dimanche 29 décembre 2013

Pourquoi occulter la vérité sur l’Apartheid ?

Avec une lucidité étonnante, Fidel Castro, 87 ans, retourne sur le « cas Mandela » et analyse l'hypocrisie occidentale, en se demandant : « Pourquoi prétend-on occulter que le régime d'Apartheid, qui a tant fait souffrir l'Afrique et a indigné la majorité des nations du monde, était le fruit de l'Europe coloniale et qu'il devint une puissance nucléaire grâce aux États-Unis et à Israël ? Un pays condamné ouvertement par Cuba, qui soutenait les colonies portugaises en Afrique luttant pour leur indépendance »
Mandela est mort, pourquoi occulter la vérité sur l’Apartheid ?
Fidel Castro Ruz

Peut-être que l'Empire a cru que notre peuple n'honorerait pas sa parole quand, en ces jours incertains du siècle dernier, nous affirmons que même si l'URSS venait à disparaître, Cuba continuerait à lutter.

La Seconde guerre mondiale a éclaté quand, le 1 er septembre 1939, le nazisme envahissait la Pologne et s'abattait comme la foudre sur le peuple héroïque d'URSS, qui donna 27 millions de vies pour sauver l'humanité de cette boucherie brutale qui coûta la vie à plus de 50 millions de personnes.

La guerre est, d'autre part, la seule activité tout au long de l'histoire que le genre humain n'ait jamais été capable d'éviter ; ce qui emmenait Einstein à répondre qu'il ne savait pas à quoi ressemblerait la Troisième guerre mondiale, mais que la quatrième se jouerait à coups de bâtons et de pierres.

Selon les données disponibles pour les deux principales puissances, États-Unis et Russie disposent de plus de 20 000 ogives nucléaires. L'Humanité devait savoir que, trois jours après l'arrivée au pouvoir de J.F.Kennedy aux États-Unis, le 20 janvier 1961, un bombardier B-52 américain, dans un vol de routine, qui transportait deux bombes atomiques avec une capacité destructrice 260 fois supérieure à celle utilisée à Hiroshima, subit un accident qui précipita son crash. Dans de tels cas, des équipements automatiques sophistiqués appliquent des mesures qui empêchent l'explosion des bombes. La première toucha le sol sans problème ; la seconde, sur les quatre mécanismes, trois échouèrent, et le quatrième, dans un état critique, n'a pas fonctionné non plus ; la bombe par pur hasard n'a pas éclaté.

Aucun événement présent ou passé dont je me rappelle ou j'ai entendu parler n'a eu autant d'impact sur l'opinion publique mondiale que la mort de Mandela ; et non pour son opulence mais pour la qualité humaine et la noblesse de ses sentiments et idéaux.

Tout au long de l'histoire, jusqu'à il y a à peu près un siècle et demi de cela avant que les machines et les robots, pour une dépense minimale en énergie, s'occupent de nos modestes tâches, il n'existait aucun des phénomènes qui aujourd'hui touchent l'humanité et régissent la vie de chacun : hommes et femmes, enfants et anciens, jeunes et adultes, agriculteurs et ouvriers, manuels et intellectuels. La tendance dominante est de s'installer dans les villes, où la création d'emplois, les transports et conditions élémentaires de vie, exigent d'énormes investissements au détriment de la production alimentaire et d'autres formes de vie raisonnables.

Trois puissances ont déposé des objets sur la Lune. Le même jour que Nelson Mandela, enveloppé dans le drapeau de son pays, était inhumé dans la cour de l'humble demeure où il est né il y a 95 ans, un module sophistiqué de la République populaire de Chine atterrissait sur le sol de notre Lune. La coïncidence entre les deux faits est pur hasard.

Des millions de scientifiques recherchent des matières et radiations sur la terre et dans l'espace ; on sait ainsi que Titan, un des satellites de Saturne, continent 40 fois plus de pétrole que ce que notre terre en contenait quand on a commencé son exploitation il y a 125 ans de cela, alors qu'au rythme actuel de consommation il sera épuisé dans moins d'un siècle.

Les sentiments fraternels de fraternité profonde entre le peuple cubain et la patrie de Nelson Mandela sont nés d'un fait qui n'a même pas été mentionné, et dont on n'a pas dit un mot pendant toutes ces années ; Mandela car c'était un apôtre de la paix qui ne désirait blesser personne. Cuba, parce qu'il n'a jamais réalisé aucune action à la recherche de gloire ou de prestige.

Quand la révolution a triomphé à Cuba, nous fumes solidaires des colonies portugaises en Afrique, dès les premières années ; les Mouvements de libération sur ce continent mettaient en échec le colonialisme et l'impérialisme, après la Seconde guerre mondiale et la libération de la République populaire chinoise – le pays le plus peuplé du monde – après le triomphe glorieux de la Révolution socialiste russe.

Les révolutions sociales ébranlaient les fondations du vieil ordre des choses. En 1960, on comptait déjà 3 milliards d'habitants. Dans le même temps, grandissait le pouvoir des grandes firmes trans-nationales, presque toutes américaines, dont la monnaie, soutenue par le monopole de l'or et une industrie intacte loin des fronts de bataille, devint maître de l'économie mondiale. Richard Nixon brisa unilatéralement le lien entre sa monnaie et l'or, et les entreprises de son pays partirent à la conquête des principales ressources et matières premières du monde, qu'ils acquirent avec le papier vert.

Jusqu'ici, rien qu'on ne connaisse pas déjà.

Mais pourquoi prétend-on occulter que le régime d'Apartheid, qui a tant fait souffrir l'Afrique et a indigné la majorité des nations du monde, était le fruit de l'Europe coloniale et qu'il devint une puissance nucléaire grâce aux États-Unis et Israël, un pays dont Cuba, qui soutenait les colonies portugaises en Afrique qui luttaient pour leur indépendance, a condamné ouvertement ?

Notre peuple, qui avait été cédé par l'Espagne aux États-Unis après la lutte héroïque qui a duré plus de 30 ans, ne s'est jamais résigné au régime esclavagistes qui lui fut imposé pendant près de 500 ans.

De la Namibie, occupée par l'Afrique du sud, partirent en 1975 les troupes racistes soutenues par des chars légers avec des canons de 90 mm qui pénétrèrent sur plus de 2 000 km jusqu'aux abords de Luanda, où un bataillon des forces spéciales cubaines – aéroportées – et d'autres troupes également cubaines à bord de chars soviétiques qui se trouvaient sur place, sans équipage, purent les contenir. Cela se produisit en novembre 1975, 13 ans avant la bataille de Cuito Cuanavale.

J'ai déjà que nous ne faisions rien en quête de prestige ou de quelque bénéfice. Mais c'est un fait bien réel que Mandela a été un homme intègre, révolutionnaire profond et radicalement socialiste, qui avec un grand stoïcisme a supporté 27 années de confinement solitaire. Je ne cessai jamais d'admirer son honnêteté, sa modestie et son énorme mérite.

Cuba a rempli ses devoirs internationalistes rigoureusement. Il défendait des points-clés et entraînait chaque année des milliers de combattants angolais au maniement des armes. L'URSS fournissait l'armement. Toutefois, à l'époque, nous ne partagions pas l'idée de notre conseiller principal soviétique. Des milliers d'angolais jeunes et bonne santé étaient constamment incorporés dans les unités de l'armée émergente. Le conseiller principal n'était, toutefois, pas un Joukov, un Rokossovski, un Malinovski et tous ces généraux qui firent la gloire de la stratégie militaire soviétique. Son idée fixe était d'envoyer des brigades angolaises avec les meilleures armes sur le territoire où était censé se trouver le gouvernement tribal de Savimbi, un mercenaire au service des Etats-unis et de l'Afrique du sud. C'était comme envoyer les forces qui combattaient à Stalingrad à la frontière de l'Espagne phalangiste qui avait envoyé plus de 100 000 soldats lutter contre l'URSS. Cette année-là, il se produisit une opération de ce type.

L'ennemi perçait les lignes des forces des brigades angolaises, touchées à proximité de l'objectif où elles avaient été envoyées, à 1 500 km de Luanda. Elles étaient chassées par les forces sud-africaines qui prenaient la direction de Cuito Cuanavale, vieille base militaire de l'OTAN, à 100 km de la 1ère brigade de chars cubains.

A ce moment critique, le Président d'Angola sollicita le soutien des troupes cubaines. Le Chef de nos forces au sud, le Général Leopoldo Cintra Frias, nous remit la demande, ce qui était habituel. Notre réponse ferme fut que nous apporterions notre soutien si toutes les forces angolaises sur ce front se mettaient sous commandement cubain, au sud de l'Angola. Tout le monde comprenait que notre demande était un pré-requis pour faire de cette base historique le champ de bataille idéal pour frapper les forces racistes d'Afrique du sud.

En moins de 24 heures, la réponse d'Angola était arrivée, positive.

On décida l'envoi immédiat d'une Brigade de chars cubaine jusqu'au point de ralliement. D'autres se trouvaient sur la même ligne, vers l'Ouest. L'obstacle principal était la boue et l'humidité de la terre pendant la période des pluies, un terrain qu'il fallait inspecter mètre par mètre pour le déminer. A Cuito, fut envoyé également le personnel pour occuper les chars sans équipages, ainsi que les canons qui leur manquaient.

La base était séparée du territoire qui se trouve à l'est par le puissant rapide fleuve Cuito, sur lequel se trouvait un solide pont. L'armée raciste l'attaqua désespérément ; un avion téléguidé bourré d'explosifs réussit à le toucher et à le rendre inutilisable. Les chars angolais en retraite qui purent se déplacer traversèrent le fleuve par un pont plus au Nord. Ceux qui ne se trouvaient pas dans les conditions adéquates furent enterrés, avec leurs armes dirigées vers l'Est ; une bande dense de mines anti-personnelles et anti-chars transformèrent la ligne en un piège mortel de l'autre côté du fleuve. Quand les forces racistes reprirent leur avancée et se heurtèrent à cette muraille, toutes les pièces d'artillerie et les chars des brigades révolutionnaires tirèrent depuis les points localisés dans la zone de Cuito.

Un rôle spécial était réservé aux chasseurs MIG-23 qui, à près de 1 000 km/h et à près de 100 m d'altitude, étaient capables de distinguer si l'artilleur était noir ou blanc, et tirait sans cesse sur ces derniers.

Quand l'ennemi usé et immobilisé dut battre en retraite, les forces révolutionnaires se préparèrent pour l'assaut final.

De nombreuses brigades angolaises et cubaines se déplacèrent à toute vitesse et à bonne distance vers l'Ouest, où se trouvaient les seules grandes allées d'où les sud-africains lançaient leurs actions contre l'Angola. L'aéroport était à près de 300 km de la frontière avec la Namibie, occupée totalement par l'armée de l'Apartheid.

Tandis que les troupes se réorganisaient et se ré-équipaient, il faut décidé en toute urgence de construire une piste d'atterrissage pour les MIG-23. Nos pilotes utilisaient le matériel aérien livré par l'URSS à l'Angola, dont les pilotes n'avaient pas du temps nécessaire pour suivre l'instruction nécessaire. Les pertes furent importantes, parfois occasionnées par nos propres artilleurs. Les sud-africains occupaient toutefois une partie de la route principale qui conduit du bord du plateau angolais en Namibie. Sur les ponts enjambant le puissant fleuve Cunene, entre le sud de l'Angola et le nord de la Namibie, commencèrent entre-temps les tirs de canons de 140 mm, dont la portée dépassait les 40 km. Le problème principal résidait dans le fait que les racistes sud-africains possédaient, selon nos calculs, entre 10 et 12 armes nucléaires. Elles avaient été testées, en mer ou dans les eaux gelées du sud. Le président Ronald Reagan l'avait autorisé, et parmi le matériel livré par Israël on trouvait le dispositif nécessaire pour faire exploser la charge nucléaire. Notre réponse fut d'organiser le personnel dans des groupes de combat de pas plus de 1 000 hommes, qui devaient se déplacer de nuit sur une vaste portion du territoire, et dotés de véhicules blindés anti-aériens.

Les armes nucléaires d'Afrique du sud, selon des rapports fiables, ne pouvaient pas être chargés sur des avions Mirage, elles nécessitaient des bombardiers lourds de type Canberra. Mais en tout cas, la défense anti-aérienne de nos forces disposaient de roquettes qui pouvaient frapper et détruire des objectifs aériens situés à plusieurs dizaines de kilomètres de nos troupes. Additionnellement, un barrage de 80 millions de m3 d'eau situés sur territoire angolais avait été occupé et miné par des combattants cubains et angolais. L'explosion de ce barrage aurait eu un effet équivalent à celui de plusieurs armes nucléaires.

Cependant, une centrale hydro-électrique qui utilisait les forts courants du fleuve Cunene, avant d'arriver à la frontière avec la Namibie, était utilisée par un détachement de l'armée sud-africaine.

Quand sur le nouveau théâtre d'opération les racistes commencèrent à tirer avec des canons de 140 mm, les MIG-23 frappèrent durement ce détachement de soldats blancs, et les survivants abandonnèrent leur poste laissant y compris certaines traces critiques envers leur propre commandement. Telle était la situation quand les forces cubaines et angolaises avancèrent vers les lignes ennemies.

Je savais que Katiuska Blanco, auteur de plusieurs ouvrages historiques se trouvaient sur place, avec d'autres journalistes et reporters. La situation était tendue mais personne ne perdit son calme.

C'est alors que parvinrent les nouvelles que l'ennemi était prêt à négocier. On était parvenu à mettre fin à l'aventure impérialiste et raciste ; sur un continent qui dans 30 ans aura une population supérieure à celle de la Chine et de l'Inde réunies.

Le rôle de la délégation de Cuba, à l'occasion du décès de notre frère et ami Nelson Mandela, sera inoubliable.

Je félicite le camarade Raul pour sa prestation brillante et, en particulier, pour la fermeté et la dignité dont il avait preuve quand il a salué le chef du gouvernement des Etats-unis et il lui dit en anglais :« Monsieur le président, je suis Castro ».

Quand ma santé limita mes capacités physiques, je n'ai pas hésité une seule seconde à exprimer ma préférence sur qui, à mon avis, devait assumer ma responsabilité. Une vie est une minute dans l'histoire des peuples, et je pense que celui qui prend aujourd'hui une telle responsabilité doit avoir l'expérience et l'autorité nécessaire pour faire le bon choix face à un nombre croissant, quasi infini, de variantes.

L'impérialisme aura toujours plusieurs cartes en main pour faire main basse sur notre île, dut-il la dépeupler, la priver de jeunes hommes et jeunes femmes, en lui offrant les miettes des biens et ressources qu'il pille dans le monde.

Qu'ils parlent maintenant, les porte-paroles de l'empire, sur comment et pourquoi a surgi l'Apartheid.

jeudi 19 décembre 2013

Pourquoi l’Occident adore Mandela ?

L’icônisation et la sanctification d’un conciliateur et pacificateur utile
Par Luis Basurto
Frederik de Klerk et Nelson Mandela reçoivent
conjointement le Prix Nobel de la Paix en 1993

L’unanimisme est suspect. Statufié de son vivant, l’homme politique Mandela fut et reste toujours très utile aux puissants et aux puissances d’Occident depuis les années 1990. Ceci explique son Prix Nobel de la Paix –prix bien décrépit et discrédité on le sait- décerné en 1993. Les propos répétés à l’occasion de son décès par les médias et les dirigeants occidentaux, comme incantations  universelles, disent, ressassent, répètent  que ce fut l’homme de la paix, de la réconciliation et du pardon. Un prêt-à-penser, un vaccin anti-1789, un kit idéologique en papier cadeau faisant fonction d’antidote définitif contre cette fâcheuse tendance des peuples opprimés, des classes sociales opprimées, des gueux de partout dans notre planète, à résister et essayer de s’émanciper y compris violemment, à lutter avec touts les moyens possibles, à se battre radicalement, à se révolter et à faire des révolutions pour tourner pour de vrai les pages et périodes sombres de l’histoire, de leur histoire.

Le dernier Mandela, non-violent, pacifique, conciliateur, indulgent et « pardonneur », amnistiant les oppresseurs, les bourreaux et les criminels, est proposé comme une voie unique à suivre, la voie par excellence, en réalité comme un antidote idéologique contre les luttes de libération nationale et les luttes des classes opprimées, où ceux d’en bas se rebiffent, en concrétisant des processus qui ne sont pas des dîners de gala. Le message des puissants du monde, du monde occidental tout au moins, est subliminal.  Résignez-vous, patientez, acceptez l’ordre injuste du monde, ordre « naturel » et si par hasard vous gagnez une guerre sociale, si vous réussissez une révolution émancipatrice, si vous menez à son terme une guerre de libération nationale faites comme Mandela, épargnez-nous, pardonnez-nous, décrétez l’amnistie au nom de la paix et de la réconciliation. Pour l’heure nous restons impitoyables, nos guerres –économiques et sociales contre les dominés à l’intérieur des frontières ou internationales, colonialistes, néocolonialistes, impérialistes, de caractère économique ou militaire à l’extérieur de nos frontières-  sont sans quartier mais que voulez vous, c’est plus fort que nous. Pour les classes et castes dominantes, pour les pays impérialistes, colonisateurs et néo colonisateurs, la pensée Mandela est une police d’assurance pour survivre et même reprendre le pouvoir en cas de défaite.

Les prises de position de Mandela sur le devenir du monde restaient sans trop d’incidence sur le cours des choses, et sans coûts personnels ni trop de risques pour lui. Il aurait pu par contre influencer profondément le devenir de son pays dans les années 1980-90 pour obtenir une transformation radicale, de fond en comble, mais il ne le fit pas, en agissant par contre de sorte que l’appareil économique de l’apartheid réussisse à survivre entièrement ou presque et que les criminels de ce système abominable soient amnistiés, pardonnés.

Béatification et canonisation de son vivant

Avant Mandela rien, pendant Mandela ce seul soleil brillait, après Mandela ce serait l’angoisse et peut-être le chaos ! Cette vision des choses, cet imaginaire construit patiemment, imaginaire ahistorique, déraciné des réalités sociales, des réalités concrètes, d’une Histoire complète et complexe, a et eut  une utilité, une finalité bien concrète mais pas toujours facile à déceler. Au-delà des desseins, ambitions et projets personnels du personnage Mandela, une dialectique fut alimentée des deux côtés par lui-même et par ses ennemis et geôliers. Mandela n’était pas bien sûr exempt d’ambitions personnelles et dès le milieu des années 1980 les tenants de l’Etat d’apartheid qui le choisirent comme interlocuteur privilégié et quasiment unique surent alimenter le mythe de sa personne et flatter l’homme, sa personne physique. Leur pari ne fut pas erroné, ne fut pas vain. Mandela prit la tête d’une transition politique où les racistes et ségrégationnistes sud-africains eurent une sortie honorable, en bon ordre mais de la scène visible seulement, avec la fin de leur modèle politique, de leur abomination de modèle. Ce fut une fausse sortie, un faux départ car ils choisirent seulement de se faire plus discrets voire très discrets, de passer à une semi pénombre pour mieux conserver le cœur du pouvoir, à savoir l’appareil, la machine économique, le vrai pouvoir et garder aussi toujours le contrôle presque direct de l’armée et des polices. La médiation politique fut laissé fondamentalement aux autochtones africains, qui devinrent gestionnaires, fondés de pouvoir, fusibles bien visibles garants de l’ordre social et de la pérennité du système économique toujours dans les mains des Blancs, dominé par eux.

Le culte de la personnalité et le mythe de l’homme providentiel restent des dérives de du politique que les medias et les intellectuels d’Occident décrient s’agissant des pays et des régimes combattus, désignés comme ennemis ou rivaux détestés à l’Est, en Orient ou au Sud. Dérives, et que cela soit dit au passage, qu’ils ne dénoncent guère ou pas du tout dans ses propres rangs s’agissant de ses rois, princes, monarques et caudillos modernes, y compris ceux des régimes « républicains ». Par contre s’agissant de Mandela le culte de la personnalité ne fut pas, ne l’est absolument pas, critiqué ni même repéré ou soupçonné. La force du mythe est énorme. La mystification construite patiemment est trop puissante.

Personnage humain –licence de pléonasme à la main- avec ses vertus et ses défauts, Mandela ne fut guère présenté, tout au moins en dehors des frontières de l’Afrique du Sud, comme un personnage complexe et contrasté, avec ses zones de lumière mais aussi ses zones  d’ombre par ses thuriféraires sud-africains et les médias du monde occidental. Les médias occidentaux essayaient de se racheter une image de probité en misant sur l’amnésie collective après des décennies de mépris et d’intoxication médiatique qu’ils avaient organisé contre les combattants anti-apartheid sud-africains. La radicalité atteinte par Mandela, son intransigeance de la fin des années 1950 et début des années 1960 s’estompa après plus de deux décennies de prison. Il devint ensuite, fatigué, vieilli, amoindri et malade, l’homme des dialogues personnels avec l’Etat de l’apartheid, des compromis et compromissions, fini par ne revendiquer en synthèse que le droit de vote des Noirs et l’abolition de l’appareil, de l’édifice législatif ségrégationniste. Enfonçant des portes déjà grandes ouvertes.

La démocratie formelle, la fiction démocratique, pas moins mais fondamentalement pas plus pour clore une période très sombre de l’histoire de cette partie de l’extrême méridional de l’Afrique, de l’Azanie. Une période trop longue et meurtrière qui ne survécut que grâce à la grand cruauté des colons européens racistes et aux complicités et lâchetés de l’Occident blanc et de ses sous-fifres qui soutirent ce terrible système colonial, cette abomination contemporaine, presque jusqu’à l’avant-veille de sa chute. Ce minimalisme « mandeliste » donna le résultat que l’on connaît à présent, à savoir un pays très clivé, très polarisé socialement et économiquement, champion mondial de l’inégalité, avec une énorme violence social, un système économique intracolonial, crypto-ségrégationniste,  fondamentalement inchangé. La colonialité interne dans ce pays, dans cette partie du monde, reste inchangée et elle est toujours le pilier de l’ordre toujours en vigueur. Les classes dominantes sud-africaines à présent sont, comme en Amérique latine ou aux USA, héritières et petites-filles directes des colons envahisseurs, conquérants spoliateurs, créolisés entre temps, ayant rompu les amarres avec les métropoles coloniales pour essayer de pérenniser une colonialité interne et ayant accepté un aggiornamento.

Mandela fut cependant exigent et radical dans ses prises de position sur la politique internationale, critiquant voire conspuant parfois les USA et Israël. Cette dualité nous rappelle la schizophrénie mexicaine en vigueur pendant sept décennies à l’époque du parti quasi unique, le social-démocrate PRI –Partido Revolucionario Institucional- ce fils indigne de la Révolution mexicaine des années 1910, avec une politique étrangère plutôt progressiste mais à l’intérieur des frontières nationales mexicaines restant extrêmement réactionnaire et répressif.

L’apartheid est mort, vive le néo-apartheid !

L’apartheid était un système mourant, il allait tomber plus tôt que plus tard. Le Etat d’apartheid cherchait une transition pour sauver les meubles, mais aussi les immeubles, les mines, les terres, les ressources… tout sauver in fine et ne pas seulement la peau de leurs dirigeants. Et ils l’obtinrent ! Ils ne furent ni jugés et emprisonnés, ni jetés à la mer, ni dépossédés. Leur crainte était de se voir quittant massivement le pays comme les Pieds Noirs français d’Algérie en 1962. Ils changèrent tout, l’apartheid politique fut aboli, un nouveau régime avec une constitution acceptable, dans les standards occidentaux, fut votée, un Président noir fut alors élu dans le personne de Mandela et d’autres présidents noirs, Mbeki et Zuma, suivirent avec l’ANC incrustée à vie, devenue parti-Etat, gérant les affaires et garantissant  l’ordre social. Et vingt ans après 1994, en faisant le bilan nous pouvons constater l’état pas réjouissant des majorités noires et « de couleur » dans le domaine économique et social.

Tout changea pour que pas grande chose ou rien ne change, comme disait l’autre dans Le Guépard. L’apartheid était mourant, mis en échec par l’impasse économique, social et politique, mais aussi militaire de la fin des années 1980. S’agissant de ce dernier volet il ne faut pas, surtout pas, oublier l’impasse des troupes sud-africaines de l’apartheid face aux combattants cubains, angolais et namibiens à la fin des années 1980 où elles furent mises en échec et contraintes à quitter l’Angola et à reconnaître l’indépendance de la Namibie en évacuant aussi ses troupes d’occupation de ce pays. On ne reconnaît pas, surtout pas assez, et l’on occulte même, le rôle capital de Cuba dans les luttes anticoloniales en Afrique lusophone  et la mise en déroute des troupes de l’apartheid.

Mandela préempta, s’appropria, des rapports et négociations avec l’Etat blanc raciste pour négocier seul ou presque, biaiser et brader une lutte profonde et ancienne contre l’apartheid. Les questions à poser, impertinentes, iconoclastes, seraient : Mais quand Mandela capitula ou fut retourné ? ; Ce fut un processus conscient et voulu ou le résultat de l’addition des compromissions et renonciations pas toujours très visibles mais qui rassemblées donnèrent le résultat que l’on peut constater de nos jours ? Il faut pour cela un regard très critique, exigeant et dépourvu de complaisances et révérences.

Brader la lutte contre l’apartheid pour un plat de lentilles : le droit de vote des Noirs ou l’illusion démocratique… pour aller voter pour Mandela ! Pour que Mandela soit  élu président comme son épouse Winnie le proclamait haut et fort comme un objectif pas négociable, une échéance inéluctable, au moins une dizaine d’années avant qu’il ne soit formellement libéré. Et il fut élu et alors ? En échange Mandela mit son poids pour assurer l’amnistie pour les assassins, tortionnaires et responsables étatiques, militaires, civiles et économiques de l’apartheid. Et aussi pour que l’appareil économique des Blancs soit maintenu intact : terres, mines, industries, immobilier urbain… etcetera.  C’est ainsi que l’Afrique du Sud put rester une pays avec une économie et une société toujours dominée par les Blancs. Les terres et les ressources naturelles du sol et du sous-sol arrachées, confisquées, expropriées par le colonialisme anglo-néerlandais, ne furent jamais rendues … jusqu’aujourd’hui. Grâce à la garantie Mandela obtenue en 1994.

Le modèle choisi pour entretenir l’illusion d’un « post-apartheid » fut le clientélisme vorace et le favoritisme envers les tenants de l’ANC –comme le social-démocrate PNR-PRI déjà cité, parti post-révolutionnaire au Mexique dès 1929 qui garda le pouvoir soixante-dix ans- avec la « discrimination positive » et l’encouragement et financement de l’émergence d’une bourgeoisie noire et des « personnes de couleur », d’un capitalisme noir sensé être la revanche de l’apartheid. Une question se pose ou est à poser aux autochtones africains : Le capitalisme des Noirs est plus doux et moins cruel que le capitalisme anglo-afrikaner ? La voie choisie par le modèle Mandela fut la « réconciliation », le pardon, l’oubli, le réformisme, la continuation du capitalisme néocolonial, intracolonial, l’encouragement d’une bourgeoisie noire naissante, avec l’éclosion des « diamants noirs », ces nouveaux entrepreneurs noirs sensés aller ensuite conquérir le reste du continent africain.

Pour illustrer la générosité à sens unique et le refus du modèle Mandela de rendre justice aux victimes de l’apartheid rappelons par exemple l’assassinat du leader noir anti-apartheid Steve Bantu Biko, en septembre 1977. Le célèbre film Cry freedom relate ce crime. Le scandale international provoqua deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU cette même année (résolutions 417 et 418) condamnant le régime raciste et décrétant un embargo sur les ventes d’armes à destination de Pretoria, bien sûr contourné par l’Occident. Les policiers coupables furent seulement blâmes à l’époque et la police en tant qu’institution reconnut, avoua, le crime devant la « Commission vérité et réconciliation » à la fin des années 1990. Malgré tout cela la justice « arc-en-ciel » sud-africaine décida en octobre 2003 de renoncer à poursuivre les cinq policiers responsables pour « manque de preuves et absence de témoins ».

Mais que célèbre-t-on dans l’Afrique du Sud en 2013 à la mort de Mandela?  Une révolution émancipatrice ? Une libération nationale ? Une libération sociale ?  Toutes les trois ? Quel est le bilan de ces processus de transition que Mandela  conduisit ? La « réconciliation » et la « paix » rendirent service aux colons blancs créolisés. La « réconciliation » des races probablement mais cela reste à prouver, mais surtout la volonté forcenée de conciliation de classes, pour noyer et invisibiliser les luttes des classes dominées, dans un pays néocolonial, pour garantir le continuité de cet impitoyable capitalisme d’anciens colons, des Britanniques et Boers, toujours au pouvoir, le vrai pouvoir, le pouvoir économique, foncier, minier, industriel et financier.

« Il n’y a plus des races en Afrique du Sud ! » disait devant la télévision française un naïf et enthousiaste adolescent noir devant la maison d’un Mandela tout juste décédé, « Nous sommes une nation arc-en-ciel ! ». Il aurait pu dans la foulée décréter aussi que les classes sociales n’existent plus en Azanie, que tous les hommes dans son pays sont frères, que tout le monde est beau et que tout le monde est gentille. L’Etat blanc d’apartheid fut détruit ou seulement transformé politiquement de fond en comble ? L’apartheid disparut des textes juridiques mais tout changea pour que rien ne change … et que tout continue.
 
 

mardi 10 décembre 2013

Islamophobie au Québec : la fabrication accélérée d’un « problème »

Comment le livre "Islamophobie : comment les élites françaises fabriquent le "problème musulman" peut se traduire au Québec

La dramatisation du « problème musulman » au Québec prend une tournure de plus en plus prévisible. Les appels à la menace islamique de plusieurs personnalités publiques crée un climat qui nourrit le racisme et stigmatise des minorités religieuses. La situation québécoise tend à rejoindre ce que la France vit depuis quelques décennies. De fait, le débat québécois ressemble à un film projeté à vitesse accélérée de ce qui s’est produit et continue de se produire en France. Évidemment, tout n’est pas semblable mais si les forces démocratiques et progressistes ne réussissent pas à mettre un frein aux politiques identitaires du PQ et de ses alliés, la situation sera mûre pour que la société québécoise soit définitivement contaminée par ce que la France comporte de pire.
 
Les auteurs du livre « Islamophobie : comment les élites françaises fabriquent le problème musulman » (La Découverte, 2013, 302 p.), Abdellaji Hajjat et Marwan Mohammed, sont des militants qui s’inscrivent dans la lutte contre l’islamophobie. Non seulement, ils analysent la situation française sous l’oeil de la fabrication d’un nouveau bouc émissaire comme l’oligarchie le fait régulièrement, mais aussi comme une lutte pour détourner l’attention des problèmes que rencontre la domination des élites et des classes dominantes. Le livre étudie le phénomène depuis ses origines, le déplacement des discours de l’extrême-droite vers les intellectuels supposément respectables, les médias et les politicienNEs et l’instrumentalisation du débat par les élites.

Le capitalisme frappé par la pire crise depuis les années 1930 doit affronter des mobilisations qui remettent de plus en plus en cause sa légitimité. À l’époque de la grande crise du XXe siècle, le « problème juif » a été monté en épingle afin de servir de bouc émissaire à tous les problèmes de la société d’alors. Depuis, plusieurs catégories populaires ont été tour à tour montrées du doigt pour légitimer les politiques des classes dominantes : les « b-s », les homosexuels, les immigréEs, les méchants syndicats qui freineraient le progrès, etc. En France, la question de l’immigration, passé colonial oblige, a été un de ces tours de passe-passe qui contribuent à jeter de la poudre aux yeux et à masquer des problèmes plus profonds. Les auteurs consacrent une partie du livre aux parallèles à tracer entre anti-sémitisme et islamophobie (pp. 177-198)

Les origines de l’islamophobie en France

Dans leur livre, les auteurs situent les débuts contemporains du « problème musulman » aux luttes à Citroën-Aulnay (avril 1982) et à Talbot-Poissy (mai 1982), dans l’industrie automobile française. Plusieurs ouvriers sont issus de l’immigration et à compter de ce moment, la question musulmane va se substituer à la lutte des classes dans les discours de l’élite (V. Giscard D’Estaing). Pourtant, les organisations syndicales étaient favorables à ce que l’on appelle ici les accommodements raisonnables, au nom de la liberté de culte. Une mosquée est inaugurée en octobre 1976 à Renaud-Billancourt. Parmi les revendications ouvrières dans ces deux conflits figure celle d’un lieu de prière dans l’entreprise. « L’existence de cette revendication, les images des ouvriers faisant la prière à l’usine et l’utilisation, par les leaders syndicalistes maghrébins, de la langue arabe et de références religieuses pour mobiliser les ouvriers, sont des faits tangibles sur lesquels s’appuient les adversaires des grèves pour les dénoncer et les stigmatiser. » (p. 105-106) Les élites françaises avaient leur nouveau bouc émissaire. (Voir aussi Vincent Gay (université d’Evry Val d’Essonne / LHEST) : « Ouvriers ou musulmans ? L’altérisation des ouvriers immigrés dans les grèves du début des années 1980 » http://islamophobie.hypotheses.org/269)

Depuis, chaque occasion fut bonne pour casser du musulman (déclaration de Jacques Chirac en 1990 sur les problèmes potentiels que représentent une immigration noire ou musulmane, les propos du chercheur Pierre-André Taguieff sur les « deux millions de musulmans en France qui représentent autant d’intégristes potentiels » (p. 13), les événements du 11 septembre 2001, les attentats de Londres, la crise du voile en 2005, etc.). Des politiciens, de l’oligarchie dominante à l’extrême-droite et même certains cas à l’extrême-gauche, s’y sont mis à la tâche, relayés par les médias dominants et des intellectuels. Résultat : les manifestations de rejets des musulmans se sont multiplié par 5 entre 2005 et 2011 selon le Collectif contre l’islamophobie en France. (p. 25) L’élite profite de chaque occasion pour poursuivre l’érection de l’édifice du racisme et de la stigmatisation anti-musulman.

La politisation du voile

Le voile a été monté en affaire à Paris par un tout petit nombre d’acteurs. La mise en place du Conseil français du culte musulman début avril 2003, et l’anicroche de Nicolas Sarkozy au congrès de l’UOIF quelques jours après, leur ont fourni l’occasion d’embrayer puissamment dans le monde politique et dans la sphère médiatique, en subjuguant finalement l’opinion publique.
Le Front national y a vu une occasion en or pour élargir sa base politique. De grandes associations de défense de la laïcité, les églises, les principaux cadres de l’Education nationale, la majorité des syndicats, ainsi que les organisations islamiques ont tenté en vain de s’opposer à l’entreprise de politisation. A l’étranger – en Europe, dans le monde arabe -, les acteurs politiques et sociaux se sont saisis des échos de l’affaire française en fonction de leurs intérêts. http://islamophobie.hypotheses.org/174

En bons coloniaux, tous promettent de « libérer » les femmes musulmanes de l’oppression intégriste sans se soucier des réelles raisons du port de signes identifiés à la religion.

Un personnage central de la fabrication en France : Caroline Fourest

(Tout parallèle avec Djemila Benhabib serait le résultat d’un hasard hors de notre contrôle)

Caroline Fourest fait dans ce débat office de personnage central par son passé de féministe et de défenseure des droits. Elle a fondé la revue ProChoix, a rédigé un livre sur les commanditaires du Front national, un autre sur l’homophobie. Bref, de quoi se draper d’un voile (pardon pour le jeu de mots) de respectabilité à gauche. Pourtant, tout n’est pas rose. En 2003, elle écrit « Tirs croisés », une charge anti-musulmane qui diabolise la religion musulmane comme l’intégrisme suprême. Trois ans plus tard, elle dénonce dans « La tentation obscurantiste » les rapprochements d’une partie de la gauche et les mouvements islamistes et l’invention du concept d’islamo-gauchistes. Depuis, nous avons droit à des collaborations plus que douteuses (Charlie Hebdo ou l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF) notamment).

Par ailleurs, des collaborateurs à sa revue ProChoix, Pascal Hilout et Pierre Cassen ont tous deux contribué à la revue ProChoix avant de se tourner vers le site Riposte Laïque, associé à l’extrême-droite. De plus, Caroline Fourest ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il s’agit de débattre. Un peu à la manière de George W. Bush, vous êtes avec elle ou contre elle. Entre les poursuites judiciaires abusives lancées contre Xavier Ternisien, les lettres d’intimidation (http://lmsi.net/Apres-la-calomnie-l...) envoyées au collectif LMSI pour qu’il supprime les articles qui la dérangent, ou les intimidations physiques (http://lmsi.net/Je-suis-tombe-par-t...) de Fiammetta Venner (compagne de Caroline Fourest et accessoirement judoka), elle ne lésine pas sur les moyens pour faire taire ses critiques. (http://pirwp.thefreecat.org/limpost...) Et si ce n’est pas suffisant, elle pousse la vérité un peu loin. Ainsi, elle prétend que « des français rencontrés au Québec lui auraient affirmé que c’étaient les prières de rue qui les avaient poussés à quitter la France pour le Canada ! » (http://www.youtube.com/watch?v=gtby...). Cette histoire a été relayée et diffusée sur Youtube par un allié de circonstance : le site d’extrême-droite Défrancisation,
 
 

Un facteur de division des mouvements sociaux

Les débats entourant l’islam et l’intégrisme ont eu pour effet de diviser les composantes traditionnelles des mouvements anti-racistes. De nombreux groupes ont été traversés par des divisions à propos du concept d’islamophobie, du déni du phénomène de l’islamophobie, etc. (pp. 199 et suivantes). C’est fort pratique pour l’oligarchie d’affaiblir ainsi les mouvements sociaux (féminisme, anti-racisme, défense des droits, syndicats) qui voient leurs repères traditionnels sur la laïcité être remis en question. Ça permet de diviser le mouvement des femmes, d’en mobiliser l’aile droite autour du Manifeste des Jeannettes et de la formation du PDF-Q. De jeter dans l’ombre les batailles autour des enjeux écologistes si urgents. De faire passer la faillite économique de la gestion péquiste sous les écrans radar.

La situation au Québec

Selon un recensement effectué par la Ligue des droits de l’homme qui reçoit « de nombreuses plaintes de victimes de discrimination fondée sur différents motifs interdits par la Charte (sexe, religion, origine ethnique, handicap, etc.) », 107 plaintes sur 3 582 avait une teneur religieuse, soit un pourcentage de 0,69% du total des plaintes reçues entre 2009 et 2013 (http://www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de...). Les plaintes reçues pour motif de handicap atteignent 1 112 demandes d’accommodements, soit 13 fois plus.

En milieu de travail, 98% des entreprises affirment « ne pas faire face à des problèmes ou des enjeux concernant les demandes d’accommodement. » (Source : sondage du Conseil du patronat du Québec septembre 2013). 99 % des établissements de santé et de services sociaux où travaillent 230 000 personnes disent qu’ils ne rencontrent pas de problème significatif concernant les demandes d’accommodement basé sur la religion. (Source : L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Pourtant, les pyromanes sociaux ne manquent pas de toupet comme cette manchette de l’Agence QMI (Québecor) « Beaucoup de demandes d’accommodements... déraisonnables » et l’article de poursuivre : « Dix-huit mois après le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, les nombreuses demandes d’accommodements raisonnables constituent toujours un casse-tête pour les employeurs et les gestionnaires de services publics au Québec. (…) On ne parle plus de « crise des accommodements raisonnables » au Québec mais pourtant, la situation demeure la même, selon les vérifications effectuées par le Journal. » (http://argent.canoe.ca/nouvelles/af...)

Ce que les élites françaises ont mis plus de 30 à fabriquer, le PQ, le pied sur l’accélérateur, veut l’imposer en quelques mois. Le PQ toujours à la recherche de façons de consolider son pouvoir à Québec choisit de rallier le camp des identitaires, appuyant son discours sur le « nous » et le « eux » se rapprochant ainsi du discours de l’extrême-droite française. Les animateurs et animatrices du site Vigile ne s’y trompent pas. On peut maintenant lire de nombreux textes qui font l’apologie de Marine Le Pen et du Front national français. (Voir illustration)
 
 

Récemment, des syndicats québécois se sont prononcés en faveur de la Charte du PQ. La FIQ a appuyé la Charte en s’appuyant sur un sondage mené auprès de ses membres. Or, combien de demandes d’accommodements religieux ont été faites dans le milieu de la santé dans les dernières années ? Une seule... Pourquoi mobiliser autant d’efforts pour un « problème » aussi marginal ?

Le Québec est l’un des seuls pays capitaliste avancé où l’extrême-droite n’est pas organisée sous forme parti. Pour y parvenir, l’extrême-droite doit trouver le terreau propice et le PQ et ses complices sont en train de le lui fournir sur un plateau d’argent.

Pour celles et ceux qui voient dans le discours péquiste un réel danger, il faut confronter ces supposés tenants de la libération du Québec à une réelle perspective de lutte de libération nationale. Dans une telle perspective, nous devons nous inspirer des luttes étudiantes du printemps dernier pour y voir les débuts de solution. Dans son livre « Tenir tête », Gabriel Nadeau-Dubois relate l’anecdote d’une jeune étudiante d’origine libanaise qui raconte comment la lutte a donné le goût à sa mère d’intégrer la société québécoise à travers la participation de sa fille aux mobilisations. C’est dans cette direction que nous devons aiguiller le débat et les actions d’une gauche démocratique et inclusive. Créer des interdits n’a jamais libéré quiconque, les libérations « par le haut » n’ont jamais donné de résultats probants. Ce n’est qu’à travers un processus de combat commun pour une société solidaire qu’une remise en question des dominations, religieuses ou autres, pourra être entreprise.


Alors qu'une épaisse couche de ténèbres recouvre peux à peux, l'interprétation des préceptes du dernier des monothéisme ; Youssef Seddik assure qu'une voie sereine et saine , reste possible dans la pratique de l'islam. Cet entretien en est la démonstration.

Ceux qui sont en deuil de Mandela

Par Manlio Dinucci

Au premier rang de la cérémonie funèbre pour Nelson Mandela, symbole de la lutte contre l’apartheid, il y aura le président et deux ex-présidents des Etats-Unis et le Premier ministre de la Grande-Bretagne, c’est-à-dire les représentants des Etats qui soutinrent le plus le régime de l’apartheid, surtout pendant la présidence de Reagan (qui définissait comme terroriste l’organisation anti-apartheid de Mandela) et le gouvernement Thatcher. David Cameron –qui en habit de premier ministre britannique exprime aujourd’hui une « extraordinaire tristesse pour la disparition du héros de la lutte anti-apartheid »- quand Mandela était encore en prison, et qu’il était, lui, une étoile montante des conservateurs, effectua en 1989 un voyage en Afrique du Sud, organisé et financé par la société Strategy Network International, un puissant lobby qui s’opposait aux sanctions contre le régime d’apartheid.

Le démocrate Bill Clinton, qui ira en Afrique du Sud pleurer la mort d’ « un vrai ami », essaya de toutes les manières, quand il était président, d’empêcher que Mandela (devenu président d’Afrique du Sud en 1994) se rendit en 1997 en Libye, alors sous embargo, et qu’il invitât Khadafi en Afrique du Sud en 1999. Mandela répondit ainsi : « Aucun pays ne peut prétendre être le policier du monde et aucun Etat ne peut dicter à un autre ce qu’il doit faire. Ceux qui hier étaient des amis de nos ennemis ont aujourd’hui l’impudence de me dire de ne pas aller rendre visite à mon frère Khadafi », ils veulent « nous faire tourner le dos à la Libye qui nous a aidés à obtenir la démocratie ».

Le républicain Georges Bush, qui ira en Afrique du Sud pleurer la mort de Mandela « grand combattant pour la liberté », a été l’artisan en tant que président de la création du Commandement Africa, l’instrument militaire et politique d’une nouvelle conquête de l’Afrique.

Le président démocrate Barack Obama, qui à la cérémonie funèbre répètera « je ne peux pas imaginer ma vie sans l’exemple donné par Mandela », est celui qui a détruit par la guerre la Libye qui avait aidé Mandela dans les moments les plus durs, et a potentialisé le Commandement Africa pour amener le plus de pays possibles dans l’orbite de Washington, en s’appuyant sur les élites militaires africaines (que le Pentagone recrute en leur offrant une formation, des armes et des dollars).

Aux funérailles de Mandela il y aura aussi Hillary Clinton, qui comme secrétaire d’Etat et aspirante président, a été particulièrement active dans la « promotion de la croissance économique » de l’Afrique. Comme ont fait Cameron, Merkel et d’autres, elle a visité divers pays africains, dont l‘Afrique du Sud, accompagnée par les exécutifs des plus grandes multinationales. Celles qui s’accaparent la moitié du pétrole nigérian, pour plus de 30 milliards de dollars annuels, en laissant plus de la moitié des Nigérians sous le seuil de pauvreté. Celles qui s’accaparent des terres fertiles en Afrique, en expulsant des populations entières, avec une augmentation consécutive de la pauvreté et de la faim.

Le président français François Hollande, qui a fait mettre les drapeaux en berne en signe de deuil, avant d’aller en Afrique du Sud a célébré Mandela à la réunion de 40 leaders africains, convoquée à Paris. Il y a annoncé que, en plus d’envoyer de nouvelles troupes en Afrique, la France entraînera 20mille soldats africains par an. Renaissent ainsi les troupes coloniales.

Ces « grands leaders » -et quelques autres- de l’Occident seront aux funérailles de Mandela, en exhibant en mondovision leur douleur pour la disparition de celui qui a dédié sa vie à la lutte contre le colonialisme et l’apartheid. Alors qu’ils cherchent à imposer à l’Afrique un nouveau colonialisme et un nouveau grand apartheid.
 
Edition de mardi 10 décembre 2013 de il manifesto
http://ilmanifesto.it/login
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Sourcve Mondialisation

Autres textes
1- Mandela et Israël
Les Occidentaux pleurent la mort de Nelson Mandela avec plus de tristesse que n’en manifestent les Africains. Ce deuil est une manière de solder l’idéologie coloniale et les crimes qui furent commis en son nom. Mais il est incompréhensible que ce torrent d’hommages fasse l’impasse sur la persistance d’un État raciste, historiquement fondé comme l’Afrique du Sud selon la vision du monde de Cecil Rhodes, le théoricien de « l’impérialisme germanique ». L’exemple de Mandela reste à suivre.

2- Pourquoi l’impérialisme pleure Mandela?

Il est certain que les travailleurs en Afrique du sud et internationalement rendent hommage au courage et au sacrifice dont a fait preuve le dirigeant du Congrès national africain (ANC), ainsi qu’aux milliers d’autres qui ont perdu la vie et la liberté, durant ses longues années d’illégalité, de persécution et d’emprisonnement sous le régime détesté de l’apartheid.
Mais les gouvernements capitalistes et les médias qui sont à la botte des grandes entreprises, se sont précipités pour présenter leurs condoléances pour leurs propres raisons. On compte parmi eux des chefs d’Etat qui, il y a un demi-siècle, soutenaient le régime de l’apartheid en Afrique du sud et qui ont contribué à la capture et à l’emprisonnement de Mandela comme « terroriste ».

Libye : faisons le point deux ans plus tard

Pendant que les mêmes hypocrites qui nous dirigent pleurent Mandela

 
Nazanin Armanian
Mandela et Kadhafi

Deux ans après l’attaque confuse de l’OTAN contre l’Etat libyen qui a mis un terme à la vie de milliers de personnes (pour les libérer de Kadhafi !), qui a détruit une bonne partie du pays et a mis fin à la Libye en tant qu’Etat, on découvre enfin les contre-vérités débitées par les ennemis étrangers du pays. (1) Quelles étaient les vraies raisons derrière l’assassinat de Khadafi ? Quel rôle a-t-il joué Israel ? Et enfin, qu’est-il arrivé au pétrole libyen ?

Obama et Cameron, dans leur propagande de guerre, ont accusé Kadhafi de commettre un « génocide » (2) contre son peuple. Terme choisi minutieusement et qui a permis à l’OTAN d’intervenir en Libye en mettant en application la doctrine des œufs d’or de la Responsabilité de Protéger (R2P) de l’ONU (qui n’a pas été utilisée pour la population de Gaza ou du Bahreïn !).

Il importait peu que même Robert Gates, secrétaire à la Défense des Etats-Unis, ait confessé qu’ils n’avaient pas pu confirmer un tel acte. De plus ils ont exagéré sur la « mort de dizaines de milliers de civils », tandis qu’Amnesty International démentait des personnages tels que le procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, qui prétendait que des femmes libyennes étaient violées par des soldats qui avaient pris soin de mettre du viagra dans leurs poches auparavant.

L’OTAN est donc partie sauver le peuple libyen, pendant que leurs bateaux laissaient mourir en haute mer ceux qui fuyaient la guerre, dénonçait The Guardian.

Le comble de l’hypocrisie a été d’accueillir l’ancien chef des services secrets de Kadhafi et Abdul Jalil, le ministre de la Justice du régime, qui, au lieu d’être envoyés devant la Cour pénale internationale pour avoir été membre de la dictature, ont été invités à collaborer avec l’alliance militaire. Que le drapeau noir d’Al-Qaïda soit hissé sur le palais de justice de Benghazi après avoir assassiné Kadhafi et que Jalil soit désigné par l’Occident comme chef de l’Etat libyen durant la transition vers la « démocratie » ont été le summum de ce sans-gêne éhonté !

Les Etats-Unis, leurs alliés européens et Israël, en appliquant leur politique de « limite des dégâts » avaient déjà canalisé les révoltes spontanées en Egypte et en Tunisie, ils les avaient également contenues en Irak, au Yémen, en Arabie saoudite et au Bahreïn, et maintenant en Libye ils enlèvent la feuille de vigne, exhibant toute leur puissance.

Renverser un allié

La Libye, le pays du peuple millénaire Libou, habité par une centaine de tribus arabes et berbères, de religion musulmane sunnite, a tenté un tournant radical dans sa politique à la fin de la guerre froide. Mouammar Kadhafi, un dictateur et un anticommuniste, a commencé à se rapprocher de l’Occident : en 2002, il a payé quelques 2.940 millions d’euros aux victimes de Lockerbie (tout en niant son implication dans l’attentat) et a accepté « la légalité internationale, bien qu’elle soit faussée et imposée par les Etats-Unis ». Le nom de son pays faisait partie de la liste de l’Axe du Mal et de l’attaque dévastatrice anglo-américaine envers l’Irak en 2003, jusqu’à la pédagogie de la terreur. Il a accepté de se désarmer – sous la pression d’Israël, pays détenteur d’armes nucléaires, biologiques et chimiques – pour finir par acheter des armes aux même pays qui bombarderont quelques années plus tard son pays sans défense. [Il se passe la même chose avec la Syrie. Aucun dictateur n’est totalement dépourvu d’intelligence, sinon il ne serait pas dictateur.] Entre 2005 et 2009, l’Europe lui a vendu pour 834,54 millions d’euros d’armes. Il a collaboré avec la « guerre contre le terrorisme » de la CIA qui remplissait ses prisons avec des personnes n’ayant aucuns droits à se défendre. Les banques occidentales, qui déroulaient le tapis rouge lorsqu’ils le recevaient, faisaient leur beurre avec les dépôts libyens. Le comble, c’est que le leader de la République « socialiste » libyenne a financé le candidat d’extrême droite Nicolas Sarkozy.

C’est certain, nous nous trouvons là face à un personnage complexe comme on en trouve, malheureusement pour les analystes manichéens, en abondance dans le Sud. Des dictateurs autoritaires ou totalitaires et nationalistes que l’on rencontre en dehors de l’orbite des Etats-Unis, mais qui partagent leur couche avec d’autres impérialistes : le Royaume-Uni, l’Allemagne ou la France.

Toutefois, les Etats-Unis ont décidé de le tuer (souvenez-vous du « Venividivinci » d’Hillary Clinton), car :

1. L’Occident était plus intimidé par un Kadhafi capable d’utiliser le « pouvoir doux » que par un Kadhafi « fou ».

2. Ils souhaitaient écraser le futur Printemps libyen, avant que la situation ne se complique, comme ça a été le cas en Egypte. En Libye, les Etats-Unis ne disposaient d’aucune influence sur l’armée et ne pouvaient donc pas recourir à un coup d’Etat.

3. Kadhafi n’était pas une marionnette. En outre, son caractère imprévisible provoquait l’insécurité quant à ses plans militaires et économiques en Afrique. Selon Marco Rubio, sénateur républicain aux USA, « l’intérêt national demande l’éviction de Kadhafi du pouvoir ».Il avait bloqué toutes les chances des Etats-Unis en Libye. Les sociétés Bechtel (géant de l’ingénierie) et Caterpillar (fabricant de matériel de construction) avaient été exclues en faveur de sociétés russes, chinoises et allemandes.En septembre 2011 déjà, l’ambassadeur des Etats-Unis, Gene Cretz, annonçait qu’une centaine de sociétés américaines avaient l’intention de profiter de la disparition de Kadhafi pour faire des affaires en Libye.De plus, le secrétaire à la Défense britannique, Philip Hammond, peu après l’assassinat du dirigeant africain, a invité les entrepreneurs à aller reconstruire ce que l’OTAN avait détruit ; on appelle cela du « capitalisme-vautour » ou la « destruction créative ». La société General Electric espère gagner jusqu’à 10 milliards de dollars en investissant dans le pays dévasté.

4. Kadhafi proclamait une Afrique dotée d’une identité politique intégrée et non divisée entre une Afrique « blanche méditerranéenne civilisée » et une Afrique « noire barbare ». Il défendait l’autosuffisance afin de se détacher des institutions financières occidentales.

5. Ils souhaitaient contenir la montée du pouvoir et de l’influence de Kadhafi sur le continent, car il gênait la libre circulation des capitaux occidentaux dans la région. Sous sa direction, la Libye possédait 150 milliards de dollars investis en Afrique.

6. Kadhafi était considéré par Washington comme l’obstacle principal à la dominance militaire des Etats-Unis en Afrique. 45 pays ont refusé d’accueillir le siège d’Africom. A présent, la Libye est l’une des candidates pour héberger le commando militaire des Etats-Unis.En outre, l’OTAN peut s’approprier le Moyen-Orient méditerranéen ; il ne reste qu’à éliminer le Syrien Bacharel-Assad pour « atlantiser » le bassin méditerranéen.

7. Kadhafi était devenu le principal allié des BRICS, de la Chine en particulier. Les contrats d’une septantaine d’entreprises chinoises, dont la valeur s’élevait à 18 milliards de dollars, ont été congelés après la guerre.

La Russie a également perdu environ 4 milliards de dollars en contrats d’armement. (3)

Le rôle particulier d’Israël

La première livraison que la future Nouvelle Libye avait reçue des Israélien était les bombes guidées, larguées depuis des avions de l’OTAN en 2011. Pendant que le Mossad et d’autres services alliés poursuivaient Mouammar Kadhafi l’anti-israélien, les rebelles négociaient l’échange d’ambassadeurs avec les Hébreux.

 Tel Aviv, après avoir rayé l’Irak de ses rivaux – via l’intervention du grand frère, les Etats-Unis – et tandis qu’elle continuait à affaiblir l’Iran en canalisant la révolte populaire contre Hosni Moubarak en Egypte, a incité et participé activement à en finir avec la puissante Libye ainsi qu’avec son Guide. En 2007, Goldman Sachs, une des institutions financières du lobby juif, s’est emparé de la totalité des investissements de Kadhafi (1,5 milliards de dollars), qui n’avait pas l’intention de le leur pardonner.

 Le rôle du lobby pro-israélien auprès de l’ONU et dans les médias (notamment Al Jazeera) a été déterminant dans la diabolisation du chef d’Etat libyen au regard de l’opinion publique.

 Israël, poursuivant sa progression sur le continent africain, le divise selon la couleur de peau des habitants, les croyances religieuses et les groupes ethnolinguistiques et soutient l’ « Afrique noire » contre l’ « Afrique arabo-musulmane ». (4)

 Le chauvinisme du régime israélien, dirigé par les Européens ashkénazes, a frappé dans les années 90 les Mizrahim, des juifs « impurs » du nord de l’Afrique et du Moyen-Orient : des centaines d’Ethiopiennes juives candidates à l’immigration ont été soumises à une stérilisation secrète et forcée avant d’être admises en Israël.

 Aujourd’hui, après avoir perdu son solide partenaire Hosni Moubarak, Benyamin Netanyahou va essayer de faire de la « nouvelle » Libye un allié stratégique.

Qu’est-il arrivé au pétrole libyen

Propriétaire de la plus importante réserve d’hydrocarbure d’Afrique, de haute qualité qui plus est, la Libye a exporté en 2012 379,5 millions de barils de pétrole.

N’en déplaise aux Etats-Unis et à l’Union européenne, la Libye d’aujourd’hui envoie plus de pétrole à la Chine que sous l’ère Kadhafi : si, en 2010, 30% de son or noir était envoyé en Italie, 16% en France et 11% en Chine, un an après, la Chine avait pris la place de la France et achetait jusqu’à 100 000 barils par jour. ENI, la société de la ville aux sept collines, a été la grande gagnante. Les compagnies Shell et BP, curieux paradoxe, n’ont pas remporté l’appel d’offres pour exploiter le pétrole libyen.

 La production de pétrole brut a chuté de 1,4 million de barils par jour en 2010 à seulement 500 000 en raison de la fuite des techniciens des compagnies étrangères, du sabotage des oléoducs par des groupes d’opposition et de la vente du combustible sur le marché noir par les mafias armées. Même les 18 000 gardes engagés par le gouvernement n’ont pas réussi à assurer la sécurité du transport : nombre d’entre eux sont opposés aux dignitaires de Tripoli. Une situation qui a d’une part plongé dans le marasme une économie dépendante de la vente des hydrocarbures, mais qui d’autre part oblige des importateurs comme la Turquie à se tourner vers l’énergie nucléaire. Ankara est d’ailleurs en train de construire une centrale à Akköy, ville située dans une région sismique.

A la derive

Détruire la Libye est une des prouesses de Barack Obama. Cet enfant traître de l’Afrique qui soutient les dictateurs du continent, qui a balkanisé le Soudan, déstabilisé la Somalie et a dévié le « printemps arabe » en appuyant les militaires ou le secteur plus réactionnaire des islamistes.

La vague de violence contre la population noire du pays, le personnel diplomatique et les organisations internationales ne s’arrête pas : elle a commencé par le massacre de milliers de citoyens noirs et/ou de défenseurs de Kadhafi, s’est poursuivie par l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis, l’attaque enversle consul italien, l’attentat à l’encontre des ambassades françaises, russes et des bâtiments de l’ONU, et s’est terminée par une guerre civile et la destruction du pays. Et ça pourrait encore être pire.

Notes :
2 Extermination systématique d’un groupe ethnique, racial ou religieux. A été commis notamment au Rwanda, au Congo et au Darfour

L’Evangile selon Mandela

par Alain Gresh, juillet 2010

« Un héros de notre temps », titre un hors-série de Courrier international (juin-août 2010). « Il a changé l’histoire », surenchérit Le Nouvel Observateur (27 mai 2010). Accompagnées du portrait d’un Nelson Mandela souriant, ces deux couvertures témoignent d’une adoration consensuelle, dont le film Invictus du réalisateur Clint Eastwood a constitué l’apothéose (1). Avec la Coupe du monde de football, la planète entière communie dans le culte du prophète visionnaire rejetant la violence, qui a guidé son peuple vers une terre promise où vivent en harmonie Noirs, métis et Blancs. Le bagne de Robben Island, où celui que ses camarades appelaient Madiba fut enfermé de longues années — et lieu de pèlerinage obligé pour les hôtes étrangers —, rappelle un « avant » un peu flou, ce temps de l’apartheid honni qui ne pouvait que susciter une condamnation universelle, et en premier lieu celle des démocraties occidentales.

Le Christ est mort sur la croix, il y a quelque deux mille ans. Nombre de chercheurs s’interrogent sur la correspondance entre le Jésus des Evangiles et le Jésus historique. Que connaît-on de la vie terrestre du « fils de Dieu » ? De quels documents disposons-nous pour tracer sa prédication ? Les témoignages repris dans le Nouveau Testament sont-ils fiables ? On pourrait présumer qu’il est plus facile de cerner le « Mandela historique », d’autant que nous disposons d’un évangile écrit de sa propre main (2), mais aussi de nombre de témoignages directs. Et pourtant la légende Mandela apparaît aussi éloignée, sinon plus, de la réalité que celle du Jésus des Evangiles, tellement il semble intolérable d’admettre que le nouveau messie a été un « terroriste », un « allié des communistes » et de l’Union soviétique (celle du « goulag »), un révolutionnaire déterminé.

Le Congrès national africain (ANC), allié stratégique du Parti communiste sud-africain, s’est lancé dans la lutte armée en 1960, après le massacre dans le township de Sharpeville, le 21 mars, qui fit plusieurs dizaines de morts ; les Noirs manifestaient contre le système de pass (passeport intérieur). M. Mandela, jusque-là adepte de la lutte légale, en fut alors persuadé : jamais la minorité blanche ne renoncerait pacifiquement à son pouvoir, à ses prérogatives. Ayant, dans un premier temps, privilégié les sabotages, l’ANC utilisa aussi, certes de manière limitée, l’arme du « terrorisme », n’hésitant pas à placer quelques bombes dans des cafés.

Arrêté en 1962 et condamné, Madiba rejeta, à partir de 1985, plusieurs offres de libération en échange de sa renonciation à la violence. « C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte, écrivait-il dans ses Mémoires. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence. » Et seule celle-ci, appuyée sur des mobilisations populaires croissantes et soutenue par un système international de sanctions de plus en plus contraignant au fil du temps, put démontrer l’inanité du système répressif et amener le pouvoir blanc à résipiscence. Le principe « un homme, une voix » acquis, M. Mandela et l’ANC surent alors faire preuve de souplesse dans la mise en place de la « société arc-en-ciel » et dans les garanties accordées à la minorité blanche. Ils durent même — mais c’est une autre histoire — en rabattre sur leur projet de transformation sociale.

La stratégie de l’ANC bénéficia d’un soutien matériel et moral de l’Union soviétique et du « camp socialiste ». Nombre de ses cadres furent formés et entraînés à Moscou ou à Hanoï. Le combat s’étendit à toute l’Afrique australe, où l’armée sud-africaine tentait d’établir son hégémonie. L’intervention des troupes cubaines en Angola en 1975 et les victoires qu’elle y remporta, notamment à Cuito Cuanavale en janvier 1988, contribueront à ébranler la machine de guerre du pouvoir raciste et à confirmer l’impasse dans laquelle il se trouvait. La bataille de Cuito Cuanavale constitua, selon M. Mandela, « un tournant dans la libération de notre continent et de mon peuple (3) ». Il ne devait pas l’oublier : il fit du président Fidel Castro l’un des hôtes d’honneur des cérémonies de son accession à la présidence, en 1994.

Dans ce choc entre la majorité de la population et le pouvoir blanc, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Israël et la France (celle-ci jusqu’en 1981) combattirent du « mauvais côté », celui des défenseurs de l’apartheid, au nom de la lutte contre le péril communiste. M. Chester Crocker, l’homme-clé de la politique d’« engagement constructif » du président Ronald Reagan en Afrique australe dans les années 1980, écrivait : « Par sa nature et son histoire, l’Afrique du Sud fait partie de l’expérience occidentale et elle est partie intégrante de l’économie occidentale » (Foreign Affairs, hiver 1980-1981). Washington, qui avait soutenu Pretoria en Angola en 1975, n’hésitait pas à contourner l’embargo sur les armes et à collaborer étroitement avec les services de renseignement sud-africains, rejetant toute mesure coercitive contre Pretoria. En attendant une évolution graduelle, la majorité noire était appelée à la modération.

Le 22 juin 1988, dix-huit mois avant la libération de M. Mandela et la légalisation de l’ANC, le sous-secrétaire du département d’Etat américain, M. John C. Whitehead, expliquait encore devant une commission du Sénat : « Nous devons reconnaître que la transition vers une démocratie non raciale en Afrique du Sud prendra inévitablement plus de temps que nous le souhaitons. » Il prétendait que les sanctions n’auraient aucun « effet démoralisateur sur les élites blanche » et qu’elles pénaliseraient en premier lieu la population noire.

Dans la dernière année de son mandat, Ronald Reagan tentait ainsi une ultime fois, mais sans succès, d’empêcher le Congrès de punir le régime de l’apartheid. C’était le temps où il célébrait les « combattants de la liberté » afghans ou nicaraguayens, et dénonçait le terrorisme de l’ANC et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le Royaume-Uni ne fut pas en reste ; le gouvernement de Mme Margaret Thatcher refusa toute rencontre avec l’ANC jusqu’à la libération de M. Mandela en février 1990. Lors du sommet du Commonwealth de Vancouver, en octobre 1987, elle s’opposa à l’adoption de sanctions. Interrogée sur les menaces de l’ANC de frapper les intérêts britanniques en Afrique du Sud, elle répondit : « Cela montre quelle organisation terroriste ordinaire est [l’ANC]. » C’était l’époque où l’association des étudiants conservateurs, affiliée au parti, distribuait des posters proclamant : « Pendez Nelson Mandela et tous les terroristes de l’ANC ! Ce sont des bouchers. » Le nouveau premier ministre conservateur David Cameron a enfin décidé de s’excuser pour ce comportement, en février 2010 ! Mais la presse a eu beau jeu de lui rappeler qu’il s’était lui-même rendu en Afrique du Sud en 1989 à l’invitation d’un lobby anti-sanctions.

Israël demeura jusqu’au bout l’allié indéfectible du régime raciste de Pretoria, lui fournissant des armes et l’aidant dans son programme militaire nucléaire et de missiles. En avril 1975, l’actuel chef de l’Etat Shimon Pérès, alors ministre de la défense, signa un accord de sécurité entre les deux pays. Un an plus tard, le premier ministre sud-africain Balthazar J. Vorster, un ancien sympathisant nazi, était reçu avec tous les honneurs en Israël. Les responsables des deux services de renseignement se réunissaient annuellement et coordonnaient la lutte contre le « terrorisme » de l’ANC et de l’OLP.

Et la France ? Celle du général de Gaulle et de ses successeurs de droite tissa des relations sans complexes avec Pretoria. Dans un entretien publié dans le numéro du Nouvel Observateur cité plus haut, M. Jacques Chirac se glorifie de son soutien ancien à M. Mandela. Il a sur ce sujet, comme nombre de dirigeants de la droite, la mémoire courte — et le journaliste qui l’interroge accepte sans broncher son amnésie. Premier ministre entre 1974 et 1976, M. Chirac entérina en juin 1976 le contrat avec Framatome pour la construction de la première centrale nucléaire en Afrique du Sud. A cette occasion, l’éditorial du Monde notait : « La France est en curieuse compagnie parmi le petit peloton de partenaires jugés “sûrs” par Pretoria » (1er juin 1976). « Vive la France. L’Afrique du Sud devient puissance atomique », titrait sur toute la largeur de la première page le quotidien sud-africain à grand tirage Sunday Times. Bien qu’ayant, notamment sous la pression des pays africains, décidé en 1975 de ne plus vendre directement d’armes à l’Afrique du Sud, la France honorera plusieurs années encore les contrats en cours, tandis que ses blindés Panhard et hélicoptères Alouette et Puma seront construits localement sous licence.

Malgré le discours officiel de condamnation de l’apartheid, Paris maintint, jusqu’en 1981 tout au moins, de nombreuses formes de coopération avec le régime raciste. Alexandre de Marenches, l’homme qui dirigea le service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece) entre 1970 et 1981, résumait la philosophie de la droite française : « L’apartheid est sûrement un système que l’on peut déplorer, mais il faut le faire évoluer avec douceur (4). » Si l’ANC avait écouté ses conseils de modération (ou ceux du président Reagan), M. Mandela serait mort en prison, l’Afrique du Sud aurait sombré dans le chaos et le monde n’aurait pas pu fabriquer la légende du nouveau messie.
 
(1) Mona Chollet, «  Les dérobades d’“Invictus”  », Le Lac des signes, les blogs du Monde diplomatique, 12 janvier 2010.

(2) Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Fayard, Paris, 1995.

(3) Ronnie Kasrils, «  Turning point at Cuito Cuanavale  », 23 mars 2008, IOL.

(4) Alexandre de Marenches et Christine Ockrent, Dans le secret des princes, Stock, Paris, 1986, p. 228.
 

lundi 9 décembre 2013

La propagande néoconservatrice déguisée en gauche progressiste

De BHL à Charlie Hebdo : la propagande néoconservatrice déguisée en gauche progressiste
Observatoire du néoconservatisme
 
 
Machine de propagande capable d'infiltrer des médias historiquement ancrés à gauche, les néoconservateurs déguisés en progressistes obtiennent votre consentement aux guerres contemporaines, ou tout au moins, l’assurance de votre laisser-faire. Leurs armes ? Le détournement d’un discours moral, des choix éditoriaux incitant plus ou moins subtilement à la haine raciale, et une situation oligopolistique des médias. Cette étude vise à aller au delà de formule simpliste « les médias appartiennent aux marchands de canons », pour mettre à jour la mécanique de propagande de guerre et de haine ressassée en continu par les mass-médias sous le joug du lobbyisme néoconservateur. Pour ce faire, nous reviendrons sur le tournant de 2005 où être progressiste autorisait bizarrement à promouvoir la haine des musulmans. Puis nous découvrirons MEMRI, un des rouleaux-compresseurs propageant l’idée d’un choc des civilisations qui légitimerait le pire. Enfin, nous nous pencherons sur ces nombreux faux experts qui appartiennent à des groupuscules néo-cons et développent leur propagande dans tout l'espace médiatique.

Ils vous feront détester l'Islam et aimer la guerre

Machine de propagande capable d'infiltrer des médias historiquement ancrés à gauche, les néoconservateurs déguisés en progressistes obtiennent votre consentement aux guerres contemporaines, ou tout au moins, l’assurance de votre laisser-faire. Leurs armes ? Le détournement d’un discours moral, des choix éditoriaux incitant plus ou moins subtilement à la haine raciale, et une situation oligopolistique des médias.

Cette étude vise à aller au delà de formule simpliste « les médias appartiennent aux marchands de canons », pour mettre à jour la mécanique de propagande de guerre et de haine ressassée en continu par les mass-médias sous le joug du lobbyisme néoconservateur. Pour ce faire, nous reviendrons sur le tournant de 2005 où être progressiste autorisait bizarrement à promouvoir la haine des musulmans. Puis nous découvrirons MEMRI, un des rouleaux-compresseurs propageant l’idée d’un choc des civilisations qui légitimerait le pire. Enfin, nous nous pencherons sur ces nombreux faux experts qui appartiennent à des groupuscules néo-cons et développent leur propagande dans tout l'espace médiatique.
 
Catalogue sémantique de quelques lobbyistes du néo conservatisme français déguisés en acteurs antiracistes

I. Comment le fait d'insulter les musulmans est devenu un attribut antifasciste

La lutte contre l’islamisme est l'un des fers de lance du néoconservatisme. Les « caricatures de Mahomet » parues dans le journal danois Jylland-Posten ont été l’occasion, pour les néoconservateurs déguisés en progressistes, de favoriser l’émergence d’une islamophobie "de gauche" sous couvert de liberté d’expression. Pour appréhender toute la force de cet épisode qui a saboté pour longtemps le vivre ensemble, il est impératif d’en connaître le scénario.

A - De « l’humour » issu d’une commande raciste ?

Le magazine de gauche Counterpunch attribue au néoconservateur et extrémiste Daniel Pipes une partie de la responsabilité de la commande des caricatures de Mahomet. Toujours est-il que ces dessins ont été retrouvés sur le site du think tank Middle East Forum présidé par Pipes. Pour s’assurer de cette continuité idéologique et ne pas sombrer dans l’amalgame (méthode si chère aux néoconservateurs), il faut rappeler que le Middle East Forum a financé la défense de Geert Wilders, leader de l’extrême droite néerlandaise, poursuivi pour incitation à la haine raciale. Geert comparait le Coran à Mein Kampf et appelait les musulmans à se conformer à la « culture dominante » ou à s’en aller. Il sera relaxé en 2011.

Les liens entre l'extrême-droite et les nécons sont très étroits comme le montre notre organigramme :
 
..........................

 Caroline Fourest en guerre contre « l’Arabia »
 
Dans une tribune intitulée « War on Arabia » - « en guerre contre l’Arabia » - publiée en 2005 dans le Wall Street Journal, Caroline Fourest estimait que les immigrants arabes, incapables de s’intégrer, représentaient une menace pour la démocratie car ce manque d’intégration pouvait les conduire à rejoindre des cellules terroristes islamistes. Que Caroline Fourest ignore que les peuples arabes sont minoritaires en Islam et peu source de terrorisme serait navrant mais anecdotique.

Ce qui est à retenir est son adhésion au concept d’ « Eurabia », terme symptomatique des promoteurs du choc des civilisations de source néoconservatrice. Soit à l'exact opposé de la gauche engagée dont Fourest se réclame, les néoconservateurs sont depuis leur création sur l'extrême droite de l’échiquier politique. (Se rapporter à notre organigramme et les sites comme Dreuz.info et les déclarations de W. Kristol et N. Podhoretz.) En utilisant sciemment un terme d'extrême-droite, Fourest dévoile ses motivations profondes et ses accointances avec les milieux nauséabonds qu'elle dénonce pour partie lorsqu'il ne s'agit pas de ses amis...
 
 

Parti Québécois, démocratie et pipeline (vidéos)

La commission parlementaire sur l'inversion du pipeline d'Enbridge qu'a organisée le gouvernement péquiste illustre pleinement à quel point nommer « démocratie » le système politique par lequel nos décideurs et décideuses obtiennent et exercent leur pouvoir n'est possible que par une frauduleuse «inversion » du sens de ce mot.

GAPPA a été profondément choqué - sans en être surpris - par la façon méprisante avec laquelle les représentants du PQ ont traité le porte-parole du seul groupe citoyen invité à s'y exprimer.

À partir de maintenant, il nous faudra travailler à remettre les mots à l'endroit et appeler ce qu'on nous force à nommer par son contraire : oligarchie représentative, et non plus, démocratie.





La plus récente vidéo GAPPA suscite bien des discussions et soulève l’indignation. Les agissements des députés péquistes en commission parlementaire, maintenant qu’ils sont dévoilés au public, semblent d’ailleurs avoir créé chez le PQ une crise de relations publiques. Bombardé de questions et de critiques sur Twitter, le député Scott Mckay accuse GAPPA d’avoir produit un montage biaisé.

Si le PQ tente de décrédibiliser GAPPA et Olivier Huard, c’est sans doute parce qu’il craint que le caractère anti-démocratique de cette commission éclate au grand jour. GAPPA travaille en ce moment sa réponse au député.

GAPPA n’a pas l’habitude de vous demander de l’aide, mais, considérant la situation, il n’a pas vraiment le choix de lancer, aujourd’hui, un appel à la diffusion massive de sa vidéo par ses amiEs et militantEs.

Source GAPPA

Si vous le souhaitez, vous pouvez également écouter la vidéo intégrale du passage d’Olivier Huard en commission parlementaire. Vous pourrez y vérifier par vous-mêmes le même mépris péquiste que GAPPA a mis de l’avant dans sa plus récente vidéo.



GAPPA a découvert que 15 incidents ont eu lieu au Québec dont 4 déversements totalisant 135,000 litres de pétrole. À Terrebonne en 2011, 4,000 litres de pétrole se sont écoulés de l'oléoduc..





vendredi 6 décembre 2013

Les médias sont les premiers mécanismes de destruction massive »

Enric Llopis
La propagande de guerre utilise des mécanismes chaque fois plus sophistiqués et efficaces, car la manipulation grossière reste beaucoup plus facile à découvrir par le public.Un de ces mécanismes est de « vendre » la guerre comme « humanitaire ». Cela a été testé, rappelle Ángeles Díez, pour la première fois dans le conflit de Yougoslavie (1999) et ce système s'est répété depuis dans les guerres d’Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Que signifie une « guerre humanitaire » ?

Ángeles Díez professeure de Sciences Politiques et de Sociologie 

Dans les milieux alternatifs circule principalement l'idée que les grandes entreprises de médias et, par extension, les médias qu'elles contrôlent, sont des armes dans les mains des puissants pour développer les guerres et contrôler le pouvoir. Mais la politologue Ángeles Díez est allée un pas plus loin : ces grands groupes commerciaux sont « en eux-mêmes la guerre et le pouvoir ». De fait, leurs principaux intérêts souvent ne se trouvent même pas dans les milieux de la communication, mais dans le secteur du pétrole et autres domaines de l'économie.

Il suffit de s'en remettre aux preuves. L'industrie militaire et les entreprises de médias, de relations publiques, sont celles qui déplacent le plus d'argent dans le monde. « Nous nous trouvons vraiment devant un grand commerce », estime Diez. Pour analyser la notion de propagande, il ne faut pas tomber dans le simplisme. Ángeles Díez la considère au sens large : « La propagande est un système complexe dans lequel ne participent pas seulement les milieux de la communication ; elle circule dans tous les espaces de sociabilité (dans les écoles, dans la rue, dans les cafés) ». Quant à la propagande de guerre, elle utilise des mécanismes chaque fois plus sophistiqués et efficaces, car la manipulation grossière reste beaucoup plus facile à découvrir par le public.

Un de ces mécanismes est de « vendre » la guerre comme « humanitaire ». Cela a été testé, rappelle Ángeles Díez, pour la première fois dans le conflit de Yougoslavie (1999) et ce système s'est répété depuis dans les guerres d’Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Que signifie une « guerre humanitaire » ? D'abord, « en appeler aux émotions et à la bonne conscience des gens ; mais aussi présenter le conflit en termes manichéens, comme une guerre entre le bien et le mal ; en plus, l'ennemi incarne une méchanceté absolue qu'il faut personnaliser, par exemple dans la personne de Saddam Hussein, Khadafi, ou Bachar El Assad ». De la même manière, on multiplie les appels à la « liberté » et à la « démocratie ».

Ángeles Díez rappelle comment, déjà en 1981, l'écrivain Julio Cortázar a donné l'alerte dans une conférence, relatée dans le quotidien El País, sur la manipulation des mots. Comment, à l'égal de ce que fit en son temps le fascisme, les États-Unis et son empire se sont approprié des termes comme « démocratie » et « liberté » pour en dégénérer l'usage.

Cependant, indépendamment du fait qu'on dégénère les concepts, les messages de la propagande de guerre contiennent une charge plus profonde, parce que, selon la politologue, « on n'appelle pas à la raison, mais aux sentiments émotifs et humanitaires, qu'on manipule ».

La propagande de guerre est aujourd'hui, en tout cas, très émotionnelle. Et ceci pour diverses raisons. Premièrement, parce qu'on utilise comme base des faits établis (autrement la manipulation apparaîtrait trop grossière, bien que pendant la guerre d'Irak on utilisa directement le mensonge). Par exemple, c'est un fait établi qu'en Syrie on a utilisé l'arme chimique. Mais l'étape suivante est d'attribuer son usage (ce qui n'est pas démontré) à Bachar El Assad. Il est aussi certain qu'en Syrie il y a eu des manifestations pacifiques réprimées par le gouvernement, mais la propagande transforme ces protestations en « révolutions ». « Ce sont les mêmes qui parlent et posent l'étiquette de printemps arabes en Tunisie et en Égypte, et qui diffusent le terme de révolutions oranges  », résume la professeure.

De plus, la propagande de guerre donne un résultat parce qu'elle s'appuie sur des « matrices de connaissances » déjà constituées. C'est-à-dire, dans des structures mentales déjà construites. De cette manière, quand un média classique parle de « régime syrien », le spectateur peu averti l'assimile à « dictature » par les « matrices de connaissances » antérieurement instauré. A partir de ceci, n'importe quelle image des moindres assassinats ou bâtiments détruits sont mis au compte du dictateur syrien.

Un autre aspect, souligné par Ángeles Díez, qui contribue à ce que la propagande belliciste soit fructueuse, c'est la prolifération des euphémismes. Des mots comme « régime », « intervention militaire » ou « aide aux insurgés » cachent d'autres réalités, bien plus obscures. L'utilisation du terme « terroriste » est aussi totalement calculée.

Mais ce qui est important, c'est que ces mécanismes, en plus de se propager par tous les canaux et espaces de sociabilité, se fondent dans la vie quotidienne. La lecture d'une affiche en rue sur laquelle on réclame une « aide d'urgence » pour la Syrie se transforme (par une « matrice de connaissance » déjà implantée) en justification d'une intervention militaire.

Dans les descriptions médiatiques des conflits d'Afghanistan, d'Irak, de Libye et Syrie, on suit, pour le reste, des pistes communes : la souffrance de la population civile soumise à la dictature ; on « vend » l'idée que ce sont des pays qui représentent une menace pour la planète, pays gouvernés par des dictateurs criminels qui bombardent et massacrent leur propre peuple. On dit, de même, que la population est contre les tyrans (cependant, pendant l'invasion de l'Irak en 2003 on n'a pas pu rendre visible cette opposition interne contre Saddam Hussein, comme le démontre la faible assistance du public quand on a abattu sa statue comme conclusion de la guerre ; à l'inverse, les manifestations massives en appui du gouvernement syrien ne sont apparues dans aucun média).

Ángeles Díez remarque aussi une autre idée capitale dans la propagande de guerre des derniers conflits : on présente les opposants comme « pacifiques » et « non violents », bien qu'aujourd'hui « nous sachions parfaitement qui sont les dits rebelles syriens » ; un autre élément est l'existence d'une « guerre civile » et un affrontement interne, dont l'unique responsabilité retombe sur un dictateur qui en aucun cas n'accepte de négocier. Enfin, il y a une population tenue sous le joug, qui réclame une intervention militaire de l'OTAN, de l'ONU et d'autres organisations.

Les traits soulignés par Ángeles Díez peuvent se vérifier dans des textes et discours. Par exemple, celui d'Obama à la 68ème Assemblée générale de l'ONU concernant la Syrie est très similaire à celui de Bush dans le fracas de la guerre d'Irak. « Ce qui est en train d'arriver en Syrie est quelque chose que nous avions vu avant » ; « les manifestations pacifiques de l'opposition ont été réprimées par la dictature » ; « nous ne tolérerons pas l'utilisation d'armes de destruction massive ». Il y a deux mois on pouvait aussi lire dans le quotidien El País (« périodique qui est dans les mains de capitaux nord-américains », rappelle Díez) de gros titres dans lesquels on disait que les réfugiés syriens aspirent à l'attaque de leur propre pays par les USA.

Il y a une autre question de fond qui se trouve dans la racine de la désinformation : la « saturation informative » basée sur des faits et images de forte charge émotionnelle, qui empêchent de réaliser une analyse rationnelle via un parcours historique et, ensuite, d'envisager un positionnement politique, explique la professeure.

Justement, les problèmes pour un positionnement politique clair résident dans les trucages manifestes de la propagande. Parce que, selon Ángeles Díez, « les gens à qui nous nous opposons à propos de l'intervention militaire en Syrie nous disent que nous défendons un dictateur ; la même chose s'est passée en 1991 avec la guerre d'Irak et Saddam Hussein ». « Je ne veux pas tomber dans le piège de choisir si le gouvernement de Bachar El Assad est ou non une dictature », ajoute-t-elle.

En plus, « les médias sont les premiers mécanismes de destruction massive ». En conséquence, il faudrait se demander par qui est pointé Bachar El Assad et quels intérêts se cachent derrière ces médias.

Les médias alternatifs, selon Ángeles Díez, n'échappent pas non plus aux inerties et aux messages intéressés des grandes corporations. « Il y a très peu de voix discordantes à propos du conflit syrien » signale-t-elle. Mais ce qui est certain c'est qu'il en devient très compliqué de se défendre de la « propagande douce ». Quand El País, par exemple, titre que les réfugiés syriens demandent un bombardement de l'OTAN ou décrit comme « révolutionnaires » les opposants syriens, « cela est très difficile à être combattu ». Au contraire, si des médias comme RT (1) ou Tele Sur (2) exposent des points de vue distincts des versions officielles, cela les rend suspects.

Finalement, étant donné que la propagande est un système complexe et embrasse un champ beaucoup plus large (« on l'utilise autant pour vendre une guerre que des produits dans un grand magasin »), combattre cette propagande demande des solutions de grande envergure : « il faut une éducation pour comprendre les médias, parce que nous sommes sans défense », conclu la professeure.

Cet article est un compte rendu de la conférence donnée par la politologue Ángeles Díez à l'Académie de Pensée critique de « Socialismo 21 ».

Angeles Diez est professeure de Sciences Politiques et de Sociologie à l'Université Complutense de Madrid. Elle est l'auteure des livres : « Manipulación y medios en la sociedad de la información" (« Manipulation et Médias dans la Société de l'Information ») et et de « Ciudadaníacibernética, la nueva utopía tecnológica de la democracia ( « Citoyenneté cybernétique, la nouvelle Utopie technologique de la Démocratie »)

Notes :

1 NdT : Russia Today – Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Russia_Today
2 NdT : Télévision internationale basée à Caracas. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tele_Sur