de se faire arnaquer par les transnationales pharmaceutiques, qui ont mis à pied plus de 1500 employés au Québec ces dernières années, qui provoquent intentionnellement des pénuries de médicaments afin de vendre leurs nouvelles pilules, identiques aux anciennes, mais à des prix shylockiens, et qui ont fermé cavalièrement leurs laboratoires de recherche au Québec, le PQ aurait pu faire comme en Suède et en Nouvelle-Zélande et créer la société d’État Pharma-Québec comme le suggère Québec Solidaire. Très bonne idée pour le bien de la population, mais que le nouveau ministre de la santé péquiste a qualifiée de mesure « extrémiste ». Vraiment désolant. On voit bien où loge le PQ. Le PQ a préféré dans son dernier budget nous annoncer un nouveau « partenariat » de recherche avec les pharmaceutiques. Décodé, ça signifie que Québec va financier le gros de la recherche publique et qu’advenant une découverte, les pharmaceutiques vont partir avec le brevet et le gros cash. Allo partenariat.

Suite aux atermoiements du patronat et de leur fanfare idéologique, le PQ a immédiatement reculé sur les hausses d’impôts aux notables et aux compagnies et a reporté à plus tard l’augmentation des redevances des compagnies minières, dont le Québec est le champion mondial des plus basses taxes. Par exemple, le PQ aurait pu faire comme en Australie (pas la Chine) : « Redevances minières. L’Australie donne l’exemple. Une taxe de 30 % sera appliquée aux bénéfices dans les secteurs au fer et du charbon » (Le Devoir, 20 mars 2012). Mais non, faut surtout pas froisser les minières et les gazières qui comptent plusieurs lobbyistes anciennement des ministres péquistes. On reporte à plus tard l’augmentation des redevances minières, mais on coupe tout de suite 50 millions $ en santé et on nie le sous-financement des universités.

C’est fort, mais c’est le Québec qui taxe le moins les entreprises en Amérique du Nord et le brillant et lucide nouveau ministre des finances péquiste Nicolas Marceau en rajoute avec de nouveaux allègements fiscaux aux sociétés. Puis, c’est le Québec qui de loin subventionne plus les compagnies et au lieu de couper dans ces cadeaux aux entreprises, il préfère sabrer encore plus dans nos services publics déjà sous-financés. Au moins, François Legault avait dit : « La CAQ veut éliminer des crédits d’impôts (subventions) accordés aux entreprises » (Le Devoir, 11 août 2012). Mais surtout pour le parti québécois qui se dit pourtant social-démocrate. De vrais bouffons qui s’ignorent en tant que tel.

Me semble qu’avec une ministre des ressources naturelles qui vient d’Hydro-Québec, Martine Ouellet aurait pu, comme projet de société, stopper le délestage de cet important joyau public (pétrole et gaz) en rapatriant les petits barrages et l’éolien dans le giron d’Hydro-Québec, comme dans d’autres pays. Mais non, on a fait tout le contraire et on a continué en coupant 2000 autres postes. Toutefois, le PQ nous a assuré que même en retranchant 2000 emplois, le service à la clientèle ne sera aucunement affecté. On appelle ça du mépris.

Ah vraiment génial comme idée (qui va aider à atténuer les inégalités économiques), le PQ va taxer davantage l’alcool et le tabac. Quelle trouvaille lumineuse! Obama veut taxer davantage les riches et les compagnies, sabrer dans les abris fiscaux des nantis et s’attaquer à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux. Mais pas le PQ est obsédé par l’élimination du déficit et se passe, entre autres, par des taxes sur l’alcool et le tabac. Le PQ aurait pu abolir l’odieux régime obligatoire d’épargne-retraite (RVER) et augmenter les cotisations (patrons et employés) au régime des rentes du Québec, mais cela aurait déplu royalement aux institutions financières et aux chambres de commerce qui ont beaucoup aimé ce premier budget.

Je vous le répète pour la énième fois : PQ, PLQ et CAQ c’est bonnet blanc blanc bonnet.

vendredi 23 novembre 2012

À qui profite la dette? (vidéo)

Les agences de notation se sont fondues dans le paysage économique des sociétés capitalistes sans qu’on se questionne trop sur leur origine, leur rôle et leur pertinence. IRIS

 


jeudi 22 novembre 2012

Informez-vous! à propos de la Palestine (vidéo)

Plomb durci » dans les têtes
Mouâd Salhi, Vanessa Stojilkovic

Enfants de Gaza lors des bombardements de Tsahal
Le conflit Israélo-Palestinien est l'un des plus traités dans les médias. Nous avons fait un test-média sur des étudiants en communication-journalisme. Nous avons sondé leur connaissance générale du conflit israélo-palestinien et de l'opération « Plomb Durci » de 2009 en particulier. Nous leur avons posé trois questions simples : 1) Comment vous informez-vous? 2) Que savez-vous du conflit israélo-palestinien ? 3) Avez-vous déjà entendu parler de l'opération « Plomb Durci » menée par Tsahal sur la bande Gaza en 2009 ? Le résultat est édifiant. Sur cinquante étudiants questionnés, aucun n'a pu situer clairement l'opération « Plomb Durci ». La faute à qui? Aux médias? Aux téléspectateurs? Cette vidéo planche sur trois regards différents, celui des téléspectateurs, celui des médias et celui d'un étudiant palestinien résident en Belgique depuis peu. L'opération « Pilier Défense » retombe dans les travers de cette couverture médiatique hasardeuse. Il y a une symétrie des points de vue pour une asymétrie des forces. Travaillons pour donner la place aux médias alternatifs indépendants. Informez-vous!
 
 



Source Michel Collon Investig'Action

Israël et la Palestine : à hurler

par Pierre Foglia
Le Palestinien Emad Burnat avec ses cinq caméras brisées

T'as aimé ça? J'étais dans le hall de l'Excentris, où je venais de voir Five Broken Cameras - cinq caméras brisées -, un documentaire qui raconte l'injustice et l'humiliation faites aux habitants d'un petit village de Cisjordanie par les Israéliens. Une heure et demie de lourde oppression. Non, je n'ai pas aimé ça. Personne ne peut voir des gens se faire écoeurer à ce point-là et aimer ça. Tu sors de là avec l'envie de hurler.

Mais je veux dire le film?

 Arrête! J'ai envie de hurler, j'te dis, pas de jouer au critique de cinéma. Ces derniers jours, quand tu regardais ce qui se passait à Gaza, t'aimais ça ou, comme moi, tu rentrais ta rage en entendant les Israéliens dire que ce n'était pas eux qui avaient commencé?
 


 Five Broken Cameras est 100 fois plus enrageant. Parce que ce n'est pas la guerre. C'est la paix, enfin si on peut appeler la paix des claques sur la gueule, des soldats qui t'enfument, te réveillent en pleine nuit à coups de crosse dans la porte, des colons qui foutent le feu à tes oliviers.

 Le village s'appelle Bil'in. Le cinéaste? Y'a pas de cinéaste. Le documentariste? Y'a pas de documentariste. Qu'on se le tienne pour dit : il n'y a pas derrière ce documentaire un cinéaste pacifiste danois pro-palestinien, ni une altermondialiste québécoise tombée amoureuse d'un Palestinien, ni un journaliste français de Libération, ni aucun autre Michael Moore. Il y a un paysan de 40 ans qui s'appelle Emad Burnat. Et si Emad s'est acheté une caméra, ce n'est pas pour filmer les méchants soldats israéliens. C'est pour filmer son quatrième fils, Gibreel, qui vient de naître.

 Mais voilà qu'au même moment arrivent sur les terres du village des arpenteurs venus pour tracer la frontière où doit s'élever le fameux mur qui protège maintenant Israël des terroristes. Emad les filme. Quand les gens du village se mettent à manifester pacifiquement, très pacifiquement, Emad les filme aussi. Les villageois ne protestent pas à cause du mur, ils s'y sont résignés depuis longtemps, ils manifestent parce que le tracé empiète très largement sur leurs oliveraies, on est en train de les spolier au profit de la colonie juive voisine.

 Quand l'armée débarque, Emad filme. Quand l'armée enfume le village, quand l'armée blesse un de ses frères, quand l'armée tue un villageois, Emad filme. Quand l'armée investit le village en pleine nuit, quand un soldat frappe à sa porte, Emad vient lui répondre la caméra à l'épaule, le soldat l'informe alors de cette chose inouïe : cette maison où est né Emad, où dorment à l'instant ses fils, cette maison se trouve désormais dans une zone interdite, et donc Emad y est interdit de séjour.

 Quand un soldat tire sur Emad, Emad ne filme plus, parce que la balle s'est logée dans la lentille de la caméra. Il ne filme plus non plus quand un soldat donne un coup de crosse dans sa caméra. Il ne filme plus quand un colon lui arrache sa caméra. Il lui faudra cinq caméras pour aller au bout de son documentaire. Il lui faudra aussi l'aide d'un cinéaste israélien (Guy Davidi) pour le monter, le lancer, le montrer.

 Five Broken Cameras a été primé cette année aux deux plus grands festivals du documentaire dans le monde, Sundance et Amsterdam. Et il vient d'avoir le prix du public aux récentes Rencontres du documentaire de Montréal.

 T'as aimé ça, alors?
 Je te l'ai dit : j'ai envie de hurler.

 Le film m'a replongé dans une de mes plus anciennes indignations. Je suis de ceux - nombreux et d'opinion plus documentée que la mienne, je pense à des intellectuels comme Edgar Morin, Jean Daniel, Amos Oz - qui pensent qu'il n'y aurait bientôt plus de conflit israélo-palestinien s'il n'y avait plus de colonies.

 Je ne comprends pas ces enclaves à l'intérieur du territoire palestinien. Je ne comprends pas que de nouvelles colonies continuent de s'implanter. Je ne comprends pas que les anciennes colonies s'étendent en empiétant sur le territoire palestinien comme on le voit dans le documentaire d'Emad. Je ne comprends pas que des autoroutes, interdites aux Palestiniens, les relient entre elles et à Israël.

 Mais ce que je comprends le moins de cette ghettoïsation des Palestiniens, c'est qu'elle se fait au vu et au su du monde entier et qu'aucune des grandes démocraties du monde, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis, le Canada, ne mette son poing sur la table. De temps en temps, un ou une secrétaire d'État américain déclare que les États-Unis ont demandé à l'État hébreu de mettre fin à l'implantation de nouvelles colonies. Notez bien: pas de procéder à l'évacuation des colonies implantées, non, non... S'il vous plaît, M. Nétanyahou, pas de nouvelles colonies. Il en rit comme Sharon avant lui et les plus libéraux aussi.

 Ne comptez pas sur Obama pour lever le ton et conditionner la considérable aide américaine à l'évacuation des colonies. Rappelez-vous comment Nétanyahou a été accueilli en héros, ovationné par le Congrès, rappelez-vous qu'il a eu l'outrecuidance de planter Obama devant ce même Congrès...

 Ce que nous montre Five Broken Cameras, ce sont des paysans palestiniens d'un petit village de Cisjordanie que les Israéliens bousculent, enfument, blessent, humilient, dépouillent de leurs terres. La vraie raison? Le territoire. Tout le conflit israélo-palestinien est une question de territoire que se disputent deux nations. Une superpuissance dotée de l'arme nucléaire. Une autre qui lance des pierres.

 Devinez derrière laquelle se rangent ceux qui mènent l'univers?
 
Source La Presse

mercredi 21 novembre 2012

Rouge à lèvres de guerre

Nathalie Petrowski

Pendant que des dizaines de civils et d'enfants meurent à Gaza, de jeunes Israéliens en uniforme s'amusent à se prendre en photo et à afficher les clichés sur leurs comptes dans les réseaux sociaux.
Photo: prise sur le site d'Instagram

Inch'Allah d'Anaïs Barbeau-Lavalette, qui met en vedette la lumineuse Évelyne Brochu dans le tumulte du conflit israélo-palestinien, est un film courageux, mais confus.

Lorsque je suis sortie du film, il y a déjà deux mois, je ne savais trop quoi penser. J'étais éblouie par les images douloureuses, magnifiquement filmées et mises en scène. Le contraste entre la misère surpeuplée de Ramallah et les cafés branchés et les condos de luxe de Jérusalem était saisissant. Je sentais confusément ce qu'Anaïs voulait dire au sujet de Chloé, jeune obstétricienne québécoise qui vit à Jérusalem, travaille dans un dispensaire à Ramallah et finit par se faire bouffer par la guerre.

 Mais certains éléments du film me laissaient sceptique. Le meilleur exemple est le personnage d'Ava, jeune militaire israélienne, amie et voisine de Chloé, qui travaille au checkpoint que Chloé traverse tous les jours.

 Cette jeune fille en uniforme, plus obsédée par son tube de rouge à lèvres que par la guerre, mais obligée comme tous les jeunes Israéliens de faire son service militaire, ne m'apparaissait pas crédible : trop jeune, trop féminine, trop sympa, bref à des années-lumière des guerriers cruels et sanguinaires dont j'imaginais l'armée israélienne peuplée.

 J'avais tout faux. Ava existe pour vrai. Peut-être pas sous ce nom, mais elle existe, ainsi que des dizaines d'exemplaires aussi jeunes, désinvoltes et éprises de rouge à lèvres qu'elle.

 L'actualité m'en a fourni la preuve et les photos pas plus tard qu'hier.

 Pendant que le drame et la dévastation font rage dans les territoires occupés, que l'heure est sombre et sanglante, que des dizaines de civils et d'enfants meurent, Ava et ses amis en uniforme s'amusent à se prendre en photo et à afficher leurs clichés sur leurs comptes Twitter.

 Le résultat est un florilège hallucinant et surréaliste de jeunes soldats d'à peine 20 ans qui arborent leur tenue de combat et parfois leurs armes d'assaut, mais qui sont souriants et insouciants, comme s'ils étaient dans un camp de vacances ou au club Med. La guerre? What guerre?

 On y voit, entre autres, le sosie d'Ava, en tenue de combat, pouces victorieux tendus vers la caméra et sourire sexy fendu jusqu'aux oreilles sous la mention Debout avec Israël. On y voit aussi Ruth, somptueuse brunette, look de top-modèle malgré sa tenue de combat, prise en photo dans l'ascenseur avec son sac Vuitton, l'air absorbé par un texto sur son iPhone.

 Il y a aussi Ella et Ziv, deux jolies filles qui ont à peine l'âge de voter, si je me fie aux nattes qui cascadent sur leur uniforme, et qui, avec un sourire radieux, envoient des bisous à la caméra. Ne manque à cet album de famille désolant que la jeune militaire en bikini, mitraillette en bandoulière, sur une plage de Jérusalem et dont la photo est parue la semaine dernière.

 Inutile de dire que les photos d'Ava et de ses amies ont fait le tour du web et y ont répandu une onde de choc et de stupeur. Comme l'a écrit quelqu'un sur le site de CBC : « Ils sont jeunes, ils sont beaux, et comme beaucoup d'ados dans le monde, ils vivent leur vie sur le web. Mais ils sont aussi membres de l'Israël Defense Forces (IDF), un groupe militaire engagé dans une guerre meurtrière à Gaza ».

 Ils sont jeunes, ils sont beaux et, selon des statistiques, un tiers de leurs membres sont de jeunes femmes. Cinquante pour cent d'entre elles seraient des officiers, ce qui fait de l'IDF une des armées les moins sexistes et les plus égalitaires du monde. Tout un exploit, messieurs-dames!

 Depuis que j'ai vu ces photos, je ne cesse de repenser au film d'Anaïs Barbeau-Lavalette. Et surtout à Ava et à son rouge à lèvres glissé en douce à Ramallah dans un élan de solidarité féminine qui tournera court et finira dans un bain de sang.

 On ne saura jamais vraiment pourquoi les jeunes écervelés de l'IDF ont affiché ces photos odieuses sur Twitter. Parce qu'ils vivent dans un monde à ce point virtuel qu'ils n'ont aucune véritable conscience de la réalité de ce qu'ils accompliront?

 Pour masquer leur peur et leur désarroi? Parce que l'exemple vient de haut? L'IDF a en effet un blogue officiel ainsi qu'un compte Twitter où, le 15 novembre dernier, ils ont annoncé en primeur une attaque imminente contre le Hamas.

 Il reste une dernière hypothèse : les jeunes écervelés de l'IDF ont affiché ces photos parce qu'ils sont contents d'aller à la guerre et de tuer des gens. Si c'est le cas, je ne leur souhaite pas de mourir. Mais si jamais ils devaient tomber sous les balles, j'espère qu'ils continueront de sourire.

Source La Presse
 


mardi 20 novembre 2012

Premiers éléments d'analyse sur l'offensive israélienne contre Gaza

Mihal Wasser, enseignante israélienne résidant dans une localité située à 3 kilomètres de Gaza, a ainsi signé une courageuse lettre à l’attention de Netanyahou dans le quotidien Haaretz, dans lequel elle écrit notamment ceci : « Si vous vous souciez de nous, cessez de nous défendre par des missiles, des actions “ciblées” et des “vols dissuasifs”. Au lieu de l’opération Pilier de Défense, lancez-vous dans une opération Espoir pour l’Avenir. C’est plus compliqué, il faut pour cela de la patience, et c’est moins populaire » (1).


Julien Salingue,

À l’heure où ces lignes sont écrites, l’offensive israélienne contre Gaza est toujours en cours. Même si l’avenir est incertain, il est néanmoins déjà possible de tirer un premier bilan des événements de ces derniers jours.
 
1) L’État d’Israël et les victimes des tirs de roquettes : les prophéties auto-réalisatrices
 
Il ne s’agit pas ici de nier la réalité des tirs de roquettes sur le sud d’Israël, ni même le fait qu’ils aient considérablement augmenté au cours de l’année 2012. Les chiffres de l’armée israélienne et des groupes armés palestiniens concordent sur ce dernier point. Mais l’un des points sur lesquels l’armée israélienne communique peu est le nombre de victimes des roquettes et obus de mortiers, et les périodes durant lesquelles ces civils israéliens ont été tués. Il est vrai que ces statistiques tendent à démontrer que les phases d’opérations militaires israéliennes sont précisément celles durant lesquelles le nombre de victimes civiles est le plus élevé.

Si l’on se contente d’observer le cycle ouvert par la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en juin 2007, on dénombre en effet 13 victimes civiles, dont 7 (soit plus de la moitié) durant les opérations « Plomb Durci » (hiver 2008-2009, 4 morts) et « Pilier de Défense » (offensive en cours, 3 morts à ce jour). Concernant cette dernière, force est de constater qu’elle a été déclenchée alors que les roquettes n’avaient fait aucune victime depuis plus d’un an, et que dès le lendemain de l’assassinat d’Ahmad Jaabari, responsable militaire du Hamas, 3 civils israéliens ont été tués. Israël a immédiatement intégré ces trois victimes à sa « comptabilité », et s’en sert aujourd’hui pour justifier la poursuite et l’extension de l’offensive militaire.

Dans l’opération en cours il y a donc, du strict point de vue du nombre des civils israéliens tués par les tirs de roquettes, un renversement des causes et des conséquences. De même, au moment du déclenchement de l’opération « Plomb Durci », les roquettes n’avaient tué personne depuis plus de 6 mois, et elles ont fait 4 victimes dans les 3 jours suivant les premiers bombardements israéliens. Les ripostes palestiniennes aux opérations israéliennes servent donc de prétexte, a posteriori, pour légitimer ces dernières, ce qui confère au discours actuel de l’establishment israélien une dimension évidente de prophétie auto-réalisatrice.

2) Des populations prises en otage par le cynisme politique de Netanyahou

Au-delà des prétextes, il s’agit donc de s’interroger sur les motivations réelles du gouvernement israélien. La plupart des analystes et commentateurs ont souligné, à juste titre, que le timing de l’opération est évidemment à considérer au regard des futures échéances électorales israéliennes, comme cela était déjà le cas lors de l’opération « Plomb Durci ». Des élections législatives sont organisées en janvier, les forces politiques sont en campagne, et il est clair que l’opération en cours doit être pensée dans ce contexte.

En provoquant le Hamas et en accroissant la tension militaire, le gouvernement Netanyahou se donne ainsi une image de chef de guerre et pousse les autres partis à taire leurs critiques au nom de l’union nationale. Qui plus est, la riposte des groupes armés palestiniens entraine une radicalisation de la société israélienne, qui devrait bénéficier aux forces politiques les plus extrémistes, en l’occurrence le Likoud et le parti d’extrême droite Israël Beitenou, qui ont décidé de présenter une liste commune lors des élections législatives. La mésaventure survenue au parti Kadima qui dirigeait le gouvernement sortant en 2009 et qui a été dépassé « par la droite » lors des élections, ne peut pas se reproduire.

Il est en outre essentiel de penser le timing de cette offensive dans le contexte de la demande palestinienne d’admission à l’ONU au titre d’État non membre, sur laquelle l’Assemblée générale devrait se prononcer le 29 novembre. Si l’État d’Israël sait qu’il ne pourra pas empêcher, en cas de vote, cette admission, l’opération militaire en cours, en réactualisant les thèses du « cycle de la violence » et des responsabilités partagées, pourrait convaincre certains États indécis, notamment en Europe, de choisir de ne pas choisir en s’abstenant lors du vote du 29 novembre. Les premières déclarations des États européens, entre autres la France, qui renvoient dos-à-dos les deux parties, quand ils n’accusent pas directement le Hamas, à l’instar de la Grande-Bretagne, semblent donner raison à Netanyahou et à ses calculs politiques.

Le cynisme de Netanyahou, qui manœuvre en prenant en otage les populations de Gaza et du Sud d’Israël, est dénoncé en Israël même. Mihal Wasser, enseignante israélienne résidant dans une localité située à 3 kilomètres de Gaza, a ainsi signé une courageuse lettre à l’attention de Netanyahou dans le quotidien Haaretz, dans lequel elle écrit notamment ceci : « Si vous vous souciez de nous, cessez de nous défendre par des missiles, des actions “ciblées” et des “vols dissuasifs”. Au lieu de l’opération Pilier de Défense, lancez-vous dans une opération Espoir pour l’Avenir. C’est plus compliqué, il faut pour cela de la patience, et c’est moins populaire » (1).

3) Israël cible le Hamas pour prendre à revers les évolutions régionales

Mais il est indispensable d’aller au-delà des échéances électorales israéliennes et onusiennes. En ciblant délibérément le Hamas, les autorités israéliennes démontrent en effet qu’elles ont mesuré le danger que représentent les évolutions régionales en cours, entre autres du changement de situation politique en Égypte. Depuis plusieurs années, le Hamas a entamé une longue mue qui l’a conduit à se positionner au centre du jeu politique palestinien, y compris dans les institutions de l’autonomie qu’il avait au départ boycotté (2), et au cœur du jeu politique régional.

En quête de respectabilité et afin d’apparaître comme un interlocuteur responsable, le Hamas a appliqué une politique stricte à Gaza concernant les roquettes. En effet, et ce, contrairement aux affirmations répétées des autorités israéliennes, le Hamas n’a pas, au cours des dernières années, encouragé les groupes armés à tirer des roquettes sur Israël, mais les en a dissuadés, y compris par la force. Leïla Shahid elle-même, peu suspecte de sympathie envers le Mouvement de la résistance islamique, l’a reconnu dans une interview accordée à la RTBF le 18 novembre 2012 : « ce n’est pas le Hamas qui tire, ce n’est pas vrai que c’est le Hamas. C’est le Jihad islamique et les autres organisations. Le Hamas (…) pour des raisons tout à fait évidentes d’opportunisme a fait respecter un cessez-le-feu intégral, il n’y a plus eu de tirs » (3).

En mai dernier, le Hamas établissait ainsi une force de 300 hommes chargée d’empêcher les tirs de roquettes. Cette force a procédé à de nombreuses arrestations et confiscations de matériel, y compris chez des groupes influents comme le Jihad islamique et les Comités de Résistance populaire. Comme le soulignait alors Avi Issacharoff, du Haaretz, « le fait que cette nouvelle force anti-roquettes ait été formée tend à démontrer que le Hamas cherche à maintenir le calme sur le front sécuritaire afin de pouvoir mieux établir l’autorité de son gouvernement dans la bande [de Gaza] » (4). L’accord tacite entre Hamas et groupes armés était que les autorités n’interviendraient pas en cas de riposte palestinienne à des bombardements aériens ou terrestres, mais qu’elles empêcheraient toute initiative militaire depuis Gaza.

Ces gages du Hamas, à l’instar de son attitude pragmatique lors des négociations ayant abouti à la libération de Gilad Shalit, participent de son accession au statut d’interlocuteur reconnu régionalement, renforcée par le processus révolutionnaire en cours et notamment l’arrivée au pouvoir, en Égypte, des Frères Musulmans (5). Le boycottage du Hamas, décrété par la très grande majorité des États arabes suite aux élections législatives de 2006, a fait long feu : en janvier dernier, Ismaïl Haniyyah, Premier Ministre du gouvernement de Gaza, était ainsi accueilli par les nouveaux responsables tunisiens; en juillet il était officiellement reçu par le Président égyptien fraichement élu Mohammad Morsi, une rencontre inenvisageable durant l’ère Moubarak; la visite en grande pompe de l’Émir du Qatar à Gaza à la fin du mois d’octobre a été le dernier événement consacrant la nouvelle centralité régionale de l’acteur politique Hamas.

4) Israël ne vise pas des groupes armés, mais un mouvement et une orientation politique

La première cible « officielle » de l’opération en cours a été Ahmad Jaabari, responsable de la branche militaire du Hamas, assassiné le 14 novembre. Ce choix est loin d’être anodin, et confirme en réalité les objectifs politiques inavoués du gouvernement israélien. Jaabari, du fait de sa position au sein du Mouvement de la résistance islamique, occupe en effet une place centrale dans le dispositif politique du Hamas au sein de la bande de Gaza. Il est notamment celui qui a supervisé les pourparlers ayant abouti, en octobre 2011, à la libération de Gilad Shalit et à son « échange » contre 1 027 prisonniers palestiniens, et son rôle a été salué par les médiateurs israéliens et internationaux.
 
Ahmad Jaabari et  Gilad Shalit

Plus éloquent sans doute, Jaabari était celui qui avait convaincu les groupes armés de Gaza d’accepter un cessez-le-feu avec Israël, parvenant même, quelques jours avant son assassinat, à élaborer une proposition de trêve durable, comme l’a confirmé Gershon Baskin, médiateur israélien dans la libération de Gilad Shalit : « M. Jabari n’était pas seulement intéressé par un cessez-le-feu durable; il était aussi celui qui était en charge de faire respecter les précédents accords de cessez-le-feu obtenu par les services de sécurité égyptiens. (…) Le matin du jour où il a été tué, M. Jabari recevait une draft de proposition de cessez-le-feu étendu avec Israël, incluant des mécanismes permettant de vérifier les intentions [des uns et des autres] et de s’assurer de la possibilité d’une entente » (6).

Jaabari était l’une des principales incarnations, aux côtés du Premier Ministre Ismaïl Haniyyah, du courant « pragmatique » du Hamas, prêt à convaincre les partisans de l’option militaire, la base du mouvement et les groupes palestiniens de la nécessité de maintenir un calme relatif entre Israël et Gaza afin d’obtenir un desserrement de l’étau autour de la petite bande côtière, sans pour autant renoncer au principe de la lutte pour la satisfaction des droits des Palestiniens : « M. Jabari comprenait la futilité des tirs de roquettes, contre Israël qui ne faisait pas réellement de dégâts en Israël, mais des dizaines de victimes à Gaza. M. Jabari n’était pas prêt à abandonner la stratégie de “résistance”, c’est-à-dire le combat contre Israël, mais il avait compris la nécessité d’une nouvelle stratégie et était prêt à accepter un cessez-le-feu sur le long terme » (7).

En ciblant Jaabari et en conduisant une opération d’envergure, Israël envoie en réalité un « message » au Hamas, en lui signifiant qu’il doit choisir entre résistance et capitulation, et qu’aucune orientation politique tentant de mêler négociations avec Israël et maintien des revendications nationales palestiniennes ne sera tolérée. Il s’agit ainsi de pousser le Hamas « à la faute » en renforçant, en son sein, les partisans de l’option militaire, au risque, pour le mouvement, de perdre une large partie de la légitimité régionale qu’il a acquise au cours des dernières années. Ni le Qatar, ni l’Égypte ne soutiendront en effet le principe d’une confrontation armée durable, en témoignent les efforts développés depuis le Caire et Doha pour parvenir à obtenir un cessez-le-feu. Dès lors, l’offensive en cours, si elle contribue actuellement à renforcer, à Gaza, le prestige du Hamas en tant qu’organisation « résistante », peut, sur le moyen terme, affaiblir le mouvement de la résistance islamique. Sous la pression de leurs parrains arabes, les pragmatiques du mouvement vont en effet probablement tenter d’obtenir un cessez-le-feu qui, s’il ne s’accompagne pas d’une amélioration des conditions de vie à Gaza et d’un arrêt des incursions et bombardements israéliens (8), approfondira les clivages internes au Hamas et renforcera les autres groupes palestiniens partisans du maintien d’une pression militaire, aussi dérisoire soit-elle, sur Israël.

5) Israël : « Plus ça change, plus c’est la même chose »

L’opération en cours n’est qu’une nouvelle démonstration de la nature réelle de la stratégie de l’État d’Israël à l’égard des Palestiniens. En témoigne le fait que je peux reprendre ici, sans le modifier, ce que j’écrivais il y a près de 4 ans lors de l’opération « Plomb Durci » (9) :

Derrière les faux prétextes (…), le but d’Israël est donc clair : à défaut de pouvoir se débarrasser du peuple palestinien, les dirigeants sionistes peuvent les tolérer dans des cantons isolés, à condition que ces cantons ne soient pas contrôlés par des forces hostiles à Israël. L’offensive actuelle est donc un sanglant « coup de pression » sur le Hamas et sur la population palestinienne : capitulez ou vous connaîtrez l’enfer.

L’offensive contre Gaza se situe donc dans la continuité des politiques israéliennes depuis plus de 60 ans : il s’agit de démontrer au peuple palestinien et à leurs dirigeants que s’ils sont tolérés dans des réserves entourées de murs, ils ne peuvent espérer obtenir davantage. Il s’agit de rappeler que c’est Israël qui fixe les règles du jeu, qui choisit les dirigeants, qui assassine ou menace de mort ceux qui ne sont pas assez conciliants, qui arme et désarme les forces de sécurité selon son bon vouloir, qui ouvre et ferme les portes d’entrée des cantons.

L’attitude d’Israël à l’égard du pourtant conciliant Mahmoud Abbas, qui a depuis longtemps renoncé à toute perspective d’affrontement avec Israël, dont les forces de sécurité en Cisjordanie coopèrent au quotidien avec les services israéliens, et qui s’accroche désespérément à une solution négociée, s’inscrit dans cette dynamique. L’État d’Israël menace en effet Abbas de « représailles » en cas de demande d’admission à l’ONU, certains évoquant même l’hypothèse d’un renversement d’Abbas  (10). Hypothèse peu plausible, mais qui démontre à quel point même le dirigeant le plus docile est immédiatement rappelé à l’ordre dès qu’il sort de l’agenda fixé par le seul État d’Israël, et à quel point le soi-disant « processus de paix » n’est qu’un leurre destiné à entretenir l’illusion d’une « négociation » possible alors que sur le terrain Israël poursuit son entreprise de colonisation et de dépossession.

Leïla Shahid, dans l’interview déjà citée, semble ainsi reconnaître (enfin) que le cadre du « processus de paix » est caduc, et que la stratégie de la direction de l’OLP, à savoir la recherche d’une solution négociée entre Israël et les Palestiniens sous l’égide des États-Unis, a failli : « nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux États. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué. La solution préconisée par le Président Mahmoud Abbas, par le Premier ministre, par Yasser Arafat avant son décès, ça fait 20 ans que nous négocions soi-disant une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis 45 ans. Et qu’est-ce que nous avons fait? Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est. (…) La stratégie de ma direction, la mienne, celle que je défends maintenant depuis 45 ans, a échoué. Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans? Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990. On a continué en 1993, on a arrêté la lutte armée, on a voulu montrer qu’on était respectueux du droit international, et Israël nous a donné une claque » (11).

6) Une nouvelle donne régionale?

De telles déclarations révèlent en réalité qu’il est de plus en plus évident, aux yeux de tous les acteurs impliqués, que la « parenthèse d’Oslo », ouverte au début des années 1990, est en train de se refermer. Les impasses inhérentes au « processus de paix » et la poursuite de la politique expansionniste israélienne se doublent aujourd’hui d’un changement du dispositif régional, qui ouvre d’autres perspectives politiques aux Palestiniens que celle d’un tête-à-tête avec Israël sous supervision états-unienne, avec des pays arabes aux abonnés absents. En s’en prenant au Hamas et en essayant de le mettre en porte-à-faux vis-à-vis de ses parrains arabes, l’État d’Israël reconnaît, paradoxalement, qu’il a pris conscience de la fermeture programmée de la parenthèse d’Oslo et des risques que cela comporte pour lui.

Loin d’être une réaction aux tirs de roquettes, l’offensive en cours peut ainsi être considérée comme une « attaque préventive » contre les conséquences probables du rééquilibrage régional en cours. Israël ne peut plus compter, comme auparavant, sur des régimes arabes soumis au seul agenda états-unien, et il n’est donc pas hasardeux d’émettre l’hypothèse selon laquelle l’une des cibles indirectes de l’attaque est l’Égypte (12). Si cette dernière n’a pas rompu avec la politique étrangère de l’ère Moubarak, notamment en ce qui concerne le Traité de Camp David et les liens avec les États-Unis, elle entend toutefois occuper une place significative au sein du dispositif régional, passant notamment par un rôle nouveau dans le « dossier » palestinien.

En précipitant les événements par le déclenchement d’une opération militaire d’envergure contre Gaza, qui semble cibler en priorité le Hamas, le gouvernement israélien met en effet à l’épreuve le nouveau régime égyptien. Ce dernier ne peut plus se contenter d’une solidarité de principe, passant par des déclarations de soutien aux Palestiniens ou par des votes demandant la révision du Traité de Camp David. Le Président Morsi doit agir afin de démontrer, en acte, que l’ère Moubarak est révolue, sans quoi il risque de perdre une partie de son soutien populaire, sans pour autant encourager l’hostilité régionale contre Israël, une attitude qui pourrait conduire les États-Unis, dont l’aide financière demeure considérable, à sanctionner le nouveau régime.
 

L’Égypte se retrouve, de facto, au centre du jeu, mais Mohammad Morsi va devoir faire la preuve de sa capacité à manier la realpolitik. Le Président égyptien est contraint à faire face aux contradictions de l’Égypte post-Moubarak, et l’accélération provoquée par Israël va nécessairement influer sur les reconfigurations en cours au niveau régional. Le cycle d’Oslo est en train de se refermer, et avec lui le principe d’un « règlement » de la question palestinienne imposé par les États-Unis et Israël, avec l’assentiment des pays arabes. Un nouveau cycle, produit de la faillite d’Oslo et des processus révolutionnaires arabes, s’est déjà ouvert. Nul doute que l’offensive israélienne en cours, dont les développements sont incertains, et ses conséquences politiques et diplomatiques contribueront à définir les coordonnées de ce nouveau cycle qui sera taché, comme toujours en Palestine, du sang des habitants de Gaza.
 

Notes
 
1. Voir la lettre traduite en français sur le site de l’Union Juive Française pour la Paix, et l’original en anglais sur le site du Haaretz.

2. Sur les mutations internes du Hamas révélées par sa participation aux élections de 2006, voir notamment Khaled Hroub  « Un Hamas nouveau ? », Revue d’études palestiniennes, n°102, hiver 2007.

3. Entretien en ligne sur le site de la RTBF.

4. Avi Issacharoff, « New Hamas force in Gaza is foiling rocket attacks against Israel », Haaretz, 10 mai 2012. En ligne sur le site du Haaretz.

5. Le Hamas est, rappelons-le, issu de la branche palestinienne des Frères Musulmans.

6. Gershon Baskin, « Israel’s Shortsighted Assassination », The New York Times, 16 novembre 2012, en ligne sur le site du New York Times.

7. Ibid.

8. Rappelons en effet que pour la seule année 2012, ce sont pas moins de 70 Palestiniens de Gaza qui ont été tués par les forces armées israéliennes, et ce avant le déclenchement de l’opération « Pilier de Défense ».

9. Julien Salingue, « Offensive israélienne contre Gaza : une mise en perspective », publié sur le site de Contretemps le 6 janvier 2009.

10. Voir par exemple Harriet Sherwood, « Israel threatens to overthrow Abbas over Palestinian statehood bid », The Guardian, 14 novembre 2012, en ligne sur le site du Guardian.

11. Entretien en ligne sur le site de la RTBF.

12. On remarquera que le nom hébreu de l’opération israélienne contre Gaza n’est pas « Pilier de Défense » mais עמוד ענן, « Amud Anan », c’est-à-dire « Colonne de nuages », en référence à un épisode biblique durant lequel Dieu protège, au moyen d’une « colonne de nuages », les Israélites lors de leur traversée du désert, contre les peuples d’Égypte.  

lundi 19 novembre 2012

Montréal, manifestation de solidarité avec Gaza (vidéos)

Montréal, manifestation de solidarité avec Gaza nov 2012
Montréal. Loin des explosions qui secouent depuis cinq jours le Proche-Orient, des milliers de personnes ont déambulé cet après-midi dans les rues de Montréal, bannières et drapeaux dans les mains, pour montrer leur solidarité avec le peuple palestinien de la bande de Gaza.

L'attroupement s'est formé à 13 h devant l'Université Concordia. « Vive la Palestine libre », « Solidarité avec Gaza » et «Israël assassin, Harper complice », ont chanté les manifestants.

Source La Presse
 









 À la demande de monsieur David Ouelette, ces quatre paragraphes doivent être retirés, car elles constituent de la diffamation et de là désinformation à son égard et au groupe du CERJI.
 

Copie de leur demande  $$$$$$







 

 
 
On peut voir Ouellette à la fin du reportage de Radio Canada ICI
 
 

dimanche 18 novembre 2012

L’affaire Petraeus et le passé criminel de la CIA (vidéos)

De Julie Lévesque
 
L’affaire Petraeus a démontré une fois de plus comment un scandale sexuel peut alimenter les médias étasuniens à la fois dans le but de contribuer à un « assassinat politique » et faire figure d’arbre cachant la forêt. Bien que ce qui se cache derrière l’écran de fumée salace fasse toujours l’objet de spéculations, la plupart d’entre elles sont bien plus crédibles qu’une simple affaire extraconjugale.
 
L’une des explications possibles du départ du directeur de la CIA, David Petraeus, est sa position à l’égard d’Israël, qu’il voyait comme un handicap pour les intérêts des États-Unis au Moyen-Orient :
« Les hostilités constantes entre Israël et certains de ses voisins posent des défis spécifiques à la progression de nos intérêts dans l’AOR [zone d’opération]. Les tensions israélo-palestiniennes donnent souvent lieu à des flambées de violence et des confrontations armées de grande envergure. Ce conflit fomente un sentiment anti-étasunien puisque l’on perçoit un favoritisme des États-Unis envers Israël. La colère arabe à propos de la question palestinienne limite la force et la solidité des partenariats des États-Unis avec les gouvernements et les populations de la zone d’opération et affaiblit la légitimité des régimes modérés dans le monde arabe. Entre-temps Al-Qaïda et d’autres groupes militants exploitent cette colère afin de mobiliser des appuis. Le conflit permet également à l’Iran d’influencer le monde arabe par le biais de ses clients, le Hezbollah libanais et le Hamas. » (Ali Abunimah, When Former CIA Chief David Petraeus Enraged the Israel Lobby, Electronic Intifada, 12 novembre 2012.)
 
Comme le fait remarquer Stephen Lendman, les scandales sexuels ne mènent pas nécessairement à des démissions, sauf si des secrets d’État sont en jeu :
Oubliez le non-sens d’une démission en raison de rapports extraconjugaux, à moins que des secrets d’État n’aient été compromis. Bien des élus et représentants officiels à Washington ont eu des aventures. Ils sont probablement nombreux à en avoir en ce moment. En général, les démissions ne s’ensuivent pas. Newt Gingrich a survécu à des scandales d’ordres éthique et sexuel. Il a démissionné de son poste de président de la Chambre des représentants à la suite de la mauvaise intégration des républicains durant l’année présidentielle sans élections de 1998 […]
On ferme les yeux sur les opérations secrètes de la CIA à Benghazi. Elles impliquent l’envoi d’armes lourdes à des combattants syriens de l’opposition. Petraeus est parti peu de jours avant son témoignage prévu au Congrès […] L’opération de Benghazi est appelée à tort un consulat étasunien. Il s’agit d’un « lieu de réunion pour coordonner l’aide aux insurrections menées par les rebelles au Moyen-Orient ».
Les tâches comprennent « la collaboration avec des pays arabes pour le recrutement de combattants – incluant des djihadistes – visant le régime de Bachar Al-Assad en Syrie ». L’appellation « consulat » sert de couverture et Barack Obama et Hillary Clinton appellent ce poste une « mission étasunienne ». Le département d’État n’a pas inscrit Benghazi sur sa liste de consulats. (Stephen Lendman, Petraeus: Resignation or Sacking?, Global Research, 12 novembre 2012.)
 
Lorsque l’on connaît l’histoire ténébreuse de la CIA, l’explication la plus plausible du départ de Petraeus semble être le camouflage d’une opération secrète appuyant des terroristes servant de guerriers par procuration et utilisés pour renverser un gouvernement étranger. Washington’s Blog explique :
Peu importe l’ampleur de l’opération de la CIA à Benghazi et peu importe les véritables raisons de sa démission de la direction de la CIA, la clé réside dans notre politique étrangère d’hier et d’aujourd’hui.
Depuis des décennies, les États-Unis appuient des terroristes à des fins géopolitiques.
Le gouvernement étasunien a planifié à maintes reprises depuis 20 ans un changement de régime en Syrie et en Libye et rêve depuis 50 ans au changement de régime, en employant le terrorisme sous faux pavillon.
Obama présente simplement la « guerre au terrorisme » de Bush et des néoconservateurs sous un nouveau jour, comme une série de guerres humanitaires.
Les États-Unis et leurs alliés feront tout pour faire tomber l’Iran […] et tentent systématiquement de s’en prendre aux alliés de l’Iran dans le but de l’isoler et de l’affaiblir. (Why Did CIA Director Petraeus Resign? Why Was the U.S. Ambassador to Libya Murdered?, Washington’s Blog, 10 novembre 2012.)
 
Le changement de régime par le biais du terrorisme n’est pas la seule vocation de la CIA. Au fil des ans l’Agence s’est révélée très efficace dans le blanchiment d’argent, le trafic d’armes et de drogue. Le commerce de la drogue et des armes appelé l’« Entreprise » au cœur de l’affaire Iran-Contra était-il un méfait isolé? Plusieurs témoignages d’anciens représentants de la CIA, de la Drug Enforcement Agency (DEA, Agence de lutte antidrogue) et de policiers, sans compter les nombreux livres, articles et documentaires sur la CIA indiquent qu’il s’agissait simplement d’une habitude, business as usual.
 
Lors d’une assemblée publique le 15 novembre 1996, l’ancien détective de la section des stupéfiants du Los Angeles Police Department (LAPD) Michael Ruppert a dit sans ménagement à John Deutch, alors directeur de la CIA : « Je vais vous dire directeur Deutch qu’en tant qu’ancien détective de la section des stupéfiants du Los Angeles Police Department que l’Agence fait du trafic de drogue dans ce pays depuis longtemps. » Cela mit la foule en liesse. Une épidémie de crack ravageait les quartiers défavorisés de L.A. depuis le début des années 1980 et avait eu des effets dévastateurs sur la communauté noire. (Voir la vidéo en anglais : Former LA Police Officer Mike Ruppert Confronts CIA Director John Deutch on Drug Trafficking) Voir la vidéo ci-dessous




 
Michael Ruppert a été recruté pour protéger les opérations de drogue de l’Agence aux États-Unis. Il avait les preuves pour le démontrer. Cela lui a valu d’être la cible de tirs et le LAPD l’a remercié.
 
Plus tôt la même année, le journaliste Gary Webb du San Jose Mercury News a publié une série d’articles sur l’explosion de crack à L.A. intitulée : The Dark Alliance. The story behind the crack explosion (L’alliance des ténèbres : Les origines de l’explosion de crack)
Durant près d’une décennie un réseau de trafiquants de drogue de la région de San Francisco a vendu des tonnes de cocaïne aux gangs de rue de Los Angeles, les Crips et les Bloods, et a acheminé des millions de dollars de profits tirés de ce trafic à une guérilla latino-américaine dirigée par la Central Intelligence Agency des États-Unis. C’est ce qu’a conclu une nouvelle enquête du Mercury News. Ce réseau de trafiquants a ouvert la première voie reliant les cartels colombiens de la cocaïne et les quartiers noirs de Los Angeles, une ville maintenant reconnue comme la capitale mondiale du crack. (The Dark Alliance. The story behind the crack explosion, San Jose Mercury News.)
 
Alors qu’il travaillait pour la Drug Enforcement Agency (DEA), Michael Levine a été témoin de la façon dont la CIA ET le département d’État protégeaient le commerce de la drogue :
L’usine de Chang Mai que la CIA m’a empêché de détruire était à l’origine de quantités massives d’héroïne introduites clandestinement aux États-Unis dans les corps et les housses mortuaires de soldats tués au Vietnam. (p. 165)
Mon unité, le Hard Narcotics Smuggling Squad, était chargée d’enquêter sur toute la contrebande d’héroïne et de cocaïne passant par le port de New York. Nous avons fini par être impliqués dans l’enquête de toutes les grandes opérations de contrebande connues de la police. Nous n’avons pas pu ignorer le fait que la CIA protégeait d’importants trafiquants de drogue. Pas une seule source importante en Asie du Sud-Est n’a été accusée par les forces de l’ordre des États-Unis. Ce n’était pas accidentel. Les affaires étaient neutralisées l’une après l’autre par des interventions de la CIA et du département d’État et l’on ne pouvait absolument rien y faire. Des compagnies aériennes comme Air America appartenant à la CIA étaient utilisées pour transporter de la drogue à travers l’Asie du Sud-Est, supposément pour appuyer nos « alliés », et les opérations bancaires de la CIA étaient employées pour blanchir de l’argent. (pp. 165, 166) (Michael Levine, America’s “War on Drugs”: CIA- Recruited Mercenaries and Drug-Traffickers, wanttoknow.info, 13 janvier 2011.)



 
Le Shower Posse jamaïcain est une autre organisation criminelle ayant prospéré à l’aide de la CIA et du gouvernement des États-Unis :
En raison de la récente flambée de violence en Jamaïque et de la controverse entourant le présumé baron de la drogue Christopher « Dudus » Coke, bien des gens parlent du tristement célèbre Shower Posse jamaïcain et du quartier de Tivoli Gardens d’où ils mènent leurs opérations. Les médias ignorent largement le rôle tenu par le gouvernement étasunien et la CIA dans l’entraînement, l’armement et le pouvoir donné au Shower Posse.
Il est intéressant de voir que les États-Unis accusent Christopher « Dudus » Coke, l’actuel chef du Shower Posse, de trafic d’armes et de drogue, puisque la CIA a elle-même été accusée d’avoir fait de la contrebande d’armes et du trafic de drogue en Jamaïque et d’avoir facilité le commerce de la cocaïne entre la Jamaïque et les États-Unis dans les années 1970 et 1980. À maints égards, Dudus ne faisait que perpétuer une tradition de violence, de corruption politique, de trafic de drogue et d’armes mise en place avec l’aide de la CIA […].
L’ancien agent de la CIA, Philip Agee, a dit que « la CIA se servait du JLP [Jamaican Labor Party] comme instrument dans la campagne contre le gouvernement de Michael Manley. Je dirais que la violence provenait en grande partie du JPL et la CIA était derrière eux, leur fournissant des armes et de l’argent ». (Casey Gane-McCalla, Jamaica’s Shower Posse: How The CIA Created “The Most Notorious Criminal Organization” Newsone, 3 juin 2010.)
 
En 1995, Philip Agee avait également prévenu :
En ce qui a trait à la communauté du renseignement, d’autres cibles qui font l’objet de discussions sont les États voyous, les soi-disant États voyous : l’Irak, la Libye, l’Iran, la Corée du Nord et, pour certains, la Syrie. (Vidéo : Philip Agee – Inside the CIA (the Intelligence Community)(1995)(1-9)(MODERN GOVERNMENT series))
 
On a réglé le cas de l’Irak et de la Libye. La Syrie est l’actuelle victime et l’Iran et la Corée du Nord sont régulièrement menacés par les États-Unis. Oubliez les armes de destruction massive et le printemps arabe, ce ne sont que des écrans de fumée et de la poudre aux yeux, tout comme l’affaire Petraeus.
 
Et surtout, oubliez la « guerre au terrorisme » et la « guerre de la drogue ».
 
Pratiquement éradiquée sous les talibans, la production d’opium en Afghanistan est florissante depuis le début de l’occupation des États-Unis et les troupes étasuniennes ont admis qu’elles protégeaient les champs de pavot. (Washington’s Blog, Are American Troops Protecting Afghan Opium?, 28 octobre 2012.)
 
La CIA, l’armée étasunienne et d’autres agences gouvernementales seraient par ailleurs liées à la guerre de la drogue au Mexique et leur but serait loin de celui affiché :
[Jesus Vicente Zambada-Niebla], un agent haut placé d’un cartel mexicain de la drogue actuellement détenu aux États-Unis, a fait d’étonnantes allégations voulant que « Fast and Furious », l’opération fédérale ratée [qui consistait à introduire des armes au Mexique], ne soit pas ce que l’on croit.
Il ne s’agissait pas de suivre la trace d’armes, mais de les fournir, tout cela faisant partie d’un accord élaboré entre le gouvernement étasunien et le puissant cartel mexicain Sinaloa visant à démanteler des cartels rivaux […]
Zambada-Niebla affirme qu’en vertu d’une stratégie « diviser pour régner », les États-Unis ont aidé à financer et armer le cartel de Sinaloa par l’opération Fast and Furious en échange d’informations permettant à la DEA, à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE, immigration et douanes) et à d’autres agences fédérales d’éliminer des cartels rivaux. Le cartel de Sinaloa aurait eu la permission de faire passer clandestinement des quantités massives de drogue aux États-Unis de 2004 à 2009 – à la fois durant Fast and Furious et les opérations de trafic d’armes de l’ère Bush – tant qu’il donnait des renseignements en retour. (Jason Howerton, Mexican Drug Cartel was working alongside the US Government, The Blaze 9 août 2012.)
 
Comparée à tous ces crimes, une affaire extraconjugale est complètement insignifiante.
 
Article initialement publié en anglais : The Petraeus Affair vs. the CIA’s Long Criminal History
 

Mondialisation.ca offre à ses lecteurs une sélection d’articles sur la résignation de David Petraeus et les crimes graves commis par la CIA au fil des ans, lesquels méritent davantage d’attention de la part des médias.