dimanche 31 mars 2013

Retour sur l’assassinat de Patrice Lumumba

Retour sur l’assassinat de Patrice Lumumba (ou de l’actualité de l’impérialisme)
Mounadil Al Djazaïr


Avec le temps, il arrive que certaines vérités se fassent jour et que des énigmes soient progressivement résolues. Hasan Suroor de The Hindu évoque pour nous une récente révélation sur l’assassinat de Patrice Lumumba, ce personnage charismatique dont le nom évoque aujourd’hui encore des espoirs d’indépendance et de démocratie en Afrique et au -delà.

On comprend que le destin de Lumumba a une signification particulière pour l’Inde puisque c’est auprès d’un diplomate de ce pays en poste à Léopoldville (désormais Kinshasa) qu’il avait dans un premier temps trouvé refuge.
 
L’histoire de Lumumba nous rappelle que, comme la Syrie aujourd’hui, le Congo ex belge avait aussi des amis.

Tiens, ce sont à peu près les mêmes que ceux de la Syrie aujourd'hui!

Un pair du royaume révèle le rôle du MI6 dans l’assassinat de Lumumba
Par Hasan Suroor, The Hindu (Inde) 1er avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri


Un des secrets les mieux gardés des services de renseignements britanniques vient peut-être d’être éventé : leur rôle dans l’enlèvement et l’assassinat de Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement démocratiquement élu du Congo dont le panafricanisme et l’inclination vers Moscou avaient alarmé l’Occident.

Pendant plus de cinquante ans, des rumeurs ont circulé par rapport à des allégations sur le rôle de la Grande-Bretagne dans le meurtre brutal de Lumumba en 1961, mais rien n’avait été prouvé – laissant la CIA et son homologue belge porter seules le chapeau pour ce qu’un écrivain Belge avait qualifié de « plus important assassinat du 20ème siècle.» Aujourd’hui, dans des révélations spectaculaires, un vétéran de la politique britannique affirme avoir entendu de la bouche même des concernés que c’est le MI6 qui l’avait « fait. »

Dans une lettre à la rédaction passée presque inaperçue dans le dernier numéro de la London Review of Books (LRB), David Edward Lea réagissait à « Empire of Secrets, British intelligence, the Cold War and the Twilight of Empire, » un nouveau livre sur les services secrets britanniques dans lequel Calder Walton affirme qu’on ne sait toujours presque rien sur le rôle de la Grande-Bretagne dans la mort de Lumumba. « La question reste de savoir si les projets britanniques d’assassinat de Lumumba… avaient une quelconque réalité. Pour l’heure, nous n’en savons rien,» écrit Walton.

Lord Lea a répliqué : « En fait, dans ce cas particulier, je peux dire que nous avons joué un rôle. Il se trouve que je prenais une tasse de thé avec Daphne Park… Elle avait été consul et première secrétaire [d’ambassade] à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, de 1959 à 1961, ce qui en pratique (et qui a été par la suite reconnu) signifiait chef du MI6 sur place. J’avais évoqué avec elle l’indignation suscitée par l’enlèvement et l’assassinat de Lumumba, et je lui avais rappelé la théorie selon laquelle le MI6 avait quelque chose à voir avec ça. “Nous l’avons fait”, avait-elle répondu, ‘je l’ai organisé.” »

Selon Lord Lea, elle avait soutenu que si l’Occident n’était pas intervenu, Lumumba aurait livré aux Russes les richesses minières du Congo – appelé aujourd’hui République Démocratique du Congo. Contacté par The Hindu, Lord Lea a confirmé la teneur de sa lettre à la LRB et que la conversation autour d’un thé avait eu lieu quelques mois avant le décès de Mlle Park en 2010. « C’est la discussion que j’ai eue avec elle et c’est ce qu’elle m’a dit. Je n’ai rien de plus à ajouter, » a-t-il dit quand nous lui avons demandé s’il disposait éventuellement d’une autre confirmation indépendante de la déclaration de Mlle Park.

Mlle Park qui a fait sa carrière dans les services de renseignements a servi à Kinshasa (ex Léopoldville) entre 1959 et 1961. À sa retraite, elle a été faite pairesse à vie avec le titre de baronne Park of Monmouth. Ses collègues de la Chambre des Lords parlaient d’elles comme de la porte-parole des services secrets. Elle a aussi brièvement doyenne du Somerville College à l’université d’Oxford.

Le MI6 n’a fait aucun commentaire sur les révélations de Lord Lea. « Nous ne nous exprimons pas sur les questions relatives aux renseignements, » a déclaré un officiel.

Lumumba, salué comme étant « le héros de l’indépendance du Congo » de la Belgique en 1960, avait été tué par balle le 17 janvier 1961 après avoir été renversé par un coup d’État soutenu par la Belgique et les USA à peine quelques mois après avoir pris ses fonctions.

Lumumba avait trouvé refuge auprès de Rajeshwar Dayal – le diplomate Indien qui représentait le Secrétaire général de l’ONU au Congo – pendant plusieurs jours, mais avait été capturé et tué peu de temps après qu’il avait fait le choix de quitter les locaux de l’ONU. « Ce crime odieux avait été le point culminant de deux complots d’assassinat liés entre eux par les gouvernements belge et américain qui avaient utilisé des complices Congolais et un peloton d’exécution belge pour faire le coup,» écrit Georges Nzongola-Ntalaja, un spécialiste d’études africaines et afro-américaines qui a écrit The Congo from Leopold to Kabila: A People’s History [le Congo de Léopold à Kabila : histoire d’un peuple].

Des documents américains de l’époque déclassifiés ont établi le rôle de Washington dans des tentatives secrètes d’assassinat – la plus connue étant le plan de la CIA pour empoisonner la brosse à dents de Lumumba en introduisant de la pâte dentifrice empoisonnée dans sa salle de bains.

 « La pâte dentifrice n’est jamais arrive dans la sale de bains de Lumumba. Je l’ai jetée dans le fleuve Congo, » dira plus tard Larry Devlin, chef de la station de la CIA à Léopoldville.

Le public sait peu de choses sur le rôle de la Grande-Bretagne. Mais en 2000, la BBC avait rapporté qu’à l’automne 1960 – trois mois avant l’assassinat de Lumumba – un agent du MI5 à l’ambassade britannique à Léopoldville avait proposé « l’élimination de Lumumba de la scène en le tuant.»

Ceci est mon dernier billet.

Par Théophraste R. (ONG itinérante).

Il n’est de bons amis qui ne se quittent. Je dois vous dire adieu.

La fatigue, l’usure, l’impression de tourner en rond... Je voulais arrêter le 31 décembre dernier, mais les administrateurs (trices) m’ont convaincu par la flatterie : « Gardons une goutte de rire dans le rude océan du Grand Soir, l’éclair d’une flèche légère en marge des longs articles »  Textuel ! Ils (elles) sont malins (lignes) comme des singes (guenons).

Cependant, une certitude s’est imposée à moi : le principe même d’un « billet » est porteur de simplifications, de caricatures, de brutalité, d’une absence de nuances dont certain(e)s lecteurs (trices-succubes) se sont plaint(e)s parfois.

En trois ans, j’ai écrit 430 billets. C’est beaucoup. C’est trop. C’est prenant. Et puis, je suis demandé ailleurs.

Dans le paysage médiatique Internet, le seul très grand site capable de toucher un très vaste public et d’ébranler le Pouvoir est Médiapart. Or, Edwy Plenel connaît bien Jean-Luc Mélenchon, qui connaît bien Le Grand Soir qu’il a soutenu en préfaçant un livre dont les bénéfices ont aidé à payer l’avocat pour le procès intenté par un « bourreau argentin ». Bref, on s’est vus, l’équipe du GS, Plénel, Mélenchon et moi et je vais, dès la rentrée de septembre, publier un vrai édito sur Médiapart.

J’y gagnerai de l’espace et pas un fifrelin (bénévole, c’est une règle). Par loyauté pour LGS où je n’ai que des amis, je ne vous invite pas à me suivre (1).

Note :
 (1) Pour tout dire, des projets de fusion-absorption-vente ont été évoqués. Le Grand Soir pourrait disparaître et disperser ses cendres, un administrateur étant pressenti par Politis, un autre par « El correo del Orinoco » (quotidien gratuit bolivarien), un autre étant en pourparler pour créer, à destination des pays francophones, une branche de Telesur (télévision satellitaire latino-américaine et anti-CNN).

A suivre, ici ou là, mais toujours en face des mêmes.

En attendant, chantons ensemble
 
 
 

samedi 30 mars 2013

Leaders paysans assassinés en Colombie

Todd Howland

Le représentant du Haut Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme en Colombie, Todd Howland, a vivement dénoncé, mardi 26 mars, les assassinats récents de deux leaders paysans, appelant les autorités locales à mieux assurer leur protection. L'an dernier, a-t-il souligné, "97% des défenseurs des droits de l'homme (tués) étaient originaires des zones rurales", soit 37 personnes entre janvier et septembre 2012.

Le corps d'Ermes Vidal, qui militait pour la restitution des terres aux paysans déplacés par le conflit, a été retrouvé samedi 23 mars dans la région de Cordoba (nord). L'homme avait reçu des menaces de mort.
 
Lundi 25, un autre dirigeant, Gustavo Pizo, président de l'Association des paysans de Totoro, dans la province du Cuaca (sud-ouest), a également été assassiné.  Il appartenait à la Marche Patriotique, une organisation de gauche défendant la création de réserves paysannes (des communautés autonomes sur le modèle des réserves indigènes). La revendication est également portée par la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui mène actuellement des négociations de paix avec le gouvernement.
 
Environ 3,7 millions de paysans ont été chassés de leurs terres au cours du conflit qui a opposé pendant des années guérillas communistes et groupes paramilitaires d'extrême droite. Officiellement démobilisés depuis 2006, ces derniers comptent désormais de nombreux membres dans les bandes criminelles.
 
Il y a deux ans, le gouvernement du président Juan Manuel Santos a adopté une loi prévoyant de restituer aux petits paysans deux millions d'hectares saisis et quatre millions d'hectares laissés à l'abandon.
 
Source Le Monde et le Grand Soir

vendredi 29 mars 2013

Jésus, la biographie non autorisée

L'enfance de Jésus : « Je n'ose plus lui parler! reprend Joseph. Jésus provoque la haine depuis que nous séjournons à Nazareth. Et il semble heureux d'être haï! Avertis-le. Fais-lui entendre raison si tu le peux, ou bientôt nous serons persécutés par sa faute, et un jour nous ne trouverons aucun lieu où nous réfugier. » L'origine du Saint-Suaire : « Jésus me surprit à peindre son portrait. Constatant sans doute que je ne suis pas une artiste accomplie, il me demanda une étoffe, l'appliqua sur sa face et me la rendit marquée de son visage. » ( Extrait Jésus, la biographie non autorisée)

Le roman des évangiles apocryphes
par Mathieu Perreault
La Presse

Ponce Pilate martyrisé à Lyon. Jésus qui, toujours enfant, fait revenir à la vie un enfant tombé d'un toit pour qu'il le disculpe. Et sainte Anne, si importante dans la piété populaire québécoise, qui se retrouve enceinte de Marie, mère du Christ, bien qu'elle soit infertile.

Patrick Banon a publié l'hiver dernier la première « biographie populaire basée sur les évangiles apocryphes ». Cet historien français des religions, qui s'est déjà penché sur Moïse, Bethsabée et saint Jean-Baptiste, décrit un Christ moins tourmenté qu'à l'habitude, mais aussi plus controversé.

« Ce que je vois dans les évangiles apocryphes, c'est un Jésus encore plus controversé que dans le Nouveau Testament, explique M. Banon en entrevue téléphonique. Enfant, il suscitait même la colère des gens, parce qu'il ne contrôlait pas encore ses pouvoirs. Les enfants sont plus proches de la vie éternelle que les adultes. Jésus discutait avec les docteurs de la loi au temple de Jérusalem. C'est un renversement de la légitimité de l'adulte vers l'enfant.»

Ne tombe-t-on pas dans l'«enfant-roi »? « Non, parce que c'est un enfant spécial, unique. Tout dans les traditions populaires le souligne : la mère de Marie qui se retrouve enceinte alors qu'elle était stérile, les sages-femmes qui constatent la virginité de la Vierge après son accouchement. Les trois rois mages qui, au départ, étaient 12 pour symboliser les 12 tribus d'Israël.»
Patrick Banon

Le professeur de l'Université polytechnique d'Orléans s'est appuyé sur 70 textes apocryphes, qu'il décrit à la fin du livre. « J'ai toujours été fasciné par le monothéisme comme révolution sociale, le monde mésopotamien et le Proche-Orient. Avant le judaïsme, les hommes voulaient se protéger des forces supérieures, des aléas climatiques, en faisant appel aux dieux intercesseurs. Mais les divinités ont fini par incarner les forces naturelles. Il y avait une logique d'asservissement à ces divinités. Le principe de départ du monothéisme est une divinité sans nom ni visage qui a créé l'humanité entière, sans distinction les uns des autres. Il n'y avait plus de terre plus sacrée que les autres, on s'émancipait du joug des divinités. Bien sûr, par la suite, les intermédiaires vont apparaître et construire une organisation politique fondée sur ces monothéismes. Jésus a voulu faire renaître la révolution du monothéisme en annonçant que tous pouvaient accéder au royaume des cieux. Je m'intéresse aux acteurs, réels ou non, qui représentent la perception de l'humanité à ce moment-là, la progression du contrat social, du droit du travail, du droit de vote, à travers les prescriptions religieuses. »

Pourquoi cela est-il important pour les lecteurs occidentaux, dans une ère de déchristianisation? « On est en train de sortir d'une logique agricole de territoire et de différences nationales et religieuses, dit M. Banon. Depuis une cinquantaine d'années, on vit une mondialisation qui met en contact les différents systèmes religieux au sein de chaque pays. Il faut revisiter entièrement notre rapport à l'autre. »

Et les penseurs orientaux, comme Confucius ou Bouddha? « J'y ai déjà pensé, mais il faut que les éditeurs soient sensibles. Pour le moment, j'ai plutôt envie d'écrire sur le siège de la forteresse de Massada par les Romains. »

Et Mahomet? Est-ce un sujet trop sensible? « Je pourrais. Il y a aussi dans son cas l'équivalent des évangiles apocryphes, des versets qui ne se trouvent pas dans le Coran. Ce qui est interdit dans l'islam, ce n'est pas les représentations de Mahomet, mais de Dieu. Ça ne me ferait pas peur. »

En marge de ses biographies, Patrick Banon a publié plusieurs livres sur la diversité culturelle et fait des formations sur le sujet en entreprise. « Je n'ai pas eu d'éducation religieuse. Mes parents n'étaient ni hostiles ni curieux à l'égard des religions. J'ai fait une partie de mes études aux États-Unis, où mon père économiste enseignait à l'université. Ensuite, je me suis intéressé aux arts martiaux, au zen. C'est devenu une recherche personnelle. »

Jésus, la biographie non autorisée. Patrick Banon. Michel Lafon, 343 pages.
 
Source La Presse

jeudi 28 mars 2013

CIA arme les rebelles Syriens

SYRIE : Pont aérien CIA pour armer les « rebelles »
Par Manlio Dinucci
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Dans la « guerre couverte » en Syrie, on découvre désormais les cartes. Après que le centre de Damas a été touché par des projectiles de mortier et des missiles qui ont tué plusieurs civils, le commandant « rebelle » Abou Omar, revendiquant le mérite de l’action, a déclaré hier 26 mars au New York Times que « les groupes rebelles autour de Damas ont été renforcés par de nouvelles fournitures d’armes à travers la Jordanie avec l’assistance américaine ». Une enquête de ce même journal confirme ce que nous écrivons depuis longtemps sur il manifesto : l’existence d’un réseau international, organisé par la CIA, à travers lequel un flux croissant d’armes arrive aux « rebelles » en Syrie.

Depuis des centres opérationnels appropriés, des agents de la CIA pourvoient à l’achat d’armes avec des financements (de l’ordre de milliards de dollars) concédés principalement par Arabie saoudite, Qatar et autres monarchies du Golfe; ils organisent ensuite le transport des armes en Turquie et Jordanie à travers un pont aérien, puis les font enfin parvenir, à travers la frontière, aux groupes en Syrie, déjà entraînés dans les camps installés à cet effet en territoire turc et jordanien.

Depuis que l’opération a commencé en janvier 2012, au moins 3.500 tonnes d’armes, selon une estimation par défaut, ont ainsi été transportées par pont aérien. Les premiers vols ont été effectués, par des avions militaires de transport C-130, du Qatar en Turquie. Depuis avril 2012 ont été utilisés de gigantesques avions-cargos C-17, fournis par le Qatar, qui ont fait la navette entre la base aérienne de Al Udeid et celle turque de Esenboga. Détail non négligeable : la base aérienne qatarie de Al Udeid abrite le quartier général avancé du Commandement central Usa, avec un personnel de plus de 10mille militaires, et fonctionne comme hub pour toutes les opérations au Moyen-Orient. Dans ses dépôts sont stockés des armes de tous types, y compris certainement aussi celles non made in USA, plus adaptées pour les opérations « couvertes ». Depuis octobre 2012, des avions jordaniens C-130 ont atterri dans la base turque de Esenboga, pour charger des armes à transporter à Amman pour les « rebelles » syriens.

En même temps, des avions-cargos jordaniens ont commencé à faire la navette avec Zagreb, en transportant à Amman des armes d’arsenaux croates achetées avec les financements saoudiens. Pour cette opération on utilise de gigantesques avions Iliouchine de la Jordanian International Air Cargo. Depuis le mois de février 2013, aux vols des avions-cargos qataris et jordaniens se sont ajoutés des Saoudiens, effectués par des C-130 qui atterrissent sur la base turque d’Esenboga.

Malgré les démentis de Zagreb, l’enquête a amplement documenté l’engagement de la Croatie dans ce trafic international d’armes, dirigé par la CIA. Un acte méritoire pour la Croatie qui, pour son rôle dans la désagrégation de la Yougoslavie, a été récompensée par son admission dans l’OTAN en 2009. À présent, en participant à l’opération pour la désagrégation de la Syrie, elle acquiert de nouveaux mérites aux yeux de Washington. Et ceci, à la veille de son admission dans l’Union européenne, dont elle deviendra le 28 ° membre en juillet prochain. Elle pourra ainsi joindre sa voix à celle de l’Union européenne qui, tandis qu’elle renforce l’embargo des armes à l’égard du gouvernement syrien, déclare vouloir « atteindre une solution politique qui permette d’arrêter le massacre et autorise la fourniture d’aides humanitaires rapides et efficaces, avec une attention particulière pour les enfants ».

Édition de mercredi 27 mars de il manifesto
Source Mondialisation

mercredi 27 mars 2013

États unis : Enseigner la guerre aux enfants.

Par David Swanson
 
Le Musée National de l’Histoire des États-Unis et le multimilliardaire qui vient d’y financer une nouvelle exposition, voudraient vous faire croire que nous allons devoir faire plus de guerres si nous voulons être libres. Peu importe que nos libertés semblent se réduire chaque fois que nous sommes en guerre. Peu importe que des quantités d’autres pays bénéficient de plus de liberté que nous sans avoir fait la guerre. En ce qui nous concerne, la guerre est le prix de la liberté. C’est pourquoi cette nouvelle exposition s’intitule : « Le prix de la liberté : les Étasuniens en guerre. »

L’exposition s’ouvre sur ces mots : « Les Étasuniens sont allés à la guerre pour conquérir leur indépendance, agrandir leur territoire, définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde. » Ils sont vraiment idiots ces Canadiens qui ont obtenu leur indépendance sans faire la guerre, n'est-ce pas? Imaginez tous les gens qu’ils auraient pu tuer! L’exposition est étonnamment assez honnête en ce qui concerne l’impérialisme, en tout cas des premières guerres. Il est bien spécifié, même si cet aveu est accompagné des justifications d’usage, que l’un des objectifs de la guerre de 1812 était de conquérir le Canada.

Par contre, en ce qui concerne la seconde partie de l’exposition : « … définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde », le texte de présentation est proprement scandaleux. L’exposition, du moins pour ce que j’ai pu en voir sur Internet, n’explique absolument pas en quoi une guerre peut aider à « définir nos libertés ». Et, inutile d’ajouter que c’est le gouvernement, et pas les « Étasuniens ” qui croient avoir des « intérêts dans le monde ” qui doivent être « défendus » par la guerre.

L’exposition est un tissu de mensonges et de falsifications. La guerre civile étasunienne est présentée comme « le conflit le plus meurtrier des États-Unis. » Vraiment? Parce que les Philippins ne saignent pas? Ni les Vietnamiens? Ni les Irakiens? Voilà ce que nous enseignons à nos enfants! La guerre espano étasunienne est présentée comme une tentative de « libérer Cuba » et tutti quanti. Mais c’est par omission que l’exposition pèche le plus. Elle passe sous silence les faux prétextes utilisés pour déclarer les guerres, elle ignore ou minimise hypocritement les morts et les destructions. Elle expédie rapidement les guerres qui sont trop récentes pour que nous puissions les regarder en face.

L’exposition fournit aux enseignants un manuel qui est censé recouvrir les 12 dernières années de guerre (qui ont causé la mort de 1,4 million-personne rien qu’en Irak), mais qui en fait ne parle que des événements du 11 septembre. Il commence ainsi :
Le 11 septembre a été une épouvantable tragédie. Les attaques dévastatrices perpétrées par des terroristes d’al-Qaeda sur le territoire étasunien ont fait 3 000 morts et déclenché une guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis. Les événements de cette journée auront des conséquences sur les décisions sur la politique intérieure et étrangère pendant encore de nombreuses années. À 20H46, le 11 septembre 2001, un avion de ligne a percuté la tour du nord du World Trade Center de New York. Les pompiers et les sauveteurs se sont précipités sur les lieux. Comme on commençait à diffuser les premières images à la TV, les spectateurs horrifiés ont pu voir le second avion percuter la tour du sud à 21 h 3. Trente minutes plus tard, un troisième avion s’est écrasé sur le Pentagone. Un autre avion qui se dirigeait vers Washington, D.C., s’est écrasé en Pennsylvanie après que les passagers se soient opposés aux pirates de l’air. Le pays a chancelé. Mais les Étasuniens ont décidé de répliquer inspirés par les paroles d’un des passagers qui ont fait échouer la dernière attaque : « vous êtes prêts les gars ? On y va!’”
 En parlant avec des enseignants qui ne sont pas des sociopathes, on s’aperçoit que ce genre « d’enseignement » dispensé par nos musées a un impact épouvantable sur les étudiants. Il faut lire Teaching About the Wars (enseigner les guerres, NDT) qui vient de sortir. Le livre est écrit par des enseignants qui essaient de fournir à leurs étudiants une analyse des guerres plus complète et plus honnête que ce qu’on trouve d’ordinaire dans les livres de classe dont beaucoup sont encore pires que l’exposition dont je viens de parler. Ces professeurs/auteurs affirment que lorsqu’un enseignant prétend ne pas avoir d’opinion, il enseigne aux enfants la paresse morale. Prétendre être indifférent à ce qui se passe dans le monde apprend aux enfants à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Selon eux, les enseignants doivent avoir un point de vue, mais en fournir d’autres à leurs élèves pour leur enseigner l’analyse critique, le doute, et le respect des opinions des autres.

D’après eux, on ne devrait pas inciter les étudiants à rejeter en bloc toutes les déclarations officielles ni à penser que la vérité est inatteignable. Il faut au contraire former leur esprit critique pour qu’ils puissent évaluer le degré de vérité de ces déclarations et se faire leur propre opinion. Jessica Klonsky écrit :
« Parmi les cours sur les médias que j’ai donnés, un de celui qui a eu le plus d’effet comprenait un exercice de comparaison entre deux points de vue médiatiques. J’ai d’abord montré les premières 20 minutes de “Salle de contrôle”, un documentaire en Arabique de Al Jazeera, la chaîne de TV internationale du Qatar. Et beaucoup de mes étudiants ont réalisé pour la première fois qu’il n’y avait pas que les soldats qui mouraient pendant les guerres. »
 Les soldats étasuniens représentent 0,3 pour cent des morts de la guerre en Irak de 2003-2011. Ces élèves n’avaient jamais entendu parler des 99,7 autres pour cent. Apprendre ce que la guerre est réellement est certainement une des importantes leçons qui manquent dans notre système d’éducation.


Un autre sujet de cours important porte sur qui déclare la guerre et pourquoi. Bill Bigelow présente un modèle de cours qui permet à des enseignants de mettre leurs élèves face à des situations réelles, mais en changeant les noms des pays. Ils peuvent discuter de ce que les pays auraient dû faire avant d’apprendre que l’un des pays est le leur et avant d’apprendre ce qu’il a fait en réalité. Puis ils peuvent commenter ses actions. Bigelow commence aussi son enseignement sur la « guerre contre le terrorisme » en demandant aux étudiants de définir le mot « terrorisme » (et non pas en s’attaquant les uns les autres, ce qui est sans doute la manière dont le Musée National d’Histoire étasunienne recommanderait de « définir » ce mot).

Un professeur termine son cours sur le sujet en demandant « Quelle différence pensez-vous que cela ferait si tous les élèves du pays avaient la discussion que nous avons aujourd'hui. » Il est clair qu’une question de ce genre encourage les futurs enseignants parmi ses étudiants à faire bénéficier leurs futurs élèves d’un niveau d’enseignement qui n’a plus rien à voir avec la mémorisation des dates de batailles présentées par le professeur comme un bon moyen d’impressionner les autres.

Un bon enseignement peut-il concurrencer le Musée de l’air et de l’espace commandité par Lockheed Martin, les jeux vidéos, Argo, Zero Dark 30, les mensonges sophistiqués des recruteurs, le Projet de Commémoration du Vietnam, l’instrumentalisation du drapeau par les réseaux de télévision, les fascistes assurances d’allégeance quotidiennes et le manque de perspective d’une vie meilleure sur d’autres bases. Parfois oui. Et de toute façon plus il se répand, mieux c’est.

Un des chapitres de Teaching About the Wars décrit un programme pour établir des contacts entre des élèves étasuniens et des élèves d’Asie occidentale par le biais de vidéos discussions. Cela devrait faire partie de l’éducation de tous les jeunes. Je vous garantis que les “pilotes” de drones que notre gouvernement utilise pour établir à distance des liens en temps réel beaucoup plus destructeur avec des pays étrangers n’ont jamais parlé à de petits étrangers quand ils étaient jeunes.

Article original en anglais :
Traduction : Dominique Muselet

Version française publiée sur le Grand Soir.

David Swanson est l’auteur de War is a Lie. Il habite en Virginie.

mardi 26 mars 2013

L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».
Par Manlio Dinucci

Double engagement répété par Obama dans sa visite en Israël. L’alliance toujours plus forte des USA avec l’État israélien, confirmée par le fait que « nos militaires et nos services de renseignement coopèrent plus étroitement que jamais ». Ceci est indubitable. La création d’« un état palestinien indépendant et souverain ». Ceci est faux. L’« État palestinien » auquel on pense à Washington ressemble beaucoup à une « réserve indienne » : il y a quatre mois, aux Nations Unies, les USA ont même voté avec Israël contre la reconnaissance de la Palestine en tant qu’« État observateur non membre ». Mais se déclarer favorables à un État palestinien accrédite l’idée que les États-Unis sont engagés, comme jamais, pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Obama a en outre joué le médiateur de paix entre la Turquie et Israël : Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».

Après ses rencontres en Israël, Obama a fait escale à Amman, en réaffirmant « l’engagement des États-Unis pour la sécurité de la Jordanie », mise en danger par la « violence qui filtre à travers la frontière avec la Syrie ». Il reste à voir, cependant, dans quelle direction. Comme informe le Guardian, des instructeurs étasuniens, aidés par des collègues français et britanniques, entraînent en Jordanie les « rebelles » qui sont infiltrés en Syrie. Le cercle se resserre ainsi autour de la Syrie, avec une opération sous direction USA/OTAN menée à travers la Turquie et Israël (à présent réconciliés) et la Jordanie. Et, pour l’estocade finale,  le casus belli est prêt : le lancement d’un missile à tête chimique, qui a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la zone d’Alep.

À Jérusalem, Obama a exprimé sa solidarité avec « la préoccupation croissante d’Israël pour les armes chimiques de la Syrie voisine », en avertissant que, si l’enquête trouvait les preuves que ce sont les militaires syriens qui ont utilisé l’arme chimique, cela « changera les règles du jeu ». En d’autres termes, c’est une menace d’intervention « préventive » USA/OTAN en Syrie, au motif de bloquer l’arsenal chimique avant qu’il ne soit utilisé. Si de telles « preuves » émergeaient, cela voudrait dire que le gouvernement syrien a décidé d’utiliser un missile à tête chimique contre ses propres soldats et civils loyaux au gouvernement (la quasi-totalité des victimes), pour fournir aux USA et à l’OTAN, sur un plateau d’argent, la justification pour attaquer et envahir la Syrie. En attendant, en même temps que des dollars et des armes, Washington a déjà fourni aux « rebelles » le futur premier ministre : Ghassan Hitto, citoyen étasunien d’origine syrienne. Un executive[1] texan dans la technologie d’information, choisi formellement par les « rebelles ».

Qu’est-ce qu’Obama devrait faire d’autre pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient?

Édition de mardi 26 mars 2013 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
 

[1] Executive, en anglais dans le texte, est le mot qui revient absolument invariablement dans les présentations anglophones du nouveau premier ministre syrien déniché au Texas par l’administration étasunienne (et « alliés ») : mot générique qui en dit long non seulement sur le flou entourant ce que Monsieur Hitto a fait jusque-là, mais aussi sur l’arrogance et le mépris de cette même administration (et « alliés ») qui ne ressent aucune nécessité à donner le moindre vernis de crédibilité à ses larbins. L’analyse précise du langage de l’empire, en deçà et au-delà de ses effets d’annonce, donne des clés essentielles pour une analyse non moins précise de la situation géopolitique. NDT Pour la version française.

lundi 25 mars 2013

Syrie : la guerre des mots et des images

par Bahar Kimyongür

Vous ne le saviez sans doute pas. Et pour cause. Dans ce pays-là, il y a eu 250.000 disparitions forcées en 20 ans dont 34.467 entre 2005 et 2010. Dans une seule fosse commune située près d’une caserne militaire, pas moins de 2000 corps ont été retrouvés. Des opposants politiques ont été donnés en pâture aux caïmans, des rebelles jetés vivants dans des fours crématoires, des syndicalistes éliminés par milliers, des villages bombardés par l'aviation, des jeunes ramassés dans la rue, emmenés en forêt, exécutés puis habillés par leurs assassins en combattants pour faire croire qu’ils ont été tués lors d’accrochages militaires, des militants des droits de l’homme dénonçant la barbarie abattus en pleine rue, des bourreaux du peuple bénéficiant de l’impunité, près de 600.000 personnes déplacées entre 2010 et 2011. Nous avons là toutes les caractéristiques d’une dictature qui assassine son peuple. Et pourtant, ce régime-là n’est jamais décrit comme tel par nos médias. Normal, c’est l’État colombien, enfant gâté de Washington, Paris et Tel-Aviv. En somme, un régime ami…

Dictateurs ! On ne tolère que les nôtres

Pour savoir si nos médias sont réellement libres comme ils le prétendent, rien de tel que de comparer le traitement médiatique des conflits qui déchirent la Colombie, État aligné au « monde libre » et la Syrie, vilain petit canard de l’axe du Mal.

Quand les médias occidentaux parlent de la Syrie, le mot « chabbiha » désignant les forces civiles loyalistes revient en boucle. Les chabbiha sont accusés de crimes barbares pour le compte de Damas.

Mais avez-vous seulement entendu parler des Autodéfenses unies (AUC), des « Bacrim » ou de la Force Oméga qui sévissent quotidiennement en Colombie?

Dans les médias occidentaux, il est interdit de parler de « révolution » et d’insurrection populaire en Colombie.

En revanche, les chirurgiens esthétiques de TF1, RTL ou France 24 travaillent d’arrache-pied pour relooker les djihadistes à l’œuvre en Syrie en zapatistes fleur bleue.

En Colombie, les centaines de milliers de paysans pauvres, d’indigènes qui sont engagés à des degrés divers dans la résistance armée n’auraient rien à voir avec le peuple.

En revanche, l’insurrection anti-baassiste serait la « révolution » de « tout un peuple », et ce, malgré l’existence de millions de citoyens syriens qui expriment une hostilité farouche envers l’opposition et une loyauté sans faille envers le gouvernement.

Notre presse qualifie la révolution colombienne de « terrorisme », de « gang », de « maffia » ou encore de « narcoguérilla ». Elle est pourtant plus émancipée et moins dépravée que la prétendue « révolution syrienne », cette malheureuse courtisane enfermée dans le harem des rois du Golfe.

Marie Delcas, correspondante du quotidien Le Monde (30 mai 2012) titrait : « La menace des FARC plane toujours ».

Imaginez-vous un seul instant que l’Armée syrienne libre soit considérée comme une menace?

Lorsque la dictature colombienne commet des crimes, elle est toujours excusée. Dans le cas du régime terroriste de Bogota, il n’y a ni indignation, ni sanction, ni résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, ni menace d’intervention militaire, ni campagne de sensibilisation en faveur des victimes de la dictature, ni discussion sur l’armement des rebelles, ni fourniture de « matériel non létal ».

Ne vous risquez surtout pas à défendre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), principal mouvement de résistance contre le régime de Bogota, vous finiriez derrière les barreaux pour apologie du terrorisme et pire encore, excommuniés par l’Inquisition bobo pour blasphème idéologique voire hérésie stalinienne.

Par contre, défendre les égorgeurs, les dépeceurs, les pillards, les génocidaires d’Al Nosra ou de l’ASL qui massacrent le peuple syrien avec l’aide de la CIA, des monarchies obscurantistes du Golfe et des gouvernements européens n’ayant pas plus d’estime pour leur propre peuple que pour le peuple syrien, ça, c’est humaniste.

Si vous parlez de résolution politique du conflit en Colombie, vous serez soupçonné de sympathie envers les FARC parce que « l’on ne négocie pas avec des terroristes ». Et si vous parlez de résolution politique du conflit en Syrie, vous serez soupçonné de sympathie envers le président Assad parce que « l’on ne négocie pas avec des dictateurs ».

Last but not least, les victimes de la répression du régime syrien ont droit à toutes les larmes et c'est légitime. Mais jamais les victimes du régime colombien. Eux n’ont ni voix, ni rêve, ni visage.

Vous avez dit conditionnement idéologique?

Vous avez dit indignation sélective?

Dessin : Latuff
Source : Investig'Action

dimanche 24 mars 2013

La naissance de ma nation

Par André Lefebvre

Se révolter, vous me direz, c’est bien beau; mais « agir » contre ce qui nous révolte est beaucoup mieux. Je cesse donc de me plaindre et je raconte la vraie histoire du Canada, c’est-à-dire : l’Origine de ma « Nation ».

Étant un fervent téléspectateur des émissions sur l’histoire du Canada (et de l’histoire en général). Je trouve révoltant que l’on puisse mettre l’accent sur cette histoire selon la vision des USA, de l’Angleterre ou de la France. Quant à la version « québécoise », elle s’avère trop souvent tirée de ces « sources » biaisées par leurs intérêts particuliers, sinon, elle ne commence que depuis une centaine d’années. Ce qui confirme que nous avons perdu nos « sources » en tant que « nation ».

La réalité est que notre histoire est celle des Amérindiens et des « Canayens »; et de personne d’autre; le reste n’est que du « périphérique ». L’histoire d’un peuple n’est  pas un grand tissu de soie flamboyant vaguement vu de loin; c’est plutôt le travail déployé peu à peu sur chacun des petits liens tissés pour produire cette soierie. Ce tissage graduel est facile à trouver dans l’histoire des familles canadiennes.

Se révolter, vous me direz, c’est bien beau; mais « agir » contre ce qui nous révolte est beaucoup mieux. Je cesse donc de me plaindre et je raconte la vraie histoire du Canada, c’est-à-dire : l’Origine de ma « Nation ».

Sa découverte :

La découverte du Canada tient surtout à l’exploration du fleuve St-Laurent. Débarquer à Terre-Neuve n’est pas « découvrir le Canada ». Tout comme de débarquer sur l’île de Manhattan n’est pas « découvrir l’Amérique ».
 
Le premier Français qui navigue dans l’embouchure du Fleuve St-Laurent n’est pas Jacques Cartier; c’est Thomas Aubert de Rouen en 1508, capitaine du vaisseau La Pensée. Il ramène 7 Amérindiens Micmac à Dieppe en 1509 et apporte l’information de riches pelleteries dans le pays. Par contre, en 1534, c’est bien Jacques Cartier qui explore minutieusement le Fleuve St-Laurent. Lors de son deuxième voyage, en 1535, il se rendra jusqu’au site du futur Montréal, appelé à l’époque Hochelaga, où des Iroquois ont un village fortifié d’une cinquantaine de « longues maisons ». Revenant à Stadaconé (Québec), autre village Iroquois, il y reste pris dans les glaces et doit y passer l’hiver. Les Européens sont sauvés, in extremis, du scorbut par une « médecine » amérindienne de cèdre blanc appelé « Annedda ».  Au printemps il amène le chef Iroquois Donnacona avec ses deux fils et sept autres guerriers pour les « présenter » à François 1er. Aucun des Amérindiens ne reviendra au Canada. Certains, semble-t-il se marièrent en France.

L’installation des Iroquois à Hochelaga et Stadaconé est pour contrôler les voies de commerce Amérindien d’Amérique du Nord. Ils y resteront jusque vers 1600. Ils déménagent vers l’Ouest et le Sud-ouest, là où le climat et la survie sont meilleurs et où le contrôle du commerce est aussi efficace.

Le troisième voyage de Cartier, en 1540, est sous le commandement de Larocque de Roberval, Huguenot (protestant) et corsaire mais « homme de cour » et courtisan de François 1er. Fatigué de l’attendre, Cartier part en premier et se rend à Stadaconé (futur Québec), habitation Iroquoise de 500 personnes qu’il connait déjà. Lors de son retour en 1542, il rencontre Roberval à Terre-Neuve qui le somme de revenir sur le Saint-Laurent. Cartier n’en tient pas compte et retourne en France avec sa cargaison de pyrite de fer et de quartz qu’il croit être de l’or et du diamant. Cartier meurt le 1er septembre 1557 probablement de la peste. Il laisse ses écrits « Relations » dont les manuscrits originaux sont perdus.

Fondation de Québec en 1608 :

Après avoir fondé un poste de traite à Tadoussac en 1603, Champlain comprenant l’importance de disposer d’un établissement permanent pour la traite des fourrures, fonde Québec en 1608. Voilà, exactement, la raison principale de la fondation de notre belle ville de Québec. Vous avez bien lu : la traite des fourrures.

Remarquez que Pierre Dugas de Mons, Huguenot inconnu, mais en réalité plus important que Champlain, avait déjà établi un comptoir à Tadoussac en 1599 avec son copain Pierre Chauvin de Tonnetuit. Tous les deux sont « Réformistes » (Protestants) et reçoivent, du roi Français Henri IV, le monopole du commerce des fourrures. Seulement cinq des seize hommes survivent au premier hiver de 1600. Leur monopole dure jusqu’en 1607. Dugas de Mons, ne voulant pas perdre les avantages de la traite des fourrures, tout en gardant le titre de Lieutenant général pour la Nouvelle France, s’organise et finance alors Champlain pour que celui-ci vienne installer un établissement, où il le voudra bien,  sur « la grande rivière du Canada ». Champlain choisit le site de Québec en 1608.

Seul Henri IV pensait à une colonie française en Amérique; les autres ne faisaient qu’en parler. Le roi de France souhaitait-il créer un refuge pour les Huguenots de son époque? C’est possible puisqu’il avait été Huguenot lui-même et,  pour accéder à la royauté de France, avait déclaré en 1593 : « Paris vaut bien une messe! ». Il avait déjà, précédemment, changé de religion temporairement, lors du massacre de la St-Barthélémy en 1572. Ce massacre (60,000 personnes tués en trois jours) était suffisant, j’ai l’impression, pour faire penser au roi de déménager les Huguenots hors de France. Mais Henri IV, soutenant les Huguenots, est assassiné en 1610 et les Jésuites, appuyés auprès du roi par le P. récollet Le Baillif, viennent veiller sur la « catholicité » et ne laissent pas la colonie être envahie par les « réformistes ». La réalité est que les Jésuites importent la guerre des religions en Amérique. Ils encouragent constamment les « raids » contre la Nouvelle Angleterre « protestante » tout en « moussant » les affrontements entre les autochtones qui « reçoivent » leur message apostolique et ceux qui n’en veulent rien savoir. Mais encore là, cela fait partie du « périphérique » de notre histoire. Nous l’avons traversé avec les résultats obtenus.

Au printemps de 1609, sous Champlain, il ne reste que 7 Français dans l’habitation de Québec. Un bon matin, les Algonquins arrivent  pour obliger Champlain à remplir sa promesse de les assister dans leur lutte contre les Iroquois. C’est alors que commence la « merveilleuse » histoire officielle de la Nouvelle France. Champlain décide de participer à ce qu’il appelle lui-même, « la guerre » entre ses amis Algonquins et les « barbares » Iroquois. Et quelle guerre ce fut, mes aïeux! Champlain, rassemblant tout son courage et survoltant celui de son armée, composée de deux autres compagnons, triés sur le volet parmi les six qui avaient survécu à l’hiver, se lance dans la mêlée pour « sauver » l’établissement de la Nouvelle France qui, on le conçoit facilement, était menacé, ce jour-là,  par les Algonquin eux-mêmes, si Champlain refusait de les suivre.

Seigneur Jésus,  faites que nous n’ayons plus jamais à vivre une telle épreuve comme la guerre de ce jour-là! Imaginez seulement… trois coups d’arquebuses…Bang! Bang! Bang! Et …c’est fini! Cette guerre fut, si vous y tenez absolument,  « grandiose »; sauf qu’il est,  on doit l’admettre, complètement ridicule de rapporter l’histoire de cette façon. Ajoutons qu’en 1615, Champlain, avec une armée de Hurons, sera battu par les Iroquois; ce dont on ne parle pas beaucoup.

La réalité est que la gé-guerre en question n’est qu’une tentative des Algonquins pour transformer, à leur profit, la chaîne du commerce nord-américain, établi entre les différentes « ethnies » amérindiennes  depuis des centaines d’années. Les Iroquois, pratiquant l’agriculture plus que les autres tribus parce que leur territoire est plus productif, contrôlent en grande partie tout ce commerce. Ils le contrôlent puisqu’ils sont plus riches en produits d’échange. Ils sont, d’ailleurs, socialement beaucoup mieux organisés, plus sédentaires, etc.

Champlain, avec ses deux autres détenteurs de « bâtons du tonnerre », est donc, naïvement entraîné à détruire la structure commerciale des Amérindiens de tout l’Amérique du nord. Les Iroquois prendront 100 ans à pardonner aux Français, cette attaque sur leur réseau d’échanges. En ce sens, ce furent trois coups d’arquebuse historiques; je vous le concède.

Par contre, lorsque les « Canayens » apparaissent dans l’histoire, quelques années plus tard, les Iroquois reconnaîtront leur valeur et leur sens de l’équité individuel, et adopteront le plus de Canayens possible dans leur tribus, suite aux escarmouches et enlèvements. Ils ne refuseront jamais, non plus, de traiter avec des coureurs de bois « Canayens » pendant qu’ils combattent les autorités françaises. Les « coureurs de bois », quant à eux, vendent leurs fourrures en grande partie, en Nouvelle Angleterre où ils obtiennent de meilleurs prix et de meilleurs produits. La seule « denrée » française supérieure à l’anglaise est la poudre à fusil qui est de meilleure qualité.

Remarquons tout de suite qu’il n’existe qu’une seule « nation » amérindienne composée de plusieurs ethnies, quoi qu’en dise Mathieu Bock-Coté ou qui que ce soit d’autre. Tout comme il y a actuellement une seule nation « québécoise » composée, elle aussi, de plusieurs « ethnies ». Diviser les Amérindiens en plusieurs « nations » n’est que pour mieux les soumettre au contrôle gouvernemental. C’est peut-être le même but visé pour les Québécois, qui sait? Peut-être apprendrons-nous bientôt que la Province est composée d’une nation outaouaise, d’une nation montréalaise et d’une nation gaspésienne, sans oublier Québec et Rimouski.

Mais qui a fait apparaître les premiers « Canayens »?

C’est là où on doit créditer mille mercis à notre ami Français, Samuel de Champlain. C’est lui qui fut, sans le vouloir et par intérêt commercial,  le « créateur » de la nation « canayenne ».

Dans l’habitation de Québec, l’un des survivants à l’hiver 1609 s’appelle Étienne Brulé. C’est un jeune homme de 16 ans. En l’année de 1610, Champlain l’envoie hiverner chez ses amis Algonquins, sous la protection du chef Iroquet, toujours en fonction de la traite des fourrures. Étienne découvre la vie « sauvage » et append la langue des Algonquins. Il devient ainsi le premier « truchement » de Champlain. Il vivra chez les Hurons, qui sont des Iroquoiens, par la suite.

Mais le jeune Français s’est complètement transformé lors de cet « apprentissage ». Il a adopté la mode de vie des « sauvages ». Il a découvert et prit goût à la liberté individuelle totale et à la fraternité presqu’inconditionnelle existant chez ces peuplades supposément « non civilisée». Leur « barbarie » est étonnamment basée sur le respect de l’individu et les aptitudes personnelles de chacun. C’est alors qu’Étienne Brulé devient « Canayen »; autrement dit : il adopte la « nationalité » des gens qui vivent au Canada. Doit-on ajouter que ces gens sont les « Autochtones » amérindiens? Pour plusieurs d’entre nous, c’est une prise de conscience nécessaire. La « Patrie » d’Étienne Brulé est dorénavant le Canada et non la France. Il s’est joint à la nation « Autochtone ». C’est donc l’amalgame des Amérindiens avec les « Canadiens francophones » qui a produit la nation « Canayenne ». Amérindiens et « anciens Français » sont donc ceux qui sont « Canayens ».

C’est pourquoi, qu’à partir de ce jour, Champlain n’a plus d’emprise sur lui et doit se contenter de ce que Brulé veut bien lui donner comme renseignement. Brulé n’est ni le « premier Ontarien », ni le « premier Français » à parler Amérindien; il est surtout, le « premier canayen » qui adopte la nationalité des Autochtones.  Il ne fut pas le seul, loin de là. On peut nommer, entre autres, Nicolas Marsolet (1613), Jean Nicollet (1618), Olivier Letardif (1618), Thomas et Jean Godefroy (1626), François Marguerie, Jacques Hertel et un certain Gros-Jean, mentionné par Champlain. Il est difficile d’imaginer les aventures merveilleuses, dangereuses et héroïques que durent vivre ces premiers « Canayens » pour défendre les Récollets qu’ils mènent à travers le pays sans que leur nom soit même mentionné. Il est difficil pour l’histoire officielle de vraiment cacher ces « Canayens ». Par exemple; ceux qui ont vu le film « Robe noire » ont dû remarquer ce jeune homme sans inhibition qui accompagne le missionnaire dont l’esprit est constamment torturé par sa Foi et ses préjugés. Ce jeune homme est un « Camayen ».

Lors de la prise de Québec par les frères Kirke en 1629, Étienne Brulé, Nicolas Marsolet, Jacques Hertel, Jean Nicollet, Jean etThomas Godefroy et quelques autres restent au Canada devenu leur « Patrie ».

Un autre personnage de notre histoire, d’une importance considérable, est Louis Hébert qui arrive en Acadie en 1606. Il doit quitter en 1607 pour revenir de 1610 à 1613 où les Anglais, cette année-là, le renvoient, encore une fois, en France. Il revient avec Champlain en 1617. Cette fois-ci, sa femme, Marie Rollet, et ses trois enfants l’accompagnent. Il vient « s’établir » à Québec au lieu d’en Acadie.

La même année, sa fille Anne Hébert épouse, à Québec, Étienne Jonquest qui décèdera deux ans plus tard. La jeune mariée ne survit pas à son premier accouchement en 1619 et l’enfant meurt l’année suivante. En 1621, le 26 août, sa deuxième fille, Guillemette, épouse Guillaume Couillard arrivé au Canada en 1613 à l’âge de 22 ans. Ils auront dix enfants. Guillaume couillard sera le premier Canayen à mettre les bœufs derrière une charrue. Souvent, ceux qui l’avaient précédé, faisaient le contraire.

Louis Hébert décède durant l’hiver de 1627 et est inhumé à Québec le 25 janvier. Sa veuve Marie Rollet, épouse Guillaume Hubou nouvellement arrivé, le 16 mai 1629. Quatre mois plus tard, le 14 septembre, la famille Hébert de Marie Rollet demeure au Canada lors de la prise de possession de Québec par les frères Kirke qui sont des Huguenots français réfugiés en Angleterre. Curieusement, c’est en 1627 que les autorités françaises décrètent que les Huguenots ne peuvent plus venir en Nouvelle France; et c’est en 1628 que les frères Kirke, Huguenots et corsaires, tentent de prendre Québec. Ils ne réussiront qu’à la deuxième tentative l’année suivante. Cette volonté des corsaires Huguenots de prendre Québec est assez concevable lorsqu’on remarque que les principaux « fondateurs » de la Nouvelle France, Du Gua de Monts, Pierre Chauvin de Tonnetuit et Guillaume de Caen, étant ceux qui ont payé de leurs deniers pour l’établissement de la colonie, sont des Huguenots. Les Kirke voulaient-ils créer un pays-refuge Huguenots eux aussi? Si oui, l’entente France-Angleterre les en empêchera et ils devront remettre la colonie à la France trois ans plus tard.

Les autres familles, qui restent elles aussi, sont : 1) Guillaume Couillard avec sa femme Guillemette Hébert et ses trois enfants Louise, Marguerite et Louis, 2) Nicolas Pivert avec sa femme Marguerite Lesage et une nièce dont on ne connaît pas le nom, 3) Pierre Desportes avec sa femme Françoise Langlois et leur nièce (de nom inconnu), 4) Abraham Martin avec sa femme Marguerite Langlois (sœur de Françoise Langlois de Desportes) et leurs trois enfants dont au moins deux, Eustache et Marguerite, sont nés au Canada et 5) le chirurgien Adrien Duchesne et sa femme. Telles sont les premières familles à choisir, elles aussi, cette nationalité « canayenne » et laisser tomber la citoyenneté française. Ajoutons, encore une fois, à la liste des premier vrais « Canayens » qui ne sont plus du tout Français en 1629 et qui se réfugient chez leurs « frères » amérindiens : Étienne Brulé, Nicolas Marsolet, Thomas et Jean Godefroy, Jean Nicolet, Jacques Hertel, Olivier Le Tardif, Jean Manet (probablement le fameux Gros-Jean) et Jacques Richer, tous « truchements » de Champlain.

Lorsque l’Angleterre remet le Canada et l’Acadie à la France, en 1632, une partie considérable des « politiciens » français ne veulent pas les reprendre et font pression sur le roi. Champlain doit plaider sa cause au Cardinal de Richelieu qui finit par lui donner raison. Par contre l’opposition à posséder le Canada, demeurera active en France jusqu’à la « conquête », où les « Canayens » de Québec, pour des raisons économiques, ouvriront les portes de la ville aux Anglais sur le point de lever le siège.

Au retour de Champlain, le 22 mai 1633, il retrouve cette nationalité « canayenne » sans y porter tellement d’attention. Étienne Brulé, sur lequel il avait déjà perdu tout contrôle est décédé, tué par des Hurons. Évidemment, il n’a pas plus d’emprise sur les autres « Canayens »; mais arrivant avec plus de 200 Français qui tournent autour de lui, il ne s’en rend pas vraiment compte. Il décède deux ans plus tard le 25 décembre 1635.

La semence des « Canayens » commence alors à prendre souche. Ce sont définitivement les Amérindiens qui feront croître les racines de ce nouveau peuple. Ils seront les grands éducateurs méconnus, sinon reniés, de la nation « Canayenne ». Leur importance dans notre histoire ne peut plus être occultée. Les Amérindiens se révèlent de vrais « frères » de notre nation. Ils nous enseignent le respect de soi et de celui des différences chez les autres. Ce qui est totalement absent de la culture européenne de l’époque. Ils nous apprennent l’amour de la vie en nous faisant apprécier le plaisirs des risques mortels. Ils nous éduquent à vivre en symbiose avec et dans le respect des lois de la nature. Ils firent de nous des « Hommes » à caractères distincts. Ce sont eux qui sont responsables de l’existence d’un peuple reconnu mondialement pour son honorabilité, sa soif d’équité, son sens de la négociation pour la paix et son respect des différences. Caractéristiques canadiennes étant continues jusqu’à tout dernièrement.

La philosophie amérindienne est basée sur une logique indiscutable qu’on s’est empressé de qualifier faussement de « religion ». Une religion est basée sur la Foi; les Amérindiens basaient leur philosophie sur un seul « fait » : la « survie ». Pour eux, il existe deux influences opposées dans la nature : une influence ayant un résultat positif pour la survie qu’ils appellent « le Maître de la vie » et une influence négative, nommée « Manitou ». Ils tentent d’amoindrir les effets de  l’influence du « Manitou » en lui faisant de petites offrandes; mais savent bien que le Manitou, le plus souvent, ne fait « qu’à sa tête » et ils l’acceptent tel qu’il est. C’est de que l’on appelle aujourd’hui: de l’objectivité. Quant au « Maître de la vie », ils ne voient pas la nécessité d’essayer de l’influencer puisqu’au départ, « il est bon ». Ce qui est parfaitement « rationnel ». Quoi de plus « logique » comme raisonnement, et quel bouclier pour la liberté de pensée individuelle.

Quant à leurs danses culturelles, elles ne sont pas des « offrandes » à qui que ce soit, mais des moyens de motivation pour l’ensemble des individus vers un but envisagé. Une sorte de « réchauffement de l’auditoire ».

Ces supposés « sauvages » voient et acceptent les choses telles qu’elles sont. Le « Canayen » sera quelque peu marqué par cet « enseignement » de la logique Amérindienne; d’où sa soif d’équité et sa prédisposition pour la négociation et la paix. Sans oublier sa « patience » durant les périodes difficiles. Patience qui sera considérée par les Européens intransigeants comme de la soumission et du manque de caractère.

C’est dernières années nous nous sommes laissé entraîner vers une position plus  belliqueuse envers tout ce qui n’est pas « comme nous », ainsi qu’envers ceux qui refusent de reconnaître que nous détenons le seul système social « valable ». Il est clair que nous avons rejeté le « respect des différences »; ce qui nous pousse, inconsciemment, à rejeter notre propre « différence ». Notre gouvernement actuel nous fait perdre l’honorabilité internationale que nous avions acquit au cour de notre histoire, pour nous « fondre » dans le principe anglo-saxon  qui exige la soumission des autres à ses idées, au prix de massacres de femmes et d’enfants innocents. La « Sainte inquisition » espagnole  est devenue l’inquisition démocratique « politically correct » occidentale parrainée, depuis les débuts de son histoire, par les USA. La honte devant nos ancêtres devrait nous submerger individuellement. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’âme de notre nation est morte.

Pour ceux que la honte touche, il est urgent de réagir. Il est plus que probable que nous ayons à revenir vers nos frères amérindiens pour créer une « prise de position » de puissance suffisante pour contrer cette tendance « élitiste » irresponsable et moyenâgeuse.

À suivre

Au Mali, la guerre impérialiste de Hollande

Au Mali, la guerre impérialiste de Hollande et des socialistes se renforce…

Claire Manor

Cela fait un peu plus de deux mois que l’intervention française au Mali, annoncée le 11 janvier jour de la signature des accords de flexisécurisation, a commencé. Les militaires français, épaulés quelques jours après l’entrée en guerre par le contingent tchadien et la fragile armée malienne, ont reconquis en moins de trois semaines, à une allure déconcertante et presque sans rencontrer de résistance, toutes les villes de la boucle du Niger qui exposait la capitale, Bamako, à l’avancée des islamistes, et se sont ouvert la voie vers le nord.

L’opération Serval : de la conquête facile et rapide…

De quoi, pour « Hollande va-t-en-guerre contre les terroristes », chanter cocorico et tenter de redorer le blason d’une image présidentielle en chute libre en France. Lors de sa visite au Mali du 2 février, on a pu le voir prendre un bain de foule à Tombouctou et dresser les bras en V en signe de victoire, la main dans celle de Diocounda Traoré, président du Mali par la grâce de l’ex-Junte des militaires putschistes et du colonel Sanogo.

Mais si elle a repoussé vers le nord les djihadistes du MUJAO et d’Ansar Dine, peu ou prou liés à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), cette conquête éclair ne les a pas vaincus. Hollande s’est d’ailleurs gardée de tout triomphalisme en déclarant ce jour-là « avoir accompli une grande partie du travail, mais [que] le combat n’était pas achevé ».

De son côté, Jean-Yves Le Drian, a eu beau, lors de son voyage vert kaki des 7 et 8 mars, déclarer aux combattants « en délogeant les djihadistes de leurs derniers bastions, vous êtes les têtes de pont de cette guerre sans répit que la France a décidé de livrer contre les groupes terroristes qui sévissent encore au Mali », l’offensive contre le Nord-Mali pourrait rapidement ressembler davantage à un bourbier qu’à une promenade de santé dans le désert. Avec 4 morts chez les militaires français depuis le début de l’offensive, et dix fois plus sans doute du côté des troupes supplétives tchadiennes envoyées en première ligne, la guerre facile a vécu.

… à l’enlisement dans le massif des Ifoghas?

Depuis le 11 janvier où la ville de Konna, verrou stratégique sur la route de Bamako, a été prise par les « rebelles », l’armée impérialiste française s’est fixé pour objectif la reconquête du nord du Mali, l’Azawad, proclamé indépendant en 2012 par les indépendantistes touaregs du MNLA, mais non reconnu par la communauté internationale et progressivement tombée sous la coupe des groupes djihadistes.

Dans la foulée de l’opération Serval, la traque des groupes combattants s’est concentrée autour des villes de Kidal, d’Aguelhok, et dans l’Adrar des Ifoghas, près de la frontière algérienne.

Pendant ce temps, les exactions perpétrées, avec la complicité des militaires français, contre les minorités Peuls, Touaregs et Arabes se poursuivent. Les militaires maliens continuent à avoir la haute main sur la situation à Bamako.

Impossible cependant, en dépit d’une puissance de feu infiniment supérieure et de la mort de certains chefs islamistes, de faire cesser la résistance des djihadistes qui, non seulement, continuent à tenir bon dans l’extrême nord du pays à la frontière algérienne, mais se montrent également capables de mener des opérations dans certaines villes soi-disant sécurisées comme Tombouctou ou Gao.

D’ores et déjà des moyens militaires sont déployés par la France et ses alliés à la frontière nigérienne pour prendre à revers les groupes islamistes armés et tenter d’empêcher leur dispersion au Niger ou au Tchad. C’est la marque d’une extension quasi certaine du conflit dans l’espace et dans le temps.

Les contradictions de la présence guerrière de l’impérialisme français au Mali

Si la présence et les combats de l’armée française au Mali se poursuivent, c’est que les objectifs impérialistes du gouvernement n’ont pas été atteints.

Pour Paris, prendre le risque d’engager la guerre au Mali, sans alliés opérationnels et avec le seul soutien officiel de la résolution 2085 de l’ONU et l’aval du président Traoré, c’était pour l’ancienne puissance coloniale du Mali, faire le pari, certes risqué, d’avoir les coudées franches pour la reconquête néocoloniale de ce pays. C’était aussi plus largement protéger les intérêts de la bourgeoisie et des grands groupes énergétiques comme AREVA, en assurant la stabilité et la mainmise de l’impérialisme français sur les ressources d’uranium, de pétrole, de gaz, et minerais précieux exploités ou exploitables dans la région de la boucle du fleuve Niger, du Tchad et du Niger pays frontaliers du Mali en premier lieu.

Mais si le gouvernement Hollande a pour objectif de reconquérir la totalité du territoire malien, il se trouve cependant pris dans une contradiction dont il aura le plus grand mal à sortir. Les 4 000 militaires français environ, actuellement présents au Mali, n’avaient en effet soi-disant pas vocation à rester sur le sol malien, mais devaient passer à terme le relais à l’armée du pays. Or, cette dernière s’est avérée, pour l’heure, incapable de contrôler cette région. Garder seul la mainmise sur l’ensemble de la situation tout en s’abritant derrière la formation et le soutien à l’armée malienne s’avère désormais impossible pour le gouvernement français.

À défaut de passer le relais, il lui est devenu de plus en plus nécessaire de trouver des renforts. Avec l’aval donné par la résolution 2085 de l’ONU, 8 000 militaires africains de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali de la CEDEAO) sont appelés à la rescousse pour l’opération Serval. Mais faute de moyens logistiques et financiers, ces renforts tardent à se déployer. L’armée Tchadienne, quant à elle, affirme sa position dominante en se situant en avant-garde avec 2 000 militaires, le plus puissant contingent étranger au Mali après la France. C’est elle qui se trouve en première ligne dans les combats qui se déroulent dans les contreforts du Nord.

Mais l’extension des forces militaires ne s’arrête pas là. Les troupes françaises, maliennes et africaines reçoivent, sur le champ de bataille, le soutien de drones américains Predators, ceux-là mêmes qui sont responsables de toutes les « bavures » et « dommages collatéraux » contre les civils en Afghanistan et dans l’est du Pakistan depuis 2001. Washington, à l’origine, voyait plutôt d’un mauvais œil un renforcement de l’emprise de la France sur son pré-carré africain alors que le Département et le Pentagone multiplient depuis un certain nombre d’années leur activité en direction de l’Afrique de l’Ouest. C’est en ce sens que les États-Unis étaient plutôt favorables à une solution négociée. Mais, placés au pied du mur à partir du moment où la France est intervenue, ils préfèrent la seconder plutôt que de la laisser seule maîtresse de ses mouvements. C’est ainsi que le Pentagone a fini par installer plusieurs de ses drones au Niger voisin, sur une base de Niamey d’où ils décollent pour effectuer des vols de reconnaissance sur le Nord Mali. Au total une centaine de personnels militaires américains sont déployés au Niger, en soutien.

Il est clair désormais que l’armée de l’impérialisme français ne fait plus cavalier seul et que les dépouilles du Mali seront très disputées dans l’avenir. Cela est sans compter le tribut économique que ce pays aura à payer pour sa « reconstruction » dont les entreprises françaises entendent bien tirer profit avant tout le monde.

Quel bilan pour Hollande?

La victoire apparente du début des opérations commence à prendre un autre tour. Tout d’abord, le maintien d’une présence militaire durable de la France au Nord Mali s’avère un objectif difficilement atteignable dans la configuration actuelle de l’impérialisme français et de ses rapports avec ses concurrents impérialistes, en plus du fait que cela pourrait devenir un véritable guêpier pour Paris. En outre, si selon l’IFOP, la guerre était encore soutenue par 73% de l’opinion après la visite de Hollande à Tombouctou, ce chiffre est descendu à 60% un mois après. Ce soutien pourrait très certainement s’éroder plus encore dans les semaines à venir et ce d’autant plus que l’annonce récente de Hollande d’un « début de retrait des troupes en Avril » s’avère difficile, ou alors au compte-gouttes!…

Quelles conséquences et quel avenir pour les populations dominées du Sud et Nord Mali?

On peut comprendre l’accueil enthousiaste réservé à Hollande par une population qui ne ressentait sur l’instant que l’immense soulagement d’avoir été délivrée du joug de milices islamistes qui tout au long de leur présence dans le nord du pays se sont comportées de façon encore plus ignoble que ne le fait généralement l’État central malien et sa soldatesque, habitué à rançonner la population d’une région historiquement marginalisée de tout développement économique. Toutefois, les populations du Mali, du Nord comme du Sud d’ailleurs, vont devoir faire face, dans l’avenir, à un ordre néocolonial renforcé dont la courroie de transmission est un gouvernement autoritaire, issu de l’ex Junte militaire, qui ne recule devant aucune pratique arbitraire. C’est ce qu’ont déjà démontré les rafles perpétrées récemment dans des villages soupçonnés de sympathie pour les islamistes, dans le cadre d’opérations militaires conjointes franco-maliennes comme à Sévaré par exemple.

La question du Nord Mali, de sa marginalisation économique et de l’oppression nationale qui s’exerce sur les populations touarègues, ne sera pas réglée à l’issue de cette guerre. Elle sera au contraire accrue. Le MNLA, en lutte officiellement pour un Azawad indépendant et laïc, terriblement affaibli dans la lutte qui l’oppose depuis plusieurs mois aux islamistes, a choisi d’agir en supplétif de l’armée française. Il y a fort à parier que la population touarègue sera en bien moins bonne posture pour poursuivre sa lutte contre l’oppression qu’elle subit. Pour le Sud du pays, les mouvements sociaux, qui se sont fait jour en 2012 - 2013, dans le secteur de l’enseignement, des transports ou du commerce, auront à faire face à un État renforcé qui voudra tirer profit de sa victoire au Nord pour renforcer son autorité, quelle que soit l’issue d’un soi-disant scrutin libre qui devrait être organisée avant l’été.

La position des révolutionnaires face à la guerre impérialiste du gouvernement français

L’intervention au Mali conduite par le gouvernement Hollande est la face externe de la politique agressive de la bourgeoisie française et de la guerre sociale qu’elle mène dans l’Hexagone. Elle marque la réaction de défense de ses intérêts face aux bouleversements politiques et stratégiques générés par les mouvements récents dans les pays arabes.

Cette offensive capitaliste nécessite plus que jamais que le mouvement ouvrier, à commencer par la gauche révolutionnaire, soit en première ligne dans la dénonciation et l’opposition aux menées impérialistes renouvelées de la bourgeoisie française. Les révolutionnaires en France doivent se prononcer contre « leur propre impérialisme » en continuant, face à cette guerre qui se poursuit et menace de s’étendre, à exiger le retrait immédiat des troupes françaises du Mali et de toute l’Afrique. Cela implique, parallèlement, de mettre en œuvre tous les moyens de solidarité possibles pour soutenir le combat des populations dominées et exploitées de cette région, point de mire de la reconquête néocoloniale.

samedi 23 mars 2013

Honduras : Un escadron de la mort sème la terreur

Par André Maltais

Le Congrès hondurien, l’un des protagonistes du coup d’État de 2009 contre le président Manuel Zelaya, ne cesse, depuis ce temps, de voter des lois au service du capital étranger, dans un pays devenu l’épicentre du trafic de drogue en Amérique centrale et l’un des endroits les plus violents sur la planète.

Ce constat de l’Organisation fraternelle des noirs du Honduras (OFRANEH), paru dans un communiqué du 28 janvier dernier, n’est vécu nulle part ailleurs avec autant d’intensité que dans la région du Bajo Aguan, sur la côte caribéenne du Honduras.

Là-bas, depuis trois ans, ont jusqu’à maintenant été assassinés près d’une centaine de membres et sympathisants d’organisations paysannes, comme le Mouvement unifié des paysans de l’Aguan (MUCA) et le Mouvement paysan pour la récupération de l’Aguan (MOCRA), qui cherchent à protéger les petits fermiers contre l’appropriation des terres par l’oligarchie de l’agrobusiness.

Pour le gouvernement de Porfirio Lobo, ces meurtres sont le triste résultat d’une confrontation entre les forces de sécurité des grands producteurs d’huile de palme et les organisations paysannes et on ne peut rien faire de plus que de recourir aux forces de l’ordre pour mettre fin au conflit.

Mais un rapport de l’organisme Rights Action, publié le 20 février, souligne que seulement six des assassinats ont eu lieu sur des terres occupées par les paysans ou pendant les opérations d’éviction de ces derniers. Tous les autres sont des meurtres ciblés alors que les victimes sont tuées à la maison ou sur la route.

Ces meurtres systématiques exécutés par des tueurs masqués ont commencé, note Annie Bird, co-directrice de Rights Action, quand, en janvier 2010, une unité des forces spéciales du 15e bataillon de l’armée hondurienne est arrivée dans l’Aguan, fraîchement entraînée par le Commandement des opérations spéciales du Commandement Sud de l’armée des États-Unis (SOCSOUTH).

Baptisée Opération Tumbador, cette première militarisation répondait à l’occupation de 10,000 hectares de terres appartenant au plus grand propriétaire terrien du pays, Miguel Facussé, par des milliers de paysans du MUCA.

Médias et gouvernement, raconte German Reyes, du Front national de résistance populaire (FNRP) hondurien, avaient alors accusé les militants paysans d’avoir créé une cellule de guérilla, financée par le trafic de drogue, pour déstabiliser le pays.

Après Tumbador, aucune annonce n’a suivi à propos de la supposée guérilla, continue Reyes. Aucune saisie d’armes ni capture de guérillero. Pendant que militaires et policiers se concentraient à déloger les paysans des terres occupées et que commençaient les meurtres ciblés de paysans par ce qui semble être un escadron de la mort, le SOCSOUTH états-unien finançait l’agrandissement et la modernisation de la base militaire de Rio Claro, là où avait été entraîné le 15ebataillon.

Mais les auteurs du rapport font plus que de souligner la coïncidence entre l’Opération Tumbador et le début des assassinats. Les conditions entourant plusieurs des meurtres de paysans, révèlent-ils, découlent des techniques enseignées aux militaires et policiers honduriens par le SOCSOUTH, parmi celles-ci, la « conduite automobile offensive », le « tir de précision à distance » et « l’insertion » dans les domiciles ou lieux de travail.

Or, s’inquiète madame Bird, plusieurs dizaines de meurtres sont survenus suite à des poursuites automobiles à haute vitesse tandis que plusieurs autres paysans sont morts ou ont survécu à des tirs de « snipers » ou ont été attaqués à la maison ou au travail par des commandos de tueurs.

Les résidents locaux et la presse nationale signalent la présence de Rangers états-uniens dans la région, depuis au moins 2008, ce que confirment, écrit Rights Action, des documents publics du gouvernement des États-Unis.

Pour les organisations paysannes, il ne fait aucun doute que la police et les militaires participent à cette tuerie tellement elles ont été témoins d’actes de violence et d’intimidation de leur part dans les communautés agraires. Il est, par ailleurs, de notoriété publique que des éléments de la police commettent de nombreux délits, au Honduras, spécialement des meurtres commandités, du trafic de drogue et des enlèvements avec extorsion.

Bien que Tumbador ait aggravé la situation dans l’Aguan, le gouvernement y dépêchait, en 2011, une nouvelle unité conjointe de l’armée et de la police, l’unité Xatruch qui, en 2004, a participé à l’occupation iraquienne par les États-Unis et à ses opérations spéciales de contre-insurrection.

Pour OFRANEH, le conflit meurtrier de l’Aguan, avec sa population armée de machettes coincées entre les AK-47 des trafiquants de drogue et des milices terriennes, pourrait se reproduire partout au pays tellement le gouvernement est anxieux d’en livrer les ressources aux investisseurs étrangers.

En octobre 2011, Lobo est allé à Washington se faire photographier et annoncer au monde que son pays est ouvert à des affaires qui, toutes, augmentent la pression sur la terre hondurienne : agro-combustibles, tourisme, sylviculture et mines à ciel ouvert.

Le 23 janvier dernier, le Congrès putschiste adoptait un projet de villes-modèle, parrainé par l’économiste états-unien, Paul Romer, et baptisé Loi des régimes spéciaux de développement (RED), qui consiste à transformer des portions du territoire hondurien en villes états autonomes, répliques de paradis fiscaux comme Singapour ou les îles Caïmans.

Trois mois auparavant, la Cour suprême de justice avait pourtant déclaré le projet de loi RED inconstitutionnel, mais, le 12 décembre, le Congrès hondurien destituait illégalement les quatre magistrats qui avaient voté contre l’initiative néocoloniale.

Comme le Chili de Pinochet, le Honduras d’après 2009 est devenu un laboratoire politique, social et économique, dont les enseignements visent à être appliqués à d’autres pays latino-américains plus importants. Dans un avenir pas si lointain, prédit OFRANEH, les Cours supérieures des pays restés sous la férule impériale seront prisonnières des législateurs soumis aux intérêts du Nord.

Selon le Groupe de travail de l’ONU sur l’emploi des mercenaires, le Honduras de Porfirio Lobo compte 706 entreprises privées de sécurité qui emploient entre 60,000 et 70,000 personnes, soit plus du double des éléments que comptent ensemble la police nationale et l’armée.

Il y a cinq gardes de sécurité privés pour un policier, au Honduras et cela ne comprend même pas les entreprises de sécurité illégales. Il est clair, dit Patricia Arrias, membre du groupe de travail onusien, que, dans un contexte de législation insuffisante et très faible encadrant ces entreprises, cela facilite les violations des droits humains.

Le congrès hondurien, conclut l’OFRANEH, est en train d’écrire un Manuel de destruction de l’état et de la démocratie pour les nuls, en quatre chapitres : coup d’État pour éliminer les forces qui s’opposent au pillage des ressources; tolérance des cartels de la drogue qui contrôlent des pans entiers du territoire national; sape de ce qui reste de l’administration de la justice et en guise de happy end, don de la terre et du sous-sol du pays aux néo-colonialistes.

Mais reste à voir ce qu’en dira la population. 2013, au Honduras, est une année d’élections présidentielles. Or, tous les sondages montrent jusqu’à maintenant qu’une élection libre donnera gagnante Xiomara Castro, épouse de l’ex-président, Manuel Zelaya, et son parti Liberté et refondation (LIBRE).

vendredi 22 mars 2013

Le retour de la lutte de classe

Interview avec Domenico Losurdo
Par Paolo Ercolani et Domenico Losurdo

D. Losurdo est un des chercheurs italiens en philosophie les plus traduits au monde. Tous ses livres ont déjà eu des éditions en anglais, Étasunien, allemand, français, espagnol, mais aussi portugais, chinois, japonais et grec. Nous oublions sans doute quelque langue. Le Financial Times et la Frankfurter Allgmeine Zeitung, entre autres, lui ont consacré de nombreuses pages. Traitement qui jure avec celui qui lui est réservé dans son pays (et en France, NDT), où ses travaux font l’objet, souvent et volontiers, d’un silence étudié. Sans que, toutefois, ceci n’ait d’incidence sur les ventes, si l’on s’en juge aux éditions réitérées de ses ouvrages.

Son dernier ouvrage est publié ces jours-ci aux Éditions Laterza, sous le titre : La lotta di classe. Una storia politica e filosofica (La lutte de classe. Une histoire politique et philosophique) (388 pages) [1]; Critica liberale est allé l’interviewer à ce sujet dans sa maison-bibliothèque des collines d’Urbino.

Professeur Losurdo, expliquez-nous cette idée d’un livre sur la lutte de classe, concept qui a souvent été donné pour mort.

Pendant que la crise économique se propage, les essais se multiplient pour évoquer le « retour de la lutte de classe ». Avait-elle disparu? En réalité, les intellectuels et les hommes politiques qui proclamaient le déclin de la théorie marxienne de la lutte de classe commettaient une double erreur. Dans les années 50, Ralf Dahrendorf affirmait qu’on assistait à un « nivellement des différences sociales » et que ces modestes « différences » mêmes n’étaient que le résultat de la réussite scolaire; mais il suffisait de lire la presse étasunienne même la plus alignée pour se rendre compte que dans le pays guide de l’Occident, aussi, subsistaient des poches effroyables d’une misère qui se transmettait de façon héréditaire de génération en génération. Et la seconde erreur, de caractère proprement historique, était encore plus grave. C’était les années où se développait la révolution anti-coloniale au Vietnam, à Cuba, dans le Tiers Monde; aux USA les noirs luttaient pour mettre fin à la white supremacy, le système de ségrégation, de discrimination et d’oppression raciale qui pesait encore lourdement sur eux. Les théoriciens du dépassement de la lutte de classe étaient aveugles devant les âpres luttes qui se déroulaient sous leurs yeux.

Donc, si nous avons bien compris, vous élargissez sémantiquement l’expression « lutte de classe », en y incluant une gamme de problèmes et de questions beaucoup plus ample ?

Oui, Marx et Engels attirent l’attention non seulement sur l’exploitation qui se déroule dans le cadre d’un pays singulier, mais aussi sur l’« exploitation d’une nation par une autre ». Dans ce second cas aussi nous avons affaire à une lutte de classe. En Irlande, où les paysans étaient systématiquement expropriés par les colons anglais, la « question sociale » prenait la forme d’une « question nationale », et la lutte de libération nationale du peuple irlandais non seulement était une lutte de classe, mais une lutte de classe d’une importance particulière : c’est dans les colonies, de fait –observe Marx - que « la barbarie intrinsèque de la civilisation bourgeoise » se révèle dans sa nudité et dans toute sa répugnance.

Pouvez-vous nous expliquer davantage la genèse historico-philosophique de votre lecture si inhabituelle des catégories traditionnelles?

La culture du 19ème siècle était destinée à répondre à trois défis théoriques.  Premièrement, comment expliquer la marche irrésistible de l’Occident, qui avec son expansionnisme colonial assujettissait toute la planète, en renversant même des pays de civilisation très ancienne comme la Chine? Pendant qu’il poursuivait son triomphe sur le plan international, l’Occident se voyait menacé à l’intérieur par la révolte de masses populaires qui faisaient irruption pour la première fois, et de façon désastreuse, sur la scène de l’histoire. Eh bien, quelles étaient les causes de ce phénomène inouï et angoissant? Troisièmement, l’Occident présentait un cadre assez différent d’un pays à un autre. Si en Angleterre et aux États-Unis on assistait à un développement graduel et pacifique à l’enseigne d’une liberté bien ordonnée, le cas était radicalement différent en France : là, à la révolution faisait suite la contre-révolution, balayée à son tour par une nouvelle révolution; à partir de 1789, les régimes politiques les plus différents (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, terreur jacobine, dictature militaire napoléonienne, Empire, République démocratique, bonapartisme) se succédaient, sans que ne se réalisât jamais la liberté ordonnée. Quelle était donc la malédiction qui pesait sur la France? À ces trois défis théoriques, la culture dominante du 19ème répondait en renvoyant plus ou moins nettement à la « nature ». Pour le dire avec Disraeli, la race est « la clé de l’histoire » et « tout est race et il n’y a pas d’autre vérité » et ce qui définit une race « est une seule chose, le sang » ; et c’était là aussi l’opinion de Gobineau. On expliquait ainsi et le triomphe de l’Occident, ou de la race blanche et aryenne supérieure, et la révolte de ces « barbares » et « sauvages » qu’étaient les ouvriers, et les convulsions incessantes d’un pays comme la France dévasté par le mélange racial. D’autres fois, la nature à laquelle on renvoyait avait une signification plus légère. Pour Tocqueville, il n’y avait aucun doute : le triomphe de la « race européenne » sur « toutes les autres races » était le fait de la Providence; le déroulement plus ordonné de l’Angleterre et des États-Unis était la preuve d’un sens moral et pratique plus robuste chez les Anglo-saxons que chez les Français,  lesquels étaient dévastés par la folie révolutionnaire c’est-à-dire par un « virus d’une espèce nouvelle et inconnue ». On le voit, le paradigme racial au sens strict (cher à Gobineau et Disraeli) tendait à être remplacé par le paradigme ethnicoracial et par celui de la psychopathologie. Le renvoi à une « nature » plus ou moins imaginaire et l’abandon du terrain de l’histoire restaient entiers. C’est dans le sillage de la lutte contre cette vision que Marx et Engels élaboraient leur théorie de la lutte de classe.  La marche triomphale de l’Occident ne s’expliquait ni par la hiérarchie raciale ni par les desseins de la Providence; elle exprimait l’expansionnisme de la bourgeoisie industrielle et sa tendance à construire le « marché mondial » en bouleversant et en exploitant les peuples et les pays les plus faibles et les plus arriérés. Les protagonistes des révoltes populaires en Occident n’étaient ni des barbares ni des fous; c’étaient plutôt des prolétaires qui, à la suite du développement industriel,  devenaient de plus en plus nombreux et acquéraient une conscience de classe plus mûre. Dans un pays comme les États-Unis le conflit social bourgeoisie/prolétariat était moins aigu, mais grâce seulement au fait que l’expropriation et la déportation des indigènes permettaient de transformer en propriétaires terriens une partie consistante de prolétaires, alors que l’esclavagisation des noirs rendait possible un contrôle drastique des « classes dangereuses ». Mais tout cela n’avait rien à voir avec un sens moral et pratique supérieur des Américains, comme l’a confirmé la très sanglante guerre civile où, en 1861-65, s’affrontaient la bourgeoisie industrielle du Nord et l’aristocratie terrienne et esclavagiste du Sud et dans la phase finale du conflit, les esclaves (qui s’étaient engagés dans l’armée de l’Union) contre leurs patrons ou ex-patrons.

Pour comprendre le déroulement historique, il faut revenir à l’histoire et à la lutte de classe, voir aux « luttes de classe » qui prennent des formes multiples et variées, s’intriquent les unes aux autres de façon particulière et donnent une configuration toujours différente aux différentes situations historiques.

Votre discours semble donc partir avant tout d’une nouvelle lecture du legs de Marx et d’Engels ?

Ma lecture de Marx et Engels peut étonner, mais relisons le Manifeste du parti communiste : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classe », et elles prennent des « formes différentes ». Le recours au pluriel laisse entendre que la lutte entre prolétariats et bourgeoisie ou entre travail salarié et classes propriétaires ne sont qu’une des luttes de classe. Il y a aussi la lutte de classe d’une nation qui se débarrasse de l’exploitation et de l’oppression coloniale. Sans oublier, enfin, un point sur lequel Engels insiste particulièrement : « la première oppression de classe coïncide avec celle du sexe féminin par le sexe masculin »;  dans le cadre de la famille traditionnelle « la femme représente le prolétariat ». Nous sommes donc en présence de trois grandes luttes de classe : les exploités et les opprimés sont appelés à modifier radicalement la division du travail et les rapports d’exploitation et d’oppression qui subsistent au niveau international, dans un pays singulier et dans le cadre de la famille.

C’est un discours qui va loin, mais qui avant tout peut nous aider à avoir une nouvelle lecture du passé.

Ça n’est que de cette façon que nous pourrons comprendre le siècle qui vient de se terminer. Aujourd’hui, un historien de grand succès, Niall Ferguson, écrit que dans la grande crise historique de la première moitié du 20ème siècle, la « lutte de classe », et même les « présumées hostilités entre le prolétariat et la bourgeoisie » a joué un rôle très modeste; « les divisions ethniques » auraient été bien plus importantes. Sauf que, dans ce type d’argumentation, on reste bloqués à la vision du nazisme qui lisait la guerre à l’Est comme une « grande guerre raciale ». Mais quels étaient les objectifs réels de cette guerre? Les Discours secrets de Heinrich Himmler sont explicites : « Si nous ne remplissons pas nos camps de travail d’esclaves –dans cette pièce je peux dire les choses de façon nette et précise - d’ouvriers esclaves qui construisent nos villes, nos villages, nos fermes, sans se soucier des pertes », le programme de colonisation et de germanisation des territoires conquis en Europe orientale ne pourra pas être réalisé. La lutte de tout un peuple ou de peuples entiers pour éviter le sort d’esclaves à quoi voudrait le livrer une présumée race de seigneurs et de patrons est clairement une lutte de classe!

Un événement analogue se déroule en Asie, où l’Empire du Soleil Levant imite le Troisième Reich et reprend en la radicalisant la tradition coloniale. La lutte de classe de peuples entiers qui luttent pour échapper à l’esclavagisation trouve son interprète en Mao Zedong qui en novembre 1938 souligne l’« identité de la lutte nationale avec la lutte de classe » qui a surgi dans les pays investis par l’impérialisme japonais. Tout comme dans l’Irlande dont parle Marx la « question sociale » se présente concrètement comme « question nationale », ainsi dans la Chine de l’époque la forme concrète que prend la « lutte de classe » est la « lutte nationale ».

Votre interprétation est une interprétation assez hétérodoxe, qui pourrait vous attirer, comme c’est d’ailleurs souvent arrivé déjà, les critiques acerbes y compris de la gauche, en plus de celle du monde libéral.

 Malheureusement même dans la « gauche » radicale on trouve très diffuse cette vision selon laquelle la lutte de classe renverrait exclusivement au conflit entre prolétariat et bourgeoisie, entre travail salarié et classes propriétaires. On sent ici, de façon négative, l’influence d’une éminente philosophe, Simone Weil, pour qui la lutte de classe serait « la lutte de ceux qui obéissent contre ceux qui commandent ». Ce n’est pas le point de vue de Marx et d’Engels. D’abord, à leurs yeux, est aussi lutte de classe celle que mènent ceux qui exploitent et oppriment. Même si on voulait se centrer sur la lutte de classes émancipatrice, elle peut tout à fait être menée par le haut, par « ceux qui commandent ». Prenons la Guerre de Sécession aux USA. Sur le champ de bataille s’affrontaient non pas les puissants et les humbles, les riches et les pauvres, mais deux armées régulières. Et pourtant, dès le départ, Marx désignait dans le Sud le champion déclaré de la cause du travail esclavagiste et dans le Nord le champion plus ou moins conscient de la cause du travail « libre ». De façon totalement inattendue, la lutte de classe pour l’émancipation du travail prenait corps dans une armée régulière, disciplinée et puissamment armée. En 1867, quand il publie le premier livre du Capital, Marx indique dans la Guerre de Sécession « le seul avènement grandiose de l’histoire de nos jours », avec une formulation qui rappelle la définition de la révolte ouvrière de juin 1848 comme « l’avènement le plus colossal dans l’histoire des guerres civiles européennes ». La lutte de classe, cette même lutte de classe émancipatrice, peut prendre les formes les plus diverses.

Après la révolution d’octobre, Lénine souligne de façon répétée : « la lutte de classe continue; elle n’a  fait que changer de formes ». L’engagement à développer les forces productives, en améliorant les conditions de vie des masses populaires, en élargissant la base sociale de consensus du pouvoir soviétique et en renforçant sa capacité d’attraction sur le prolétariat occidental et sur les peuples coloniaux, tout cela constituait la nouvelle forme que prenait la lutte de classe en Russie soviétique.

 Comment expliquer cette impressionnante méprise dans la théorie de la lutte de classe, justement, dans un camp, celui de la gauche, qui, justement, a construit une grande partie de sa propre action historique sur la théorie du conflit social?

La gauche même radicale a du mal à comprendre la théorie de la lutte de classe chez Marx et Engels parce qu’elle est influencée par le populisme. Le populisme se présente ici sous deux formes reliées entre elles. La première, nous avons déjà commencé à l’aborder : c’est la transfiguration des pauvres, des humbles, vus comme les seuls dépositaires des authentiques valeurs morales et spirituelles et les seuls protagonistes possibles d’une lutte de classe réellement émancipatrice. C’est une vision dont se moque déjà le Manifeste du parti communiste, qui critique l’ « ascétisme général » et le « grossier égalitarisme » et il ajoute : « rien n’est plus facile que de couvrir d’un vernis de socialisme l’ascétisme chrétien ». Selon Marx et Engels, cette vision caractérise les « premiers essais du prolétariat ». En réalité, cette première forme de populisme s’est manifestée avec force en Russie soviétique quand de nombreux ouvriers, même inscrits au parti bolchevique, ont condamné la NEP comme une trahison des idéaux socialistes. Une réplique de ces processus et conflits s’est manifestée en Chine quand, en polémique contre la transfiguration du paupérisme et de la vision du socialisme en tant que distribution « égalitaire » de la misère, Deng Xiaoping a appelé à réaliser la « prospérité commune » à atteindre étape par étape (et même à travers de multiples conditions). C’est dans ce cadre que doit être situé le slogan « Devenir riches est glorieux! », qui a provoqué un gros scandale notamment dans la gauche occidentale.

La deuxième forme de populisme trouve sa plus éloquente expression, et la plus ingénue, à nouveau chez Simone Weil quand, dans les années 30, elle imagine un affrontement homogène sur le plan planétaire, et apportant une solution une fois pour toutes : l’affrontement aurait lieu entre « l’ensemble des patrons contre l’ensemble des ouvriers »; il s’agirait d’une « guerre menée par l’ensemble des appareils d’état et des états-majors contre l’ensemble des hommes valides et en âge de prendre les armes », d’une guerre qui voit s’affronter l’ensemble des généraux contre l’ensemble des soldats!  Dans cette perspective on évacue le problème de l’analyse des formes de lutte de classe à chaque fois différentes dans les différentes situations nationales et dans les différents systèmes sociaux. Partout est à l’œuvre une seule contradiction à l’état pur : celle qui oppose riches et pauvres, puissants et humbles.

On voit clairement l’influence que cette forme de populisme continue à jouer de nos jours encore, notamment sur la gauche occidentale :  quand dans le très réputé livre de Hardt et Negri, Empire, nous lisons la thèse selon laquelle dans le monde actuel à une bourgeoisie substantiellement unifiée au niveau planétaire s’opposerait une « multitude » elle-même unifiée par la disparition des barrières d’États et nationales,  quand nous lisons cela nous ne pouvons pas ne pas penser à la vision chère à Simone Weil.

Votre reconstruction du problème fournit-elle une clé de lecture aussi pour la période actuelle?

Bien sûr! Les trois formes fondamentales de lutte de classe analysées par Marx et Engels opèrent toujours. Dans les pays capitalistes avancés la crise économique, la polarisation sociale, le chômage croissant et la précarisation, le démantèlement de l’état social, tout cela exacerbe le conflit entre le travail salarié et une élite privilégiée de plus en plus restreinte. C’est une situation qui compromet certaines des conquêtes sociales des femmes, dont la lutte d’émancipation s’avère particulièrement difficile dans des pays qui n’ont pas encore atteint le stade de la modernité. Quant au Tiers Monde, la lutte de classe continue encore à se manifester largement comme lutte nationale. Ceci est immédiatement évident pour le peuple palestinien, dont les droits nationaux sont piétinés par l’occupation militaire et par les colonies. Mais la dimension nationale de la lutte de classe n’a pas disparu non plus dans les pays qui se sont libérés du joug colonial. Ils sont destinés à lutter contre non pas un, mais deux types d’inégalité : d'un côté, ils doivent réduire les disparités sociales chez eux; de l’autre ils doivent combler ou atténuer l’écart qui les sépare des pays les plus avancés. Les pays qui, surtout en Afrique, ont négligé cette deuxième tâche et qui n’ont pas compris la nécessité de passer à un certain moment de la phase militaire à celle économique de la révolution anti-coloniale, ces pays n’ont aucune indépendance économique réelle et sont exposés à l’agression ou à la déstabilisation opérée ou favorisée de l’extérieur.

Nous avons donc trois formes de lutte de classe émancipatrice, parmi lesquelles il n’y a pas d’harmonie préétablie : comment les articuler dans les différentes situations nationales et au niveau international afin qu’elles puissent converger en un seul processus d’émancipation, voilà le défi auquel doit se confronter une gauche authentique.

Texte italien disponible sur le blog de l’auteur http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

et sur http://www.criticaliberale.it/news/105155

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio