samedi 25 mai 2013

Le Parti Québécois et les pétrolières


Photo  Jacques Nadeau Le Devoir
La ministre québécoise des Ressources naturelles, Martine Ouellet,
et son collègue des Finances, Nicolas Marceau
Le Devoir confirme ce dont on se doutait déjà : le gouvernement du Parti québécois autorisera le forage avec fracturation sur l’île d’Anticosti, et ce, avant que ne soit réalisée une évaluation environnementale sur le sujet. Après avoir déclaré un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste, voilà que le PQ fonce à fond de train - les yeux fermés - vers l’exploitation du pétrole de schiste.

Ajoutant l’arrogance à l’inconscience, le ministre Blanchet qualifie les craintes citoyennes au sujet de l’importation des sables bitumineux albertains au Québec de « philosophiques ».
Le ministre Blanchet
Manifestement, l’ancien gérant d’artistes n’a pas lu beaucoup de philosophie dans sa vie : ce n’est pas Aristote qui a calculé que les pipelines albertains avaient été le théâtre de 60 119 fuites au cours des 37 dernières années, dont deux par jour de pétrole brut provenant des sables bitumineux. Et ce n’est pas Kant qui est responsable du plus grand déversement pétrolier terrestre de l’histoire des États-Unis, mais bien Enbridge, la compagnie à laquelle le gouvernement Marois propose gracieusement ses services d’entremetteurs afin de convaincre la population du Québec d’accueillir quotidiennement sur son territoire 900 000 barils du pétrole le plus polluant au monde.

Lire : Partenaires dans la catastrophe ? Le ministre Blanchet doit entrer dans le 21e siècle
par Gabriel Nadeau Dubois
Source Journal des alternatives

Le quotidien montréalais Le Devoir confirme ce matin ce dont on se doutait déjà : le gouvernement du Parti québécois autorisera le forage avec fracturation sur l’île d’Anticosti, et ce, avant que ne soit réalisée une évaluation environnementale sur le sujet. Après avoir déclaré un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste, voilà que le PQ fonce à fond de train - les yeux fermés - vers l’exploitation du pétrole de schiste.
 
On prend également toute la mesure du sens de l’État du ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet, alors qu’il affirme sans broncher que « le plus grand service qu’on peut rendre aux entreprises est de rassurer la population par rapport à ce qui se passe. Si la population est rassurée, la capacité d’aller de l’avant des entreprises est évidemment plus importante ». Le PQ se prendrait-il pour une firme de relations publiques à la solde des pétrolières? Doit-on lui rappeler qu’il est censé être au service du bien commun, et non un partenaire d’affaires de Junex ou Pétrolia? Pour un gouvernement qui prétend profiter des politiques de Stephen Harper - notamment en environnement - pour mousser son projet de souveraineté, voilà qui est plutôt contradictoire. Est-ce cela, défendre les intérêts du Québec?
 
Fracturation hydraulique : les pour et les contre
 
Puisque le gouvernement de Pauline Marois ne semble pas être encore entré au 21e siècle, rappelons-lui les faits. Il quelques jours à peine, on apprenait que le taux de CO2 dans l’air atteignait son plus haut niveau depuis 2,5 millions d’années : 440 parties par millions (ppm). Selon les plus récents travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une stabilisation à ce niveau de CO2 entraînerait une augmentation moyenne de la température terrestre de 2,4 °C à 2,8 °C. Cela est déjà bien au-delà du seuil maximal de 2°C fixé par la déclaration du Sommet de Copenhague en 2009. Au-delà de ce seuil, les scientifiques sont incapables de prédire l’ampleur des catastrophes naturelles qui nous attendent. On considérait jusqu’à récemment que l’humanité pouvait se permettre d’émettre environ 565 gigatonnes de CO2 si elle voulait espérer rester en deçà de ce seuil critique. En 2012, les réserves mondiales de pétrole, de gaz et de charbon des entreprises et des gouvernements représentaient 2785 gigatonnes d’émissions de CO2.
 
Bref, nous avons déjà extrait du sol cinq fois plus de combustibles fossiles que ce que les scientifiques considèrent responsable de brûler dans les 50 prochaines années. Devant cette situation déjà catastrophique, le Parti québécois entreprend d’en extraire encore davantage. Voulons-nous devenir « partenaires » de cette catastrophe ?
 
Ajoutant l’arrogance à l’inconscience, le ministre Blanchet qualifie les craintes citoyennes au sujet de l’importation des sables bitumineux albertains au Québec de « philosophiques ». Manifestement, l’ancien gérant d’artistes n’a pas lu beaucoup de philosophie dans sa vie : ce n’est pas Aristote qui a calculé que les pipelines albertains avaient été le théâtre de 60 119 fuites au cours des 37 dernières années, dont deux par jour de pétrole brut provenant des sables bitumineux. Et ce n’est pas Kant qui est responsable du plus grand déversement pétrolier terrestre de l’histoire des États-Unis, mais bien Enbridge , la compagnie à laquelle le gouvernement Marois propose gracieusement ses services d’entremetteurs afin de convaincre la population du Québec d’accueillir quotidiennement sur son territoire 900 000 barils du pétrole le plus polluant au monde.
 
Se voulant peut-être rassurant, le ministre Blanchet parle de son plan d’électrification des transports en évoquant des résultats pour 2017-2018. Voilà qui contraste avec son empressement à démarrer l’exploitation pétrolière sur Anticosti. Considérant la popularité actuelle du PQ et la fragilité de son gouvernement, il y a de quoi sourire : on voit bien lequel des deux projets est à l’agenda électoral du parti. Pour une formation qui prétendait faire de la politique autrement, cela ressemble beaucoup aux manœuvres électoralistes à court terme auxquelles nous a habitués notre classe politique dans les dernières années.
 
Chers élus du Parti Québécois, vous qui parlez constamment de briller parmi les meilleurs, pourquoi ne pas, pour une fois, le faire ? Le Québec, pays d’eau et de vents, a tout ce qu’il faut pour relever le défi de la crise écologique. Cela est beaucoup plus qu’une richesse collective, cela nous confère une responsabilité envers le monde. Si vous refusez cette responsabilité, vous ferez la démonstration - à ceux qui en doutent encore - que vous appartenez non pas « à ce qui commence », comme vous le chantiez en campagne électorale, mais à ce qui, fort heureusement, est en train de s’éteindre.

jeudi 23 mai 2013

Syrie : Les groupes armés soutenus par l’Occident tirent sur les civils (vidéo)

Reportage de Tim Marshall (Sky news)
Tim Marshall est un journaliste intègre et honnête. Chose rare. Il s’est notamment distingué pour avoir montré dans les reportages qu’il a réalisés en Syrie ce que les journalistes en général ont occulté (*).

Dans cette vidéo on peut voir ce qui s’est passé à mi-mai aux abords du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk à Damas. Tim Marshall montre une foule de manifestants qui expriment leur fidélité au gouvernement légal de Bachar el-Assad, et qui tombent sous les tirs des « rebelles ».



(*) Il avait notamment montré, fin 2012, que parmi les combattants armés - toujours présentés par les journalistes chez nous comme étant les bons, les justes - il y avait de nombreux étrangers dont les motivations n’avaient rien à voir avec la liberté et la démocratie. Voir :
http://www.silviacattori.net/article4032.html

Source Silvia Cattori



Voir son reportage en anglais :
http://news.sky.com/story/1091428/syria-civilians-come-under-fire-from-rebels

 

lundi 20 mai 2013

La face cachée du Qatar (vidéo)

Oumma.tv

Les feux médiatiques se braquent sur le Qatar, souvent avec une certaine complaisance. Le petit émirat a pourtant tout d'une dictature avec ses libertés politiques inexistantes et sa pratique de l'esclavage. Cela n'empêche pas nos politiciens de s'afficher tout sourire avec les potentats qataris dont les investissements suscitent les convoitises et endorment les consciences. À contre-courant de l'hagiographie existante, Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau nous livrent avec Le vilain petit Qatar un ouvrage qui lève un coin du voile sur cette dictature acceptée. Jacques-Marie Bourget a travaillé pour les plus grands journaux français et a passé 22 années à Paris-Match. Grand reporter spécialiste du Moyen-Orient, il a couvert de nombreuses guerres : le Vietnam, le Liban, le Salvador, la guerre du Golfe, la Serbie et le Kosovo, la Palestine. Il a également obtenu le Prix Scoop en 1986 pour avoir révélé l'affaire Greenpeace. Nicolas Beau a longtemps travaillé à Libération, au Monde et au Canard Enchainé avant de fonder le site d’information satirique français, Bakchich. info. (IGA)

Source Michel Collon Investig'Action



samedi 18 mai 2013

Le Parti Québécois nomme un milliardaire de droite à la tête d’Hydro-Québec

Le gouvernement québécois nomme un milliardaire de droite à la tête d’Hydro-Québec
 
Par Richard Dufour

Cette semaine verra l’entrée en fonction de Pierre-Karl Péladeau à la tête d’Hydro-Québec. En confiant la direction de la plus grande société d’État du Québec à un milliardaire qui incarne la droite dure avec ses demandes incessantes pour plus de privatisations, moins de services publics et moins de taxes sur les riches, le gouvernement péquiste de Pauline Marois a franchi une nouvelle étape dans la mise en place du programme d’austérité de la classe dirigeante.

Péladeau est le dirigeant principal et actionnaire majoritaire de Québecor, un géant des médias et des communications qui détient 40% du tirage des quotidiens du Québec avec le Journal de Montréal et le Journal de Québec, 25 % du marché télévisuel francophone avec TVA, et la première entreprise de câblo-distribution de la province avec Vidétotron. Ailleurs au Canada, une filiale de Québecor détient le tabloïd Toronto Sun et la chaîne câblée Sun News, tous deux ardents promoteurs du populisme de droite, au même titre que les journaux québécois de l’entreprise mère.

C’est à la tête de cet empire médiatique que Péladeau a émergé comme le porte-parole des sections les plus féroces de l’élite dirigeante qui exigent un assaut tous azimuts et immédiat sur tous les acquis sociaux des travailleurs.
Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau ( empire Quebecor)

Péladeau se plaint fréquemment que les syndicats ont trop de pouvoir au Québec. En réalité, au cours des trois dernières décennies, les syndicats ont étouffé la lutte de classe en imposant les suppressions d’emplois et les réductions salariales. Ils se sont intégrés à l’entreprise et au gouvernement par une série de comités tripartites et sont devenus des actionnaires importants au sein de nombreuses compagnies par le biais de fonds mutuels syndicaux tels que le Fonds de solidarité de la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec) et Fondaction de la CSN (Confédération des syndicats nationaux).

Lorsque Péladeau s’insurge contre les syndicats, sa véritable cible, ce sont les droits gagnés par les travailleurs dans les luttes militantes des années 1960 et 1970.

Son Journal de Montréal s’est fait un ardent promoteur des lucides, un groupe de journalistes, universitaires et ex-politiciens libéraux et péquistes mené par l’ancien premier ministre péquiste Lucien Bouchard, qui milite depuis 2005 pour que le gouvernement du Québec procède rapidement au démantèlement des programmes sociaux et à une réduction massive des taxes sur la grande entreprise et les riches.

Le Journal de Montréal a multiplié les reportages sensationnalistes sous le thème « le Québec dans le rouge » afin de justifier des compressions budgétaires massives. Il a aussi alimenté le chauvinisme anti-immigrants en dénonçant les «accommodements raisonnables » et l’abandon de «notre» culture catholique québécoise. Ce thème a été repris par Pauline Marois dans le cadre d’un virage identitaire qui comprenait le dépôt en 2007 d’un projet de loi de «citoyenneté québécoise » visant à restreindre les droits politiques des citoyens canadiens nés hors Québec s’ils ne démontrent pas une « connaissance appropriée de la langue française ».

Dans une annonce-surprise qui n’était précédée d’aucun débat public, la première ministre Pauline Marois a confié les rênes de Hydro-Québec à Péladeau pour qu’il supervise personnellement l’application d’un virage marqué vers la droite au sein de la plus importante société publique de la province.

Avec ses 61 centrales hydroélectriques, Hydro-Québec constitue le plus grand producteur mondial d’hydroélectricité. En 2012, son chiffre d’affaires a dépassé les 12 milliards de dollars, avec un profit accumulé de 860 millions dont la plus grande partie est reversée au gouvernement. L’ensemble de sa contribution au budget gouvernemental — sous forme de dividendes, d’impôt et taxes de toutes sortes, ou de subventions cachées aux alumineries en bas tarifs d’électricité — s’élève à plusieurs milliards de dollars par année.

Pour la grande entreprise, cela représente une véritable manne qui devrait servir uniquement à faire gonfler la colonne des profits. Dans son budget de novembre dernier, le PQ a déjà pris un pas important dans cette direction en augmentant les tarifs d’électricité pour les particuliers et en abolissant 2000 emplois à Hydro, ou 10 pour cent du total.

Ayant demandé et obtenu du gouvernement Marois la direction d’Hydro-Québec, Péladeau va exploiter ce poste stratégique pour passer des milliers d’emplois additionnels sous le couperet, refiler une facture d’électricité encore plus salée aux travailleurs, et préparer la privatisation de l’une des principales locomotives de l’économie québécoise.

Péladeau a accumulé à la tête de Québecor une longue expérience dans la destruction des emplois. En 14 ans, il a été à l’origine de 14 lockouts visant à imposer une baisse drastique des conditions de travail. Le lockout au Journal de Montréal, par exemple, a duré plus de deux ans entre 2009 et 2011 et s’est soldé par l’élimination des trois quarts des 250 emplois.

«Pierre Karl Péladeau va aller brasser la cage, on en a besoin chez Hydro-Québec », a déclaré le chef de la très-à-droite Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, tout en ajoutant : « Nous, on avait dit qu’il y avait 4 000 emplois de trop ».

QMI, l’agence de presse du groupe Québecor Média, a cité un certain Claude Garcia, ancien cadre dirigeant de la Standard Life : « Une autre priorité, c’est de continuer à augmenter la productivité d’Hydro-Québec. On a supprimé depuis trois ans 2500 postes, mais il y a encore 7500 postes de trop environ ».

C’est le même Garcia qui appelait en été 2007 à la privatisation d’Hydro-Québec  lors d’une conférence prononcée en présence de Péladeau et organisée par l’Institut économique de Montréal (IEDM), une «fabrique d’idées » qui prône le tout-marché et dont plusieurs membres ont été recrutés comme chroniqueurs du Journal de Montréal.

« L’amélioration de la situation financière du Québec passe par des tarifs plus élevés », a soutenu Garcia à cette occasion. Il a donné l’exemple de l’Alberta, une province qui «a laissé l’exploitation de ses richesses naturelles au secteur privé et paie son pétrole au prix du marché ».

Ce qui est réellement en jeu a été révélé par le co-conférencier, Marcel Boyer, alors vice-président et économiste en chef de l’IEDM. « L’hydroélectricité présente une valeur phénoménale qui a énormément augmenté à la suite de la déréglementation des marchés et dont on n’a pas tiré tous les bénéfices possibles », a-t-il fait valoir.

Nul doute que les nombreux gens d’affaires présents – Péladeau en tête – salivaient abondamment à l’idée de pouvoir un jour mettre la main sur un joyau comme Hydro-Québec.

Ce jour est maintenant arrivé. Et comme maintes fois dans le passé — par exemple avec les compressions budgétaires massives de Lucien Bouchard en 1996 au nom du «déficit zéro » — c’est un gouvernement du Parti québécois qui préside à une nouvelle étape dans le programme de réaction sociale de l’élite dirigeante.

Il existe des liens de longue date entre Pierre-Karl Péladeau et les milieux nationalistes de la classe dirigeante québécoise. L’ancien premier ministre conservateur du Canada, Brian Mulroney, siège sur le conseil d’administration de Québecor. Et Péladeau entretient une relation privilégiée avec le parti de la grande entreprise qu’est le PQ.

En 2001, un gouvernement péquiste dirigé par Bernard Landry était intervenu pour que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec refile à Péladeau trois milliards de dollars d’argent des contribuables pour financer son acquisition de Vidéotron. Il y a deux ans, l’actuelle chef du PQ et première ministre du Québec, Pauline Marois, avait causé une révolte au sein de son caucus et perdu quatre députés en pilotant le projet de loi 204 – une loi antidémocratique visant à interdire toute poursuite sur une entente survenue entre la Ville de Québec et Quebecor Media concernant la gestion d’un futur amphithéâtre destinée à accueillir une nouvelle franchise de la Ligue nationale de hockey.

La nature du PQ en tant que fidèle défenseur de la classe capitaliste dirigeante a été mise en évidence lors d’une récente apparition de Pauline Marois en marge de l’assemblée générale annuelle du Conseil du patronat du Québec qui se tenait à Montréal.

« Je vous le redis aujourd'hui : le gouvernement va équilibrer les finances », a assuré la première ministre péquiste. « Pendant la dernière campagne, on a entendu des gens répéter tous les jours que le Parti québécois était l’otage des groupes de pression et que je n’aurais pas le courage de contrôler les dépenses. Or, c’est exactement ce que je fais », s’est vantée la chef du gouvernement.

Évoquant la nomination de Péladeau à la tête d’Hydro-Québec, Marois a invité d’autres « entrepreneurs » et « dirigeants d’entreprise » à lui emboîter le pas et à « servir le Québec, d’une façon ou d’une autre, en mettant leur expérience et leur expertise au service de l’État ». Et son mot de la fin : « N’hésitez pas ».

mercredi 15 mai 2013

 Flashe à gauche pis tourne à droite 

Extrait du texte « Le cynisme »
par Francine Pelletier
 
En attendant le grand examen de conscience, il faut peut-être rappeler qu’il n’y a pas que les vedettes véreuses de la commission Charbonneau qui condamnent au cynisme. Curieusement, ceux-là mêmes qui prétendent nous en guérir sont également responsables de sa propagation. Prenez le PQ. On ne compte plus les promesses brisées et retournements de vestes de ce gouvernement, de la taxe santé aux redevances minières, en passant par les coupes à l’aide sociale et l’alcool aux tables de jeu. C’est cynique, ça aussi.

« Flashe à gauche pis tourne à droite », la nouvelle description du gouvernement Marois, qui s’applique également à Hollande en France et Obama aux É.-U., est peut-être une affection moins grave que la corruption, mais elle mine, elle aussi. Elle sape la notion même d’idéal, nous fait croire que tout se vaut, pourvu que les livres balancent au bout de la semaine. Ultimement, ce type de comportement encourage non seulement le désabusement de l’électorat, mais une certaine amoralité. S’il y a juste l’argent qui compte…, on voit la suite.

Cela dit, la palme du cynisme cette semaine revient au nouveau chef de direction de Québecor, Robert Dépatie. S’élevant contre la transaction Bell-Astral, M. Dépatie a déclaré, pince-sans-rire, « ça ne devrait pas exister, une entreprise avec autant de contrôle ».

Source Le Devoir

Petit rappel historique sur le vote stratégique ( lire texte ici )

La direction Bouchard était ouvertement néolibérale... Bernard Landry se revendique de cette orientation dans son texte de la fin 2004, « Regard sur les perspectives économiques du Québec. » La direction Boisclair était de la même eau. On ne s’étonnera pas que Lucien Bouchard se retrouve maintenant président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, qu’André Boisclair se retrouve chez Questerre, et que Guy Chevrette, ex-ministre péquiste soit devenu le PDG du conseil de l’industrie forestière du Québec, que Joseph Facal, ex-ministre péquiste soit un « lucide de premier plan », qu’il se soit, à l’invitation de Jean Charest, joint au comité de réflexion sur les tarifs d’électricité (2007). Pierre-Marc Jonhson, ex-chef du Parti québécois, est un négociateur de l’Accord du libre-échange avec l’Europe. Et François Legault, aspirant à la chefferie avant son ralliement à Bernard Landry, a lancé son parti, néolibéral de droite et antisyndical, qui pollue le paysage politique au Québec. Si ce n’est Bernard Landry, tous ces messieurs ont renié leur ralliement à la souveraineté...

lundi 13 mai 2013

Pillage d’antiquités en Libye

Par Sara Hashash

La comparaison qui est faite par beaucoup entre l’Irak et la Libye ne s’arrête pas seulement aux menées guerrières étrangères, aux massacres, au non-respect de la mort de Saddam ou de Kadhafi, au pillage des ressources naturelles, mais s’étend à la culture et aux pillages d’antiquités que l’on tente de dissimuler.

Ce vol a été décrit comme le plus grand dans toute l’histoire archéologique. Une collection de 7 700 pièces d’or, d’argent et de bronze, connue sous le nom de Trésor de Benghazi, a été volée en forant une plaque de béton menant à une voûte souterraine de la Banque Nationale de Commerce de Benghazi abritant la collection. De nombreux articles dataient de l’époque d’Alexandre le Grand et il est impossible de d’évaluer la valeur de la collection sauf si l’on sait qu’une pièce grecque de Carthage a été vendue, dernièrement, pour le prix record de 268 000 dollars.

Le casse de la BNC de Benghazi

Le vol est intervenu peu après l’incendie criminel de la banque, en mai,  laissant croire qu’il s’agissait d’un incident découlant de la révolte contre Kadhafi alors qu’en fait, le hold-up avait été particulièrement bien planifié.

Après avoir fracassé les coffres en métal et fait sauter les serrures des caisses en bois, les voleurs ont soigneusement emporté le tout, laissant de côté les objets de moindre valeur. Cinquante petits monuments et figurines en bronze, verre et ivoire ainsi qu’une petite quantité de pierres précieuses ont également disparu.

Pour Hafez Wald, archéologue libyen, du King’s College à Londres, le vol porte toutes les marques de voleurs professionnels et « il peut être tout aussi bien un travail de l’intérieur, car il a été mené par des gens qui savaient ce qu’ils cherchaient ».
Responsable canadien des opérations de l'OTAN en Libye..
La culture et l'histoire ne semble pas faire partie de la réflexion.

Jusqu’à présent, rien n’avait été divulgué sur ce pillage par le Conseil National de Transition, siégeant alors à Benghazi, par crainte d’une publicité négative, mais le nouveau ministre des Antiquités, a, en juillet, alerté l’UNESCO, en privé.

Khaled Mohammed al-Haddar, professeur au Département d’Archéologie à l’Université de Benghazi, affirme que des pièces d’or islamiques et grecques sont apparues récemment sur le marché de l’or à Benghazi. Un journal égyptien rapporte qu’un paysan a essayé de passer en fraude 503 pièces d’or et une statuette de 7,5 cm en or à partir du port d’Alexandrie,  alimentant les rumeurs que cela ferait partie du trésor volé.

Trésors du temple d’Artémis

Interpol a été mis en branle, mais la piste est morte, car, pensent les archéologues, il sera difficile de retrouver les objets s’ils sont sortis du pays. Serenalla Ensoli, archéologue italienne de l’Université de Naples, et spécialiste d’antiquités libyennes,  estime que la perte de ces objets est « inestimable, car ils sont irremplaçables. La collection n’avait pas été très étudiée, et c’est une grande perte pour le patrimoine libyen ».

La plupart des trésors de Benghazi ont été découverts entre 1917 et 1922 dans le temple d’Artémis, la déesse de la chasse, à Cyrène, une ancienne colonie grecque et romaine, maintenant Shahat. Le territoire fut offert à Cléopâtre par Marc-Antoine.

Certaines des pièces ont été frappées aux environs de 570 av. J.-C.. Une face porte la tige d’un silphium, plante médicinale dont on croyait qu’elle avait des pouvoirs de guérison. L’autre face dépeint le dieu Jupiter arborant des cornes de moutons.

Traduction Xavière Jardez – Intertitres : AFI-Flash
Article repris du Sunday Times, de Londres

jeudi 9 mai 2013

Les frappes israéliennes en Syrie

Alex Lantier
 
Le bombardement jeudi soir par Israël de l’aéroport international de Damas et de cibles de l’armée syrienne dans Damas hier matin, 5 mai, sont des actes de guerre illégaux et non provoqués, encouragés par Washington et ses alliés européens dans le cadre de l’intensification de leur campagne contre la Syrie.

Selon des reportages des médias russes, 300 soldats syriens ont été tués et des centaines d’autres blessés dans la seule attaque de dimanche.

Les forces israéliennes ont, de fait, agi tout autour de Damas comme un soutien aérien pour les milices islamistes de l’opposition appuyées par les États-Unis. Peu après les bombardements de dimanche, le Conseil militaire de l’opposition de Damas a publié un communiqué appelant ses combattants à ignorer leurs divergences et à monter des attaques ciblées contre les troupes syriennes.

Ces attaques ont lieu au milieu d’un débat se déroulant à Washington, concernant la manière dont le gouvernement Obama devrait intensifier sa guerre en Syrie, compte tenu de l’échec de ses forces intermédiaires à renverser le régime syrien. Le New York Times a décrit ceci samedi comme étant « la question de politique étrangère la plus urgente du second mandat [d’Obama]. »

Les méthodes envisagées témoignent du caractère politiquement criminel de l’entreprise. Elles prévoient soit de fournir davantage d’armes à l’opposition soutenue par les États-Unis et dominée par le Front Al-Nusra qui est lié à al-Qaïda, soit que les États-Unis engagent carrément les hostilités. La dernière option inclut le lancement de frappes aériennes américaines contre l’aviation et les défenses aériennes syriennes dans le but d’établir une « zone d’exclusion aérienne » dans le pays, ou encore l’invasion de la Syrie par des troupes américaines basées en Jordanie ou en Turquie.

Tout porte à croire que les frappes israéliennes étaient une phase test pour de possibles frappes aériennes américaines contre la Syrie. Bien que les responsables américains et européens aient apparemment discuté du lancement d’attaques pour mettre sur pied une zone d’exclusion aérienne, Washington s’est jusque-là retenu de les organiser par crainte des systèmes de défense anti-aériens syriens.

Dans l’émission « Meet the press » sur NBC, le sénateur américain Patrick Leahy (Démocrate du Vermont) a dit que les frappes israéliennes avaient été effectuées avec des F-16 fournis par les États-Unis et qu’elles avaient prouvé que les « systèmes de défense anti-aériens fournis par la Russie n’étaient pas aussi bons qu’annoncés. » Dans la même émission la correspondante de NBC, Andrea Mitchell a dit qu’après les frappes israéliennes, une zone d’exclusion aérienne en Syrie semblait plus probable.

Le gouvernement Obama a rapidement donné son approbation aux frappes israéliennes. Des responsables américains ont affirmé, sans preuve à l’appui, que les frappes de jeudi soir avaient visé un chargement de missiles iraniens destiné à l’organisation chiite libanaise Hezbollah, alliée du régime chiite du président syrien Bachar al-Assad. Des sources de l’opposition syrienne soutenue par les États-Unis ont dit que les énormes explosions qui ont secoué dimanche matin Damas étaient des frappes visant des bases militaires syriennes et le centre de recherches militaires de Jamraya qui apparemment développerait des armes chimiques.

Depuis le Costa Rica où il effectue une tournée de trois jours en Amérique latine, Obama a dit : « Les Israéliens doivent, de manière justifiée, se protéger contre le transfert d’armes sophistiquées à des organisations terroristes comme le Hezbollah… Nous nous coordonnons étroitement avec Israël, en reconnaissant qu’ils sont très près de la Syrie et très près du Liban. »

Tout comme les mensonges utilisés pour justifier l’invasion américaine en Irak, les justifications pour une guerre contre la Syrie présentées à l’opinion publique sont un mélange d’allégations non justifiées et de purs mensonges. Les affirmations qu’il existe des preuves qu’Assad a fait usage d’armes chimiques – reposant sur des allégations que des combattants de l’opposition ont trouvé ou ont été empoisonnés au gaz sarin – sont fausses. Comme l’a reconnu hier un responsable britannique, « On ne sait toujours pas avec certitude qui a utilisé ce produit, dans quelles quantités et à quel effet. »

La réaction américaine aux frappes israéliennes clarifie cependant une chose : après les guerres en Irak et en Afghanistan, Washington s’apprête à lancer une nouvelle guerre impérialiste de grande envergure, et cette fois contre la Syrie. Les conséquences du lancement d’une telle guerre d’agression seront certainement encore plus importantes que celles de la guerre en Irak.

D’ores et déjà, l’actuelle guerre par procuration des États-Unis en Syrie a embrasé le Moyen-Orient. L’objectif étant d’isoler et d’intimider le principal allié régional de la Syrie, l’Iran riche en pétrole, elle est en train d’entraîner le Hezbollah dans le combat et de mener au déclenchement d’une guerre civile en Irak où des forces sectaires chiites liées à al-Nusra sont en train de combattre le gouvernement mené par les Chiites.

En intensifiant la guerre en Syrie, Washington risque de déclencher une guerre régionale générale qui, si les alliés d’Assad, la Chine ou la Russie, étaient impliqués, pourrait provoquer une conflagration mondiale.

Les préparatifs d’une guerre américaine contre la Syrie, dix ans après l’invasion de l’Irak, témoignent de la faillite de la démocratie américaine. Une fois de plus, Washington se prépare à lancer une guerre pour la poursuite de ses intérêts impérialistes, faisant preuve d’un mépris total face à l’opposition populaire écrasante à une telle guerre, tant aux États-Unis qu’au Moyen-Orient. Des sondages révèlent que 62 pour cent des Américains sont opposés à l’envoi de nouvelles armes à l’opposition islamiste; dans les pays du Moyen-Orient, des majorités similaires sinon plus grandes sont contre la guerre américaine par procuration.

Les frappes israéliennes ont aussi mis fin aux mensonges avancés par les partisans de l’opposition syrienne, tel Gilbert Achcar du Secrétariat unifié pseudo-gauche, qui a récemment rejeté comme étant « des théories du complot » des critiques faisant état d’une implication impérialiste dans la guerre syrienne. Depuis qu’elle a soutenu la guerre de l’OTAN en Libye en 2011 pour le renversement du colonel Mouammar Kadhafi, la fratrie pseudo-gauche intensifie ses activités de propagandistes pour les guerres impérialistes en faveur d’un changement de régime, menées en alliance avec des éléments sectaires droitiers et des puissances régionales réactionnaires.

La Syrie se trouve dans la ligne de mire de Washington depuis plus d’une décennie en raison de ses liens avec l’Iran et des forces telles que le Hezbollah. Avec cette guerre, les États-Unis cherchent à mettre en place un protectorat en Syrie qui sera complètement subordonné à la politique américaine.

Il n’existe quasiment aucun soutien populaire aux États-Unis à une nouvelle guerre au Moyen-Orient. En effet, cette même élite dirigeante, qui mène une guerre à l’étranger, est engagée dans une attaque impitoyable contre la classe ouvrière à l’intérieur du pays. Les préparatifs pour une guerre en Syrie créent les conditions d’un conflit explosif entre un sentiment anti-guerre au sein de la classe ouvrière et les projets toujours plus téméraires de l’élite dirigeante d’un pillage mené par l’armée.

Article original, WSWS, paru le 6 mai 2013