jeudi 28 août 2014

État islamique en Irak soutenu par les États-Unis

par Eric Draitser

La destitution du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet américain concernant l’Irak ainsi que l’ensemble du Moyen-Orient.

Dans le contexte de la guerre contre l’État islamique (EI, anciennement EIIL), Washington est parvenu à faire d’une pierre deux coups, comme dit le dicton. En plus d’avoir révoqué un dirigeant politique qui s’est montré problématique en raison de son opposition à la présence militaire des États-Unis en Irak, ainsi que pour son fervent soutien à la Syrie et à son président Assad, les États-Unis ont également créé les conditions pour le démembrement de l’État irakien.

Les États-Unis ainsi que leurs alliés soutiennent en réalité « l’indépendance » de la région kurde au nord du pays en utilisant l’EI comme prétexte pratique pour armer et soutenir ouvertement les forces kurdes. Bien entendu, il ne faut pas chercher de l’altruisme dans les motivations de Washington. Cette stratégie a plutôt pour objectif d’apporter un soutien aux compagnies pétrolières occidentales qui sont obnubilées par l’argent et sont impatientes de pouvoir négocier directement avec le président kurde Barzani.

En outre, l’éviction de Maliki prive le président syrien Assad d’un allié capital, encourageant ainsi l’EI et les autres militants qui mènent la guerre contre la Syrie. Ceci prouve une fois encore, comme si de nouvelles preuves étaient nécessaires, que le futur politique s’annonce mal pour n’importe quel dirigeant irakien qui oserait déroger au plan que Washington a établi pour lui. Toutefois, il semble plus important de remarquer que ce revirement de situation permet aux États-Unis ainsi qu’à leurs alliés d’endosser le rôle de dirigeants politiques dans la guerre contre l’EI, une organisation créée par la politique américaine menant des opérations secrètes dans la région. Dans le secteur de la vente et du commerce, il existe le terme de « solution selling » qui signifie que c’est le vendeur qui soit crée soit exacerbe un problème. Ensuite, il présente son produit comme une solution inégalable. En effet, ce genre de stratégie commerciale est exactement celle de l’approche mise en place par Washington dans la région, particulièrement en Irak.

 L’EI : une maladie

Ce n’est qu’il y a peu que l’EI est devenu une épidémie d’extrémisme islamiste militant internationalement reconnue qui doit être éradiquée à tout prix. Cette appellation internationale n’est apparue que lorsque l’organisation a commencé à prendre le contrôle du territoire irakien, menaçant les intérêts pétroliers et gaziers de l’Occident. Lorsque l’EI menait sa guerre brutale et violente contre le peuple et le gouvernement syriens, il n’était en réalité qu’un point secondaire, un simple groupe d’extrémistes luttant contre « le dictateur brutal » Assad. Il semble depuis lors que le danger représenté par l’EIIL et la nécessité de le supprimer soient directement liés aux intérêts des États-Unis. Autrement dit, l’EI est un outil utile en Syrie et au sud du Liban où il sème le chaos au détriment respectivement d’Assad et du Hezbollah alors qu’en Irak l’EI représente un danger. En effet, il menace le régime fantoche des États-Unis au Kurdistan ainsi que les intérêts pétroliers occidentaux. Mais évidemment, le détail constamment laissé de côté dans la plupart des analyses du problème de l’EI est en réalité qu’il s’agit d’une création du renseignement américain et de sa guerre secrète en Syrie.

Pas plus tard qu’en 2011, la CIA américaine était impliquée dans un vaste programme élaboré en vue de fournir secrètement des armes aux militants extrémistes en Syrie pour leur permettre de renverser le gouvernement du président Assad. Selon des rapports établis en 2012 par le New York Times et par d’autres organes de presse, la CIA travaillait avec les Frères musulmans et d’autres groupes le long de la frontière séparant la Turquie de la Syrie pour fournir des armes, des outils de communication et d’autres équipements militaires aux groupes terroristes en guerre avec Damas. Même si Washington martèle que seuls les « rebelles modérés » ont bénéficié d’un tel soutien, ce n’est un secret pour personne qu’une grande partie de ces équipements a fini par tomber dans les mains de l’EIIL de l’époque, qui avait déjà commencé en 2012 à s’imposer en tant que force gouvernementale dans la guerre en Syrie.

On devrait alors mieux comprendre pourquoi, lorsque l’EIIL a mené son attaque prétendûment « surprise » en juin sur la grande ville irakienne de Mossoul, ses membres étaient si bien armés et équipés : armée de pick-ups, armes antichars, lance-roquettes et un grand nombre d’autres équipements américains. Naturellement, dans les jours et semaines qui suivirent l’attaque, l’EIIL s’est armé davantage au moyen d’équipements militaires confisqués aux Irakiens, également fournis par les Américains. Par conséquent, il serait juste de dire que, consciemment ou pas, les États-Unis ont aidé à créer et à libérer l’EI que nous connaissons aujourd’hui. L’EI, qui n’est plus une simple organisation militante parmi tant d’autres, est devenue, grâce au soutien américain, la première force terroriste de la région, capable de recruter des armées nationales (Irak, Syrie) ainsi que d’autres groupes armés bien organisés tels que le Hezbollah. En réalité, l’EI est devenu l’homme de main de la politique étrangère américaine, une force mandatée qui promeut l’agenda américain sans qu’une force militaire américaine d’envergure soit nécessaire. Et pourtant, l’EI est présenté dans les médias grand public comme la plus grande menace du Moyen-Orient. Pourquoi ? Pourquoi n’était-il vraiment pas considéré comme une menace en Syrie, mais est-il devenu une grande menace en Irak ?

Irak, Maliki et intérêts occidentaux

Les États-Unis ont mené une guerre et une occupation brutales en Irak pendant près de dix ans dans le but de mettre en place un gouvernement fantoche qui se prêterait aux intérêts économiques et géopolitiques de l’Occident. Ce projet a échoué à bien des égards lorsque le Premier ministre Maliki s’est révélé être un chef de file nationaliste puissant, peu enclin à se soumettre aux ordres des occupants.

Washington désirait déployer de façon durable des troupes américaines dans le pays, mais Maliki a rejeté cette proposition, exigeant le retrait permanent de toutes les forces américaines d’ici à la fin de l’année 2011. Maliki a débarrassé l’Irak de l’organisation terroriste soutenue par les États-Unis, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), qui a mené une campagne terroriste pendant des dizaines d’années à l’encontre de l’Iran, en faisant fermer le Camp Ashraf, le quartier général de l’organisation. En outre, Maliki a évincé deux personnages importants dans le système bancaire irakien, s’attirant ainsi la colère de Washington qui cherchait à maintenir sa mainmise sur les richesses irakiennes. Ces deux personnages étaient des associés proches du chouchou des néoconservateurs, Ahmed Chalabi, candidat défait aux élections présidentielles irakiennes. Néanmoins, il ne s’agissait bien évidemment pas des seuls « crimes » commis par Maliki aux yeux des États-Unis. Ce dernier s’est également insurgé contre les compagnies pétrolières occidentales qui cherchaient à tirer un profit considérable des vastes réserves d’énergie de l’Irak. Le meilleur exemple connu est peut-être celui de 2012, lorsque ExxonMobil a signé un accord d’exploration pétrolière avec la région kurde semi-autonome située au nord de l’Irak. Maliki avait rejeté la validité de cet accord, faisant remarquer que tout contrat sur le pétrole devait être négocié avec le gouvernement central de Bagdad et non pas avec le gouvernement de Barzani, allié des États-Unis, à Arbil. Au moment des faits, le porte-parole de Maliki avait affirmé :

« Maliki voit en ces accords une initiative très dangereuse qui pourrait mener à l’éclatement de guerres… [et] mettre un terme à l’unité irakienne… Maliki est prêt à aller aussi loin qu’il le faut dans l’intérêt de la richesse nationale et de la transparence nécessaire pour l’investissement des richesses irakiennes et particulièrement du pétrole… [Il] a envoyé un message au président américain Barack [sic] Obama la semaine dernière, le pressant d’intervenir afin d’empêcher ExxonMobil d’emprunter cette voie. »

D’aucuns savent que la résistance obstinée de Maliki face à cet accord, en plus de son refus de payer à ExxonMobil plus de 50 millions de dollars pour améliorer la production d’un champ pétrolier majeur du sud du pays, a directement mené à la sortie de la compagnie pétrolière du projet lucratif West Qurna-1. Concrètement, Maliki a affronté les éminentes compagnies pétrolières (BP et Maliki ne sont pas non plus en très bons termes), cherchant un meilleur accord pour l’Irak. On peut affirmer sans risque de se tromper que la corruption endémique en Irak aurait aidé Maliki et ses associés à s’enrichir en se gardant une part et/ou en recevant de l’argent des autres intérêts pétroliers. Toutefois, ce « crime » est secondaire à celui de la remise en question de l’hégémonie des compagnies pétrolières en Irak.

Désormais, on voit clairement la raison pour laquelle les États-Unis désiraient tellement protéger leur gouvernement fantoche kurde, lequel devrait en réalité être perçu comme un clan au pouvoir centré autour du président Barzani et de l’ancien président irakien Talabani ainsi que de leurs familles et amis. Déjà en 2011, les compagnies pétrolières occidentales avaient commencé à chercher à éviter Maliki et le gouvernement central de Bagdad en menant des négociations sur l’indépendance avec les Kurdes. Non seulement ils ne voulaient pas payer les taxes qui seraient utilisées pour remettre l’Irak sur pied après plus de dix ans de guerre, mais en plus ils ont essayé d’attiser les rivalités entre les autorités irakiennes et les autorités kurdes au moyen d’un stratagème cynique qui consistait à exploiter plus efficacement la corruption et la concurrence qui existent chez les deux peuples.

Bien sûr, il faut remarquer que les États-Unis, Israël ainsi que d’autres puissances occidentales ont longtemps maintenu des liens étroits avec Barzani et les Kurdes. Le fait que le Kurdistan représente une base avancée pour le déploiement de la puissance militaire américaine en Irak, et particulièrement contre l’Iran, pourrait être un argument valide. De plus, Israël a longtemps conservé des liens solides avec les autorités du Kurdistan en terme de soutien politique ainsi qu’en termes d’activités secrètes de renseignements ou d’espionnage. Le spécialiste israélien Ofra Bengio a récemment rapporté dans la publication pro-États-Unis, pro-Israël The Middle East Quarterly :

« À partir des années 1990, le Comité américain pour les Affaires publiques israéliennes (AIPAC) a maintenu des relations avec les autorités kurdes puisque “les militants juifs pro-Israël bénéficiaient du soutien des Kurdes, une petite nation luttant pour s’affirmer au sein d’une région arabe hostile en s’affichant comme allié naturel d’Israël. Selon Morris Amitay, directeur général de l’AIPAC de 1974 à 1980, “nos amis Israéliens ont toujours apprécié notre amitié avec les Kurdes”. Le fils d’Amitay, Mike Amitay, fut également directeur général du Washington Kurdish Institute (WKI) de 1996 à 2005. »

Les relations israéliennes ne sont évidemment pas strictement bienveillantes. En effet, dès 2003, les services de renseignements israéliens et les forces spéciales israéliennes ont été fortement assimilés à leurs homologues kurdes dès le début de la seconde guerre américaine en Irak (quoique cette observation soit vraisemblablement apparue des dizaines d’années auparavant). Le journaliste Seymour Hersh, détenteur du prix Pulitzer, a écrit en 2004 :

« Les Israéliens ont longtemps maintenu des liens historiques avec les clans de Talabani et de Barzani [au] Kurdistan. De nombreux Kurdes juifs ont émigré vers Israël et il y a donc toujours un certain nombre de liens. Toutefois, à un moment donné avant la fin de l’année, et je ne suis pas certain de la date exacte, mais je dirais certainement il y a plus de six, huit mois, Israël a commencé à collaborer avec des commandos kurdes entraînés (apparemment, l’idée venait des Israéliens), – certaines des unités de commandant d’élite, unités spécialisées dans la lutte contre la terreur ou unités terroristes israéliennes (cela dépend de votre point de vue) ont commencé à s’entraîner – poussant les Kurdes à se hâter.

Par conséquent, il doit être clair que la décision de Washington d’user de la force militaire contre l’EIIL est un stratagème cynique ayant pour but de protéger ses renseignements et ses intérêts économiques, et de créer un État kurde formellement indépendant qui s’intégrera à la sphère d’influence israélo-américaine dans la région. Afin d’accomplir ces objectifs stratégiques, il fallait avant tout se débarrasser de Maliki.

Dès lors, l’heure du changement de régime a de nouveau sonné pour l’Irak, cette fois de façon détournée. En armant l’EIIL en Syrie, les États-Unis ont libéré un monstre en Irak qu’ils utilisent désormais comme prétexte pour accomplir de fait leur objectif de longue date qui consiste à démembrer l’Irak. Étant donné que l’indépendance kurde prive l’Irak de ressources pétrolières vitales, il est peu probable qu’une coalition gouvernementale composée de sunnites et de chiites dirige efficacement le pays, peu importe les personnes à sa tête. C’est précisément le problème.

Malheureusement, pour répondre aux intérêts occidentaux, l’Irak doit aujourd’hui endurer une autre guerre civile ainsi qu’une période de tristesse et de désespoir. Il n’y aura pas de développement économique, pas de progrès politique, pas de paix. Exactement ce que désirait Washington.

Source : StopImperialism.com

Traduction : Investig’Action

dimanche 13 avril 2014

Le “contrôle des dépenses militaires”: Ce que nous coûte l’OTAN

 
Pendant que dans la « spending review »[1] le gouvernement promet une réduction de 300-500 millions d’euros dans le budget de la défense –sans rien dire apparemment du F-35-, l’Italie est en train d’assumer dans l’OTAN des engagements croissants qui amènent une augmentation inévitable de la dépense militaire, directe et indirecte.
 
L’OTAN ne connaît pas de crise. Arrivée à son 65ème anniversaire après une vie aisée dans laquelle elle a dépensé des dizaines de milliers de milliards de dollars en forces armées, armes et guerres, elle est en train de se construire un nouveau quartier général à Bruxelles. Le coût prévu, 460 millions d’euros, a presque triplé en grimpant à 1,3 milliards et continue à augmenter. L’OTAN n’est cependant pas regardante à la dépense pour donner à son staff central de 4mille fonctionnaires un siège luxueux, doté des technologies les plus avancées.
 
La même chose a été faite en Italie, en transférant il y a un peu plus d’un an le Commandement interforces (Jfc Naples) de Bagnoli à Lago Patria (Campanie), où avec une dépense d’environ 200 millions d’euros a été construit un nouveau siège pour un staff de 2500 militaires et civils. Aux ordres de l’amiral étasunien Bruce Clingan –en même temps commandant des Forces navales USA en Europe, des Forces navales USA pour l’Afrique et des Forces conjointes alliées- lui-même aux ordres du Commandant suprême allié en Europe, Philip Breedlove, un général étasunien nommé comme il est de règle par le président des Etats-Unis.
 
Ces dépenses ne sont que la pointe de l’iceberg d’un colossal débours d’argent public, payé par les citoyens des pays de l’Alliance. On y trouve avant tout la dépense inscrite dans les budgets de la défense des 28 Etats membres qui, selon les données OTAN de février 2014, dépasse au total les 1000 milliards de dollars annuels, dont plus de 70% (735 milliards) dépensés par les Etats-Unis. La dépense militaire OTAN, équivalente à environ 60% de celle mondiale, a augmenté en termes réels (net d’inflation) de plus de 40% de l’an 2000 à aujourd’hui.
 
La nécessité de garder une dépense militaire élevée est imposée à l’Italie non pas par de réelles exigences défensives, mais par le fait d’appartenir à une alliance qui, le pacte atlantique étant transgressé, a démoli par la guerre la Yougoslavie et la Libye, a occupé l’Afghanistan, prépare d’autres guerres au Moyen-Orient et plus loin, et s’est étendue de plus en plus à l’est en provoquant un nouvel affrontement avec la Russie. Sous la pression des Etats-Unis, dont la dépense militaire équivaut à 4,5% du Produit intérieur brut (pil), les alliés se sont engagés en 2006 à destiner au minimum 2% de leur pil au budget de la défense. Jusqu’à présent, en plus des USA, seules la Grande-Bretagne, la Grèce et l’Estonie l’ont fait.
 
L’engagement de l’Italie à porter la dépense militaire à 2% du pil a été souscrit en 2006 par le gouvernement Prodi. Selon les données de l’OTAN, cette dépense se monte aujourd’hui à 20,6 milliards d’euros annuels, équivalents à plus de 56 millions d’euros par jour. Ce chiffre, précise-t-on dans le budget, ne comprend cependant pas différents autres postes. En réalité, selon les calculs du Sipri, la dépense militaire italienne (au dixième rang mondial) se monte à environ 26 milliards d’euros annuels, équivalents à 70 millions par jour. En adoptant le principe du 2%, celui-ci grimperait à plus de 100 millions par jour.
 
Aux plus de 1000 milliards de dollars annuels inscrits dans les 28 budgets de la défense, s’ajoutent les « contributions » que les alliés versent pour le « fonctionnement de l’OTAN et le développement de ses activités ». Il s’agit pour la plus grande partie de « contributions indirectes », comme les dépenses pour les « opérations et missions sous conduite OTAN ». Ainsi les nombreux millions d’euros dépensés pour faire participer les forces armées italiennes aux opérations guerrières OTAN dans les Balkans, en Libye et en Afghanistan constituent une « contribution indirecte » au budget de l’Alliance.
 
Il y a ensuite les « contributions indirectes », distribuées en trois budgets distincts. Le « civil », qui avec des fonds fournis par les ministères des affaires étrangères couvre les dépenses pour le staff des quartiers généraux. Le « militaire », composé de plus de 50 budgets séparés, qui couvre les coûts opérationnels et d’entretien de la structure militaire internationale. Et celui d’ « investissement pour la sécurité », qui sert à financer la construction des quartiers généraux (à Bruxelles et ailleurs), les systèmes satellitaires de communication et de renseignement, la création de pistes et de quais et la fourniture de carburant pour les forces engagées dans des opérations guerrières.
 
Environ 22% des « contributions directes » sont fournis par les Etats-Unis, 14% par l’Allemagne, et 11% (chacune) par la Grande-Bretagne et la France. L’Italie contribue pour environ 8,7% : quota non négligeable, de l’ordre de centaines de millions d’euros annuels. Divers autres postes sont cachés dans les plis des budgets. Par exemple, l’Italie a participé à la dépense pour le nouveau quartier général de Lago Patria à la fois avec sa quote-part du coût de construction, et avec le « fond pour les zones sous-utilisées » ainsi qu’avec une affectation de la Province, pour un montant estimé à environ 25 millions d’euros (alors que l’argent manque pour reconstruire L’Aquila). Top secret sur la contribution italienne actuelle à l’entretien des bases USA en Italie, quantifié la dernière fois en 2002 d’un ordre de 41% pour un montant de 366 millions de dollars annuels sous diverses formes : locations gratuites, réductions fiscales, coûts réduits des fournitures énergétiques et autres services. Ce chiffre est sans aucun doute aujourd’hui largement supérieur.
 
On continue ainsi à jeter dans un puits sans fond d’énormes quantités d’argent public, qui seraient essentielles pour intervenir en faveur de l’emploi, des services sociaux et des zones sinistrées par les tremblements de terre.  Et les coupes de 6,6 milliards, prévues pour 2014, pourraient être évitées en coupant ce qu’on dépense dans le militaire en trois mois.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 8 avril 2014 de il manifesto
http://ilmanifesto.it/quanto-ci-costa-il-def-della-nato/

Source Mondialisation

dimanche 30 mars 2014

Quebecor et Paradis fiscaux

Paradis fiscaux: un fleuron du Québec inc. enregistré au Delaware ?

Québec solidaire demande des éclaircissements sur une pratique hautement contestable qui consiste à enregistrer des entreprises et mener des affaires dans des paradis fiscaux dans le but d’échapper à l’impôt que paient pourtant des millions de citoyens et d’entreprises honnêtes.

Au moment où les contribuables québécois remplissent leur rapport d’impôt, des entreprises profitent de largesses fiscales inaccessibles au commun des mortels. Une simple recherche sur le site internet de l’État du Delaware révèle que plus de 60 entreprises qui y sont enregistrées portent le nom de Québecor ou de filiales qui lui appartiennent. On y trouve par exemple des entreprises qui ont pour nom  VIDEOTRON US INC.,  ARCHAMBAULT, SUN MEDIA LLC et TORONTO SUN.

Pour Québec solidaire, il serait incompréhensible qu’un fleuron du Québec inc. ne paie pas l’entièreté de ses impôts au Québec. «Bernard Drainville demandait à M. Couillard de faire preuve d’une éthique irréprochable, indique Amir Khadir. Il a raison. Nous demandons aux trois autres chefs de parti de faire preuve de transparence et d’engagement dans la lutte à l’évasion et l’évitement fiscal rendus possibles par le recours aux paradis fiscaux. S’il s’agit effectivement de filiales de Québécor, le candidat du Parti québécois dans St-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, devra expliquer pourquoi des entreprises se trouvent dans le Delaware, qui trône au premier rang des paradis fiscaux selon le classement du magazine Forbes. »

«Les paradis fiscaux sont une véritable insulte aux contribuables québécois. Mme Marois devra expliquer comment compte-t-elle lutter contre l’évasion et l’évitement fiscal sans condamner le recours aux paradis fiscaux par des entreprises bien en vue du milieu des affaires? J’ai entendu Monsieur Couillard nous dire qu’il trouve cela moral, je trouve ça indigne: aucun dirigent responsable du monde occidental n’avait osé à ce jour prendre la défense des paradis fiscaux. Je lui rappelle que les paradis fiscaux privent le gouvernement de milliards de dollars par année qui pourraient être utilisés pour financer les services. Pendant que les écoles sont en piteux état, que les aîné.e.s attendent pour une place en CHSLD et que nous taxons la classe moyenne, des entreprises multimillionnaires planquent leur argent à l’abri du fisc.», poursuit Andrés Fontecilla, candidat dans Laurier-Dorion.

Selon Alain Deneault, auteur du livre Paradis fiscaux: la filière canadienne, le Delaware est considéré comme un paradis fiscal, surtout en ce qui regarde les « Limited LiabilityCompanies (LLC) », des entités pour lesquelles le taux d’imposition est nul dans cet Etat.

Ce tout petit État de la côte est américaine est un «paradis» de l’immatriculation des grandes sociétés inscrites en Bourse. Selon le  New York Times, le Delaware est également considéré comme un paradis fiscal actif à l’intérieur même des États-Unis: «des grandes entreprises, des petites compagnies (…) se sont toutes trouvées des adresses au Delaware dans l’espoir de minimiser leurs impôts, contourner les règlements, profiter de tribunaux accommodants ou, en cas de besoin, brouiller leurs pistes.»

Rappelons qu’en février 2013, Mme David avait tenté de faire adopter une motion à l’Assemblée nationale pour exiger que tous les députés s’engagent à ne pas placer leurs avoirs dans des paradis fiscaux. Cette motion était déposée dans le contexte du scandale des «offshore leaks» qui avait dévoilé l’ampleur des fraudes fiscales commises par les élus de plusieurs pays. Le Parti québécois a alors bloqué la motion sans donner plus d’explications.
 
Liste des entreprises mentionnées dans le point de presse:

3079642
ARCHAMBAULT INVESTMENTS LLC
2546494
NURUN (USA) INC.
3387753
NURUN DETROIT INC .
3857266
NURUN HUNGARY GROUP (DELAWARE) LLC
4639887
QMI ADVISORY INC.
2173167
QMI COMMUNICATIONS, INC.
2078458
QMI EXPLORATION, INC.
2177255
QMI FILM DEVELOPMENT CORPORATION
2158795
QMI HOLDING CORP.
2143950
QMI MUSIC PUBLISHING, INC.
2142410
QMI NETWORK DEVELOPMENT, INC.
2169541
QMI ORLANDO BROADCASTING, INC.
2176164
QMI PICTURES, INC.
2134077
QMI PRODUCTIONS, INC.
2399932
QMI RADIO INC.
2159078
QMI RADIO, INC.
2142416
QMI VENTURES, INC.
2547426
QUEBECOR INTERACTIVE, L.P.
2146957
QUEBECOR LIST SERVICES CHICAGO INC.
2154952
QUEBECOR PRINTING (USA) HOLDINGS INC.
2982291
QUEBECOR PRINTING AVIATION INC.
2064291
QUEBECOR PRINTING BOOK GROUP INC.
2107264
QUEBECOR PRINTING CORPORATION
2691330
QUEBECOR PRINTING DICKSON II INC.
2691455
QUEBECOR PRINTING DICKSON, L.P.
0935724
QUEBECOR PRINTING GRAPHICS COMPANY
2691454
QUEBECOR PRINTING KINGSPORT, L.P.
2700288
QUEBECOR PRINTING MEMPHIS, L.P.
2044849
QUEBECOR WORLD (USA) INC.
0931650
QUEBECOR WORLD ARCATA CORP.
2127069
QUEBECOR WORLD ATGLEN INC.
2704723
QUEBECOR WORLD ATLANTA INC.
2040382
QUEBECOR WORLD BOOK SERVICES LLC
4116716
QUEBECOR WORLD CAPITAL LLC
2691326
QUEBECOR WORLD DALLAS II INC.
3405622
QUEBECOR WORLD DALLAS SALES INC.
2982351
QUEBECOR WORLD DELAWARE LLC
3137652
QUEBECOR WORLD DETROIT INC.
2117750
QUEBECOR WORLD DIRECTORY SALES CORP.
2597725
QUEBECOR WORLD DUBUQUE INC.
0811518
QUEBECOR WORLD FAIRFIELD INC.
3100067
QUEBECOR WORLD FINANCE INC.
4115048
QUEBECOR WORLD HC HOLDINGS LLC
3306808
QUEBECOR WORLD INVESTMENTS INC.
2971609
QUEBECOR WORLD KRI DRESDEN INC.
2073548
QUEBECOR WORLD KRI INC.
2971986
QUEBECOR WORLD KRI TN, L.P.
2185818
QUEBECOR WORLD KRUEGER ACQUISITION CORPORATION
4236555
QUEBECOR WORLD LEASE GP
4236591
QUEBECOR WORLD LEASE LLC
2704716
QUEBECOR WORLD LINCOLN INC.
2990467
QUEBECOR WORLD LOGISTICS INC.
2508479
QUEBECOR WORLD LOVELAND INC.
0910865
QUEBECOR WORLD MEMPHIS LLC
2704722
QUEBECOR WORLD OLIVE BRANCH INC.
3321371
QUEBECOR WORLD SERVICES INC.
2971608
QUEBECOR WORLD SYSTEMS INC.
2971610
QUEBECOR WORLD TENNESSEE INC.
2972166
QUEBECOR WORLD TN, L.P.
2607798
QUEBECOR WORLD UP/GRAPHICS INC.
2035394
QUEBECOR WORLD VERMONT INC.
4827527
SUN MEDIA GROUP, LLC
5214512
SUN MEDIA INVESTMENTS, LP
5123910
SUN MEDIA LLC
4021887
SUN MEDIA NETWORK, LLC
4137463
SUN MEDIA PRODUCTIONS LLC
3832821
SUN MEDIAWORKS, LLC
2092493
SUNMEDIA CORP.
2020537
TORONTO SUN HOLDING CORPORATION
2688195
TORONTO SUN INTERNATIONAL, INC.
2034370
VIDEOTRON INCORPORATED
2459914
VIDEOTRON PRIVATE CABLE CORPORATION
4426900
VIDEOTRON US INC.
2445439
VIDEOTRON VTV, INC.  

vendredi 28 février 2014

Bernard Gauthier alias Rambo

Bernard Gauthier aka Rambo : une question de rapport de force

Par Farruco, syndicaliste de la FTQ
 

Aujourd’hui encore, au sein du local régional de la Côte-Nord du 791, union des opérateurs de machinerie lourde, Bernard Gauthier, que plusieurs connaissent mieux sous le sobriquet de « Rambo », occupe le poste de représentant syndical. Il n’a pas été parachuté là par une instance supérieure, par la mafia ou les Hells Angels, mais bel et bien choisie par les membres de son local pour défendre leurs intérêts dans une région que nous, citadins, ne pouvons pas réellement comprendre réellement.

Il est là depuis assez longtemps pour avoir traversé plusieurs maraudages, autant d’occasions pour les membres du local qui auraient été mécontents de sa présence de changer d’allégeance syndicale. Des méthodes allant à l’encontre des intérêts de ses membres auraient entrainé un mouvement de masse vers une des autres centrales syndicales et de facto, son remplacement.

Bien entendu, les médias de masse se sont fait un devoir de le dépeindre comme un dur à cuire qui ne connait que deux moyens de fonctionner : la violence et l’intimidation. Sachez que Gauthier n’est certainement pas un enfant de choeur et qu’il a effectivement une carrure qui puisse paraître imposante, mais est-ce que cela suffit pour en faire l’ennemi public numéro un?

Un milieu rough

Le milieu de la construction est, du moins pour le moment, unique en son genre. Surreprésentation masculine, franc parlé (souvent sans détour, quelques fois agressif) et crainte de la part des employeurs ne sont pas des aspects courants au sein des autres milieux de travail à travers la province. Ce milieu est loin d’être parfait, il déplait à plusieurs, surtout aux dirigeants économiques et politiques.

En région éloignée comme celle représentée au sein du 791 par Gauthier, on doit ajouter à cela la dispersion de la main d’œuvre sur un territoire immense combiné à des opportunités trop rares de travail. Bref, la combinaison parfaite pour tout employeur qui n’a pas l’intention de respecter les conventions collectives en faisant jouer les chômeurs contre les travailleurs.

La méthode Rambo

C’est alors que la « méthode Rambo », comme les médias de masse ont tenté de la nommer, apparaît. Les employeurs devaient alors consulter le syndicaliste pour avoir efficacement accès à la main d’œuvre. En contrepartie, Gauthier s’assurait de fournir les travailleurs nécessaires à l’employeur en tentant, selon ses dires, de ne pas toujours faire travailler les mêmes et de favoriser les nouveaux diplômés souvent méprisés par les employeurs, puisque considérés comme non rentables ou pas assez qualifiés. Bien entendu, il tirait aussi la couverture du côté des travailleurs en faisant respecter à la lettre la convention collective et un peu plus.

C’est là qu’il a commencé à être vraiment dérangeant. On ne lui a jamais reproché d’avoir volé l’argent de ses membres ou des contribuables pour la mettre dans ses poches comme l’ont fait les « hommes d’affaires » précédemment entendus à la commission Charbonneau. On n’a même jamais été capable de déceler quelque lien que ce soit entre lui et n’importe quelle organisation criminelle connue. On lui reproche son ton, le fait qu’il soit imposant et se méthodes assimilées à de l’intimidation, terme complètement vidé de son sens depuis des mois de commission d’enquête.

Un survol des accusations qui lui ont été portées permet rapidement de voir qu’avec Rambo, si les employeurs respectaient les membres du 791, la santé et sécurité au travail et la convention telle qu’interprétée par les membres du 791, ils s’en sortaient plutôt bien, retournant chez eux les poches pleines. Alors, pourquoi avoir attaqué la « méthode Rambo »?

Bien entendu, les médias, les politiciens et les employeurs disaient que c’était une manière de fonctionner frauduleuse qui défavorisait les travailleurs des autres centrales syndicales et qui faisait exploser les coûts. Bref, dans l’opinion publique, Rambo et la FTQ Construction étaient rendus les pires voyous que la province ait eu à supporter de son histoire.

Derrière ce nuage de fumée médiatique se cache le véritable problème : le rapport de force, pour une fois, n’avantageait plus les patrons, mais bien les syndiqués du 791 de la région en question. Les entrepreneurs ne pouvaient plus gérer leurs chantiers comme ils l’entendaient puisque non seulement ces membres étaient solidaires, mais ils ne craignaient pas de perdre des journées de salaire afin de se faire respecter.

D’un seul coup, l’ordre naturel des choses, selon notre système économique, venait de se retrouver sens dessus dessous. À en croire les médias, à lui seul, Gauthier était capable de mettre une région à genoux et de mener à mal les finances publiques. Le véritable problème est simple pourtant : les employeurs ne pouvaient plus gérer leurs affaires comme bon leur semblait.

Soyons sérieux un instant. Gauthier n’a jamais agi seul. Derrière lui se trouvaient constamment les véritables forces du changement : des travailleurs et des chômeurs en colère et solidaires. Tout ce que Rambo a eu à faire, c’est de canaliser ces forces déjà existantes qui voulaient mettre au pas les employeurs. Il n’était pas présent sur tous les chantiers de la région, mais il avait des yeux partout qui lui rapportait tout. Les gens œuvrant dans le domaine syndical de l’industrie de la construction le savent, la seule façon d’en arriver là est d’avoir la confiance de ses membres. Si Rambo n’avait pas fait un bon travail pour ses membres, il n’aurait pas avoir l’impact qu’on lui attribue aujourd’hui.

Source Subversité

jeudi 13 février 2014

Turquie, au nom de Marx et du Coran

Samim Akgönül
Peut-on être marxiste et musulman ? Oui, disent les membres du mouvement Anti-Kapitalist Müslümanlar (Musulmans anticapitalistes) qui voient dans l’islam l’un des piliers de leur engagement. En son nom, ils s’opposent au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.


La question est ancienne dans la chrétienté : le Christ et les apôtres possédaient-ils des biens en propre ? Dans son roman Le nom de la Rose, Umberto Eco va jusqu’à mettre en scène des moines débattant pour savoir si Jésus était propriétaire de la tunique qu’il portait au moment de sa crucifixion. Cette question peut sembler saugrenue, mais elle exprime le fossé entre deux visions d’organisation de la société : celle d’individus plus ou moins libres interagissant, et celle d’une collectivité où l’individu ne peut exister qu’en faisant partie d’un groupe. Toutes les religions, toutes les idéologies se fondent certes sur une idée de collectivité. À l’épitre aux Galates, 3:28, de Paul de Tarse :
« Il n’y a plus ni juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus Christ »
répond la sourate 7 Al-Araf, verset 158 :
Dis : « Ô hommes ! Je suis pour vous tous le Messager d’Allah, à Qui appartient la royauté des cieux et de la terre »
Les biens appartiennent à tous

Ce caractère collectif des biens de ce monde avait été peu souligné dans l’islam populaire turc. Ce dernier a été relégué au second plan depuis la fondation de la République en 1923, voire opprimé car considéré comme symbole de l’arriération. Il a été remplacé par un islam normatif centralisé et surtout nationalisé, transformé en outil de construction nationale sous contrôle strict de l’État.

Or depuis que l’islam politique est au pouvoir, et surtout depuis l’émergence d’une génération de musulmans intellectuels urbains, l’islam politique perd son caractère monolithique. Il abrite plusieurs tendances opposées. Un des exemples les plus surprenants de cette multiplicité des facettes de l’islamité politisée est l’émergence d’un groupe de jeunes musulmans qui s’opposent violemment au parti au pouvoir, le Parti pour la justice et le développement (AKP), principal représentant de l’islam politique en Turquie. Ces musulmans anticapitalistes reprochent au pouvoir islamiste d’être plus capitaliste… qu’islamiste.
 
Anti-Kapitalist Müslümanlar s’organise autour de la figure d’İhsan Eliaçık, un intellectuel iconoclaste qui a consacré sa vie à la nécessaire « renaissance islamique ». Devenu écrivain et éditeur après l’abandon de ses études de théologie, il a rédigé une vingtaine de livres sur l’idée d’un islam social et solidaire. Et sa maison d’édition Inşa Kültürevi (« Maison culturelle de construction »), installée dans un des quartiers les plus « islamistes » d’Istanbul, Fatih, est devenue la plateforme intellectuelle de l’« islam révolutionnaire », le titre d’un des ouvrages d’Eliaçık.

Les musulmans anticapitalistes sont souvent des jeunes issus des couches populaires, politisés à l’université, familiarisés avec les idées marxistes mais qui continuent à se définir comme musulmans. La conciliation entre une appartenance marxiste et une appartenance musulmane convaincue se fait à travers un certain nombre de principes islamiques interprétés comme fondements d’une position solidaire, sociale, socialiste et surtout anticapitaliste.

Comme sources, deux piliers : le Coran et Le Capital. Par exemple, le verset 39 de la sourate An-Najm, (« l’étoile ») :« Et en vérité, l’homme n’obtient que [le fruit] de ses efforts »est interprété comme un verset favorable aux prolétaires. Ou encore, le verset 7 de la sourate 59 Al-Hasr (l’Exode) :
« les biens des habitants des cités, qu’Allah a accordés sans combat à Son Messager, appartiennent à Allah, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur en détresse, afin que cela ne circule pas parmi les seuls riches d’entre vous… » est, selon les musulmans anticapitalistes, la preuve de la nécessité du partage.

Un mouvement de gauche multiculturaliste

Ce groupe ne s’oppose pas seulement au capitalisme de l’AKP. Il rejoint sur bien des points les autres mouvements politiques de la gauche socialiste et/ou libérale. Sa présence dans le mouvement de Gezi de juin 2013 avait été remarquée, surtout lorsqu’ils ont prié pendant la prière de vendredi au milieu de la « commune de Gezi » où lorsqu’ils ont organisé « des ruptures de jeûne du Monde » (Yeryüzü iftarı), en pleine rue, très populaires, face au faste des ruptures de jeûne des politiques et de la haute bourgeoisie.

Les musulmans anticapitalistes sont également multiculturalistes, à l’inverse des nationalistes turcs. Ils et elles défendent une Turquie diverse, en s’appuyant sur la sourate 30 Ar-Rum (Les Romains), verset 22 :
« Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. »

Parallèlement, ils optent pour une solution pacifique de la question kurde, la question principale de la société turque depuis la fondation de la République.
 
Enfin, une particularité notable des musulmans anticapitaliste, par rapport à d’autres mouvements issus de la mouvance islamiste, est leur approche humaniste des questions de genre et de sexualité. Ils apportent notamment un soutien — certes timide et indirect — aux droits des femmes et des LGBT (Lesbiennes gay bi transexuels). Par exemple, en 2013, lors du procès des assassins d’un jeune homosexuel à Diyarbakir par son père et ses deux oncles en février 2012, les Musulmans anticapitalistes ont déclaré publiquement leur soutien, car selon le Coran « assassiner une personne est assassiner tout l’humanité » et le « système capitaliste crée des oppresseurs qui excluent toute différence, y compris les tendances sexuelles ».

Ainsi, bien que ce groupe reste marginal en nombre de militants, son attitude est loin d’être folklorique. Il s’agit d’un questionnement à la fois interne au monde musulman, mais aussi global, qui s’inscrit dans une critique sociétale dépassant largement la question religieuse.

Samim Akgönül
 Historien et politologue, enseignant-chercheur à l’université de Strasbourg (département d’études turques et Institut des relations internationales) et au CNRS. Il travaille plus particulièrement sur l’histoire contemporaine, la politique, les minorités et les migrations turques. Il vient de publier The Minority Concept in the Turkish Context, Practices and Perceptions in Turkey, Greece and France, Leiden, Brill, 2013.
 

Soiurce  Investig'action

lundi 3 février 2014

Commission Charbonneau : contexte,hasard et proximité font bon ménage


Alors, parlons-en du copinage, car il serait intéressant de voir que copinage, police et médias font bon ménage, mais pas toujours dans l'intérêt des citoyens. Tout comme contexte, hasard et proximité.
Avec tout le tapage médiatique à propos de la Commision Charbonneau et de la corruption dans l'industrie de la construction, il est curieux de voir que tout ce hasard et cette proximité nous laissent perplexes quant aux possibilités de manipulation.

Cette semaine nous avons eu droit à tout ce tapage médiatique et de cette auto-satisfaction de la part de journalistes qui auraient été les instigateurs de ce brassage de cage, mais il ne faudrait pas s'y méprendre, car comme ces journalistes aiment a le souligné, « le hasard et la proximité, ferait bon ménage ». Curieusement ce hasard et cette proximité feraient-ils partie de ces mêmes journalistes qui avec la bénédiction des Tout-Puissants participent à cette mascarade pour protéger les plus puissants? La source agit souvent dans l'ombre et prépare ses coups de façon brillante.

Curieusement on a utilisé des bandes d'écoutes électroniques qui à l'origine servaient à des opérations de surveillance de la mafia... C'est à partir de ces bandes que la police va s'intéresser à la construction, car plusieurs acteurs y jouent un rôle et bien des surprises vont nous attendre. Mais là n'est pas mon propos.

Rousseau « Je jure de dire ma vérité, pas toute la vérité. »
En 2009, ce qui va attirer l'attention du public est la perte de 40 milliards de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du scandale qui attirent les foudres du public sur un dirigeant du nom de Henri Paul Rousseau (1) qui devient un employé du grand empire des Desmarais, qui, par quel hasard, est propriétaire de La Presse et en partenariat avec Radio Canada. De plus, des partenaires des entreprises de Desmarais en Europe sont accusées de corruption et font scandale (2). (Le groupe Total est mis en accusation pour corruption). Alors, la campagne médiatique doit être orientée ailleurs, car nos Tout-Puissants ne veulent pas être dans le feu de la rampe.

Amir Khadir questionne Henri-Paul Rousseau,voir vidéo




Intervient alors la Proximité.

Comme le souligne Richar LeHir dans son article (3):
«...Il y a de sérieuses questions à se poser sur le comportement du gouvernement lorsque vient le temps de procéder au remplacement de Henri-Paul Rousseau. Quatre présidents se succéderont en un an : Henri-Paul Rousseau, Richard Guay, Fernand Perrault et Michael Sabia.
“Comme par hasard”, ce Sabia est proche des Desmarais (ce fait nous a été officiellement confirmé à l’occasion du séjour de Michael Sabia à Sagard), et fonce directement aux bureaux de Power dès sa nomination, ostensiblement pour y rencontrer son prédécesseur, désormais chez Power.
Pour comprendre cette affaire, il est bon de rappeler qui sont les intervenants. En effet, ils ne se limitent pas au président de la Caisse et à son personnel. La Caisse est une société d’État qui relève du gouvernement par l’entremise du ministre des Finances.
Il s’ensuit donc que toute enquête éventuelle sur les pertes de la Caisse annoncées en 2008 devrait nécessairement se pencher sur les directives, officielles ou officieuses, qui auraient pu être données à la Caisse par le gouvernement Charest, et sur la connaissance que ce dernier pouvait avoir des décisions prises par la Caisse en rapport avec ses transactions de papier commercial.
En effet, de 2005 à 2007, le titulaire de cette fonction est le Libéral Michel Audet. La chose mérite d’être soulignée, car il est l’un de ceux qui viendront à la défense d’Henri-Paul Rousseau au lendemain de sa prestation devant la Chambre de commerce :
 Je suis très content qu’Henri-Paul ait pu expliquer la situation et rétablir les faits, dit-il. Il est venu s’expliquer, ce qui est courageux (...) Je suis outré de voir à quel point les gens posent des jugements à partir de perceptions et non à partir de la réalité. 
Au moment où la Caisse déclare ses pertes, c’est Monique Jérôme-Forget qui est titulaire des Finances. On se souviendra qu’elle s’était réjouie de la nomination d’Henri-Paul Rousseau à la Caisse en 2002 lorsqu’elle avait été annoncée par Pauline Marois, alors ministre des Finances dans le gouvernement Landry :
« À cet égard, la critique libérale en matière de finance, la députée de Marguerite-Bourgeoys Monique Jérôme-Forget, ne brandit pas la hache de guerre, au contraire. “On n’a pas à la combattre [cette nomination] ”, a-t-elle dit. “On n’a rien contre Henri-Paul Rousseau, manifestement. C’est un homme qui a de grandes qualités. Je le connais personnellement depuis des années.»

À lire l'intégral de l'article (3)

Contexte
Desmarais de Power Corp, Sarko et Charest

Alors, oublions Rousseau et attaquons-nous à la corruption dans la construction... préparons le terrain.

Sans oublier la campagne contre la société SNC-Lavalin...commencer dans la Presse( propriété de Desmarais)«SNC-Lavalin en Libye : liaisons dangereuses» (4) poursuivies sur les ondes de Radio Canada et dont le reportage d'Anne Panasuk de Radio Canada sur SNC-Lavalin sera primé (5). et présenté sur les ondes de Radio Canada à l'émission Enquête de Alain Gravel(6)

Alors, parlons-en du copinage, car il serait intéressant de voir que copinage, police et médias font bon ménage, mais pas toujours dans l'intérêt des citoyens. Tout comme contexte, hasard et proximité. À lire  Le Québec et la France dans les mêmes tentacules


Notes 
1- Rousseau assume la responsabilité du papier commercial de la Caisse
http://affaires.lapresse.ca/economie/services-financiers/200903/09/01-834678-rousseau-assume-la-responsabilite-du-papier-commercial-de-la-caisse.php

2 - Le groupe Total est mis en accusation pour corruption
http://www.lefigaro.fr/societes/2010/04/06/04015-20100406ARTFIG00390-le-groupe-total-est-mis-en-examen-pour-corruption-.php

3-Caisse de dépôt : Un « mystère de la vie » en voie d’éclaircissement
http://www.vigile.net/Caisse-de-depot-Un-mystere-de-la

Le Québec et la France dans les mêmes tentacules
http://french.irib.ir/info/economie/item/277521-le-qu%C3%A9bec-et-la-france-dans-les-m%C3%AAmes-tentacules,-par-richard-le-hir

4- SNC-Lavalin en Libye: liaisons dangereuses
http://www.lapresse.ca/actualites/201203/04/01-4502408-snc-lavalin-en-libye-liaisons-dangereuses.php

5-Un reportage d'Anne Panasuk sur SNC-Lavalin primé
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2014/01/30/007-prix-anne-panasuk-snc-lavalin.shtml

6- Enquête de Alain Gravel Reportage du jeudi 24 octobre 2013
http://ici.radio-canada.ca/emissions/enquete/2013-2014/Reportage.asp?idDoc=316837

jeudi 23 janvier 2014

Dieudonné, la censure et la quenelle

« Aujourd’hui, on ne peut plus être contre la répression que subit Dieudonné sans également prendre ses distances avec ses idées. Et on ne peut plus lutter contre ses idées sans s’opposer fermement à la répression qu’il subit. Il ne faut céder ni sur l’un ni sur l’autre terrain. »
Axel Bernard

Depuis plus de 10 ans, un des humoristes les plus populaires de France, Dieudonné M' Bala M' Bala, fait l’objet d’attaques répétées. En cause? Les prises de position et les provocations répétées de l’humoriste qui ont pris un contenu de plus en plus politique et controversé. Ces trois dernières semaines, la répression qu’il subit a pris un caractère extrêmement grave du point de vue démocratique.

Le président de la République française, le socialiste François Hollande, et son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sont prêts à tout pour interdire ses spectacles. Y compris bafouer leurs propres lois. Un avocat renommé et ardent partisan de la politique israélienne, Me Klarsfeld, appelle à créer des troubles à l’ordre public pour justifier leur interdiction. On menace d’utiliser des alertes à la bombe. Des patrons de grands groupes de presse appellent explicitement à « censurer internet » et faire pression sur les directeurs de salle pour qu’ils décident de ne plus mettre l’humoriste à l’affiche. Il existe aujourd’hui un consensus politique en France parmi les partis politiques traditionnels pour lutter contre Dieudonné au travers de la censure, des peines judiciaires ou d’interdictions administratives.

Censure inacceptable

Ces attaques et appels à la censure sont à combattre avec la plus grande fermeté pour deux raisons essentielles.

Tout d’abord, il ne fait aucun doute que de telles mesures constitueront un dangereux précédent pour justifier la censure de toute idée considérée comme dérangeante par l’establishment. Le capitalisme (où une petite minorité continue à s’enrichir pendant que la majorité est en train de se serrer la ceinture) ne peut donner lieu qu’à des critiques et des réactions de plus en plus virulentes. Est-ce que ces critiques seront elles aussi interdites, réprimées ou censurées?

Ensuite, l’affaire Dieudonné n’est plus l’affaire d’une personne. « La quenelle », geste inventé par Dieudonné, est reprise par des milliers de jeunes pour exprimer un espèce de « fuck » modernes, un geste « anti » pour faire-part d’un ras-le-bol général. Aujourd’hui, par des attaques disproportionnées contre Dieudonné et contre la quenelle, ces jeunes sont traités comme des parias, mais aussi comme des « antisémites ». Un député français annonce le dépôt d’une proposition de loi en vue d’interdire ce geste. Des groupes ultras radicaux n’ont aucun problème en France à s’attaquer physiquement à ceux qui ont fait le signe de la quenelle. Sans susciter beaucoup d’indignation.

Considérer tous ceux qui font une quenelle comme des gens dangereux ou des antisémites, c’est ne rien comprendre à la diversité d’expression que ce geste symbolise pour ces auteurs. Il y a de toute évidence une série de personnes qui y ont mis un contenu antisémite et raciste (des photos circulant sur internet sont explicites) mais généraliser et stigmatiser l’ensemble des auteurs de quenelles, c’est ne rien comprendre à ce que cela exprime vraiment : un dégout extrêmement divers vis-à-vis d’un système ou d’une élite politique, médiatique et économique qui veut imposer sa pensée unique. « C’est même très contreproductif, rajoute Michel Staszewski de l’UPJB (Union Progressiste des Juifs de Belgique). Que celles et ceux qui veulent réellement combattre l’antisémitisme se concentrent sur ses véritables manifestations sans voir de l’antisémitisme partout. »

En réalité, l’acharnement contre Dieudonné et la stigmatisation de cette jeunesse qui fait la quenelle a un message précis : « vous n’avez pas le droit de penser différemment. » Et ceux qui dévient seront considérés comme des parias, des gens à faire taire, même violemment.

Quenelle, pour aller vers où?

La quenelle est donc l’expression d’une rupture de la jeunesse avec la pensée unique. Il y a un sens positif à cela. Le système du tout au profit qu’est le capitalisme, les profondes inégalités sociales qu’il crée, le racisme et les discriminations quotidiennes qu’il génère méritent bien un geste de rejet. Mais est-ce le sens que ses deux propagateurs actuels, Dieudonné et Alain Soral (cet ancien cadre du FN français), veulent réellement lui donner? Certainement pas. L’évolution politique de Dieudonné le démontre.

Dieudonné n’est plus un simple humoriste attaqué par le système, qui cible les événements de l’actualité, qui mène un combat pour le droit de rire de tout, y compris des juifs. Le point de départ des attaques fut un sketch réalisé en direct sur France 3, où Dieudonné s’était déguisé en colon extrémiste israélien et avait mimé un salut hitlérien. Une hystérie totalement injustifiée s’en est suivie : interdiction de télé, de promotions, annulations de spectacles, menaces de mort, procès. Il s’est défendu à l’époque comme il pouvait, en refusant à raison de présenter ses excuses.

Force est de constater que trop peu de personnalités ont eu le courage de prendre sa défense alors qu’il le méritait sans aucun doute. L’affaire Dieudonné a mis en évidence l’existence d’un lobby qui défend de manière acharnée les intérêts de l’État d’Israël et l’extrême complaisance des autorités françaises à son égard. Pour beaucoup, il est alors devenu le symbole du combat pour la liberté d’expression, un héros anti-système qui montre l’hypocrisie du pouvoir et le deux poids deux mesures des autorités françaises.

On pourrait trouver cela positif. Mais les choses ont largement dérapé depuis. De provocation en provocation, le Dieudonné d’aujourd’hui fait objectivement de la politique et, hélas, dans une perspective très précise : semer la confusion parmi la jeunesse qui ne croit plus au système, légitimer l’extrême droite et communautariser les contradictions de la société en propageant l’idée complètement fausse qu’un complot judéo-maçonnique domine le monde.

La confusion au service de l’extrême droite

Dieudonné se profile comme un rebelle anti-système. Mais quel système? Il n’a aucune critique du capitalisme. Et être rebelle pour Dieudonné revient à provoquer, faire des quenelles et faire du politiquement incorrect. Dieudonné partage en fait avec Alain Soral, cet ancien cadre du Front national avec lequel il est en alliance de fait, la même doctrine de résistance :
« Le politiquement incorrect n’est en rien un inutile jeu de provocations. C’est même la doctrine de résistance au mondialisme. […] nous pouvons, nous nationaux, en tant que seuls critiques efficients, devenir les maîtres à penser de demain et incarner, nous et nous seuls, le renouveau du Génie français! ».

En pratique, cette doctrine du politiquement incorrect amène Dieudonné à légitimer l’extrême droite et ne légitimer que celle-ci. En s’affichant auprès du négationniste Robert Faurisson, en faisant de Jean-Marie Le Pen le parrain de sa fille, en serrant la main de Serge Ayoub, dirigeant d’une milice d’extrême droite responsable du décès d’un militant anti-fasciste… Dieudonné réussit l’exploit de légitimer les fascistes aux yeux de beaucoup de jeunes de milieu populaire, y compris les enfants issus de l’immigration, qui n’auraient jamais pu se rapprocher de l’extrême droite autrement.

Le confusionnisme de Dieudonné l’amène à soutenir en Belgique le parlementaire ex-PP, ex-MLD, ex-Islam, Laurent Louis. Dans une réunion publique, devant des centaines de jeunes surchauffés, Dieudonné affirme : « Je te soutiens. Je suis 100 % derrière toi. Tu vas être élu. » Dans sa dernière vidéo 2014, année de la quenelle, il en fait encore la promotion. Laurent Louis en profite bien, lui qui a décidé d’adopter le même style (la provocation et la victimisation comme action politique), et qui est passé d’un discours ouvertement raciste et d’extrême droite « classique » quand il était au PP à un discours plus Soralien sur le « complot des élites perverses soumises au lobby juif ».

L’antisémitisme et le « complot des élites soumises au lobby sioniste »

Dieudonné s’est toujours défendu d’être antisémite et beaucoup de ses sketchs ont été accusés à tort d’antisémitisme, car ils n’exprimaient en réalité qu’une critique du sionisme et de la politique d’Israël. Mais ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui. Dans ses vœux de 2014, il affirme : « je ne suis pas antisémite. Aujourd’hui, je ne le suis pas. Mais je ne dis pas que je ne pourrais pas le devenir un jour. »

Quand Dieudonné prend des positions politiques, elles ne concernent plus que la communauté juive. L’humoriste minimise le génocide juif et se mêle à des personnalités qui estiment que le génocide est exagéré ou n’a pas eu lieu (comme le négationniste Robert Faurisson). En 2009, il crée sa liste « Anti-sioniste » avec des personnalités comme Alain Soral, qui venait juste de quitter le FN. Depuis, ils sont deux compagnons de route, unis sur une seule obsession : faire du sionisme la cause fondamentale de toutes les injustices qui minent la société et l’idée que les élites françaises sont complètement soumises au lobby sioniste. Les divisions dans notre société ne seraient alors plus des contradictions entre classes sociales ayant des intérêts opposés, le clivage devient communautaires « sionistes-establishment » contre « musulmans anti-système ». Et le déchaînement médiatique, la répression de Dieudonné et le manque de réaction de la gauche ne font que renforcer l’extrême droite.

Aujourd’hui, on ne peut plus être contre la répression que subit Dieudonné sans également prendre ses distances avec ses idées. Et on ne peut plus lutter contre ses idées sans s’opposer fermement à la répression qu’il subit. Il ne faut céder ni sur l’un ni sur l’autre terrain.

Pour aller plus loin :

• « La pensée d’Alain Soral » par Maxence Staquet dans Études marxistes n° 97.
• « Au-delà des quenelles, il faut remettre du politique », interview de Julien Salingue, membre de l’observatoire des médias, Acrimed, et docteur en sciences politique à l’Université de Paris 8.