dimanche 29 septembre 2013

Arabie Saoudite: Couverts par la complicité de la presse

Arabie Saoudite : Le silence blanc et un cocktail de wahhabisme et de pétrole
par Nazanin Armanian * (écrivaine d’origine iranienne)
Jack London disait : « Alors que le silence de l’obscurité est protecteur, le silence blanc - à la lumière du jour -, est terrifiant ». Ainsi se meuvent les cheiks d’Arabie Saoudite de par le monde, furtivement. Couverts par la complicité de la presse « démocratique » de l’Occident qui, se gardant bien de porter préjudice à l’image de ce régime de terreur comparé auquel les autres dictatures de la région ressemblent à de pures démocraties, occulte tout simplement ce qu’il s’y passe. Par exemple : en mai dernier, cinq Yéménites accusés de « sodomie » ont été décapités et crucifiés par le gouvernement. Les attaques perpétrées par plusieurs individus contre des homosexuels en Russie avaient pourtant fait la Une pendant des jours.
Contrats de ventes d’armes et odeur du pétrole à bas prix, entre autres, contribuent à désactiver la « moralité » des défenseurs des Droits de l’Homme. Forçant le président des USA, Barak Obama lui-même, à une révérence, presque un agenouillement face au monarque saoudien.

L’Arabie Saoudite élargit son pouvoir et sa zone d’influence. En plus d’utiliser l’argument du pétrole, elle exporte à grande échelle le wahhabisme, de surcroît takfiri : non seulement il considère comme des ennemis de l’Islam tous les non-musulmans - même les pratiquants des autres religions du Livre - mais il considère comme « infidèles » les autres musulmans et appelle au Jihad, dans son sens guerrier, afin de les guider vers le bon chemin. En utilisant les attraits du fameux « gagner le butin dans ce monde et le Ciel dans l’autre » utilisé par les premiers conquérants arabes, les wahhabites takfiris ignorent l’avertissement du Coran (14 :4) qui affirme : « Et Nous n'avons envoyé de Messager qu'avec la langue de son peuple, afin de les éclairer. » Ainsi Il « envoya » Moïse pour les juifs, Zarathushtra pour les perses et Mahomet pour les arabes. Alors pourquoi Riad envoie-t-il en Afghanistan, en Tchétchénie ou en Europe des wahhabites arabes propager des ordonnances élaborées par et pour des sociétés tribales de la péninsule arabique il y a quatorze siècles ?

Protégés par les pétrodollars et la force militaire des Etats-Unis, les leaders saoudiens, non seulement affirment être les représentants d’Allah sur Terre, mais de surcroît transfèrent leur agenda politique au monde entier, provoquant tensions et chaos en terres lointaines, renversant des gouvernements non-alignés et réprimant des soulèvements populaires : Afghanistan, Tchétchénie, Bahreïn, Irak, Lybie, Egypte et à présent, Syrie.

Ce pays, qui porte le nom de la famille qui le gouverne comme s’il s’agissait de son fief privé, exhibe sur son drapeau l’image d’une arme, une épée. Toute une déclaration d’intentions basée sur certains principes au nom desquels on tranche les têtes des dissidents politiques, assassins, sorciers et autres jeteurs de sorts.

La théocratie octogénaire saoudienne a une vision du monde profondément irrationnelle, un regard moyenâgeux très particulier sur le concept d’Etat, le pouvoir et la sécurité nationale. Elle abuse de l’emploi de la force et de l’arbitraire pour imposer sa volonté. Elle ignore le rôle de la société civile en politique, et elle est incapable d’élaborer un projet régional viable et en accord avec les droits humains.

Obsédés par l’Iran

Ryad considère l’Iran comme son principal ennemi. Son intervention en Syrie est motivée par la volonté de « rompre le croissant chiite ». Il serait erroné d’exprimer cette poussée de conflits en terme d’arabo-perse ou sunnite-chiite. Les dirigeants religieux iraniens ne sont pas nationalistes mais plutôt « Pan-islamistes » et étendent leur zone d’influence dans le but d’acquérir une sécurité stratégique.

Le scénario actuellement en cours au Proche-Orient infirme totalement la pseudo-théorie du « choc des civilisations » de Samuel Huntington : elle ne saurait expliquer comment une Arabie Saoudite musulmane s’allie à un Israël juif et à des Etats-Unis chrétiens pour détruire les musulmans syriens. Ni comment elle a participé à la destruction de l’Irak, de la Lybie et de la Syrie, trois Etats arabes.

L’Arabie Saoudite et Israël n’ont pas pardonné aux Etats-Unis d’avoir cédé le pouvoir aux chiites pro-iraniens en Irak. Les attentats qui ôtent quotidiennement la vie à une centaine d’Irakiens sont le reflet de la bataille menée par ces trois pays pour s’approprier les ressources de l’Irak.

Ryad est déjà parvenu il y a longtemps à ce que les médias éliminent le terme « persique » du golfe qui porte ce nom depuis 2.500 ans - le substituant par « (guerre du) Golfe » ou encore « golfe arabique » (si le Pakistan était un état riche, il aurait donné son nom à l’Océan indien !). A présent, le gouvernement saoudien tente de réduire le pouvoir de l’Iran en envoyant une partie de son pétrole par la Mer rouge, évitant ainsi le détroit d’Ormuz. Il ne lésine pas non plus sur les efforts pour se rapprocher de la minorité arabe iranienne - discriminée par Téhéran- qui peuple la pétrolifère province du Zhousistan, dans le golfe persique.

L’Arabie Saoudite, qui est en train de perdre en Syrie, bien qu’elle ait gagné au Yémen, en Lybie et en Egypte pourrait avoir à essuyer un coup dur : que la République Islamique parvienne à un accord avec les Etats-Unis : mettre fin à son programme nucléaire et ôter son soutien à Bashar al Assad en échange de garanties de ne pas être attaquée par Israël.

Les angoisses des Etats-Unis

En plus des trois piliers de l’influence saoudienne aux Etats-Unis : le secteur financier, le pétrole et l’industrie militaire, il faut compter des organisations comme la Ligue Musulmane Mondiale, le Conseil des relations Americano-Islamiques, la Société Islamique d’Amérique de Nord, l’Association des Etudiants Musulmans (notamment), qui convergent autour de l’objectif d’affaiblir l’Islam modéré. Mais la Maison Blanche n’en a que faire. Les investissements saoudiens atteignent les six milliards de dollars, sans compter le retour de l’argent de la vente du pétrole aux entreprises d’armement étasuniennes.

L’OTAN a invité l’Arabie Saoudite à intégrer sa structure. Dans le même temps, Obama a signé avec Al Saud une vente d’arme d’une valeur de 67 milliards de dollars, le plus important accord de vente d’arme entre deux états de l’histoire.

Bien que le vieux pacte « pétrole à bas prix contre protection militaire » soit toujours en vigueur entre les deux parties, il se pourrait que la convergence d’intérêts touche à sa fin. La Maison Blanche est inquiète de la situation interne de son seul allié stable dans la région pour plusieurs raisons :

1. Le poids croissant de la faction pan-arabiste au sein de la maison Saoud, une fraction qui considère les Etats-Unis, Israël et l’Iran comme ses principaux ennemis. Cette faction était déjà parvenue à faire expulser les troupes nord-américaines de la terre de Mahomet. De même, la révélation de l’existence d’une base secrète de drones dans ce pays, filtrée par la presse US, bien qu’ayant pour but d’intimider l’Iran, a mis Ryad dans une situation délicate.

2. L’appui d’un certain secteur de la maison Saud au terrorisme anti-USA.

3. Le fait que le régime ait refusé de dissocier l’Etat et la famille royale et de prendre ses distances avec le wahhabisme.

4. Que le régime ignore l’urgence de mettre en place des réformes politiques, comme d’introduire le suffrage universel, créer des partis politiques tout en restant une dictature. La pauvreté touche des millions de personnes, obtenir un crédit immobilier implique des années sur une liste d’attente et l’atmosphère de terreur asphyxie toute tentative de progrès.

5. L’incertitude du résultat de la lutte pour la succession du roi Abdallah de 89 ans, malade, dont l’héritier, le prince Salman, de 78, souffre également d’ennuis de santé propres à son âge. Les quarante fils mâles du monarque sont à l’affût.

6. Une opposition faible et fragmentée qui complique la situation, ainsi que le manque d’expérience du peuple pour se mobiliser. Les dix fondateurs du parti politique islamiste Umma, qui en ont réclamé la légalisation ont été arrêtés : ils exigeaient la fin de la monarchie absolue. Il en fût de même, il y a quelques années, pour les dirigeants du parti communiste.

La mort de la poule aux œufs d’or ?

Au ralentissement de la croissance économique de 5,1% généré par les prix élevés de l’or noir en 2012, il faut ajouter la diminution de la capacité du pays en production de pétrole brut. De plus, la population est passée de 6 millions de personnes en 1970 à 29 millions actuellement, augmentant donc considérablement la demande en énergie. Il est à craindre qu’à partir de 2028, l’Arabie Saoudite soit contrainte d’importer du pétrole. Ryad a maintenu jusqu’à présent des prix bas dans le but d’empêcher les investissements publics en énergies alternatives dans les pays consommateurs. Mais à présent elle n’a plus d’autre choix que de les augmenter.

Il s’agit d’une économie fragile, mono-productrice et d’un pays soumis à la corruption où l’on manque d’eau potable et d’électricité même dans la capitale. Un pays qui, malgré les gains pétroliers - quelques 300 milliards de dollars en 2011, sans compter les bénéfices du « tourisme religieux » de millions de musulmans à La Mecque -, doit faire soigner son propre chef d’Etat dans un hôpital du Maroc. Pendant qu’on planifie la construction d’une station de métro aux murs d’or et d’argent...

Il faut aussi relever qu’alors que Kadhafi convertissait le désert libyen en verger en construisant un fleuve artificiel de 4.000 kilomètres de long, le régime saoudien spoliait les terres fertiles et les eaux africaines : Egypte, Sénégal et delta du Mali, afin de s’approvisionner en aliments.

Les cheiks ont à présent affaire à une société jeune, qui commence à être contestataire, qui souhaite en finir avec les vêtements « blanc et noir ». Les femmes surtout veulent se libérer du vêtement de deuil obligatoire et cesser d’être considérées comme des mineures toute leur vie, constamment dépendantes d’un tuteur mâle.

Les Saoudiens, malgré le fait de financer le « dialogue des civilisations » : réunion de leaders religieux pour consolider leurs alliances dans le but de faire obstacle à la laïcisation et au progrès dans leurs sociétés, malgré le fait d’interdire sur leur territoire toute activité religieuse non wahhabite, ont obtenu du gouvernement espagnol l’ouverture d’une succursale du Centre Roi Abdallah Ban Abdulaziz pour le Dialogue Interreligieux et interculturel.

« Cela n’a rien de personnel, c’est du business » dirait le Parrain.

* Nazanin Armanian est une écrivaine d’origine iranienne qui habite en Espagne depuis 1983. Elle donne des cours en ligne sur le monde arabe à l'Université de Barcelone depuis 2008 et publie un article tous les dimanches sur blogs.publico.es/puntoyseguido/. Armanian a publié 15 livres en espagnol, dont « Iran : la revolucion constante » (2012), « El Islam sin velo » (2010) et « Al gusto persa : tradiciones y ritos iranies » (2007).
 
Source : Nazanin Armanian
 
Références :
-  - Bloomberg : Saudi Arabia May Become Oil Importer by 2030, Citigroup Says.

La charte des valeurs québécoises et l’empire du vide

par Marc-André Cyr
 
Nos sociétés sont en crise. Étant intégralement soumises à une religion sans Dieu, celle  de l’argent, elles sont incapables d’imaginer une collectivité qui ne soit strictement soumise à la logique marchande. Sous l’empire de la marchandise, l’individu concret ne trouve de reconnaissance que dans la mesure où son activité est productrice de valeur abstraite, l’argent. Il devient ainsi – il doit devenir! – une moyenne commensurable, l’« homme sans qualité » de Robert Musil. 

Le vide est le résultat logique de cette économie triomphante. Un vide profond, existentiel. Cultures millénaires, arts ancestraux, traditions, communautés, amour, sexualité, beauté, éducation, paysages, gènes humains : rien n’est trop grand pour échapper à l’étiquetage de la valeur marchande. L’argent agit comme un gigantesque trou noir avalant tout sur son passage. Tel est son fonctionnement normal et logique. Le capitalisme est un système qui a besoin de prendre de l’expansion : l’argent achète le travail qui produit des marchandises qui sont transformées en plus d’argent qui sert à acheter toujours plus de travail… Le cycle tautologique est infini et il est impossible d’y mettre fin sans sortir de l’économie telle qu’elle est.

Au cours des dernières décennies, cette « rationalité-irrationnelle » a créé son lot de privatisations, de déréglementations, d’attaques aux droits des travailleurs… Rien ne semble résister à cette logique. Les impératifs du libre marché n’ont d’ailleurs nullement épargné la gauche parlementaire, qui est embarquée dans la danse avec enthousiasme. Il ne s’agit pas de blâmer les « méchants capitalistes ». Ces derniers sont eux-mêmes soumis à une logique qui les dépasse totalement. Ils ne sont que la matérialisation humaine d’un processus qui a sa propre logique interne, une logique qui agit en amont de la conscience. Les formes du capitalisme sont considérées éternelles, essentielles, a-historiques. On ne peut s’imaginer vivre sans capital, sans travail abstrait, sans marchandise. On ne peut s’imaginer un monde qui n’aurait pas pour objectif de créer toujours plus de travail et d’argent. La marchandise règne et nous sommes ses fidèles sujets, des sujets qui s’ignorent, et qui se prétendent rationnels.

Plonger dans le vide

La polémique autour de la Charte des valeurs québécoise confirme que cette soumission à la loi de l’argent est entièrement intégrée. Les libéraux ou néolibéraux qui s’opposent à la protection de la langue française, au prix unique du livre et à la protection de l’environnement – le pays ou l’habitat « réel » et « concret » – refusent de ralentir, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, le mouvement infini d’accumulation d’argent. La Charte – disent-ils – pourrait nuire à la qualité de notre main d’œuvre « importée », la « marchandise humaine » comme dirait Sarkozy. C’est souvent dit mot pour mot et avec une franchise étonnante. « S’il est expulsé du monde du travail francophone, le membre d’une minorité religieuse n’aura pas besoin de changer de pays ; les autres provinces lui ouvriront tout grands leurs bras » dit André Pratte [La Presse, 12/10]. « La charte pourrait priver le Québec des immigrants dont il a besoin et faire fuir les plus qualifiés », affirme Lysiane Gagnon [La Presse 14/10].

En ce sens, il n’y a pas à se surprendre que les islamophobes de type Marcotte/Duhaime se prononcent contre la charte : leurs valeurs sont simplement hiérarchisées, et c’est bien entendu le Dieu économie qui est en tête de liste. Avec l’éloquence qu’on lui connait, Marcotte affirme que « La vérité, c’est que même s’il ne s’agit que d’une minorité radicale et extrémiste, c’est tout de même une minorité radicale et extrémiste islamique » [Blogue, 26 août]. En onde à Franchement Martineau, elle ajoute sans gêne qu’il faudrait cesser de subventionner les écoles musulmanes, mais non les écoles juives (c’est du moins ce qu’on comprend de ses balbutiements plus ou moins informes) [Franchement Martineau, 24/10].

Le racisme, la haine de l’autre et l’islamophobie ne sont pas incompatibles avec le capitalisme. Bien au contraire, ils participent à remplir le vide créé par ce dernier. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont encouragés par les classes dominantes. C’est en ce sens qu’on peut comprendre les magouilles émanant des Services canadiens secrets de renseignement et de sécurité (SCRS) visant à renforcer la peur de l’islam et des musulmans. Les cas de Joseph Gilles Breault, alias « Dr Youssef Mouammar », alias « Abou Djihad », et de Mubin Shaikh, tous deux informateurs pour le SCRS et semeurs de haine salariés par l’État, en sont deux exemples bien documentés [1].

Remplir le vide

D’autres tentent plutôt de remplir le vide… tout en permettant sa croissance. C’est le cas  de nombre de nationalistes – socio-démocrates ou conservateurs – qui se portent à la défense de la charte du PQ. Considérant que la culture québécoise est menacée, mais ne pouvant voir que cette menace provient des formes mêmes du capitalisme, ces derniers sont en quelque sorte forcés de se replier vers la conservation de « ce-qui-est ». Car contrairement aux abstractions qui dominent notre ciel sans étoiles, l’étranger, lui, est bien concret et identifiable. Si nous n’avons aucune prise sur l’éternel et le divin, nous en avons cependant sur les agissements des minorités qui demandent ici refuge. Ils ont une couleur, une langue et portent des signes « distinctifs ». C’est ce qu’ont compris nombre de populistes de droite et d’extrême droite d’Europe qui font sans hasard une montée phénoménale depuis quelques décennies. Cette posture en est une de repli. Elle tente de remplir le vide, mais ne fait que renforcer les frontières qui le protègent. Elle ne s’exprime que négativement, en accusant l’« autre » (le musulman) d’être une menace pour ce que nous sommes – ou, plus précisément, pour ce que nous croyons être.

En ce sens, la trajectoire prise par le projet de souveraineté du Québec est exemplaire. Après l’avoir vidé de son contenu « socialiste » (1980) et après l’avoir soumis aux dictats de l’économie (1990), le projet n’en est tout simplement plus un. Faut-il rappeler que le PQ a été le premier à se prononcer pour le libre échange ? Faut-il rappeler que Bouchard a fait de l’atteinte du déficit zéro une condition de la souveraineté du Québec ? La peau de chagrin est désormais si mince qu’elle sert de cocon à la préservation d’une identité – non pas la « nationale » comme il le prétend pompeusement, mais la « péquiste », le chef d’orchestre de cette dilution historique.

Arrêter la machine

La soumission aux caprices de l’accumulation infinie d’argent a des conséquences désastreuses en termes humains et environnementaux, mais elle a également des conséquences politiques certaines. Elle empêche tout projet collectif qui n’est pas totalement subsumé à sa logique de voir le jour. Il n’y a qu’à constater avec quelle violence le projet de gratuité scolaire a ici même été combattu. C’est la politique, les projets collectifs qui sont laminés par cette logique aveugle. Ce n’est pas pour rien qu’elle met aux commandes de l’État des technocrates sans charisme ni grandeur, des cadavres aplatis par les écrans du spectacle.

À défaut d’imaginer un avenir différent, la « démocratie », la « laïcité » et l’« égalité homme-femme » sont désormais les fers de lance de la conservation de notre monde « tel qu’il est ». Le monde du tout à l’argent, de l’intensification perpétuelle de l’exploitation et de la crise écologique. Sans une volonté réelle de combattre les puissances qui nous dominent et qui enserrent nos collectivités et nos individualités, il ne nous reste qu’à blâmer l’« autre », quitte à le fabriquer de toutes pièces.

Cet « autre », à défaut d’avenir et d’espérance, remplit le vide de nos incertitudes et de nos peurs.
 
Source Voir.ca
Note
[1] À ce sujet : Alexandre Popovic, « SCRS et médias (1de5)  des informateurs qui se prennent pour des leaders musulmans », http://www.centpapiers.com/author/alexandre-popovic/

mardi 17 septembre 2013

Si c'est ça le Québec moderne.(vidéo)

J'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent
« L'environnement, la pauvreté/
Ç'pas des sujets prioritaires/
On n'entend pas beaucoup parler derrière les portes des ministères/
Si c'est ça l'Québec moderne/
Ben moi j'mets mon drapeau en berne/
Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent...»
En Berne des Cowboy fringuants
 



Si c'est ça le Québec moderne.
par Elsy Fneiche, Psychoéducatrice
« Intègre-toi ou retourne chez vous, tabarnak»... 25 années se sont envolées depuis mon arrivée au Québec et je suis toujours perturbée par cette phrase.


Perdre mon accent, chanter du Cowboy fringants, danser la bastringue, décorer un sapin : voici quelques-unes de mes actions qui, malgré leur appartenance à la culture populaire, ne semblent pas faire de moi une Québécoise à part entière. La démonstration de mon appartenance à la Belle Province semble effroyablement résider dans ce dangereux hijab qu'il faut inévitablement neutraliser à l'aide d'une charte.

En adoptant le Québec, ma famille, comme des dizaines de milliers d'immigrants, rêvait d'un lieu où les différences coexistent dans la richesse et l'humanisme. L'immigration de masse est une réalité aujourd'hui difficilement contournable. À elle seule, notre province détenait une moyenne annuelle de 51 088 nouveaux arrivants entre 2008 et 2012. Sachant que 16,6 % des immigrants sont originaires d'Afrique du Nord et considérant l'islam comme étant la principale religion au Maghreb, il va de soi qu'un flux migratoire métamorphose la mosaïque québécoise.

De ce fait, et puisqu'une société démocratique a le devoir d'inclure tous les acteurs concernés par les processus décisionnels, il est inconcevable de faire fi des nouvelles réalités et encore moins, de dire à une personne au pays depuis 30 ans : « Le citoyen de seconde zone, tasse-toé le temps qu'on règle nos histoires ».

Certes, il nous faut des balises là où des actes butent concrètement notre système de valeurs. Par exemple, pourquoi accommoder un homme qui refuserait de se faire servir par un employé de sexe féminin? Ces accommodements contreviennent aux valeurs de la société québécoise basée, entre autres, sur l'égalité homme femme.

En contrepartie, forcer une femme à faire un choix entre sa foi et son emploi n'est pas le reflet d'une société ouverte. L'affirmation identitaire d'une société ne peut se faire au détriment d'une autre ou dans la stigmatisation et l'exclusion de certaines femmes et certaines communautés.

Inévitablement, cette charte mènera au dérapage. Ce projet s'attaque directement aux immigrants pour qui l'emploi assure un contact direct avec la société d'accueil. Comment espérer faire évoluer les mentalités en bloquant l'accès à la pluralité? Ou pire, en envoyant le message que notre société est frileuse à l'idée de voir la différence? La discussion, un pactole permettant d'élargir les horizons, sera-t-elle dès lors menacée par la question identitaire?

Par ailleurs, une loi, à elle seule, suffira-t-elle à définir l'identité québécoise, limiter l'intégrisme, garantir la neutralité de l'État, promouvoir l'égalité homme femme, le tout, en assurant l'accès à l'emploi aux minorités visibles et le respect des deux chartes des droits de la personne?

En plus de son irréalisme, cette charte frôle étroitement les mentalités des extrémistes. Ces derniers, qui jubilent à l'idée d'isoler les femmes du monde extérieur, seront comblés par le blocus que nous imposerons à celles-ci. Et bonjour la ghettoïsation! Puis si le voile cause un malaise chez certains, ce n'est assurément pas dans la chevelure que nous trouverons solution aux maux dont la société souffre.

Compatriotes québécois, posez-vous la question suivante : la menace identitaire est-elle une préoccupation fondée sur des faits ou plutôt un jugement biaisé par la peur d'une supposée « islamisation » qui, tel un virus, s'attraperait à la vue ou à la rencontre d'une femme voilée?

En attendant, espérons que ce débat s'estompera de lui-même lorsque toutes les têtes emmitouflées se ressembleront en hiver. Et comme le disent si bien Les Cowboys fringants dans leur chanson En berne: «L'environnement, la pauvreté/Ç'pas des sujets prioritaires/On n'entend pas beaucoup parler derrière les portes des ministères/Si c'est ça l'Québec moderne/Ben moi j'mets mon drapeau en berne/Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent...»
 
Source La Presse
 

Je vais bien, rassurez-vous!
Marc Lemire
L'auteur réside à Montréal.

Salut la gang! Vous habitez Alma, La Tuque, Maniwaki ou Rivière-du-Loup et tel que je vous connais, avec votre grand coeur, vous vous demandez comment je vis au quotidien avec l'immigration musulmane, moi, le gars de Montréal.

Vous vous inquiétez pour moi, ne le niez pas. Quand je passe par chez vous durant l'été, je sens et j'entends votre inquiétude. Oui, toi la madame - au Lac, on se tutoie, chère! - qui m'accueille à la dernière minute dans ton B&B. Oui, toi le monsieur qui travaille pour la SÉPAQ. Et toi, jeune commis de dépanneur, navré de m'annoncer que vous n'avez plus d'exemplaires de La Presse. «Ça va pas bien à Montréal?» Et votre question ressemble à une affirmation.

C'est que j'habite dans Ahuntsic, près d'une mosquée. À côté se trouve une boucherie hallal. Pas loin, un café fréquenté par des Arabes, probablement d'origine algérienne. Je vois des femmes voilées tous les jours. J'achète mon café chez un Arabe qui vient du Liban. Un jour, une pharmacienne voilée a renouvelé ma prescription. Une coiffeuse voilée m'a déjà coupé les cheveux. J'ai oublié de lui demander d'où elle venait. J'ai déjà jasé avec le père tunisien d'un garçon arabe qui jouait dans la même équipe de soccer que mon fils.

Voulez-vous savoir? Y a rien à savoir. Ça ne met fait rien. Je suis toujours égal à moi-même. Je suis inquiet, je suis quand même allé voir mon médecin pour en être sûr: rien, vous n'avez rien, a-t-il confirmé.

Ah bon, je ne suis donc pas victime d'une invasion arabomusulmane? D'un djihad galopant?

Non, mais je vais vous prescrire une cure de désintoxication des médias bas de gamme... Savez-vous, dit mon médecin, que les Québécois de vieille souche comptent pour 80% de la population et les Québécois d'origine arabomusulmane, pour 3%. Je pense, cher monsieur, qu'on a une petite marge avant de crouler sous les merguez.

C'est alors qu'il m'explique que j'ai été victime d'un très ancien virus de l'esprit qui se manifeste quand des groupes immigrent par vagues pour des raisons circonstancielles (Juifs au début du XXe siècle; Italiens au lendemain de la Deuxième Guerre; Haïtiens dans les années 70). Cette immigration de masse dérange, bouscule, bouleverse. Quoi? Pas clair.

En leur temps, les vagues d'immigration juive, italienne ou haïtienne, pour n'en nommer que quelques-unes, ont suscité leur lot de malaises, de préjugés et de comportement racistes. Puis le temps a passé. Ces immigrants dérangent moins, ou plus du tout. Un jour, les arabomusulmans, ou si vous préférez, les barbus et les voilées, on ne les verra plus. Bon, peut-être qu'ils se seront tous tirés en Ontario, mais quand même, vous comprenez ce que je veux dire.

Et puis, conclut-il, les seules vieilles souches (mais vraiment vieilles souches) qui auraient dû avoir peur de l'immigrant, ce sont les Amérindiens qui ont vu débarquer les premiers Européens le 6 juillet 1534 dans la Baie des Chaleurs. Mais ça, c'est une autre histoire...
Source La Presse
 

samedi 14 septembre 2013

La charte des valeurs québécoises (vidéos)

Le gouvernement Marois, un gouvernement qui fait reculer le Québec !
Bernard Rioux
Extrait

À force de s’accommoder des pressions du patronat fédéraliste, à force de collaborer aux desseins du gouvernement Harper, tout en le dénonçant comme opposé aux valeurs québécoises, le gouvernement péquiste a semé la démobilisation et la désorientation. Ses politiques ont renforcé les sentiments d’impuissance. Désormais incapable, pour toute une période, de jouer la carte du parti progressiste et vert, il se rabat sur la recherche de solutions compensatoires en jouant la carte identitaire. Il cherche maintenant par sa Charte des valeurs québécoises, à identifier comme s’excluant du Québec, des minorités qui refuseraient de s’intégrer et qui seraient ainsi porteuses de la régression sociale qu’il organise sur différents terrains.
 
Le PQ est un vieux parti, qui n’a plus que les oripeaux d’un parti souverainiste. Il n’est pas en mesure d’organiser le peuple autour d’un projet de liberté et d’indépendance.
 
Le gouvernement péquiste a fait reculer le Québec en refusant d’abolir la taxe santé. Il s’est plié aux remontrances de l’oligarchie qui a lancé des hauts cris devant la perspective d’une réforme timide de la fiscalité au profit des plus démuniEs. Les velléités écologistes de la campagne électorale n’ont pas fait long feu. Daniel Breton, ministre de l’Environnement, a été descendu en flammes par l’opposition libérale et caquiste parce qu’il avait la réputation d’être un environnementaliste. Sa démission a été rondement obtenue. La ministre des Richesses naturelles, Martine Ouellet, a dû abandonner rapidement ses postures « progressistes » sur l’augmentation des redevances minières. Dans son premier budget, Nicolas Marceau a fait de l’objectif du déficit zéro dans les délais prévus par le ministre des Finances du gouvernement Charest, Raymond Banchand, une obligation politique, répondant par là aux demandes du capital financier. C’est Pauline Marois, elle-même, qui, dès le discours d’ouverture de la première session, faisait reculer le Québec sur le terrain en proclamant son ouverture à l’exploitation pétrolière dans le golfe St-Laurent. Elle devait d’ailleurs poursuivre sur cette lancée en se montrant à la rencontre du Conseil de la fédération, disposée à ce que le Québec devienne une plaque tournante de la distribution du pétrole tiré des sables bitumineux. Le masque vert du gouvernement péquiste s’est effrité. Chaque jour semble confirmer que sa pratique concrète contredit ses discours écologistes. Aujourd’hui, on apprenait que le gouvernement Marois permettait à un projet de cimenterie très polluant d’échapper à l’analyse du BAPE.
 
Alors que le gouvernement péquiste se rendait avec célérité aux demandes du patronat, les coupures à l’aide sociale, dans les garderies, en éducation et santé étaient justifiées au nom de l’atteinte du déficit zéro.
Lire Intégral Presse toi à gauche
 
 





jeudi 12 septembre 2013

La charte des valeurs québécoises. Pour un Québec inclusif

Le manifeste Pour un Québec inclusif dénonce la Charte des valeurs québécoises. Le document de quatre pages soutient que la Charte proposée « cherche à exploiter [la] peur » identitaire des Québécois à des fins électoralistes.
Des professeurs et des étudiants des principales universités montréalaises ont signé le manifeste, dont Daniel Weinstock, de la Faculté de droit de l’Université McGill, et Michel Seymour, de l’Université de Montréal. Des personnalités comme Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole étudiant lors du printemps 2012, et l’auteure Laure Waridel figurent aussi parmi les signataires. Au moment de mettre sous presse, plus de 200 personnes signaient le document chaque heure. (le Devoir)

 Pour un Québec inclusif

Nous sommes un collectif issu des milieux juridique, philosophique et journalistique auquel ont bien voulu se joindre des citoyens de tout horizon et origine. Nous rassemblons des souverainistes, des fédéralistes et des « agnostiques » quant à l’avenir constitutionnel du Québec.

Empreints d’inquiétude, nous prenons la plume pour dénoncer le projet annoncé par le gouvernement du Parti québécois de Charte des valeurs québécoises (anciennement, la Charte de la laïcité). Les orientations principales de ce projet furent annoncées lors de la dernière campagne électorale et réitérées par des fuites savamment orchestrées dans les médias, avant d’être officiellement annoncées par le ministre Bernard Drainville. Cette Charte viserait à donner des balises « claires » encadrant les demandes d’accommodements religieux, à garantir la neutralité de l’État en interdisant notamment aux fonctionnaires de porter des signes religieux « ostensibles » et à rien de moins que rétablir la « paix sociale ».

D’entrée de jeu, le fait que le gouvernement désigne les rares demandes d’accommodements comme responsables d’une crise sociale en dit long sur le travail accompli par certains des chroniqueurs médiatiques les plus en vue de la province. Les unes explosives et populistes, les commentaires à l’emporte-pièce et les analyses en surface ont marqué le paysage médiatique du Québec depuis l’émergence du débat public sur les accommodements religieux. Utilisant moult raccourcis, les tabloïds et les chaînes d’informations en continu ont dépeint Montréal assiégée, envahie de demandes d’accommodements déraisonnables de la part d’immigrants intransigeants. Au fil des années, ils ont réussi à ancrer chez plusieurs de nos concitoyens une crainte réelle quant à la survie de l’identité québécoise. Nous constatons aujourd’hui avec regret que notre gouvernement cherche à exploiter cette peur dans un but électoraliste.

Nous dénonçons vivement qu’une poignée d’événements anecdotiques ayant marqué l’imaginaire serve de justification à notre gouvernement pour retirer des droits fondamentaux à certains de nos concitoyens les plus vulnérables. La publication de ce manifeste vise à expliquer à nos concitoyens et à nos décideurs les fondements de notre opposition.

Incohérence

Ce n’est probablement pas par hasard que le gouvernement a choisi de rebaptiser sa Charte de la laïcité sous le vocable de Charte des valeurs québécoises. En effet, l’utilisation du terme « laïcité » pour qualifier un tel projet a dû paraître incongrue, même aux bonzes gouvernementaux. Rappelons que le port de signes religieux ostensibles devra être banni chez les fonctionnaires, pour garantir l’apparence de neutralité et d’impartialité de l’État. Pourtant, le crucifix installé au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale, dans l’enceinte où les lois sont adoptées, lui, demeurera.

M. Drainville expliquait que ce crucifix était un symbole historique, patrimonial, plutôt que religieux. Or, tous les symboles religieux sont ancrés dans l’histoire, c’est pour cette raison que les croyants leur accordent autant d’importance. En somme, l’impression qui se dégage de cette mesure est celle d’une laïcité à deux vitesses dans laquelle les symboles religieux majoritaires sont célébrés, même à l’intérieur des plus hauts échelons de notre démocratie parlementaire, alors que les symboles religieux minoritaires doivent être bannis en tant que menace à nos valeurs. Les symboles minoritaires s’en trouvent ainsi stigmatisés.

D’entrée de jeu, cette Charte des valeurs  pose plusieurs questions insolubles, de par leur nature même. D’abord, qu’est-ce qu’un signe ostensible? Est-ce que le kirpan, signe religieux invisible puisque porté sous les vêtements, serait considéré comme un signe ostensible? Qu’en est-il d’un crucifix qui serait porté sous les vêtements? Serait-il permis d’arborer une croix imprimée sur un chandail? Est-ce que tous les foulards masquant les cheveux seront considérés comme religieux? À partir de quelle longueur une barbe sera-t-elle considérée comme un symbole religieux? Et qui établira le caractère religieux d’un bout de tissus?

Par ailleurs, c’est à tort que le ministre Drainville affirme qu’il n’existe pas de balises claires en matière d’accommodements religieux, ce qui entraînerait l’obligation morale pour l’État de légiférer afin de clarifier le processus. En réalité, pour qu’un accommodement soit accordé, il doit y avoir 1) une croyance religieuse sincère; 2) une violation réelle du droit à la liberté de religion; 3) un accommodement proposé n’imposant pas une contrainte excessive aux droits d’autrui. S’il existe un besoin en matière d’accommodement religieux, nous sommes d’avis qu’il s’agit plutôt d’un besoin criant d’éducation. À ce titre, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pourrait publier un guide explicatif, à portée pédagogique, au bénéfice des gestionnaires concernées. Une chose est certaine : l’ajout de certaines conditions à remplir pour alourdir le fardeau des demandeurs d’accommodements ne fera rien pour simplifier ou clarifier le débat. Au contraire, l’ajout de ces conditions devra forcément passer l’étape du contrôle constitutionnel devant les tribunaux, lequel monopolisera inutilement temps et argent, dans le but de rajouter des « balises claires » à celles qui le sont déjà et qui fonctionnent.

Nous souhaitons également dénoncer l’association fallacieuse faite par certains commentateurs entre multiculturalisme canadien et respect des minorités religieuses. Loin d’être une invention canadienne, la liberté de religion fut protégée par différents instruments dans la majorité des pays démocratiques, lors de la deuxième moitié du vingtième siècle. À ce titre, le Québec a légiféré sur ce sujet, avant que le fédéral ne le fasse, en adoptant sa propre Charte des droits et libertés de la personne en 1975, soit sept ans avant la Charte canadienne des droits et libertés. De plus, la Charte québécoise des droits va encore plus loin que sa contrepartie fédérale en régissant également les rapports de droits privés. C’est donc dire que le Québec a choisi historiquement d’accorder une protection supplémentaire aux groupes vulnérables, incluant les minorités religieuses. Et Pierre Elliott Trudeau n’a rien à voir là-dedans!

Effet d’exclusion

Nous osons espérer que l’objectif du gouvernement n’est pas d’exclure des milliers de nos concitoyens d’un emploi dans la fonction publique. Pourtant, sous le couvert de la promotion de la neutralité de l’État, l’effet prévisible de l’interdiction d’arborer tout symbole religieux apparent sera d’exclure dans les faits les citoyens incapables de choisir entre le respect des exigences de leur conscience et celles de leur emploi. C’est justement pour éviter ce genre de dilemme que les Chartes des droits ont protégé depuis plus de trente ans la liberté de conscience et de religion.

Parmi les problèmes urgents en matière d’intégration se trouve le taux de chômage dramatique affectant les immigrants québécois. Or, l’interdiction de symbole religieux dans la fonction publique, les écoles et les garderies ne peut qu’exacerber l’exclusion des immigrants du marché du travail québécois. À cet égard, cette interdiction ne pourra que vulnérabiliser davantage les femmes portant le hijab et creuser les inégalités entre les hommes et les femmes, notamment sur le plan de l’accessibilité à l’emploi. Il est donc à prévoir que cette Charte présentée comme un outil pour favoriser l’atteinte de l’égalité des sexes ait plutôt l’effet contraire.

Par ailleurs, la démagogie et le populisme de certains chroniqueurs repris à leur avantage par certains politiciens ne pourront que renforcer cette exclusion. Ainsi, quand le ministre Drainville indique que ce sera la fin des « passe-droits », quand le gouvernement cautionne les déclarations de la présidente de la Fédération de soccer québécoise selon qui les sikhs voulant porter leur turban n’auront qu’à « jouer dans leur cour », cela renforce les préjugés déjà existants à l’encontre des minorités religieuses et renforce l’impression qu’ont certains Québécois qu’en acceptant d’accommoder un groupe d’individus en faveur de son intégration, on lui accorde un privilège. Pire encore, en entrevue à l’émission 24 heures en 60 minutes, sur les ondes de RDI, le 23 août 2013, le ministre Drainville a donné l’exemple des vitres du YMCA qui auraient été teintées à la demande de Juifs hassidiques pour justifier l’urgence d’intervenir. Or, cet événement anecdotique n’a rien à voir avec le concept d’accommodement raisonnable, tel que développé en application de nos Chartes des droits. Il en va de même pour la fameuse anecdote de la cabane à sucre interrompue par une prière musulmane, ou pour celle des sapins de Noël retirés des lieux publics. Les récentes déclarations du ministre responsable nous inquiètent donc au plus haut point, car elles semblent confirmer que les mesures mises de l’avant par le gouvernement sont fondées sur des anecdotes stéréotypées plutôt que sur l’analyse factuelle.

Avec ce projet de Charte des valeurs québécoises, le Parti québécois complète son virage d’un nationalisme civique, vers un nationalisme d’exclusion, de rejet de l’autre et de repli sur soi. Ironiquement, en exigeant de certains Québécois qu’ils choisissent entre leur identité québécoise et le respect de leurs droits fondamentaux, le Parti québécois risque bien plus d’affaiblir cette identité que de la renforcer.

Peur de l’autre

La Charte des valeurs québécoises propose une conception exclusive de la laïcité au nom d’une identité commune. Bien que la question identitaire au Québec réclame certainement que l’on s’y attarde avec tout le sérieux qu’elle mérite, elle nécessite également de laisser les voies de communication et de dialogue ouvertes à tous les Québécois. La question identitaire doit également soulever la question corrélative de la citoyenneté si tant il est vrai qu’un débat démocratique doit prendre en considération l’égalité morale et juridique de tous les citoyens qui composent le démos. Quels sont les critères d’appartenance à une communauté politique : l’appartenance ethnique, l’appartenance linguistique, l’appartenance culturelle, l’appartenance religieuse, l’appartenance civique? Si l’on résiste à la tentation de diaboliser les défenseurs de cette conception de la laïcité en leur imputant des intentions racistes et xénophobes (car cela ne conduit qu’à polariser les positions de part et d’autre et de couper les possibilités d’un échange véritable), il n’en demeure pas moins que les conséquences de la Charte peuvent être considérées comme une forme de xénophobie politique. On peut comprendre l’intention initiale qui anime ce projet de laïcité : rendre l’espace public neutre de toute partialité particulière. Néanmoins, c’est mal comprendre et mal cibler les enjeux fondamentaux d’une conception politique – et non pas métaphysique – de la laïcité. Les débats au sujet des croyances religieuses sont insolubles et il est souhaitable, par ailleurs, qu’une société démocratique caractérisée par le libre exercice de la raison conduise à la protection juridique et politique de la liberté de conscience et de la diversité religieuse. Nous ne pouvons qu’aspirer à une laïcité politique qui se manifeste non pas physiquement, mais dans l’esprit de laïcité qui doit orienter l’exercice de nos fonctions sur la place publique. Rendre invisible les appartenances culturelles et religieuses est une tentative naïve et illusoire de nier le fait incontournable du pluralisme au sein de nos sociétés ouvertes. Une conception d’autant plus naïve que certains parmi nous portons nos divergences culturelles, ethniques et religieuses sur les traits de nos visages et la couleur de notre peau (plusieurs asiatiques sont bouddhistes, par exemple). Le véritable test de la laïcité est d’accepter à la fois la visibilité des différences et la nécessité d’un consensus au sujet de l’esprit de tolérance et d’impartialité qui doit gouverner nos interactions dans le respect de ces différences.

En ce qui a trait à l’argument de l’égalité homme/femme, des débats extrêmement importants doivent incontestablement avoir lieu sur la place publique afin de promouvoir et de protéger les droits des femmes au sein de la société québécoise. Toutefois, l’arrimage entre les notions de laïcité et d’égalité conduit à des interprétations problématiques. Le fait d’interdire le port des signes religieux, et en particulier, avouons-le, le port du voile par les femmes dans l’espace public contrevient à un ensemble de principes fondamentaux démocratiques liés aux droits individuels, la liberté de conscience et de religion et les droits des minorités. La Charte des valeurs québécoises aurait pour effet de reporter un fardeau excessif… sur les femmes. De ce point de vue, d’aucuns pourraient considérer cette conception de la laïcité comme étant, au fond, beaucoup plus sexiste, occidentaliste et paternaliste qu’il n’y paraît à première vue. Plusieurs voix féministes, dont celles qui se sont ralliées aux positions de la Fédération des femmes du Québec dans le contexte de la Commission Bouchard-Taylor, témoignent du fait que la lutte pour les droits des femmes ne doit pas se faire au détriment de la liberté de croyance. Non seulement faut-il respecter l’autonomie des femmes en termes de croyances religieuses et leur probité morale et professionnelle dans l’exercice de leurs diverses professions et fonctions publiques, mais si jamais des doutes persistent dans l’esprit de certains quant à des formes de discrimination pernicieuse qui pourraient leur causer préjudice, des mesures coercitives les empêchant d’afficher leur croyance religieuse ne sont pas nécessairement plus importantes ni plus efficaces que l’examen des déterminants sociaux qui peuvent engendrer des contraintes limitant l’exercice de leur liberté. En d’autres termes, il se pourrait que travailler à assurer l’égalité des chances, l’égalité d’accès à l’éducation, l’égalité des conditions socio-économiques d’existence, l’égalité des moyens d’expression, l’égalité des options ouvertes pour tous et toutes au sein d’une société démocratique soient les mesures fondamentales qu’une société juste devrait plutôt promouvoir au nom de l’égalité des sexes à travers ses politiques publiques.

Pente glissante

S’ajoute à ce qui précède le fait suivant : toute opération visant à hiérarchiser certaines libertés civiles constitue la recette parfaite pour un dérapage annoncé. Les droits fondamentaux sont, par définition, fondamentaux. Ceux-ci se doivent ainsi de trôner, par la force des choses, au sommet de la hiérarchie de l’ordre constitutionnel. Conséquemment, toute entreprise de modulation ou de hiérarchisation desdits droits nécessite à la fois un consensus sociétal et un motif autant transcendant que déterminé au préalable. Force est de constater qu’aucune de ces conditions ne semble réunie en l’espèce.

Prenons, à titre d’illustration, la marotte actuelle du ministre Drainville : l’impératif de l’égalité homme/femme, laquelle serait, dixit le ministre, une valeur québécoise en mal de protection. Le ministre sait-il que la Charte canadienne, à son article 28, et la Charte québécoise, à son article 50.1, protègent déjà cette même égalité des sexes ? Est-il aussi sans savoir le caractère prédominant de cette disposition sur toute application, théorique ou pratique, du multiculturalisme? Ensuite, est-il possible au ministre Drainville d’expliquer en quoi le fait d’interdire quelconque signe religieux chez le fonctionnaire vient assurer l’égalité souhaitée ?

Admettons plutôt ceci : la présente opération en est une qui relève, de façon peu subtile, du faux-fuyant. Un simple prétexte visant à imposer certaines valeurs, une certaine conception de la pratique religieuse, nécessairement celles d’une majorité artificielle, au détriment de divers droits, fondamentaux, des minorités. Et c’est justement l’endroit où le bât blesse.

En fait, l’essence même de toute charte des droits est d’assurer le respect des droits des minorités vulnérables à l’encontre des diktats de la majorité.  C’est ce que souhaitait le concert des nations lors de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Ce que désirait aussi l’ensemble des assemblées législatives occidentales ayant inscrit, à même leur constitution ou loi quasi constitutionnelle, ces principes faisant nécessairement consensus auprès de la communauté internationale.

Par voie de conséquence, toute modification à ces derniers, rappelons-le, ne peut être prise à la légère. La banalisation de la violation de certains droits individuels, surtout au motif de prétexte électoraliste, comporte visiblement en elle-même le gène intrinsèque de dérapages ultérieurs. Il est facile, en fait, d’identifier ce genre d’opération populiste. Ce qui est plus complexe, par contre, est de prédire avec succès l’ampleur des dommages causés par celle-ci.

Conclusion

Avec l’annonce du projet de Charte des valeurs québécoises et les réactions qu’elle suscite, nous reconnaissons qu’il existe un certain inconfort dans la population québécoise, qui réclame des «balises claires» et qui souhaite voir sa culture et son identité solidifiées. Or, nous croyons que ces différents besoins n’ont pas à être coiffé d’un imposant dispositif législatif dont les conséquences sur les libertés individuelles des minorités, et, par le fait même, sur celles de tout un chacun, pourraient être majeures.

En ce qui concerne les balises, elles existent déjà. Il suffit  de les publiciser et de les vulgariser auprès des administrateurs et des citoyens de façon à ce qu’ils se sentent suffisamment outillés pour accommoder les besoins de minorités sans que cela ne brime la majorité. En matière de culture et d’identité, le Québec pourra continuer de célébrer son authenticité à travers une culture riche et protégée par un modèle d’intégration qui a fait ses preuves. L’inquiétude ressentie quant à la survie et l’épanouissement de l’identité québécoise ne font que confirmer le bienfondé d’investir dans la culture et rappelle l’importance d’enseigner l’histoire à l’école de façon à ce que les générations futures se sentent forts d’une identité qui a su évoluer et traverser vents et tempêtes. Nous croyons que la Charte de la langue française ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne sont des outils nécessaires et suffisants pour protéger les valeurs québécoises.

Par ailleurs, jamais, dans l’histoire, l’exclusion, telle que nous la ressentons dans un projet de charte qui imposera à une minorité de choisir entre sa conscience et sa survie, n’a fait partie des valeurs québécoises. Le Québec a toujours été une terre d’accueil chaleureuse où chacun a pu apporter sa contribution à la grande courtepointe sociale. Nous croyons que c’est par une plus grande mixité sociale et non par l’ostracisme de certains individus que nous pourrons continuer à vivre en harmonie. L’identité québécoise ne passe pas par le rejet de l’Autre.

Nous invitons donc le gouvernement à réviser sa position quant à son projet de charte des valeurs québécoises, une charte qui pourrait avoir des conséquences irréversibles sur les droits de minorités et, par le fait même, sur la justice et la paix sociale. Nous invitons aussi nos concitoyens à être plus exigeants envers le gouvernement, de sorte qu’il ne se contente pas de participer à la création de toutes pièces d’une crise dont il se prétendrait le sauveur au lieu de s’attaquer aux enjeux qui menacent véritablement le tissu social, tels que l’économie, l’emploi, la culture, la justice et l’éducation.

Il serait tentant d’accepter une solution simple à un problème complexe. Nous invitons nos concitoyens à ne pas se laisser amadouer par des propositions populistes qui répondent à des craintes infondées, mais plutôt à s’informer sur les conséquences potentielles de telles dispositions. Surtout, nous demandons au gouvernement d’abandonner tout projet qui aurait pour effet de vulnérabiliser davantage un pan de la population et d’effriter la portée des droits fondamentaux sur lesquels se base la paix sociale si chère aux Québécois.

RÉMI BOURGET – Avocat et blogueur sur FaitsEtCauses.com; il a été porte-parole des juristes opposés à la loi 12, au printemps 2012;
FRÉDÉRIC BÉRARD – Avocat-constitutionnaliste et politologue;
RYOA CHUNG – Professeure agrégée, département de philosophie, Université de Montréal;
JUDITH LUSSIER – Chroniqueuse
 
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samedi 7 septembre 2013

MICHEL COLLON APRES LA SYRIE C'EST NOUS (vidéo)

" Je reviendrai ici dans ce plateau pour raconter la guerre en... Algerie...."




Exécution de 7 soldats syriens
La barbarie des rebelles syriens soutenus par Obama et Hollande, occultée durant deux ans par la plupart des journalistes (Vidéo)
Silvia Cattori

Il est stupéfiant que cette vidéo d’une cruelle exécution collective de soldats gouvernementaux par un groupe de « rebelles », diffusée ce jeudi 5 septembre par le New York Times, provoque soudain un choc et une intense médiatisation comme s’il s’agissait d’une découverte! Cela en dit long sur l’ignorance de la véritable situation en Syrie dans laquelle la grande presse a maintenu le public depuis deux ans alors qu’une quantité de vidéos bien plus insoutenables sont accessibles sur le web depuis 2011 et publiées par de multiples sites d’information.

Selon le New York Times, l’exécution a été filmée au printemps 2012 dans la province d’Idlib au nord de la Syrie, une zone sous contrôle des groupes de la soi-disant « Armée syrienne libre » (ASL), très courtisés depuis l’été 2011 par les « grands reporters » des médias traditionnels.

    

Cette barbarie était connue depuis 2011. Nous l’avons inlassablement documentée.

Mais la plupart des journalistes l’ont occultée et par leur désinformation, leur parti pris unilatéral en faveur des groupes armés, ils ont permis aux rebelles de gagner la guerre de l’information. Ils ont du sang sur les mains.

Source Silvia Cattori

Discours à la Chambre des communes lors du débat sur une intervention militaire contre la Syrie (Vidéo)


mercredi 4 septembre 2013

Roland Dumas sur la Syrie (vidéo)

Selon Roland Dumas, qui a été plusieurs fois ministre, des Relations extérieures, des Affaires étrangères et qui a ensuite présidé le Conseil constitutionnel, les Anglais et Israël préparaient la guerre en Syrie deux ans avant les manifestations de 2011.